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Full text of "Revue des études juives 1891"

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REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
59, BUE DUPLESSIS, 59 



■&> ' REVUE 




DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES .1UIVES 



TOME VINGT-TROISIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bis , RUE LAFAYETTE 

1891 87 . 



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Digitized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



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t.25 



http://archive.org/details/revuedestudesjui23soci 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 23 JANVIER 1892. 
Présidence de M. Oppert, président. 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

En montant dans ce fauteuil pour la dernière fois, je tiens, avant 
tout, à vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait en me 
confiant deux années de suite les fonctions de Président de la 
Société des Etudes juives. Ma tâche est terminée, je crois l'avoir 
remplie avec zèle et dévouement. Le sentiment qui m'anime envers 
vous est surtout la gratitude de m'avoir élevé à la direction de votre 
compagnie, sans que les titres que je puis faire valoir vis-à-vis d'elle 
me désignassent à ce grand honneur. 

Après l'expression sincère, émue, de ma reconnaissance, il me 
reste plusieurs devoirs à accomplir. Le premier est douloureux, car 
il faut que je fasse passer devant vos jeux la liste, hélas ! trop 
longue, des membres que la Société a perdus cette année. Cette 
nomenclature funèbre est d'autant plus affligeante qu'elle contient 
des hommes d'un mérite marquant dans la variété de leurs aspi- 
rations et la diversité de leur vocation. 

Je vous parlerai d'abord de Maurice Lazard, qui avait dans sa 
jeunesse abordé les études rabbiniques et qui avait gardé l'amour 
pieux des études juives, dont la modestie n'avait d'égales que la 
bonté et la science. 

Act. et conf. A 



ACTES ET CONFÉRENCES 



Albert Blin, industriel cVElbeuf, si rapidement et si cruellement 
enlevé à sa famille, à ses amis, à sa ville et à notre Société. C'était 
un esprit généreux et distingué qui, au milieu de ses grandes occu- 
pations, trouvait le moyen de s'intéresser à tout ce qui est noble et 
élevé. Si la mort de cet homme de bien a été un deuil public pour 
la ville qu'il habitait, elle l'est aussi pour la Société, qui est ficre 
d'avoir compté Albert Blin parmi ses membres. 

Qui ne connaissait, de nom au moins, Calmann Lévy, chef de 
la grande librairie fondée par son frère, et qui occupait une si large 
place dans la littérature contemporaine ? Il était membre perpétuel 
de la Société et nous avait donné son concours avec le plus grand 
désintéressement. 

Ces jours-ci nous avons perdu le baron Daniel de Weisweiller, 
homme d'une haute valeur, attaché profondément au Judaïsme. 

La littérature juive a été profondément atteinte cette année. 
L'auteur de plusieurs mémoires importants sur l'histoire et la litté- 
rature des Juifs, S. de Benedetti, professeur à l'Université de 
Pise, dont la science déplore la perte, était membre de notre 
Société. 

Mais il nous faut surtout enregistrer un deuil cruel, une perte 
irréparable que les lettres juives ont faite dans la personne de notre 
illustre historien, Henri Graetz. 

Né le 31 octobre 181*7 à Xions en Posnanie, Graetz étudia en 
1844 à Breslau, après avoir fait ses premières études au gymnase 
d'Oldenbourg. En 1853 il fut appelé au Séminaire israélite de Bres- 
lau, reçut en 1870 le titre de professeur à l'Université de cette 
ville. Son ouvrage magistral est l'Histoire des Juifs depuis les temps 
les plus reculés jusqu'à nos jours, traduite en plusieurs langues, et 
qui fonda sa réputation universelle. En dehors de cette grande 
œuvre il avait publié un livre sur le gnosticisme, et des traduc- 
tions de l'Ecclésiaste et des Psaumes, sans compter les nombreux 
articles qu'il a prodigués dans son journal, la Jlonafsschrift . 
Graetz avait consacré sa vie à l'histoire des Juifs : il reprit en 
sous-œuvre plusieurs parties de l'ouvrage et en fit, pour ainsi 
dire, des ouvrages nouveaux et indépendants. On est frappé de sa 
vaste érudition, de son imagination inventive et de la conscience 



ASSEMBLÉE GENERALE DU 23 JANVIER 1892 III 

minutieuse avec laquelle il utilise les données si riches qu'il avait 
accumulées, de la critique sagace et fine avec laquelle il discute les 
laits soumis à ses investigations. Sa perte est un grand deuil pour 
la science du judaïsme. 

Je vais maintenant prendre congé de vous, et remettre la direc- 
tion de la Société à mon successeur. Votre Conseil, selon un ancien 
usage, suivi depuis les débuts de notre association, vous propose 
encore cette fois un nom sorti de ses mûres délibérations. Vous êtes 
souverain dans votre choix, et le Conseil que vous avez choisi ne 
fait autre chose que de vous soumettre une proposition que vous avez 
le droit de ratifier ou de rejeter. Mais il espère que vous serez una- 
nimes à sanctionner sa proposition, de conférer la présidence au 
savant distingué, à l'écrivain éminent, à l'homme qui dirige depuis 
la fondation de la Société, avec tant de tact et de science, votre 
journal, qui est la cheville ouvrière de la Société et aux labeurs 
incessants, à l'intelligence prudente duquel est dû votre succèsi 
M. Isidore Loeb est absent de notre réunion, une maladie dou- 
loureuse, et dont nous demandons tous la prompte et complète gué- 
rison, le retient loin de nous. Donnons-lui par nos suffrages une 
consolation, un encouragement à se consacrer avec un zèle nouveau 
aux intérêts de la Société qu'il a, dans une si large part, réussi à 
faire prospérer. 

M. Erlanger, trésorier, rend compte, comme suit, de la situa- 
tion financière de la Société : 

Mesdames et Messieurs, 

Mon devoir m'oblige de nouveau de vous infliger l'ennuyeuse 
lecture d'un compte rendu financier. Cette lecture fait partie du 
programme de notre Assemblée ; je n'ai pas le droit de m'y sous- 
traire. 

Je n'ai rien de bien nouveau à vous annoncer. Le déficit n'est 
rien de nouveau chez nous, et vous avez déjà souvent entendu mes 
plaintes. Cette année se distingue cependant des autres par un 
déficit plus considérable. Je pourrais peut-être rechercher les causes 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 



de cette mauvaise situation. Elles sont multiplet , mais cette re- 
cherche prolongerait ce rapport sans apporter aucun remède. 

Je me borne à vous dire que notre Société, avant conscience de 
l'importance des services qu'elle rend aux étude.* juives, fera une 
active propagande pour arriver à changer ces déficits en excédents. 
Vous pouvez être assurés que nous ferons notre possible pour éviter 
de toucher à notre capital, et même aux intérêts de notre capital, 
comme nous l'avons fait jusqu'à ce jour. 

Arrivons à nos chiffres : 

EXERCICE 1891. 

RECETTES. 

Souscriptions et divers 9.365 fr. 15 

15 abonnements du Ministère 375 

9.740 fr. 15 

Vente par le dépositaire 1.161 » 



Total des recettes 10.901 fr. 15 



DEPENSES. 

Impression du n° 43 1 .790 fr. 70 

— — 44 1.563 » 

— — 45 1.285 

— — 46 (approximatif). . . 1.250 » 



5.888 fr. 70 



Droits d'auteur du n° 43 696 fr. » 

— — 44 618 

— — 45 684 » 

— — 46 700 » 



Distribution du n° 42 90 fr. » 

— — 43 120 » 

— — 44 90 » 



2.698 



300 



A reporter 8.886 fr. 70 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 23 JANVIER 1892 V 

Report 8.886 fr. 70 

Droits de magasinage 100 » 

Divers par le dépositaire 97 80 

Appointements du secrétaire-adjoint 1 .800 » 

Frais de bureau 252 » 

— recouvrement 167 05 

Gratifications 70 » 

Frais de l'assemblée générale et des conférences. . . . 342 » 

Déficit de 1890 : 266 75 

Total des dépenses 11 .982 fr. 30 

Le total des dépenses étant de 11 .982 fr. 30 

Le total des recettes n'étant que de 10.901 15 

Il reste donc un déficit de . 1 .081 fr. 15 

Voilà, Mesdames et Messieurs, la pénible situation à fin 1891. 

Je dois cependant faire observer que le déficit de 1.081 fr. 15 c.' 
comprend celui de l'exercice précédent, et que nous aurions pu le 
combler, et au-delà, en nous servant des rentes annuelles de notre 
capital. 

Nous avons l'espoir de le couvrir, au moins partiellement, pen- 
dant l'exercice qui commence ; mais, encore une fois, laissez-moi 
vous dire que nous comptons sur votre précieux concours pour notre 
propagande. 

M. Vernes, secrétaire, lit le rapport sur les publications de la 
Société pendant l'année 1891 (voir plus loin, p. x). 

11 est procédé à l'élection de neuf membres du Conseil. Sont 
nommés à l'unanimité des suffrages exprimés : 

MM. Abraham Cahen, grand-rabbin, membre sortant; 

Albert Cahen , professeur agrégé des lettres , membre 

sortant ; 
Adolphe Franck, membre de l'Institut, membre sortant; 



VJ ACTES ET CONFERENCES 

MM. Sylvain Lévi, professeur à la Sorbonne, membre sortant ; 
Isidore Loeb, professeur au Séminaire israélite, membre 

sortant ; 
Jules Oppert, membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France, membre sortant ; 
Salomon Reinach, attaché aux Musées nationaux, membre 

sortant ; 
Théodore Reinach, docteur en droit et es lettres, membre 

sortant ; 
Baron Alphonse de Rothschild, membre de l'Institut, 

membre sortant. 

L'ordre du jour porte ensuite la nomination du Président de la 
Société pour l'année 1892. Est élu à l'unanimité M. Isidore Loeb. 

M. le Président met aux voix la question suivante : La Société 
des Etudes juives doit- elle demander aux pouvoirs publies d'être 
reconnue d'utilité publique ? 

Cette proposition est adoptée à l'unanimité. 

Il est procédé ensuite à la discussion des statuts de la Société qui 
devront remplacer ceux qui sont en vigueur. Sont adoptés les 
statuts suivants : 

STATUTS 

TITRE I er . — But de la Société. 

Art. 1 er . — La Société des Études juives, fondée en 1880, a pour 
objet de favoriser le développement des études relatives à l'histoire 
et à la littérature juives, et principalement à l'histoire et à la litté- 
rature des Juifs en France. 

Elle a son siège à Paris. 

Art. 2. — La Société poursuit son but : 1° $ar la publication 
d'une Revue périodique ; 2° par la publication d'ouvrages relatifs 
aux études juives et par des subventions ou des prix accordés aux 
ouvrages de ce genre ; 3° par des conférences et lectures. 



ASSEMBLÉE (iÉNÉHALE DU 23 JANVIER 1892 Vil 



TITRE II. — Composition de la Société. 

Art. 3. — La Société est composée de membres titulaires, per- 
pétuels et fondateurs. 

Art. 4. — Les membres titulaires sont ceux qui paient une coti- 
sation annuelle d'au moins 25 francs. Les membres perpétuels sont 
ceux qui versent en une seule fois la somme de 400 francs au moins. 
Les membres fondateurs sont ceux qui versent en une seule fois la 
somme de 1,000 francs au moins. 

Art. 5. — Les membres nouveaux sont nommés par le Conseil 
sur la présentation de deux membres de la Société. 

Art. 6. — La qualité de membre de la Société se perd : 1° par 
la démission ; 2° par la radiation prononcée par le Conseil pour 
motifs graves ; 3° pour les membres titulaires, par défaut de paie- 
ment de la cotisation annuelle. 

TITRE III. — Administration. 

Art. 7. — La Société est dirigée par un Conseil composé d'au 
moins vingt et un membres. 

Art. 8. — Les membres du Conseil doivent résider en France. 

Art. 9. — Les membres du Conseil sont élus pour trois ans par 
l'Assemblée générale. Le Conseil est renouvelé annuellement par 
tiers. Les membres sortants sont rééligibles. 

Le vote par correspondance est admis. 

Art. 10. — Le bureau du Conseil, qui est en même temps le 
bureau de la Société, se compose d'un président, de deux vice- 
présidents, de deux secrétaires et d'un trésorier. 

Art. 11. — Le président est choisi parmi les membres du Conseil 
et nommé pour un an par l'assemblée générale. Le président n'est 
pas rééligible immédiatement. 

Le vote par correspondance est admis. 

Art. 12. — Le Conseil élit dans son sein les autres membres du 
bureau. 



VIII ACTES ET CONFERENCES 

Art. 13. — Le Conseil se réunit au moins six fois par an. 

Art. 14. — Le trésorier représente la Société en justice et dans 
tous les actes civils. 

TITRE IV. — Ressources de la Société. 

Art. 15. — Les ressources de la Société se composent : 1° des 
cotisations annuelles des membres titulaires, des versements des 
membres perpétuels et fondateurs ; 2° des subventions qui peuvent 
lui être accordées ; 3° du produit de la vente de la Revue et autres 
publications de la Société ; 4° du revenu de ses biens et valeurs de 
toute nature ; 5° des dons et legs dont l'acceptation aura été auto- 
risée par le gouvernement. 

TITRE V.— Assemblée générale. 

Art. 16. — L'Assemblée générale des membres de la Société se 
réunit au moins une fois par an. 

Art. 17. — L'ordre du jour de l'Assemblée générale est réglé par 
le Conseil. Toute proposition signée de vingt-cinq membres de la 
Société est inscrite de droit à cet ordre du jour. Elle devra être 
notifiée au Conseil un mois avant la réunion de l'Assemblée générale. 

Art. 18. — L'Assemblée générale entend, une fois par an, un 
compte rendu de la situation financière et morale de la Société ; 
approuve les comptes de l'exercice, pourvoit au renouvellement des 
membres du Conseil et à la nomination du président ; elle vote sur 
la modification des statuts dont il est question au titre VI et sur la 
dissolution de la Société dont il est question au titre vir. 

Art. 19. — Le compte rendu annuel de la situation financière et 
morale est publié par le Conseil. 

TITRE VI. — Modification des Statuts. 

Art. 20. — Les présents statuts ne peuvent être modifiés que 
par l'Assemblée générale, sur la proposition du Conseil ou de vingt- 
cinq membres de la Société. 



ASSEMBLEE GENERALE DU 2? JANVIER 1892 IX 

Art. 21. — L'Assemblée générale ne peut modifier les statuts 
qu'à la majorité des deux tiers des votants. 

Art. 22. — Les modifications des statuts votées par l'Assem- 
blée générale sont soumises à l'approbation du gouvernement. 
Le vote par correspondance est admis. 

TITRE VIL — Dissolution de la Société. 

Art. 23. — La dissolution de la Société peut être prononcée 
par une Assemblée générale convoquée spécialement à cet effet sur 
l'initiative du Conseil ou sur la demande du quart des membres de 
la Société. 

Art. 24. — La dissolution ne pourra être prononcée que si elle 
est votée par au moins les deux tiers des membres de la Société 
présents à l'assemblée ou votants par correspondance. Ce vote sera 
soumis à l'approbation du gouvernement. 

Le vote par correspondance est admis. 

La Société désigne comme ses représentants devant le Conseil 
d'Etat pour la discussion et, au besoin, la modification des présents 
statuts : M. Loeb, président de la Société, et M. Théodore Reinach, 
vice-président. 

M. Maurice Bloch fait une conférence sur La femme juive dans 
le roman et au théâtre (voir plus loin, p. xxvnr). 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1891 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 23 JANVIER 1892 
Par M. Maurice VERNES, secrétaire 



Mesdames, Messieurs, 

Votre Conseil ayant bien voulu me désigner à nouveau comme 
rapporteur, j'ai l'honneur de prendre encore la parole devant vous 
pour vous exposer les travaux de l'année écoulée. Ma tâche sera un 
peu abrégée par une circonstance toute matérielle, qui est le retard 
apporté à la publication du fascicule d'octobre-décembre 1891, mais 
les trois qui précèdent fournissent à notre examen un ensemble 
d'études suffisamment variées pour retenir votre attention. 



Sur le domaine de l'ancienne littérature hébraïque, c'est encore 
le nom de M. Joseph Halévy que vous rencontrerez en première 
ligne. Dans son étude sur le Psaume IX { , notre confrère exprime 

1 Recherches bibliques, t. XXII, p. 26. 



RAPPORT SUR LUS PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI 

l'idée que les pièces qu'il ne craint pas d'appeler les « psaumes 
assyro-babyloniens » sont, de nature « à nous fournir quelques traits 
caractéristiques, qui peuvent servir à mieux comprendre l'esprit et 
les tendances des psaumes hébreux. » 11 ne s'agit point ici des 
prières consistant en « incantations que le prêtre récitait sur le 
malade afin de chasser les mauvais esprits, auxquels on attribuait 
l'origine de la maladie », mais de morceaux qui sont définis comme 
visant le pardon des péchés qui ont couché le malade sur son lit 
de souffrance. « D'après les croyances assyro-babyloniennes, pour- 
suit M. Halévy, chaque individu logeait clans son intérieur deux 
divinités protectrices, un dieu et une déesse qui l'accompagnaient 
depuis sa naissance jusqu'à sa mort. A la moindre négligence des 
prescriptions religieuses ou morales , ces divinités quittaient son 
corps, lequel était aussitôt envahi par des génies malfaisants, qui 
produisaient la douleur et la souffrance. » Il s'agissait alors de 
chasser les intrus au moyen de formules magiques ou bien d'obtenir 
le pardon des péchés du patient de façon à provoquer l'intervention 
salutaire des bons génies, prêts à expulser leurs incommodes succes- 
seurs. Cette croyance, générale chez tous les Sémites, se serait 
conservée dans le judaïsme talmudique, qui se serait borné à substi- 
tuer aux divinités protectrices indiquées plus haut, deux génies 
contraires accompagnant l'homme dès sa naissance et lui inspirant, 
l'un le bon penchant, l'autre les inclinations mauvaises. — Je ne vois 
très clairement, je l'avoue, ni le passage prétendu de la croyance 
assyro-babylonienne à la doctrine talmudique, ni la lumière que 
ces diverses propositions jettent sur l'interprétation des Psaumes ; 
mais vous vous souviendrez que je ne fais ici que l'office de rap- 
porteur. 

Dans un grand nombre de Psaumes il est fait allusion à un 
ennemi, dont le poète réclame l'anéantissement ; cet ennemi ne 
serait autre que le génie malfaisant, auteur du péché et de la ma- 
ladie. Toutefois, dans plusieurs de ces compositions, il serait ques- 
tion, non d'un ennemi spirituel et invisible, mais d'un ennemi réel, 
ce qui permettrait de dater l'œuvre avec précision. Ce serait le cas 
notamment pour le Psaume ix. On pourrait assurément songer à 
Antiochus Epiphane. M. Halévy pense que l'auteur a visé le der- 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 

nier roi babylonien, Nabonide. « C'est, j'emprunte les propres 
termes dont il use, un produit du dernier temps de l'exil, lorsque 
Cyrus se décida définitivement à s'emparer de la Babylonie. Tous 
les peuples opprimés avaient conçu alors l'espérance que la conquête 
de Cyrus amènerait la destruction de Babylone et apporterait un 
changement de politique envers les peuples soumis ; on sentait que 
le conquérant perse cherchait à se faire des amis parmi les popu- 
lations de la Syrie, afin de les attacher à son grand empire. . . L'au- 
teur de notre psaume était animé des mêmes espérances et cela 
explique, sans la moindre difficulté, la prière fervente qu'il adresse 
à la divinité pour lui demander le châtiment des orgueilleux et le 
relèvement des humbles. » Par un mode de discussion analogue, 
M. Halévy ramène à l'époque d'Ezéchias la composition des psaumes 
ii et ex *. Sans entrer dans le fond du débat, je me bornerai à rap- 
peler combien il est difficile de rapporter des morceaux tels que les 
Psaumes à des circonstances historiques déterminées. M. Halévy 
aura-t-il réussi à convaincre quelques-uns de ceux qui considèrent 
ces compositions lyriques comme le développement de thèmes 
moraux et religieux sans cadre historique réel ? J'en doute très 
fort, d'autant plus que, contrairement au proverbe qui veut que l'on 
prenne plus de mouches avec du miel que du vinaigre, ce n'est pas 
précisément de sucre qu'il enduit les bords de la coupe qu'il pré- 
sente à ses contradicteurs. En effet, après avoir déclaré que « plu- 
sieurs exégètes, las de tâtonner perpétuellement dans les ténèbros 
d'expressions vagues et privées de contours bien tranchés, ont mis 
les 150 psaumes tous ensemble dans le même panier (sic) et les ont 
déclarés tous produits à la même époque, notamment à l'époque 
la plus tardive de la littérature biblique, celle qui s'étend du retour 
de Babylone à l'avènement des Macchabées », il professe qu'il ne 
voit pas « la nécessité d'une classification, qui est à la fois si invrai- 
semblable et si désespérée » ; puis il peint ses adversaires littéraires 
comme des gens « qui, par un parti-pris inconcevable et jamais 
motivé, affirment hardiment que le recueil des Psaumes tout entier 
a été composé dans l'intervalle qui sépare le retour de l'exil de l'in- 

* T. XXIII. p. 32. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIII 

surrection des Macchabées » et, peut-être plus inexactement encore, 
comme des hommes, « qui voient dans les psaumes royaux un simple 
exercice poétique, dans lequel l'imagination de l'auteur n'a d'autre 
but que de se divertir ou d'amuser ses auditeurs » ; enfin, pour les 
achever d'un dernier coup, il pense les accabler sous la dénomi- 
nation de « critiques de l'école de M. Havet ». Non décidément, ce 
n'est pas là nous dorer la pilule, à M. Loeb et à moi ; car, sans trop 
nous reconnaître l'un ou l'autre, je crois bien que nous sommes ici 
visés l'un et l'autre. — Et, puisque le nom de l'un des hommes qui 
ont le plus honoré l'Université de France par une longue vie de pro- 
bité et de travail, par des publications toujours marquées au coin de 
l'étude consciencieuse, de l'absolue intégrité, d'une langue ferme et 
claire, puisque le nom de M. Ernest Havet s'est rencontré sous ma 
plume, vous me permettrez, Messieurs, toutes réserves faites sur 
des hypothèses hardies et aventureuses, de célébrer ce fait remar- 
quable d'un homme qui, ayant abordé l'étude du judaïsme dans un 
esprit de polémique, avec l'intention visible de le rapetisser ou, 
tout au moins, de l'abaisser devant l'hellénisme, s'est pris à la fin 
pour lui d'une véritable admiration et a consacré quelques-unes de 
ses pages les plus éloquentes à louer les incomparables beautés reli- 
gieuses et morales de la Bible ; et ce disciple résolu du xvnr 3 siècle 
emploie les dernières années de son active vieillesse à approfondir, 
avec une passion communicative, un problème de littérature biblique 
dont il se plaît à proclamer la haute importance l Rare exemple et 
qu'il faut souhaiter voir suivi par plusieurs autres ; rudes mais 
loyales étreintes, que je préfère mille fois à certaines banalités cou- 
rantes, à des compliments évasifs et qui sonnent faux, surtout à 
l'indifférence polie qui continue d'accueillir généralement nos études 
dans le cercle des lettrés de profession. 

M. Halévy nous a également fourni une étude sur Noé et le 
déluge ' ; il établit une comparaison -entre le récit biblique et un 
texte babylonien dont il nous donne la transcription et la traduction. 
Le premier serait « une transformation monothéiste et très abrégée 
du récit babylonien ». Notre confrère tire encore de cette compa- 

1 T. XXII, p. 161. 



XIV ACTES ET CONFERENCES 

raison une conséquence littéraire assez inattendue, à savoir qu'il 
faudrait renoncer à l'hypothèse, généralement admise, d'une di- 
versité de plumes dans les chapitres de la Genèse qui traitent du 
déluge, de la juxtaposition de deux documents dénommés jéhoviste 
et élohiste, d'après la préférence qu'ils témoignent pour les appel- 
lations Jèhovah ou Yahvêh et Elohim. 

M. Isidore Loeb nous a donné la suite de ses pénétrantes études 
sur la littérature des Patines dans ta Bible ; il y étudie la seconde 
partie de la prophétie d'Isaïe, qu'on appelle couramment le second 
haie l . Je ne vous ai pas dissimulé, l'année dernière, quelle impor- 
tance j'attachais à ces recherches, conduites avec tant de précision 
et de rigueur, sous une forme constamment aisée et attrayante ; 
quant à ce que vous pensez, non seulement de la valeur scientifique 
de notre confrère, mais de sa personne, vous venez de le proclamer 
en faisant violence à sa modestie pour l'appeler aux honneurs de la 
présidence. Pour moi, je ne voudrais pas succomber une seconde fois 
à la tentation de m'étendre sur des matières qui m'intéressent au 
plus haut degré et surtout, dans le cas présent, par la comparaison 
de mes propres résultats avec ceux qu'a obtenus M. Loeb. Je lais- 
serai donc à mon successeur à cette place l'enviable mission d'ana- 
lyser l'étude dont nous ne possédons aujourd'hui que la première par- 
tie, et je me bornerai à relever deux points, l'un relatif à la date du 
livre étudié, l'autre à sa doctrine. On lit couramment dans les ma- 
nuels d'exégèse, que les chap. XL à lxvi d'Isaïe « ont été écrits par 
un prophète juif à Babylone, pendant l'exil de Babylone, jusqu'à 
l'époque où les Juifs furent délivrés par l'édit de Cyrus. » — « Il y a 
même, continue M. Loeb, — car c'est lui que j'avais commencé de 
citer sans vous prévenir, — il y a des commentateurs qui, à l'aide 
du second Isaïe, savent suivre, comme sur la carte, les opérations 
militaires tentées, pendant les dernières années de l'exil juif, parles 
armées médo -perses contre l'empire babylonien. Ils notent par le 
détail les émotions du prophète qui surveille, avec une attention 
passionnée, la marche des envahisseurs; ses espérances et ses joies 
quand les ennemis s'approchent de Babylone ; son abattement, 

1 T. XXIII, p. l. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XV 

quand ils sont forcés de s'éloigner ou de s'arrêter. » Et notre con- 
frère ajoute : « Nous avouons que tant de perspicacité nous confond. 
A. notre avis, il n'y a rien de tout cela dans le second Isaïe; nous ne 
savons pas y retrouver l'écho des événements militaires qui ont pré- 
cédé ou accompagné la chute de Babylone, et il n'est pas prouvé pour 
nous que même le fameux passage où Cyrus est nommé soit d'un 
contemporain et n'ait pas été écrit plus tard. Quoique nous ayons 
provisoirement admis l'opinion courante sur la date du second Isaïe 
et que nous ne la contestions même pas absolument, au moins 
pour une partie des prophéties que renferme notre livre, il nous 
semble pourtant qu'elle est loin d'être solidement établie. D'une 
manière générale, on peut dire qu'il n'y a rien, dans le second Isaïe, 
qui ne puisse être attribué à l'époque du second temple. » 

Voilà pour la date; et déjà vous voyez que M. Loeb est en rup- 
ture complète avec cette école, longtemps en faveur, qui prétend 
expliquer chaque page de la Bible par les circonstances particulières 
à l'écrivain et à son temps, par les incidents politiques ou militaires 
auxquels il a été mêlé. M. Loeb s'attache à retrouver, sous la variété 
des formes, l'idée ou la doctrine. Dans le second Isaïe, l'intérêt se 
concentre autour de la ligure du « serviteur de Dieu » ; ce « servi- 
teur de Dieu », dans certains passages, ne serait autre que le 
Messie. Pour notre confrère, en effet et contrairement aux vues 
le plus généralement admises, les racines de l'idée messianique 
ne plongent pas dans le rêve ambitieux d'une royauté tempo- 
relle, et M. Loeb ne craint pas de s'inscrire en faux contre les 
conceptions en vigueur, en écrivant cette déclaration significative : 
« Si le Messie est devenu à la fin un rejeton de la famille de David, 
un autre David, plus superbe et plus puissant que le premier, il 
nous semble qu'à l'origine il a dû être plutôt un humble serviteur 
de Dieu, un Pauvre. C'était toute justice, puisque le Pauvre était 
seul resté fidèle à Dieu, avait seul expié les fautes de la nation, 
avait seul cru au retour de l'exil et à la restauration du royaume 
juif. Avant d'être un David idéal, le Messie aura été un Pauvre idéal, 
et c'est ainsi, à ce que nous croyons, qu'il apparaît dans le second 
Isaïe. » Notre confrère propose enfin de représenter graphiquement 
les différents « serviteur de Dieu » qu'on trouve dans ces pages 



XVI ACTES ET CONFERENCES 



incomparables, par une série de cercles concentriques, dont le plus 
extérieur, le plus grand, comprendrait le peuple juif tout entier ; 
le cercle situé en dedans de celui-ci, le second en venant du dehors, 
comprendrait encore le peuple juif, mais expurgé des éléments mal- 
sains et impurs qu'il renferme. En troisième lieu, viendrait le cercle 
plus étroit encore des Pauvres proprement dits ; enfin, le centre, où 
tous les Pauvres sont ramassés en un Pauvre unique, qui est le 
Messie. — En voyant soulevée à nouveau et dans des conditions de 
compétence incontestables, une des plus grosses questions de la 
théologie hébraïque, celle dont l'élucidation a peut-être le plus 
d'importance pour une appréciation exacte des origines chrétiennes, 
vous vous apercevez, Messieurs, combien il est risqué de prétendre 
que l'école dite de Graf, celle dont les chefs les plus illustres sont 
— ou étaient naguère encore — Reuss, Kuenen et Wellhausen, ait 
définitivement tranché les principaux problèmes touchant à la com- 
position et à la doctrine des livres bibliques. Il est permis, dès à 
présent, de dire qu'il en sera de cette école sur le domaine de l'An- 
cien Testament ce qu'il en a été de l'école de Baur pour le Nou- 
veau Testament. Une initiative hardie a brisé les anciens cadres, 
ouvert des voies nouvelles, mis en lumière des éléments oubliés et 
méconnus; tout cela, nous l'accordons, mais l'édifice qu'on avait 
cru durable, menace déjà ruine et doit être repris par les fon- 
dements. 

Dans le cercle des études bibliques, j'ai encore à vous signaler 
une intéressante hypothèse de M. D. Simonsen, intitulée le Psaume 
xxn et la Passion de Jésus l ; l'auteur émet l'idée que le dit psaume 
était le « psaume du jour », et, « comme tel, présent à l'esprit de 
tous, pour le jour où Jésus fut supplicié, c'est-à-dire le 14 Nisan » ; 
de là, une application toute naturelle à Jésus. Dans les Notes exègè- 
tiques de M. Mayer Lambert 2 , je relève un essai ingénieux d'in- 
terpréter le heshdgdm hou basar de Genèse, vi, 3, non par les mots 
«entant que aussi il est Chair », ce qui soulève de grosses objections, 
ou- encore par ceux-ci « à cause de leur erreur, lui étant chair », 
traduction également fort contestable, mais, en considérant hou 



» T. XXII, p. 283. 
a T. XXII, p. 121 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XV11 

basar comme une glose explicative de shag, de la façon suivante : 
« dans leur corps | lisez chair) ». 



II 



M. Cagnat vous a fait assister de nouveau au plus dramatique 
épisode de votre illustre passé, à l'événement politique qui a immor- 
talisé votre nation au moment où elle cessait d'être, à ce mémorable 
siège de Jérusalem par Titus, qui a commencé d'établir le renom du 
judaïsme dans l'empire romain ; mais il s'est placé, pour vous le 
représenter, à un point de vue tout spécial '. Sa parole aisée et 
entraînante vous a transportés dans le camp romain, et là, vous 
avez fait connaissance avec les chefs et les soldats de l'armée assié- 
geante, vous avez pénétré l'organisation des différents corps qui la 
composaient, leur armement, leur mode d'attaque. Vous ne pouviez 
trouver un guide plus alerte, mieux informé, dans ce que le confé- 
rencier a appelé lui-même et très spirituellement « une visite aux 
tranchées » de l'armée romaine. Vous avez même, un instant, oublié 
la triste situation des assiégés pour suivre avec une attention pas- 
sionnée les tableaux que faisait revivre sous vos yeux la lanterne 
magique des gens qui se respectent, je veux dire l'appareil Molteni. 
Savez-vous que l'épigraphie et l'archéologie latines sont de bien 
belles choses, pour nous apporter des documents si nombreux et si 
précis sur les hommes et les faits? Je me prenais, à part moi, à 
souhaiter la même fortune à notre épigraphie hébraïque, si mal 
partagée jusqu'à ce jour, et à propos d'un des principaux monu- 
ments de laquelle notre illustre et vénéré confrère, M. Joseph 
Derenbourg, se voyait contraint d'écrire, formulant ainsi un sage 
rappel à la sagesse à l'usage des gens qui veulent aller trop vite en 
besogne : « La paléographie hébraïque manque encore de bases 
solides 2 . y> L'avenir nous apportera-t-il à cet égard le supplément 

1 L'armée romaine au sifige de Jérusalem, dans les Actes et conférences > 
p. xxvm. 

' T. III, p. 108. 

ACT. ET CONF. B 



XVJI1 ACTES ET CONFERENCES 



d'informations qui nous serait si précieux ; je le souhaite vivement, 
— et je reviens à mon sujet. Je me suis, je l'avoue, intéressé tout 
particulièrement à la présence de contingents orientaux dans 
l'armée romaine, à ces troupes, amenées par Hérode Agrippa II, 
où figuraient « ces Nabatéens demi-sauvages, qui vivaient dans des 
grottes souterraines, comme des animaux ». Ne seriez- vous pas 
curieux de contempler l'aspect d'un soldat de Sohem, roi de l'Iturée, 
région située à l'est des états d'Agrippa et confinant à l'Arabie, qui 
avait amené à Titus un contingent de 3,000 hommes? Vous voilà 
satisfaits. « Par un heureux hasard, nous avons conservé la tombe 
d'un soldat appartenant à une troupe d'Ityréens; on y voit le buste 
du défunt. Le costume est caractéristique. Le corps est couvert 
d'une sorte de grand manteau à capuchon, qui rappelle beaucoup 
le burnous arabe; il semble, en effet, cousu sur le devant et non 
boutonné ou agrafé, comme notre manteau de cavalerie ; au-dessous, 
on aperçoit le haut d'une tunique, qui laisse le cou dégagé ; la tête 
est nue et ne devait point porter de casque. D'une main, il tient 
un arc, et de l'autre, deux flèches : c'est l'arme par excellence de 
TOrient; les Parthes, voisins des Ityréens, avaient, comme archers, 
une réputation qu'il est inutile de vous rappeler. » Malchus, un chef 
arabe, avait fourni un effectif d'au moins 5,000 hommes, etPalmyre 
avait envoyé des archers. 

A côté de ces Orientaux à l'armement primitif et sommaire, figure 
tout le matériel d'une poliorcétique savante, disons plus simplement 
de l'artillerie romaine. Une ingénieuse composition en a groupé 
sous vos yeux les principaux éléments. Voyez-vous cette batterie, 
qu'on croirait installée d'hier par les soins d'un lieutenant sorti de 
l'école d'application de Fontainebleau? Des plateformes, rigou- 
reusement dressées, sont protégées contre les projectiles ennemis 
par un épaulement en terre, que maintiennent des gabions et des 
saucissons. Deux machines de guerre y sont installées. « L'une, 
celle de droite, est une balliste. La balliste, comme la catapulte, 
était une arbalète de gros calibre. Deux bobines servaient à main- 
tenir dans la position voulue les deux branches d'un arc, dont les 
extrémités étaient reliées par une grosse corde ; celle-ci glissait 
dans une grande rainure, où l'on introduisait des flèches ou des 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIX 



boulets. On tendait la corde et on la maintenait tendue au moyen 
d'un crochet rattaché à une chaîne, qui s'enroulait sur un cabestan, 
placé à la partie inférieure de la machine ; en lui rendant la liberté, 
on envoyait le projectile aussi loin que la pièce le comportait. La 
seule différence qui existât entre la catapulte et la balliste, c'est 
que la première était disposée horizontalement, et la seconde in- 
clinée à 45 degrés ; on doit donc faire entre ces deux engins exacte- 
ment la même distinction qu'entre nos canons et nos mortiers. » 
Je voudrais bien aussi vous vanter les mérites de l'onagre, « sorte 
d'immense cuiller, dans le creux de laquelle se plaçait le projectile. 
On attirait violemment à soi cette cuiller, de façon à l'amener 
jusqu'à terre, puis, on la lâchait brusquement. Elle se redressait 
alors, et, frappant contre un tablier de bois ou de métal », laissait 
filer le projectile dont on l'avait chargée. M. Cagnat qualifie ces 
machines de primitives ; je ne les trouve pas tant maladroites et je 
ne plains pas le sort de l'officier chargé de diriger une batterie de 
ces formidables engins. On vous a montré encore la tortue, carapace 
artificielle formée par des boucliers en pente, le bélier mis à l'abri 
des coups de l'ennemi par une toiture blindée de fer, protégé contre 
la flamme par des peaux mouillées, enfin les tours mobiles, gigan- 
tesques charpentes, qui permettaient aux troupes assiégeantes de 
s'élever sur le même plan que les défenseurs des remparts, parfois 
de les dominer et de les envahir en abaissant des ponts-levis disposés 
tout exprès. Vous voyez, Messieurs, que pour n'avoir encore inventé 
ni la poudre avec fumée, ni la mélinite, ni la poudre sans fumée, les 
anciens avaient déjà à leur disposition une collection suffisamment 
complète d'outils appropriés à la destruction de leurs semblables» 
Rentrons dans des sphères plus sereines avec la seconde partie de 
la belle étude de M. Epstein sur le livre des Jubilés, Philon et le 
Midrasch Tadsché '. Je vous en ai exposé l'année dernière l'objet et 
le plan ; je me borne à mentionner aujourd'hui les curieux et ins- 
tructifs développements donnés à quelques points particulièrement 
intéressants. « Il y a, dit le Midrasch Tadsché, trois sortes de sacri- 
fices : l'holocauste, le sacrifice de prospérité et le sacrifice de péché, 

1 T. XXII, p. 1. 



XX ACTES ET CONFERENCES 



auxquels correspondent trois espèces d'hommes pieux, lesquels arri- 
vent à la connaissance de Dieu par trois voies différentes, par 
l'amour, le désir et la crainte. L'holocauste répond à l'amour, le 
sacrifice de prospérité au désir et le sacrifice de péché à la crainte. 
L'amour est placé au-dessus du désir, et le désir au-dessus de la 
crainte. » C'est certainement à Philon qu'il faut, d'après M. Epstein, 
rapporter la classification des sacrifices qui vient d'être indiquée ; 
mais l'auteur du Tadsché ne semble avoir fait cet emprunt que par 
l'intermédiaire du livre des Jubilés de Pinhas ben Iaïr. M. Epstein 
traite dans les sections suivantes de la fixation de la Pentecôte au 
dimanche, du comput des années et des mois dans le livre des Ju- 
bilés, de la signification de la fête des semaines et des fêtes des 
Thérapeutes. Il faut beaucoup de science pour aborder ces délicates 
questions et nous rendons hommage au talent avec lequel l'auteur a 
su faciliter l'intelligence de ces problèmes complexes et ardus. 

Dans un ordre d'idées qui confine par quelques points au précé- 
dent, citons la savante étude de M. Bâcher sur Y Exégèse biblique 
dans le ZoJiar l . La tâche était fort difficile avec ce traité mystique 
et cabalistique, dont les travaux récents rapportent le lieu d'origine 
à l'Espagne et la date à la fin du xiii c siècle ; M. Bâcher a exposé 
l'intérêt et la nature de ses recherches dans des termes que je dois 
reproduire : « Un travail critique sur le Zohar est des plus difficiles, 
et on peut se demander s'il vaudrait la peine de l'entreprendre. Il 
faudrait chercher en détail la source des midraschim imités et al- 
térés par l'auteur pour des lecteurs crédules et ne soupçonnant pas 
la supercherie ; montrer comment l'auteur a utilisé les éléments em- 
pruntés par lui au Talmud et aux écrits midraschiques authentiques 
et comment il les a dénaturés, souvent jusqu'à les rendre mécon- 
naissables ; comment il a inventé lui-même des explications mi- 
draschiques de l'Ecriture sainte qu'il a mises dans la bouche de ses 
héros ; avec quel art ou quelle gaucherie il a composé le cadre 
épique de son livre, les légendes qui servent d'ornementation à sa 
composition, ajouté toutes sortes d'indications d'une curieuse préci- 
sion sur la vie des Tannaïm et sur les relations qu'ils ont eues entre 

1 T. XXII, p. 33 et 219. 



KMPPOKT SUH LKS PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXI 

eux ; enveloppé le petit nombre de renseignements exacts et histo- 
riques qu'il emprunte aux sources authentiques d'un nuage de diva- 
gations fantastiques sans bornes. . . » M. Bâcher a choisi dans cette 
matière si ample un chapitre spécial, celui de l'exégèse biblique 
selon le Peschat ou interprétation naturelle, autrement dit sens 
littéral, qui est, d'après le Zohar lui-même, le degré inférieur de 
l'interprétation biblique. La conclusion de notre savant collabora- 
teur est que « le Zohar mérite l'attention en tant que source d'in- 
terprétations simples et comme témoignage de l'emploi de ce genre 
d'interprétations durant le siècle qui a suivi en Espagne l'époque des 
grands exégètes ». 

M. Martin Schreiner a poursuivi et achevé la publication de ses 
études sur le Kitàb al-Mouhâdara wa-l-Moudhâkara de Moïse 
b. Ezra et ses sources l , marquées au coin de la plus solide et exacte 
érudition. C'est encore un chapitre de votre histoire littéraire et 
religieuse qui reçoit un utile complément, « le livre de Moïse 
b. Ezra, dit fort bien M. Schreiner, n'étant pas seulement une 
source précieuse pour l'histoire juive, une apparition intéressante 
dans l'histoire de l'exégèse biblique, mais encore une production 
importante de la vie intellectuelle juive dans l'Espagne mahomé- 
tane, un témoignage des tendances littéraires de nos grands poètes 
du moyen-âge, une preuve de leur dépendance vis-à-vis de la litté- 
rature mahométane en même temps que de leur originalité propre. » 

J'énumère ici d'une façon sommaire, en m'excusant auprès de 
leurs auteurs de l'obligation où me mettent le temps et l'espace dont 
je dispose de me borner à une simple indication de titres, une série 
de. travaux et de notices consacrés à la littérature talmudique et 
du moyen-âge, à la grammaire, à Fépigraphie, à la lexicographie, 
à la bibliographie: Quelques notes sur la vie de Juda Léon de Mo- 
dem, de M. Neubauer 2 , la Légende d' 'As math, fille de Dîna et femme 
de Joseph, de M. Joseph Perles 3 , les Notes sur la littérature des 
Juifs hispano-portugais, de M. Kayserling 4 , l'étude de M. Ilalévy 

1 T. XXII, p. 02 et 236. 
' T. XXII, p. 82. 

3 T. XXII, p. 87. 

4 T. XXII, p. 119. 



XXII ACTES ET CONFERENCES 



sur Une inscription sdbéenne soi-disant d' 'origine juive i , la longue 
analyse donnée par le même d'un ouvrage allemand sur la religion 
mandéenne 2 , les Mélanges talmudiques et midraschiques, de M. Ko- 
hut a , On chapitre inédit de Sabletai honnolo, de M. Ncubauer 4 , une 
intéressante élude de M. Lazare Belléli sur Deux versions peu 
connues du Pentateuque :i , diverses notes de MM. Furst, Bâcher, 
Kaufmann, Schwab, Israelsohn, Halévy, Glaser, Israël Lévi, Mo- 
dona G ; une notice de M. Moïse Schwab sur les Médailles de la 
collection Strauss', une utile contribution de M. Hartwig Deren- 
bourg, portant sur Les Manuscrits judaïques entrés au Briiish Mu- 
séum de 18G7(i 1S90*, enfin une Revue bibliographique, de M. Isidore 
Loeb, traitant des dernières publications relatives au judaïsme . 



III 



Je place dans une catégorie spéciale ce qui a trait à l'histoire du 
judaïsme au moyen âge et dans les temps modernes, et ici encore 
je suis embarrassé par la variété et l'abondance des matériaux. Je 
voudrais relever bien des faits curieux et émouvants, refaire avec 
M. Rodocanachi l'histoire du Ghetto à Borne 10 , de cette commu- 
nauté juive installée au seuil même du Vatican, « blottie dans le 
giron même de l'Eglise », selon l'ingénieuse expression de son his- 
torien. Prenons-les dès leur arrivée à Rome, ces Juifs « chassés de 
leur pays par le besoin, ou bien amenés enchaînés derrière le char 

1 T. XXII, p. 125 ; cf. ibid., p. 280 et 281. 

1 T. XXII, p. 139 et 29G. 

3 T. XXII, p. 208. 

* T. XXII, p. 213. 

5 T. XXII, p. 250. 

,; T. XXII, p. 133 et XXIII, p. 129 ; t. XXII, p. 134, 135, 137 et XXIII, 
p. 133; t. XXII, p. 285 et 287; t. XXII, p. 294; t. XXII, p. 295 et XXIII, 
p. 132; t. XXIII, p. 117; t. XXIII, p. 121 ; t. XXIII, p. 125; t. XXIII, 
p. 134. 

7 T. XXIII, p. 130. 

8 T. XXIII, p. 99. 

9 T. XXIII, p. 144. 

10 Actes et conférences , p. ux. 



HAPPOItT SUK LKS PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXII! 



des triomphateurs romains, » qui « allèrent s'enfouir dans ce fau- 
bourg misérable, nauséabond et mal famé du Transtévère, récep- 
table de la lie de Rome, où jamais ne pénétrait le citoyen romain 
qui se respectait quelque peu et où la police impériale même ne se 
risquait que lorsqu'elle ne pouvait pas faire autrement. » En somme, 
la papauté, sans se montrer franchement libérale, fit preuve envers 
les descendants d'Abraham d'une réelle tolérance ; au prix de bien 
des vexations, elle leur accorda le bien inappréciable de la sûreté 
des personnes, tandis que plusieurs gouvernements, purement poli- 
tiques, laissaient libre cours aux atrocités de la persécution popu- 
laire, quand ils ne prenaient pas l'initiative des spoliations les plus 
odieuses et tout particulièrement de ce crime abominable, qui con- 
siste à interdire le sol de leur patrie à d'honnêtes gens, coupables 
de rester fidèles à la foi et aux usages séculaires de leurs ancê- 
tres. Voyez les démonstrations de la petite communauté Israélite 
des bords du Tibre lors de l'intronisation d'un nouveau pontife ; 
son représentant offre au nouveau pape une livre de poivre et deux 
de chandelle et le maître des cérémonies, en retour, leur remet 
vingt sols. Je pense que leurs banquiers étaient accoutumés, dès 
cette époque, à manier des sommes plus fortes et qu'ils eussent été 
fort en peine de prêter secours aux finances pontificales s'ils n'a- 
vaient eu en caisse que des dépôts de cette importance. Voilà ce- 
pendant venir des temps plus durs, où « tout commerce, toute rela- 
tion, toute cohabitation avec les chrétiens est défendue » ; pour 
assurer l'exécution de ces mesures, « les Juifs porteront désormais, 
bien apparent, le signe distinctif de leur race, l'infamant bonnet 
jaune, dont ils avaient été jusqu'alors dispensés à Rome ; ils n'au- 
ront plus de serviteurs chrétiens, — des esclaves, dit la bulle pon- 
tificale, ne pouvant commander à leurs maîtres — , plus de nour- 
rices chrétiennes pour leurs enfants, plus de cochers chrétiens pour 
leurs voitures. » Enfin, Paul IV les parque et les cloître dans un 
quartier, que ferme une muraille et dont les portes sont soumises 
à une surveillance sévère. Ainsi naquit le ghetto. « Tout ce quartier, 
dit M. Rodocanachi, avait au plus un hectare de superficie. Or, la 
communauté qui, au xi° siècle, se composait à peine de deux ou 
trois cents membres, avait crû rapidement durant la période mé- 



XXIV ACTES ET CONFERENCES 



diévale, et elle en comptait au moins deux mille au xvn c siècle. 
C'est-à-dire que, dans les étroites limites qui lui étaient assignées, 
la population juive avait une densité triple ou quadruple même de 
celle des quartiers les plus populeux de Paris, le quartier Bonne- 
Nouvelle ou du Mail, par exemple. On conçoit, après cela, que les 
reclus du ghetto eussent cet air hâve et chétif, qui excitait la verve 
railleuse des écrivains du siècle dernier, a Et cependant, comme il 
arrive que le bien sort parfois du mal, la création du quartier juif 
eut pour conséquence une sorte d'autonomie municipale ; la com- 
munauté juive s'administra elle-même et prit des décisions réglant 
certains points de la vie civile, notamment le luxe et les fêtes. Les 
lois somptuaires que l'autorité juive imposa à tous les habitants du 
ghetto, furent d'une rigueur digne de la république romaine. C'est 
une curieuse histoire que celle des finances des Juifs de Rome, 
obligés de contracter des emprunts auprès des capitalistes chrétiens 
pour faire face à des dépenses considérables et tout particulière- 
ment aux exigences du fisc. 

Une circonstance, toujours inquiétante pour une petite minorité 
noyée au sein des adhérents d'une autre religion, ce sont les essais 
de prosélytisme et de conversion. On commence par être tout sucre 
et miel, puis on s'irrite des résistances et l'on paie en mauvais 
procédés l'insuccès de ses tentatives. Un certain Juif converti avait 
entrepris d'amener ses ex-coreligionnaires à la foi chrétienne; 
mais les Juifs n'allaient pas l'entendre, si éloquent qu'on le dit ; 
Tsarphati, — c'était son nom, — prêchait dans le vide. « Las de ce 
rôle ingrat, il s'en vint trouver le pape et lui représenta tout l'avan- 
tage qu'il y aurait pour ces pécheurs endurcis à être contraints 
d'assister à ses prêches. — Le pape se rendit à ses raisons, mais sa 
décision ne fut pas tout à fait celle qu'attendait le fougueux prédica- 
teur ; car, s'il rendit obligatoire la présence des Juifs aux sermons, 
il chargea quelqu'un d'autre de les faire. » Cette application im- 
prévue du sic vos non vobis ne manque assurément pas de piquant. 
Donc, chaque samedi, au sortir de la synagogue, le tiers de la po- 
pulation du ghetto était tenue de se rendre à l'oratoire pour y en- 
tendre malmener, pendant une heure, ses rabbins, ses traditions 
et ses croyances. On rapporte que, parmi ces auditeurs forcés, 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXV 

d'aucuns se mettaient sournoisement du coton dans les oreilles, et 
d'autres, tout simplement, s'endormaient ; aussi un surveillant par- 
courait-il les rangs, une longue baguette à la main, et frappait-U 
sur les doigts de ces écoliers à barbe grise. Et, quand M. Rodoca- 
nachi ajoute qu'on prenait note des absents pour les punir de leur 
obstination par la bastonnade ou l'exil, je me confirme dans mon 
sentiment que les convertisseurs, après vous avoir abordé le sourire 
aux lèvres et la bouche en cœur, sont trop souvent tentés de re- 
courir en fin de cause à l'argument de la force. 

Un de ces convertisseurs que j'ai le plus de plaisir à flétrir, c'est 
ce Juif converti, au sujet duquel M. Kracauer nous a donné un très 
intéressant document sous le titre de Pfefferkorn et la confiscation 
des livres hébreux à Francfort en 1510 l . Ce personnage avait obtenu 
de l'empereur Maximilien un édit, « l'autorisant à examiner le con- 
tenu de tous les écrits des Juifs dans toutes les villes de l'Empire et 
à détruire ceux qui blasphémaient la Bible et la foi des chrétiens ». 
C'est à Francfort-sur-le-Mein qu'il commença à mettre ce vilain 
mandat à exécution. Etant revenu une seconde fois à la charge, il 
se heurta à des résistances qui ne furent pas couronnées de suc- 
cès, mais génèrent néanmoins son action. 

M. Loeb nous a donné quelques Notes sur l'histoire des Juifs 
d'Espagne, empruntées aux récents travaux de M. Fidel Fita-. 
M. David Kaufmann a restitué très heureusement la figure de R. 
Joseph Lévi Aschkenaz, pronier rabbin de Metz, depuis le rétablisse- 
ment de la communauté 3 à la fin du seizième siècle, et celle d'un 
artiste oublié, du peintre vénitien Mosé del Castellazo ; il a recueilli 
aussi des renseignements intéressants sur la famille de ce dernier 4 . 
M. Israël Lévi a donné une suite aux intéressantes études qu'il 
groupe sous le titre ingénieux du Juif de la légende "\ tandis que 
M. Salomon Kahn nous communiquait des documents inédits sur 
les Juifs de Montpellier au moyen âge °. M. Romanos a écrit l'His- 

1 T. XXII, p. 112. 

* T. XXII, p. 104. 

1 T. XXII, p. 93. 

4 T. XXII, p. 230. 

' T. XXII, p. 2G4. 

G T. XXU, p. 290 et XXIII, p. 139. 



XXVI ACTES ET CONFERENCES 



toire de lu communauté israèlite de Gorfou ' ; M. Dejob a exposé la 
Condition des Juifs de Manloue au seizième siècle d'après tin livre 
récent ', et M. Mon in fourni une étude pleine de faits et de docu- 
ments sur un sujet essentiellement parisien, sur les Juifs de la capi- 
tale à la fin de l'ancien régime 3 . 

Nous voici, Messieurs, parvenus à Paris et à la lin du xvm e 
siècle. Je n'ai plus qu'un pas à franchir pour arriver à l'époque 
contemporaine et me donner la satisfaction de recevoir vos applau- 
dissements en remplissant le plus agréable des devoirs. En tête 
d'un des cahiers de votre Revue vous avez découvert avec un affec • 
tueux respect un beau portrait, qui représente le vénéré doyen de 
votre Conseil. Au moment où M. Joseph Derenbourg accomplissait 
sa quatre-vingtième année, la Société des Etudes juives tenait à 
saluer en lui son membre le plus illustre, infatigable dans sa verte 
vieillesse, malgré les entraves d'une pénible infirmité. En vérité, 
vous ne croiriez pas que M. Derenbourg n'a plus la douceur de 
jouir de la lumière du jour et de la joie des couleurs en voyant 
quelle importante contribution il n'a cessé d'apporter à notre Revue 
au sein de l'année écoulée ; sa publication des précieuses Gloses 
d'Abou Zakariya oen Bilam sur Isdie 4 touche à sa fin ; ce n'est toute- 
fois pas la dernière ni la plus considérable des œuvres par lesquelles 
notre éminent confrère entreprend — je ne dis pas de terminer — 
mais de poursuivre sa belle carrière scientifique. Ainsi que l'écrivait 
M. Zadoc Kahn, « la vive sympathie que, dès l'origine, M. Deren- 
bourg a témoignée à notre œuvre naissante, a été notre première 
caution auprès du monde savant et une des causes les plus cer- 
taines de notre succès. Mais il ne nous a pas seulement accordé son 
puissant patronage. Il nous a honorés de son concours personnel et 
quelques-uns des travaux les plus remarqués qui aient paru dans 
notre recueil sont sortis de sa plume infatigable. Aucun de nos lec- 
teurs n'a oublié ni ses « Recherches bibliques », ses fines et péné- 
trantes analyses de Job, de l'Ecclésiaste, ni son admirable étude sur 

1 T. XXIII, p. 03. 

2 T. XXIII, p. 75. 

3 T. XXIII, p. 85. 

4 T. XXII, p. 47 et 190; XXIII, p. 43. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XXVll 



le Traité mishnaïque de Yoma, sans parler de tant d'autres essais 
que nous devons à sa précieuse collaboration. M. Deronbourg est 
de ceux qui ne peuvent toucher à une question sans la renouveler, 
sans semer à profusion les vues les plus ingénieuses et les plus 
solides à la fois, sans ouvrir à l'esprit des horizons inconnus. Ce 
sera toujours un grand honneur et un gage de durée pour notre 
Revue de pouvoir se réclamer d'un nom aussi universellement res- 
pecté et qui, depuis tant d'années, brille au premier rang dans les 
régions scientifiques. » Et notre nouveau président, M. Isidore Loch, 
écrivait, à son tour, à la même occasion : « A un âge où d'autres 
cherchent le repos, M. Joseph Derenbourg poursuit ses études 
avec un entrain et une activité absolument étonnants. Il a trouvé 
un charme qui lui conserve la jeunesse et lui permet d'être entre- 
prenant comme on l'est à vingt ans. La publication des ouvrages 
arabes de Saadia, qu'il vient de commencer avec le concours d'un 
grand nombre de savants, groupés autour de lui, est une œuvre 
colossale, par laquelle il couronnera dignement sa belle carrière. » 

Mesdames, Messieurs, 

Que pourrais-je ajouter à de tels témoignages? Une seule ré- 
flexion ; c'est que, si les fonctions de rapporteur ont quelquefois 
des exigences un peu dures, elles ont aussi leurs compensations. 
Dans le cas présent, c'est une haute satisfaction pour moi d'avoir le 
droit de saluer en votre nom à tous le grand savant juif, qui a con- 
quis définitivement droit de cité en France aux études talmudiques 
et rabbiniques. Soyez-en convaincus , Messieurs , de même que 
l'homme, selon la parole de la Bible, « ne vit pas de pain seule- 
ment », une démocratie telle que la nôtre ne peut pas vivre exclu- 
sivement de commerce, d'industrie et de politique. Il lui faut les 
grandes traditions religieuses, soigneusement entretenues par la 
série des docteurs ; et, parmi ces traditions, celle que M. Deren- 
bourg s'applique à faire revivre par ses travaux, en même temps 
qu'il la continue par son exemple, est une des plus propres à élever 
l'âme des individus et celle des nations. 



LA FEMME JUIVE 

DANS LE ROMAN ET AU THÉÂTRE 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 23 JANVIER 1892 

Par M. Maurice BLOCII. 



Mesdames, Messieurs, 

Il y a quelques années, un spirituel causeur, M. A. Dreyfus, 
vous faisait ici même une conférence sur le juif au théâtre, et il 
constatait que sur la scène le juif doit être grotesque ou odieux. — 
Vous pensez bien, Mesdames, (]ue ce n'est pas pour vous répéter de 
pareils compliments que je me suis permis de vous déranger ce 
soir. — Je vais exposer une thèse toute contraire à celle de 
M. Dreyfus, et j'ai pour cela les meilleures raisons du monde : c'est 
que les écrivains eux-mêmes ont dit de la juive tout le contraire 
de ce qu'ils ont dit du juif ! . . . Singulier revirement qui se produit 
chez eux dès l'instant qu'il s'agit de vous, Mesdames. Le mépris 
fait place à l'estime, la haine se change en sympathie et la race 
maudite devient la race aimable entre toutes, digne d'être aimée, et 
bien mieux encore ! digne d'être admirée : car elle a toutes les 
qualités et toutes les vertus. 

Faut-il croire, suivant l'opinion de quelques-uns, que les écri- 
vains, qui ont dit tant de mal des juifs, ont parfois des remords, et 
que, pour mettre leur conscience en repos, ils témoignent des égards 
à nos femmes et à nos filles? Devons-nous plutôt penser que ces 
dispositions bienveillantes sont dictées par la galanterie, qui ne 



LA FEMME JUIVE DANS LE HOMAN ET AU THEATRE XXIX 

perd jamais ses droits, en France surtout? Et s'il est vrai que le 
grand roi Louis XIV parlait chapeau bas à la plus humble pay- 
sanne, taut-il s'étonner qu'il y ait des gens courtois vis-à-vis d'une 
juive*? 11 y a un peu de cela dans le portrait si flatteur qu'on nous 
lait de vous, Mesdames. Il y a bien autre chose encore, et j'y re- 
viendrai dans le cours de ma conférence. Ce qui est certain, c'est 
qu'il y a vis-à-vis de vous une tradition glorieuse, une tradition 
acceptée avec empressement par les écrivains non israélites (et 
c'est de ceux-là seuls que je m'occupe) : 
Hommage à la femme juive! 

Hommage d'abord à sa beauté. Sur ce point, l'accord est général 
et l'éloge devient même banal à force d'avoir été répété. Notez ceci : 
toutes les fois qu'on met en scène une belle juive, on profite de 
l'occasion pour dire qu'elle n'est pas une exception, que toutes les 
femmes juives lui ressemblent. Je trouve dans Méry : « Mon enfant, 
lorsque vous visiterez nos musées italiens, vous trouverez le por- 
trait de votre sœur (il s'agit de la Juive au Vatican) sur beaucoup 
de toiles où Sanzio a peint ses vierges immortelles. Cette simple 
observation d'artiste ne s'applique pas seulement à votre sœur, 
mais peut se retrouver avec plus ou moins de bonheur sur les 
ligures de presque toutes les jeunes filles juives. » Balzac va plus 
loin encore. « En France, dit-il, il est extrêmement rare, pour ne 
pas dire impossible, de rencontrer les trente fameuses perfections 
décrites en vers persans et qui sont nécessaires à une femme pour 
être entièrement belle ». Mais ces trente fameuses perfections, har- 
monieusement fondues, Balzac les donnera au seul personnage 
d'Esther dans /Splendeurs et misères des courtisanes, et il explique 
pourquoi : « La mère d'Esther était juive. » Le poète Victor Hugo 
apporte aussi sa note dans ce concert d'éloges : 

Que m'importe, juive adorée, 
Un sein d'ébène, un front vermeil. 
Tu n'es point blanche ni cuivrée, 
Mais il semble qu'on t'a dore'e, 
Avec un rayon de soleil *. 

1 Sultane favorite. — Orientale XII. 



XXX ACTES ET CONFERENCES 



Poètes et prosateurs, vous le voyez, sont d'accord pour recon- 
naître, non seulement que la femme juive est belle, mais que cette 
beauté n'est pas ordinaire ; elle a quelque chose de particulier, de 
divin, c'est le mot. C'est bien là ce que résume le gascon Raoul 
de lilossac, dans Ponson du Terrail, quand voyant une belle juive 
il s'écrie : « Mordious ! ce n'est pas une femme, c'est une déesse *. » 

Je vous ai prévenus que c'est un gascon qui parle. Et pourtant 
des gens qui ne sont rien moins que gascons nous rendraient encore 
des points en matière de galanterie lorsqu'il s'agit de la beauté de 
la femme juive. Voyez les auteurs étrangers; pour Sacher Masoch, 
l'apparition de la jeune iille fait penser à « ces portes d'azur éblouis- 
santes qui livrent passage aux anges descendant du ciel ». Vous 
connaissez tous le roman • à'Ivanhoè de Walter Scott. Lorsque la 
juive Rébecca paraît aux fêtes du tournoi, c'est un murmure d'ad- 
miration dans toute l'assemblée. Signe infaillible de sa beauté : elle 
excite le dépit et lajalousie de toutes les femmes présentes. Je sup- 
pose bien qu'elles n'étaient pas juives ! Une dernière citation sur 
la beauté de la femme juive. Je l'emprunte à Shakespeare. Dans 
quelle pièce? dans celle même où il semble avoir voulu clouer la 
race juive au pilori, dans ShylocJc ! Shakespeare nous dit que son 
juif, noir comme le jais, a une fille blanche comme l'ivoire. Un des 
personnages de la pièce ne va-t-il pas jusqu'à laisser entrevoir que 
Shylock pourrait bien encore entrer au paradis par égard pour cette 
belle fille? Shylock au Paradis ! Ah! l'on a bien raison de dire que 
la beauté est, elle aussi, une vertu. 

Maintenant pourquoi cette vertu serait-elle le privilège de la 
femme juive? Chateaubriand a répondu à la question, et il y a ré- 

1 On lit encore dans Goncourt à propos de la juive Manette Salomon : • Lu 
nature est une grande artiste inégale. Il y a des milliers, des millions de corps 
qu'elle semble à peine dégrossir, qu'elle jette à la vie à demi façonnés et qui 
paraissent porter la marque de la vulgarité, de la hâte, de la négligence d'une 
fabrication banale. De la pâte humaine, on dirait qu'elle tire, comme un ouvrier 
écrasé de travail, des peuples de laideur, des multitudes de vivants ébauchés, 
manques, des espèces d'images à la grosse de l'homme et de la femme. Puis de 
temps en temps, au milieu de toute cette pacotille d'humanité, elle choisit un 
être au hasard comme pour empêcher de mourir l'exemple du beau. Elle prend 
un corps qu'elle polit et finit avec amour. Et c'est alors un véritable et divin être 
d'art. . . Le corps do Manette était un de ces corps-là. . . » 



LA FEMME JUIVE DANS LE KÛMAN ET AU THEATRE XXXI 



pondu d'une façon au moins curieuse. Il rappelle que les femmes 
juives n'ont pas pris part aux tourments et aux humiliations de 
toutes sortes infligées au Christ; il y en a même qui ont eu pour le 
Nazaréen un regard de pitié, une parole de consolation. Par suite, 
les femmes juives ont été à jamais préservées de la malédiction qui 
a frappé Israël. Il leur est resté comme un reflet d'un rayon d'en- 
haut. A cette singulière explication, je préfère de beaucoup l'obser- 
vation d'Henri Heine. Ce dernier a remarqué aussi que la beauté des 
juives a un caractère particulièrement touchant et il en donne la 
raison : « La conscience qu'elles ont de la misère profonde, de Ta- 
nière ignominie et des dangers de toutes sortes au milieu desquels 
vivent leurs parents et leurs amis, répand sur leur gracieuse phy- 
sionomie un air de tendresse souffrante, de crainte affectueuse et 
attentive qui exerce un charme singulier. » Si éloignés que Chateau- 
briand et Heine paraissent l'un de l'autre, ils sont pourtant d'ac- 
cord sur un point, c'est que, chez la femme juive, la beauté physique 
n'est pas autre chose que le reflet de la beauté morale. 

Aussi la juive, héroïne de roman, est-elle singulièrement intéres- 
sante ! L'écrivain lui donnera surtout les qualités tant de fois con- 
testées à notre race : la franchise, le désintéressement, la noblesse 
des sentiments, le courage. Capable de tous les dévouements, elle 
s'élève parfois jusqu'au sublime. Est- il un plus beau caractère que 
celui de Rébecca dans Walter Scott? L'auteur en fait presque une 
sainte. Il nous la montre dévouée à l'humanité souffrante, conso- 
lant les affligés, secourant les indigents, soignant les malades israé- 
lites ou chrétiens sans distinction. Mais là n'est pas le trait domi- 
nant de la juive. Ce qui frappe dans ce personnage de Walter 
Scott, c'est l'héroïsme! La jeune fille arrachée à sa vie paisible et 
toute d'humilité, est jetée dans une série d'épreuves périlleuses, 
d'aventures émouvantes. Et c'est là qu'éclate toute la supériorité 
de la femme juive ! Rappelez- vous la scène où Rébecca, tombée 
entre les mains du redoutable templier de Bois-Guilbert, repousse 
des propositions qui l'offensent, et, préférant la mort à l'infamie, est 
prête à se précipiter dans l'abîme ! « Le templier hésita un instant ; 
mais son audace, qui n'avait jamais cédé à la pitié, céda à l'admi- 
ration que lui inspirait le courage héroïque d'une jeune fille. — 



XXXII ACTES ET CONFÉRENCES 



Jeune imprudente, lui dit-il, quitte cet endroit dangereux, je te jure 
par le ciel et la terre que je ne chercherai pas à t'offenser. » Et il 
ajoute avec un ton plus respectueux : « Je ne vous demande pas 
pardon de la menace dont je vous ai offensée. Sans elle je n'aurais 
pas connu la noblesse, la fierté de votre caractère, et par consé- 
quent nous y avons gagné tous deux. La pierre de touche peut 
seule faire connaître le bon or. » 

11 semble que cette réflexion soit celle de la plupart des écrivains 
qui ont parlé delà juive : « La pierre de touche fait connaître le 
bon or », et les circonstances difficiles font connaître la grandeur 
d'âme de la juive. A la juive, les dangers et par suite les occa- 
sions du triomphe! C'est le thème adopté. Mieux encore que les 
personnages de Corneille, la juive est faite pour emporter l'ad- 
miration ! 

Prenez le roman de M me Katazzi, la Belle Juive. Le récit nous 
reporte à l'époque du siège de Jérusalem par Titus. Rébecca (s'il 
y en a parmi vous, Mesdames, qui s'appellent Rébecca, ce que 
j'ignore, je leur dirai que c'est le nom le plus cher aux romanciers, 
et celui qui revient le plus souvent sous leur plume), Rébecca est 
aimée par l'officier romain Gallus, et pour échapper à ses pour- 
suites, elle est prête à se précipiter d'une tour élevée. « Fais un pas 
et je me tue », s'écrie-t-elle? Nous venons de lire la scène dans 
Ivanhoè, — Gallus également, le guerrier audacieux, est vaincu 
par l'héroïsme de la Juive, et il lui voue dès lors une grande admi- 
ration et une affection sincère. 

Si l'héroïne de M me Ratazzi ne le cède pas en courage à celle du 
romancier anglais, elle lui est supérieure encore par le patriotisme. 
Tandis que son père, son oncle et d'autres coreligionnaires parlent 
de terminer la guerre et de se soumettre aux Romains, Rébecca 
pénètre dans Jérusalem assiégée et met le feu au temple pour ar- 
rêter les progrès de l'ennemi et prolonger la résistance. Enchaînée 
avec d'autres femmes que l'on conduit au massacre, elle est déli- 
vrée sur l'ordre de Gallus. Cette intervention ne sert qu'à nous 
révéler toute la grandeur d'àme de la Juive. Elle s'écrie : « Je ne 
sortirai pas d'ici que regorgement n'ait cessé, mes compagnes ne 
sont pas plus coupables que moi. Si elles sont criminelles, je le 



LA FEMME JUIVE DANS LE ROMAN ET AU THEATRE XXXIII 



suis comme elles. » Pour triompher de cette héroïque opiniâtreté, 
l'officier romain donne l'ordre d'épargner toutes les femmes. Nous 
sommes loin, vous le voyez, du juif au théâtre ! — Au juif, toutes 
les vilaines besognes ! A vous, Mesdames, les actions d'éclat ! 

Ah ! vous avez été les favorisées de la fortune, vou?, femmes 
juives, qui, vivant dans votre intérieur, moins que nous en relation 
avec le chrétien, en relation d'affaires surtout, avez échappé plus 
facilement à la flétrissure d'usurier qui nous atteint et à la haine 
qui poursuit l'usurier I Vivant dans votre intérieur, vous n'avez pas 
donné, comme nous autres hommes, le spectacle public de nos hu- 
miliations, le spectacle public des vexations grotesques par où nous 
avons passé et qui étaient bien faites pour dégrader notre dignité. 
— Voilà qui a lourdement pesé sur le juif, lorsque le roman et le 
théâtre se sont emparés de lui pour en faire le triste personnage 
que vous savez ! Qu'importe ! Nous avons largement de quoi nous 
consoler et nous réjouir en voyant combien les auteurs dramatiques 
sont d'accord, à leur tour, avec les romanciers, pour représenter 
la juive belle et héroïque. 

Je ne vous parlerai pas de l'opéra de la Juive , encore que le 
libretto de Scribe pût me fournir de fort beaux traits de caractère l . 

1 Eléazar. 

On épargne ses jours, lui qui fut sou complice ! 
Voilà donc des chrétiens l'éternelle justice ! 

RtGGlERO. 
Un témoin digne de foi 
Le déclare innocent. 

Eléazar. 

Qui l'ose attester ? 
Raghel. 

Moi! 
Eléazar. 
Quoi! Rachel, quoi ! c'est toi 
Qui le dérobes au supplice. (III, v.) 



Eléazar. 
Ils veulent sur ton front verser l'eau du baptême 
Le veux-tu, mon enfant? 

ACT. ET CONF. 



XXXIV ACTES ET CONFERENCES 

J'aime mieux m'arrêter à ce personnage que Casimir Delavigne a 
mis en scène dans Don Juan (V Autriche, cette belle Florinde de 
Sandoval, qui n'est autre que la juive Sara, et à qui le roi d'Es- 
pagne, Philippe II, vient offrir à genoux ses trésors et son sceptre! 
Avouez que l'offre est séduisante et que, pour la femme la moins 
ambitieuse et la moins intéressée, il y a de quoi succomber à la 
tentation. Il y en a, je crois, qui succombent pour moins que cela. 
— La juive refuse ; et, pour mettre fin aux poursuites de son re- 
doutable amant, elle ne se précipitera pas d'une tour élevée (on n'a 
pas toujours ce moyen à sa disposition), mais elle ne craint pas 
d'avouer au roi très chrétien, protecteur de l'Inquisition, qu'elle 
est juive. « Puisses-tu, pour ton salut dans ce monde et dans 
l'autre, s'écrie Philippe II, avoir poussé ta vertu jusqu'au men- 
songe 1 . » Un tel aveu suffit pour perdre la juive, dont le roi 
ignore la religion. Néanmoins, il offre de la sauver à condition que 
Don Juan d'Autriche, un rival, qui est sur le point d'épouser 
la belle Sara, s'enferme dans un couvent et se fasse prêtre. Le 
vaillant Don Juan, le futur vainqueur de Lépante, est prêt au 
sacrifice. — N'est-il pas déjà glorieux pour la juive d'inspirer un 
pareil dévouement ? Mais il est bien plus glorieux encore de le 
refuser et de vouloir se sacrifier soi-même. La courageuse Sara 
dit à Don Juan : « Laissez-moi subir mon sort ; il ne me faut 

Raghel. 
Quoi! moi chrétienne! moi!... Non. 
(Montrant le bûcher). La ilamme étincelle. 
Venez. 

Eléazar (montrant les cardinaux). 
Leur Dieu t'appelle. 
Raghel {montrant le bûcher). 

Et le nôtre m'attend. (Acte V, scène iv). 

Dans le Moïse de Rossini (paroles de Jouy), la juive Anaï, aimée par 
Amenophis, le fils du roi Pharaon, sacrifie son amour à son devoir. Entre son 
amant et son Dieu elle n'hésite pas : 

C'en est fait ! oui le ciel m'inspire. 

J'obéis aux lois du Seigneur. (Acte IV, scène n). 

1 Acte IV, scène xn. 



LA FEMME JUIVE DANS LE 1U)MAN ET AU TllËATHE XXXV 

qu'un peu de courage pour mourir, il vous en faudra tant pour vivre 
esclave 1 . » Il y a là entre les deux amants un admirable combat 
de générosité auquel mettra fin l'intervention de Charles Quint. — 
Casimir Delà vigne n'a négligé aucune circonstance pour rendre sa 
juive sympathique et intéressante. 11 ne lui prête pas seulement 
de belles actions, mais encore de belles pensées. C'est elle qui, in- 
terrogée par Philippe II sur l'Inquisition, répond : 

« Une jeune fille n'a pas d'avis dans ces hautes questions, mais 
si j'osais en avoir un, je vous dirais que, fussent-ils coupables, 
quand des malheureux vont périr, le devoir des prêtres est de les 
bénir, et celui des femmes de les plaindre 2 . » 

Je ne m'étonne pas de trouver de telles paroles et de tels sen- 
timents dans la bouche et dans le cœur d'une femme juive. Et je 
profite de l'occasion pour rappeler que c'est encore dans la bouche 
d'une femme juive qu'a été placée une des plus belles protestations 
contre l'Inquisition. 

Montesquieu imagine qu'une jeune juive de dix-huit ans, brûlée 
à Lisbonne, a écrit les lignes admirables qu'on peut lire au cha- 
pitre xin du livre XXV de l'Esprit des lois. 

Je reviens au théâtre. 

Dans la préface de la Femme de Claude, Alexandre Dumas dé- 
clare que le Cid, chef-d'œuvre au point de vue dramatique, est 
inférieur au point de vue moral. Chimène ne doit pas épouser Ro- 
drigue. Il est des circonstances où la femme doit savoir se sacrifier 
et renoncer au bonheur par amour de la vertu. Et, pour joindre 
l'exemple au prétexte, l'auteur crée le personnage de Rébecca dans 
la Femme de Claude. Je n'examine cette pièce qu'au seul point de 
vue juif, et je dis que cette création de Rébecca est surtout intéres- 
sante, si l'on se reporte à la préface de ce drame, joué en 1873. 
A . Dumas déclare qu'il a voulu pousser un cri d'alarme ; après les 
rudes leçons que nous avons reçues en 1870, il veut nous rappeler 
que « Dieu, la patrie, le travail, le mariage, l'amour, la femme, 
l'enfant, tout cela est sérieux ». 

1 Acte V, se. vu. 
- Acte II, se. vu. 



XXXVi ACTES ET CONFÉRENCES 

N'est-il pas flatteur que, dans un drame dont les visées sont si 
hautes, un des personnages qu'on nous propose comme modèles 
soit une jeune fiile juive? Claude, homme d'un grand cœur et d'un 
grand esprit, une de ces belles âmes à la recherche de l'idéal, aime 
la juive Rébecca ; il en est aimé. Mais, pour son malheur, Claude 
est marié à une femme qui s'est montrée bien indigne de lui, et ce 
lien funeste rend une nouvelle union impossible. Rébecca s'éloigne 
donc de Claude, le seul homme qu'elle ait vraiment trouvé digne 
d'elle ; comme dit A. Dumas, « elle s'immole dans sa jeunesse, dans 
sa beauté. » Mais, en même temps, l'auteur se sert de sa juive 
pour nous rappeler qu'il est quelque chose au-dessus de nos inté- 
rêt! mesquins, au-dessus de nos liens passagers, au-delà de cette 
vie terrestre. D'un puissant coup d'aile, la jeune fille s'élance dans 
les régions de l'infini ; elle trouve sa force et sa consolation là où 
le vulgaire ne saurait atteindre, et elle adresse à celui qui ne peut 
être son époux un adieu singulier peut-être, mais qui dénote des 
pensées peu communes : « Quand la mort nous aura dégagés, vous 
des liens, moi des soumissions terrestres, vous me trouverez fiancée 
patiente et immatérielle, vous attendant au seuil de ce qu'on appelle 
l'Inconnu et nous nous unirons dans l'infini : Je suis l'épouse de la 
seconde vie ! ! » 

Quel contraste entre Rébecca, la vierge pure aux divines espé- 
rances, et Césarine l'épouse de Claude, femme dissolue et adultère 
qui ose même trahir son pays ! De celle-ci, A. Dumas nous dira : 
« Tue-la ! » De celle-là. . . Permettez-moi ici une courte observa- 
tion : Vous savez qu'il est des peuples et des milieux plus propres 
que d'autres au développement de certaines passions, à l'éclosion de 
certains sentiments. Veut-on représenter les grands jaloux, on met 
en scène un Africain comme Othello. Quelles sont les grandes 
amoureuses du théâtre ? Il y a des raisons pour que Juliette, Mi- 
gnon, viennent du pays où fleurit l'oranger, plutôt que de Londres 
ou de New-York. Et lorsqu'il s'agit d'une héroïne qui montre toute 
sa force d'àme, qui déploie des vertus supérieures à celles du com- 
mun des mortels, où va-t-on la prendre ? On s'adresse à celle qui a 

1 Acte II, se. i. 



LA FEMME JUIVE DANS LE ROMAN ET AU THÉÂTRE XXXVII 



derrière elle le plus glorieux passé de souffrances héroïquement 
endurées, d'épreuves courageusement traversées, de vertus qui ne 
se sont jamais démenties. On s'adresse à cette juive qui, au milieu 
des dangers de toutes sortes qui ont fondu sur sa nation, a su dé- 
fendre sa chasteté, sa pureté et a sauvé son honneur. Un homme 
de la valeur d'A. Dumas, avec sa profonde science d'observation 
et son admirable instinct théâtral, ne pouvait s'y tromper, et il 
est allé tout droit à celle qu'il appelle si éloquemment « la fille des 
éternels persécutés » ! Jamais plus glorieux hommage n'a été 
rendu à la femme juive ! 

Je conviens, cependant, qu'on n'a pas toujours l'occasion de 
déployer les fortes vertus ; il n'y a pas toujours lieu de s'apprêter 
aux grands dévouements, aux actions éclatantes. Mais si Hadaska, 
par exemple, dans Sacher Masoch, n'arrache pas des cris d'admi- 
ration, elle emporte toutes nos sympathies, car elle est bien aimable 
et bien touchante dans son amour pour un pauvre peintre, Plutin. 
Chose curieuse! Ce Plutin était un ennemi des juifs et leur jouait 
toutes sortes de mauvais tours. 11 ne s'attendait certes pas à de- 
venir amoureux d'une juive, un soir de Pourim qu'il se rendait 
chez le pieux Gerson Schefez pour s'amuser à ses dépens et à ceux 
de quelques rabbins. Il se présente lui-même comme un rabbin venu 
de Jérusalem pour discuter sur des questions graves. Jugez-en ! 
Il demande combien il faut de queues de chat pour mesurer la 
distance de la terre à la lune? Et il répond à son auditoire stu- 
péfait : « Une seule, si elle est assez grande. » — Le roi Salomon 
préférait-il une femme ou un bon Schalet ? Salomon ayant dit 
un jour que la femme est chose amère, mais n'ayant jamais dit 
cela d'un Schalet, la réponse n'est pas douteuse. — Au milieu 
de ces questions saugrenues arrive la belle Hadaska. Plutin re- 
çoit ce que nous appelons communément le coup de foudre. — 
Non seulement il éprouve une vive passion pour la juive, mai 
bientôt il lui témoigne une profonde reconnaissance, car la jeune 
fille, très fine observatrice, devine, ce qui est en effet, un talent 
supérieur chez ce peintre ignoré et une profonde sensibilité chez ce 
railleur impitoyable, Il se plaît à écouter la jeune fille quand elle 



XXXVIU ACTES ET CONFERENCES 

défend sa religion et son peuple ; il est ravi de cette parole franche 
et loyale. Et plus d'une fois les amis qu'il ameutait contre les juifs 
sont retenus par lui et surpris de l'entendre s'écrier : « Je vous dis, 
moi, que les juifs valent mieux que leur réputation, puisque c'est 
une juive, elle. » 

Cet amour d'Hadaska, toutes ces amours de belles juives ne sont 
pas heureuses. — Eh ! comment voulez -vous qu'il en soit autrement ? 
Une juive ne peut inspirer d'amour qu'à un chrétien... dans le 
roman ! Elle ne doit être aimée que par un chrétien? Impossible à 
nos Juliettes juives de trouver des Roméos juifs. Singulier Roméo 
que ce juif laid, malpropre, graisseux, crasseux, qu'on met le plus 
souvent en scène dans les romans lorsqu'il pleut, pour qu'il arrive 
bien crotté, pour que son manteau offre, comme dit un malicieux 
auteur, une fourrure de petit-gris. Et d'ailleurs les romanciers 
n'imaginent pas qu'un juif puisse être jeune 1 ! La plupart de ces 
belles filles dont je parle sont accompagnées d'un vieux père, d'un 
vieil oncle. La vieillesse du juif fait encore partie de la conven- 
tion. Lorsque l'Ami Fritz d'E. Chatrian traverse le quartier de la 
Synagogue, il ne voit que têtes branlantes, bouches édentées. « On 
aurait dit que tous ces gens arrivaient de Ninive, de Babylone, ou 

1 II n'y a pas de règle sans exception. Dans YEnfant d'Israël de Cadol, le 
juif Pierre Wavre est un peintre de talent « bien fait de sa personne, mieux 
qu'agréable de visage, spirituel, brillant et appelé à un grand avenir ». Il aime 
une cbrétienne, Louise Vacousin de Bovilliers; il en est aimé. Est-il plus heu- 
reux dans ses amours que les juives dont j'ai parlé ? Celle qu'il aime Poserait 
avouer sa passion pour un juif et elle épouse le comte d'Ailignier; celui-ci est 
tué en duel. C'est alors seulement que la jeune veuve, rassurée par son frère, 
un officier fort libéral dans ses idées, épouse en secondes noces le juif qu'elle 
aimait. Mais le mariage ne se fera pas en France et les lettres de faire part por- 
teront : 

Pierre Wayvre 

and 

Louise VACOUSIN (comtesse V d'AITIGNIES). 

married. 

New-York 187... 

Dans Yhroélite de Balzac, la princesse Clotilde, fille de Jean II de Lusignan, 
roi de Cbypre, ne Êraint pas d'aimer le beau juif Nepbtali. Mais ce juif n'est 
qu'un prince déguisé : le vaillant Gaston II, fils de René, comte de Provence et 
roi de Naples. Il me rappelle à certains égards le Don Sancl.e de Corneille ! 



LA FEMME JUIVE DANS LE ROMAN ET AU THÉÂTRE XXXIX 

qu'ils s'étaient échappés de la captivité d'Egypte, tant ils étaient 
vieux. » Quand donc viendra l'écrivain qui osera nous composer un 
roman d'amour entre la belle juive et le beau juif? George Eliot a 
bien essayé la chose dans son roman de Daniel Deronda, mais avec 
quelle timidité 1 Son j uif arrivé à l'âge d'homme ignore à quelle 
religion il appartient, et toute son éducation, il la doit à des chré- 
tiens. Voilà qui change singulièrement les conditions. 

Comme les écrivains sont plus empressés et plus hardis quand il 
s'agit de la juive ! Cela est si vrai que je ne crains pas d'aborder 
un sujet plus délicat. Plusieurs écrivains ont fait de la juive une 
courtisane, et cela se comprend fort bien. La juive étant le type 
suprême de la beauté ne pouvait absolument pas échapper à ce rôle. 
Mais la tradition sur le personnage ne se perd jamais. La juive 
demeure sympathique. Oserai-je le dire ? Elle est presque vertueuse 
dans le vice. Esther, dans Splendeur et misère des courtisanes, n'est 
certainement pas de ces femmes hardies qui 

Goûtant dans le crime une tranquille paix, 
Ont su se faire un front qui ne rougit jamais. 

Elle est aimable et vraiment touchante en sa modestie. Sa dernière 
lettre à Lucien de Rubenpré son amant, contient de fort belles pen- 
sées et est Pindice d'une belle âme 1 . 

La juive Sara Feller, « la maîtresse de M. le ministre », dans 
le roman de Mérouvel, fait preuve de générosité et de noblesse. Le 
ministre, M. de Lignières, a donné sa démission pour épouser la 
belle juive dont il est fort épris : ce projet d'union va faire 
rompre le mariage de M Ue de Lignières, jeune fille très aimable. 
Que fait la juive "? Fort supérieure à son amant qui n'est qu'un 
mauvais père, elle se sacrifie. On me dira que le sacrifice n'est 



On a mal à 1 âme comme on a mal au corps. Seulement l'âme ne peut pas se 
laisser bêtement souffrir comme le corps... Tu m'as donné toute une vie 
avant-hier en médisant que si Clotilde te refusait encore, tu m'épouserais. C'eût 
été pour nous deux un grand malheur... Jamais le monde ne nous aurait 
acceptés. Voici deux mois que je réfléchis à bien des choses. . . Le monde qui 
plie devant l'argent ou la gloire ne veut pas plier devant le bonheur et la vertu : 
car j'aurais fait du bien. Oh 1 combien de larmes aurais-je séchées l Autant je crois 
que j'en ai versé. Oui, j'aurais voulu ne vivre que pour toi et la charité. . .. 



XL ACTES ET CONFÉRENCES 



guère pénible; elle n'aime pas M. de Lignieres. Néanmoins une 
âme vulgaire et intéressée en eût agi autrement. — Voici un exem- 
ple bien plus curieux encore que je trouve dans une nouvelle de 
Guy de Maupassant, appelée Mademoiselle Fiji. M llc Fifi est le 
surnom d'un officier prussien qui, pendant la dernière guerre, tient 
garnison 'dans un château près de Rouen. Pour passer le temps, les 
officiers imaginent un soir de faire chercher à Rouen des filles de 
joie. Elles arrivent au nombre de cinq. On mange, on boit; on 
boit surtout. L'officier en question porte un toast à l'armée prus- 
sienne; il insulte à nos défaites, il outrage notre pays. Quatre 
de ces filles dont j'ai parlé écoutent silencieuses et stupéfaites ; 
mais la cinquième se lève avec indignation, prend un couteau, 
frappe mortellement l'insuiteur : c'est la juive Rachel. Après le 
premier moment de stupeur, on recherche l'audacieuse Rachel 
qui s'est sauvée par la fenêtre : tout un bataillon est lancé à 
sa poursuite. Efforts inutiles : la juive a échappé. Le reste de 
l'histoire est fort intéressant. On enterre l'officier ; à cette occa- 
sion le curé fait sonner les cloches pour la première fois depuis 
que la patrie est en deuil : c'est que les Prussiens l'ont menacé, 
en cas de refus, de s'emparer de l'église, de monter eux-mêmes 
dans le clocher, et c'est là que l'excellent prêtre a donné asile 
à la juive patriote. Pour la sauver, il se décide à rendre les 
derniers honneurs à l'Allemand. Après la guerre, Rachel est épou- 
sée par un brave patriote sans préjugés, et le ménage est très 
heureux. 

Qu'importe, après de tels exemples, qu'il y ait quelques per- 
sonnages moins recommandables, qui montrent plus de cupidité que 
de scrupules, comme les petites Abraham, de Duval ; Manette Sa- 
lomon, de Goncourt. Elles diffèrent toujours du juif, car elles sont 
belles et séduisantes, à défaut d'autres vertus. Je pourrais, si je 
voulais plaider les circonstances atténuantes, appliquer à cette 
Manette Salomon dont la beauté fait le désespoir des peintres, ces 
vers du poète, l'auteur des Pages intimes : 

Tour effacer 
La tache infâme et nous laisser 
Ton image idéale et pure. 



LA FEMME JUIVE DANS LE KOMAN ET AU THÉÂTRE XLl 

Que l'art sacré touchant ton front 
De ton passé lave l'affront 
Et la souillure! 

Que ce corps au dédain livré, 
Par le pinceau transfigure' 
Avant de vieillir s'e'ternise. 
Que du moins un peintre immortel 
À la beauté' dresse l'autel 
Qui divinise 1 ! 

Ne croyez pas que je songe à dresser des autels à ces femmes 
dont je parle. Il y a quelques portraits de femmes juives peu flattés, 
j'en conviens et ne crie pas à l'invraisemblance. Je serais plutôt 
même tenté de le faire quand je vois le romancier se mettre vrai- 
ment trop en frais d'imagination pour célébrer parfois la femme 
juive. Est-il bien naturel qu'on nous montre un couvent de filles 
repenties où l'on vous admet sans même s'informer de votre reli- 
gion, puis, qu'on mette à la tète de ce couvent une abbesse, une 
abbesse juive, et qui demeure fidèle à sa religion ! « Jamais, dit 
l'auteur, elle n'avait voulu renier le culte de ses pères, mais dans sa 
foi ardente et dans son immense tolérance elle embrassait toutes les 
religions. » Cette singulière histoire se trouve dans la Juive du 
Marché Neuf, d'Eugène Mouret. L'auteur a soin de nous dire qu'un 
tel couvent n'eût peut être pas existé en France : il existait dans le 
Tyrol, autrefois, dans l'âge d'or des temps primitifs. L'écrivain 
ajoute encore que ce couvent pourrait bien exister quelque jour. 
Sans doute, quand se réalisera cette prophétie du dramaturge alle- 
mand Paul Lindau, qu'un temps viendra où l'on verra toutes les 
Allemandes se mettre à genoux devant les femmes juives et leur 
demander pardon de les avoir méconnues. 

Cette étude ne serait pas complète si je ne parlais que des juives 
qui ont la jeunesse avec la beauté. Ce sont les plus nombreuses, en 
opposition avec le juif toujours vieux. Mais toutes les juives de 
roman n'ont pas vingt ans ; il en est avec des rides et des cheveux 
blancs. Adieu dès lors les comparaisons avec les vierges de Raphaël ! 

1 Manuel, Le Modèle • 



XLII ACTES ET CONFERENCES 



Je me suis demandé ce que devenait la juive dans ce nouveau rôle? 
Dépourvue des attraits de la jeunesse, se prêtera-t-elle mieux aux 
traits de la satire et y a-t-il arrière-pensée chez l'écrivain qui nous 
la montre courbée sous le faix de l'âge? Bien loin de là, et vous 
n'avez pas à regretter, Mesdames, si les romanciers, laissant par- 
fois de côté la gracieuse jeune fille, montrent en vous l'épouse 
vaillante et la mère vénérée ! Ah ! j'aurais beau jeu si je voulais ici 
puiser dans les tragédies du xvi° et du xvn° siècle ! Mais si j'ai 
sacrifié plus haut Esther et Bérénice, laissez-moi du moins rappeler 
le souvenir de la digne et pieuse Josabeth dans Athalie. Laissez- 
moi encore rappeler la tragédie des Juives de Garnier, où le vieux 
poète a donné un si beau caractère à la reine Amital, la mère du roi 
Sédécias .vaincu par Nabuchodonosor ! Seule l'aïeule en cheveux 
blancs est intéressante au milieu de ses fils et petits-fils captifs, 
et l'on est ému de pitié quand elle demande à Nabuchodonosor d'é- 
pargner tous les siens et de la faire périr elle seule. Le langage 
d'Andromaque est plus élégant, mais il n'est pas plus noble que 
celui de la reine juive : 

Faites-moi démembrer, faites-moi torturer, 
Faites à ce vieux corps tout supplice endurer ; 
Soûlez-vous en ma peine et que je satisfasse 
Seule pour Se'décie et pour toute sa race 1 . 

Lorsque Nabuchodonosor répond que Sédécias est coupable et non 
sa mère, la vieille Amital a de ces mots qui rappellent les plus tou- 
chants de M me de Sévigné : 

Il ne peut rien souffrir que je ne le ressente : 
A son bien, à son mal, je suis participante. 

Nabuchodonosor lui-même, si dur pour les autres captifs, rend 
hommage à la majesté de la reine juive ! 

Je laisse de côté d'autres figures intéressantes : Sara dans le Sa- 
crifice d'Abraham *; Jocabed, la mère de Moïse, tragédie dont le titre 

1 Acte III, se. n. 

s Théodore de Bèze. — Sara est vraiment touchante dans sa plainte, lorsqu'elle 
attend le retour de son mari et de son fils. Abraham, parti pour sacrifier Isaac, 
avait promis de revenir dans dix jours : 



LA FEMME JUIVE DANS LE ROMAN ET AU THEATRE XLIll 



seul est tout un éloge : Jocabed l ou le Miroir des vraies mères. J'aime 
mieux vous tracer, d'après le romancier, le portrait d'une bonne mé- 
nagère juive, d'une de ces héroïnes du pot-au-feu qui ont, elles aussi, 
leur poésie, s'il est vrai « qu'un dîner sans défaut vaut seul un long- 
poème ». Femme d'ordre, femme de bon sens, tenant son ménage 

Eq trois jours qu'ilz ont demeuré 
Ne nuict ne jour je ne repose 
Et si ne pense à autre chose 
Qu'à mon seigneur et à mon fils. 
A vray dire, assez mal je feis 
De les laisser aller ainsi 
Ou de n'y estre allée aussi. 
De six jours sont passés les trois. 
Que trois, mon Dieu ! et toutes fois 
Trois autres attendre il me faut. 
Hélas ! mon Dieu qui veois d'en haut 
Et le dehors et le dedans 
Veilles accourcir ces trois ans 
Car à moy ils ne sont point jours, 
Fussent-ils trente fois plus courts. 
Mon Dieu ! permets qu'en toute joye 
Bien tost mon seigneur je voye ; 
Et mon Isaac que m'as donné 
J'accolle en santé retourné. 

1 P. Heyns. — Voici comment s'exprime Jocabed au moment d'enfermer le 
petit Moïse dans un coffret et de l'exposer sur le Nil : 

« Oh ! que n'a-t-il été enseveli en mes entrailles avant sa naissance ! Ou que 
ne suis-je morte quant et luy aux travaux de l'enfantement, sa mort ne me 
causerait ores en cette vie une si mortelle tristesse ou pour le moins je ne serais 
maintenant en cette nécessité d'ensevelir moi-même mon fruit vivant. De l'ense- 
velir, dy-je en un coffret, pour estre suffoqué en l'onde ou de mourir de faim et 
soif ! doux enfançon, faut-il que cela t'advienne par moy, ta propre mère qui 
t'aime plus que soy-même! . . . Tiens-là, ma fille, estens ces langes au fond du 
coffre; tu ne les laveras plus. Ah ! plaisant garçonnet, ris-tu encore à ta mère 
meurtrière? A moy qui te vay mettre à perdition?... Ah! ah! que doy-je 
faire, misérable mère? Te retiendray-je ou t'iray-je noyer? Le retenir est ici 
perdre, et l'exposer pourra causer sauvement. O ris tant doux, innocent et 
misérable, quelle tristesse amère engendres-tu en mon cœur douloureux ? (Acte V, 
scène i). — La fille de Pharaon sauve l'enfant et le remet à Jocabed pour le 
nourrir. « Je ne puis plus me contenir. Ne te tiens-je point de rechef entre mes 
bras, ô plaisant petit fardeau, comble entier de mes désirs ? N'est-ce pas donc ta 
bouche doucette et tes joues vermeillettes que je baise ? Ne sont-ce pas tes yeux 
qui me regardent? O jour heureux, joyeux et souhaitable, lequel je n'eusse osé 
espérer le matin ! » (Acte V, scène vi). 



XL1V ACÏliS ET CONFKHKNCKS 



avec soin et même coquetterie, telle est, dans le Blocus de Phals- 
bourg, d'Erckmann-Chatrian, l'excellente Sorlé, la femme du père 
Moyse. Elle est bien aimée de tout le monde, cette bonne femme, 
même du terrible sergent Trubert, un vieux dur-à-cuir qui a fait 
toutes les campagnes de Napoléon I er et que l'on envoie en garnison 
à Phalsbourg en 1813. Ce Trubert n'aime pas les juifs ; il en a vu 
en Russie et en Pologne, et il en a conservé une opinion détestable. 
La colère du roi Salomon est terrible ; elle n'est rien en compa- 
raison de celle du sergent Trubert quand il reçoit à la mairie de 
Phalsbourg un billet de logement chez le père Moyse ! « Des juifs !... 
Gare ! je vais tout démolir ! » Mais Trubert a compté sans la bonne 
humeur, le bon accueil et la bonne cuisine de la ménagère juive. 
Le violent sous-officier, connu pour être la terreur des bourgeois où 
il loge, a beau fureter dans tous les coins : pas une critique à faire, 
pas un juron à placer ! Tout est d'une propreté irréprochable. Il 
ne peut pas croire qu'il est chez des juifs. Surpris, charmé, il leur 
serre la main et il s'écrie : « Eh ! père Moyse, vous pouvez vous 
vanter d'avoir une fière femme! Voilà ce qui s'appelle une femme! » 
Plus le séjour du sergent se prolonge dans la maison, plus il porte 
d'intérêt et d'affection à ses hôtes ! On est touché quand, un 
matin, le vieux sergent, voyant les petits enfants de Sorlé ma- 
lades, atteints du typhus qui vient d'éclater, dit qu'ils ont besoin 
de bonne nourriture, surtout de bons bouillons ; et pour leur 
procurer ce dernier remède, il se prive de l'unique bon de viande 
qu'il reçoit à la caserne. Il est si heureux de faire plaisir à ces 
juifs qu'il appelle de vrais amis ! C'est avec un vif chagrin qu'il 
se sépare d'eux à la fin du siège, et en partant il demande la per- 
mission d'embrasser la bonne madame Sorlé, comme il l'appelle. 

Oui, cette brave femme, avec sa vie toute d'honneur, de travail, 
de piété, cette bonne Sorlé qui a élevé ses enfants, qui a soutenu et 
encouragé son mari, est bien celle dont il est question au chapitre 
xxxi des Proverbes de Salomon. Je me souviens que le critique 
Herder, qui a parlé de ce chapitre, le trouve si beau qu'il le cite 
tout entier. . . Vous allez me dire que ce n'était pas dans une con- 
férence à dix heures du soir. C'est vrai, et je me contente de rap- 
peler en passant que notre littérature juive, avant les romanciers, 



LA FEMME JUIVE DANS LE KOMAN ET AU THEATRE XLV 



avant les auteurs dramatiques, a glorifié la femme, non pas la 
femme frivole, mais la femme sérieuse, respectée, celle dont il est 
dit que le prix des perles est loin du sien. 

Mesdames et Messieurs ! Je n'ai pas la prétention d'avoir passé 
en revue tous les écrivains qui parlent de la femme juive. Si je 
voulais les nommer tous, il me faudrait parler même de ceux qui 
sont entre les mains des écoliers, jusqu'au Journal de la Jeunesse, 
qui publiait naguère une longue histoire avec un curieux caractère 
de femme juive. Tant mieux, si dès leur plus jeune âge, en France, 
les esprits sont familiarisés avec cette idée que la femme juive a 
des qualités supérieures l 

Quant aux romanciers israélites, ils ont fait comme les autres : 
ils ont suivi la tradition. Et Saint-René Taillandier constate que 
Kompert met toujours les hommes en scène quand il s'agit de ce 
qu'il appelle l'obstination étroite de la foi de caste et de race in- 
flexiblement fermée à toute clarté nouvelle ; au contraire, qu'il 
s'agisse de l'esprit de tolérance, de l'esprit de progrès, on est sûr 
que la femme sera l'héroïne du roman. Le célèbre critique trouve 
qu'en procédant ainsi, le romancier juif a fait preuve d'une rare 
sagacité et il le félicite de son heureuse inspiration. Il déclare que 
les femmes juives se plient plus facilement aux nécessités de l'é- 
poque, comprennent mieux les choses, s'assimilent mieux la culture 
du pays où elles vivent. 

Il le prouve bien dans un article de la Revue des Deux -Mondes de 
1856 ; il parle des tentatives faites en Allemagne pour amener une 
réconciliation entre le vieil esprit du judaïsme et l'esprit européen 
moderne, et il observe qua Vienne, à Prague, à Munich, toutes les 
jeunes filles savent réciter les vers du poète Schiller, alors que le 
juif ne connaît que le Talmud. Cette supériorité intellectuelle de la 
femme juive est encore constatée dans le brillant tableau tracé par 
le critique Hildebrand de la Société juive de Berlin sous la Révolu- 
tion et le premier Emnire. 

Les premiers salons littéraires de Berlin ont été ouverts par des 
juives, et les plus grands esprits du temps prenaient plaisir à causer 
avec ces femmes, d'une rare intelligence, connaissant non seule- 



XL VI ACTES ET CONFÉRENCES 



ment les vers de Schiller, mais jouant la tragédie française, parlant 
l'italien, sachant le grec, même le sanscrit. Et s'il y en a qui ont 
renié la foi de leurs pères, s'il y a eu des conversions éclatantes,. je 
ne peux pourtant pas oublier l'origine juive de ces femmes d'élite, 
comme Henriette Hérz, surnommée la Récamier de l'Allemagne ; 
Rachel de Varnhagen d'Ense, qui exerça sur les écrivains de son 
temps une influence prodigieuse, pareille à celle de M mc de Staël 
en France ! 11 est bien d'autres souvenirs intéressants à rappeler et 
je me ferais scrupule de passer sous silence la mère trois fois glo- 
rieuse du musicien Meyerbeer, du poète Michel Béer, du savant 
Guillaume Béer, cette Amélie Béer dont la famille a si bien conservé 
les traditions de noblesse et de générosité. On en sait quelque chose 
dans notre Communauté parisienne. Le spectacle le plus intéres- 
sant n'était pas de voir chez Amélie Béer d'illustres visiteurs 
comme Humboldt, Schlegel, le prince de Prusse, la reine Louise 
de Prusse : c'était encore cette foule de pauvres qui se succédaient 
tout le jour dans sa demeure, car la pieuse femme défendait de 
renvoyer personne. Un biographe l'appelle « une juive d'antique et 
superbe stature, une vraie femme de la Bible. » Permettez-moi un 
souvenir touchant : Pendant les répétitions de Robert le Diable, à 
Paris, Meyerbeer reçut une lettre avec cette inscription : « A ou- 
vrir après la première représentation. » Cette lettre ne contenait 
que quelques lignes, la bénédiction bien connue de vous tous : 
« Que l'Éternel te bénisse et te protège ! Qu'il fasse luire vers toi sa 
face et te soit favorable ! Qu'il te regarde et te donne la paix. » Au 
bas de cette bénédiction la signature de la mère ! L'immortel com- 
positeur ne se sépara jamais de cette lettre et il la porta toujours 
sur lui comme un pieux talisman. 

Mais je vois que j'ai quitté le roman pour l'histoire : c'est que les 
deux choses se touchent quand il s'agit des femmes juives. Il n'y a 
pas ici à tenter un essai qui rappelle le curieux et savant travail de 
M. Loeb et à combattre la juive de la légende par la juive de l'his- 
toire. Quand il s'agit de vous, Mesdames, le roman n'est souvent 
qu'un commentaire de l'histoire, et l'histoire justifie les inventions 
des romanciers en votre faveur. Elle autorise toutes les audaces de 
leur imagination et les dépasse encore. 



LA FEMME JUIVE DANS LE ROMAN ET AU THEATRE XLVH 



Rébecca, prête à se précipiter d'une tour élevée pour échapper au 
déshonneur, est un bien beau caractère. La scène de Walter Scott 
vaut-elle ce simple souvenir historique * : « La frénésie populaire 
contre les Juifs atteint son paroxysme en 1348. A Strasbourg, on 
en brûla vifs deux mille à la fois sur un immense bûcher ; et les 
belles jeunes filles israélites, arrachées aux flammes par les jeunes 
bourgeois, se rejetèrent dans le feu. » 

J'admirais plus haut la juive de Casimir Delavigne prête à se 
sacrifier pour son amant. Je l'admire moins que la jeune Raissel 
Sée, se laissant arrêter en 1793 pour sauver son père ; traînée, poi- 
gnets liés, devant le tribunal révolutionnaire de Strasbourg, cette 
jeune fille de dix-huit ans confondit ses accusateurs et fut acquittée 
pour son courage et sa piété filiale. Et je préfère aux vers du poète 
la sécheresse de ce procès- verbal : 

« Considérant qu'il importe que la pie'te' filiale de la pétitionnaire à 
l'égard de son père et son dévouement ge'ne'reux pour lui conserver sa 
liberté en s'offrant elle-même prisonnière soient connus du public comme 
un exemple digne d'ëloges, 

» Le tribunal ordonne que le pre'sent jugement soit traduit dans les 
deux langues et envoyé à toutes les municipalite's du de'partement. 

» Fait à Strasbourg, le sept nivôse de l'an II de la République fran- 
çaise une et indivisible. » 

Un dernier rapprochement entre le roman et l'histoire. Nombre 
de romans nous représentent la juive donnant ses soins à des chré- 
tiens. Je ne trouve pas une scène qui puisse égaler la page émou- 
vante où Maxime Du Camp nous montre, lui aussi, une juive donnant 
des soins aux chrétiens ! C'est en 1870, alors que nos soldats fran- 
çais prisonniers en Allemagne, mourant de faim, mourant de froid, 
oublient toutes les souffrances et versent des larmes de joie à la vue 
de la juive française qui vient les consoler dans leur malheur et 
dans leur exil. Et c'est à cette juive, que j'ai l'honneur de voir dans 
mon auditoire, que Maxime Du Camp adresse cette magnifique 
apostrophe : « On a dit, et j'ai dit moi-même que le Juif n'a qu'une 
notion incomplète de la patrie. Juive ! je vous demande pardon '- ! » 

1 Vallée des pleurs, trad. J. Sée. 
1 Paris bienfaisant, M. Du Camp. 



XLV1II ACTES ET CONFÉRENCES 



Mesdames et Messieurs, j'arrive à la lin de ma conférence ; 
M. Dreyfus terminait la sienne en souhaitant qu'une révolution se 
fit dans les esprits. Je crois qu'elle a déjà commencé grâce à 
vous, Mesdames : les écrivains ne peuvent pas faire votre éloge sans 
être forcés de nous reconnaître aussi quelque mérite. Il n'est pas pos- 
sible qu'ils nous montrent absolument indignes de l'affection et du 
dévouement de ces héroïnes qu'ils ont parées de tant de qualités et 
de vertus ! Surtout il n'est pas possible que la femme juive, supé- 
rieure par le cœur, supérieure par l'intelligence, ne sache pas ins- 
pirer l'amour du bien à ses fils et à son époux, et rendre son père 
glorieux de son mérite. Si le baron de Monach est ridicule dans 
sa vanité, il s'attire l'estime de tous par les égards qu'il témoigne à 
sa mère. Si le juif Isaac, dans Walter Scott, est un homme d'ar- 
gent, il saura, quand il le faut, sacrifier sa fortune entière pour 
sauver l'honneur de sa fille ; son plus cruel ennemi est obligé de 
reconnaître que le juif aime autre chose encore que l'argent. 

Il aime ses enfants; à lui, père, de protéger ces belles filles, 
admirées de tous, enviées de tous; à lui de se dévouer pour elles; 
il ne faillira pas à sa tâche. Et je souhaite, non pas seulement aux 
jeunes juives, mais à toutes les chrétiennes, de trouver un père qui 
pousse le dévouement aussi loin que le juif Nathan dans le drame 
de Théophile Gautier, la Juive de Constantine. 

Ce sera votre honneur, Mesdames, non pas d'avoir remporté les 
hommages des écrivains en faveur de ce juif trop longtemps mé- 
prisé, ce sera votre honneur de nous avoir associés à votre gloire et 
d'avoir provoqué en faveur de la race juive tout entière les témoi- 
gnages les plus flatteurs. 

Michelet, qui a fait un saisissant tableau de la misère du Juif au 
moyen âge, met en regard de la haine et de l'acharnement de nos 
persécuteurs les fortes vertus du foyer juif 1 : c» Ces mystérieuses 
maisons, si on eût pu les bien voir, eussent réhabilité dans le cœur 

* Michelet, t. VIII {Réforme}. 



LA FEMME JUIVE DANS LE ROMAN ET AU THEATRE XL1X 

du peuple ceux qu'il haïssait à l'aveugle. La famille y était sérieuse, 
unie, serrée... Rien n'égalait l'excellence de la femme juive, la 
pureté de la jeune tille juive, transparente et lumineuso en sa 
céleste beauté ! La garde de cette perle d'Orient était le plus grand 
souci de la famille. » Dans un tel milieu, le juif lui-même apparaît 
« admirable, édifiant », suivant l'expression de l'historien ! 

A la bonne heure ! Le juif admirable, édifiant ! Mais en atten- 
dant que cette vérité triomphe partout, rappelez- vous que, quand il 
s'agit de la femme juive, il y a deux vérités hautement proclamées ; 
il y a deux vérités si communes qu'elles ont tourné en proverbes. 
Et c'est vous, Mesdames, qui avez imposé à la sagesse des na- 
tions la double expression de 

Beauté biblique et de Femme forte de l'Écriture. 



Act. ET CONP. 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 29 OCTOBRE 1891. 
Présidence de M. H. Derenbourg, vice-président. 

M. le Président fait un rapport sur le projet de traité soumis par 
M. Cerf, imprimeur, à la Société, pour la publication de l'ouvrage 
de M. Gross. Il en propose l'adoption. Le Conseil donne mandat au 
président et au trésorier de la Société de traiter définitivement avec 
M. Cerf dans les termes du projet. 

Le Conseil s'entretient d'une proposition de banquet annuel qui 
lui a été présentée par un membre de la Société. 

M. Maurice Bloch, ayant bien voulu promettre de faire une con- 
férence sur la Femme juive dans le Roman, le Conseil demandera 
au conférencier de vouloir bien prêter son concours pour la séance 
de l'Assemblée générale, fixée au 23 janvier 1892. 

M. Théodore Reinach fait une communication sur une amulette 
ancienne. 

M. Lucien Lazard rend compte d'un travail de M. Monin sur les 
Juifs de Paris au xvm e siècle. 



SEANCE DU 26 NOVEMBRE 1891. 
Présidence de M. Oppert, président. 

M, Vernes, secrétaire, est prié de faire, à l'Assemblée générale, 
le rapport sur les publications de la Société pendant Tannée 1891. 

Le Conseil s'occupe des conférences qui auront lieu en 1892. 

11 est décidé que le Conseil soumettra à l'Assemblée générale un 
règlement intérieur où entreront les articles des anciens statuts qui 
ont été écartés de la nouvelle rédaction qui doit être soumise au 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL Ll 

Conseil d'Etat. Toutefois, il n'y aura lieu de s'occuper de ce règle- 
ment qu'après que le Conseil d'État aura statué sur la demande de 
reconnaissance d'utilité publique, présentée par la Société. 

Sont élus membres de la Société : 

M. le Grand Rabbin Dreyfuss et M. le Grand Rabbin Ar- 
mand Bloch, présentés par MM. Schwab et Israël Lévi. 

M. Ventes fait hommage à la Société d'un volume intitulé : Du 
prétendu polythéisme des Hébreux, seconde et dernière partie. 
La prochaine réunion du Conseil est fixée au 11 février 1892. 



SÉANCE DU 11 FEVRIER 1892. 
Présidence de M. Oppert. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Maurice Bloch, pour sa 
belle conférence sur la Femme juive dans le roman et au théâtre. 

M. Wahi voulant bien faire, au mois de mars prochain, une con- 
férence sur les Juifs devant la Constituante, le Conseil fixe au 5 mars 
la date de cette conférence. 

M. Veines fait hommage d'un volume intitulé : Eléments d'histoire 
juive. 

M. Halèvy fait une communication sur le mot "péibnpbs, dont il a 
été parlé dans la Revue. 



SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1892. 

Présidence de M. Théodore Reinach, vice-président. 

\\ est procédé à l'élection des membres du bureau. Sont nommés: 

Vice-présidents : MM. H. Derenbcurg et Th. Retnach ; 
Secrétaires: MM. Albert Caiien et Vernes ; 
Trésorier : M. Erlanger. 



LU ACTES ET CONFERENCES 



Sont élus membres du Comité de publication : 

MM. J. Halévy, Zadoc Kahn, Joseph Lehmann, Salomon 
Reinach et Schwab. 

Est admis au nombre des membres de la Société : 

M. le baron Edouard de Rothschild, présenté par MM. le 
Grand Rabbin Zadoc Kahn et Théodore Reinach. 

M. Halèvy fait une communication sur le Psaume lxxiv. 



Les secrétaires, 

Albert Cahen, 
Maurice Vernes. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VKHSA1LI.ES, CERF ET FILS, IMPtUMEL'HS, RL'K DUPLESSIS, 5'L 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES 

DANS LA BIBLE , 



II 

LE SECOND ISAIE 

Introduction, 

200. On a l'habitude de désigner sous le nom de second Isaïe 
la collection qui va du chapitre xl à la fin du livre d'Isaïe. La 
critique a reconnu depuis longtemps que ces chapitres, où il est 
constamment parlé de la destruction de Jérusalem et du temple, 
de la captivité des Juifs, de la chute de Babylone, et où Cyrus est 
nommé expressément, ne peuvent pas être attribués au prophète 
Isaïe, contemporain des rois. On suppose, en général, qu'ils ont 
été écrits par un prophète juif à Babylone, pendant l'exil de Baby- 
lone, jusqu'à l'époque où les Juifs furent délivrés par redit de 
Cyrus ; il y a même des commentateurs qui, à l'aide du second 
Isaïe, savent suivre, comme sur la carte, les opérations militaires 
tentées, pendant les dernières années de l'exil juif, par les armées 
médo-perses contre l'empire babylonien 2 . Ils notent parle détail 
les émotions du prophète qui surveille, avec une attention pas- 
sionnée, la marche des envahisseurs ; ses espérances et ses joies, 
quand les ennemis s'approchent de Babylone ; son abattement, 
quand ils sont forcés de s'éloigner ou de s'arrêter. 

1 Voyez Remit des Études juives, t. XX, p. 161, et t. XXI, p. 1 et 161. Pour une 
raison qui n'intéresse pas le lecteur, il y a uae lacune entre les numéros des alinéas 
de ce travail et les numéros des alinéas de l'étude sur les Psaumes. 

1 Par exemple M. August Dillmann, dans le Kurzgefasstes exegetisches Handbuch^ 
Der Prophet Jesaia. Nous citons cet ouvrage d'après la 5« édition, Leipzig, 1800. 
T. XXIII, N° 45. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous avouons que tant de perspicacité nous confond. A notre 
avis, il n'y a rien de tout cela dans le second Isaïe, nous ne sa- 
vons pas y retrouver l'écho des événements militaires qui ont 
précédé ou accompagné la chute de Babylone, et il n'est pas prouvé 
pour nous que même le fameux passage où Cyrus est nommé soit 
d'un contemporain et n'ait pas été écrit plus tard. Quoique nous 
ayons provisoirement admis, au début de ce travail, l'opinion 
courante sur la date du second Isaïe, et que nous ne la contestions 
même pas absolument, au moins pour une partie des prophéties 
que renferme notre livre, il nous semble pourtant qu'elle est loin 
d'être solidement établie. D'une manière générale, on peut dire 
qu'il n'y a rien, dans le second Isaïe, qui ne puisse être attribué 
à l'époque du second temple. C'est ce que nous essaierons de 
prouver dans la suite de cette étude, mais il était peut-être utile 
d'en avertir dès maintenant. 



1. Le Serviteur de Dieu, ses souffrances physiques et morales. 

201. Le second Isaïe est un des documents les plus importants 
pour l'histoire des Pauvres. Le caractère symbolique de quelques- 
unes de leurs souffrances et de leurs infirmités y est indiqué en 
termes exprès et qui ne laissent pas, comme dans les Psaumes, 
place au doute. Mais, d'autre part, le Pauvre n'y est pas encore 
tout à fait le personnage qu'il est devenu dans les Psaumes, les 
Pauvres ne sont pas encore une classe à part, qui cherche à se 
distinguer du reste de la nation. Leur ordre, si Ton peut s'expri- 
mer ainsi, est peut-être en train de se former, les idées et les sen- 
timents sur lesquels ils vivront plus tard commencent à se déga- 
ger et ne sont pas encore leur apanage exclusif, mais celui de la 
majorité du peuple juif. Il est bien vrai que cette question des 
origines est assez obscure dans le second Isaïe, nous serons obligé 
d'y revenir plus tard, et nous commençons notre étude en donnant 
ici une liste de noms et d epithètes analogue à celle que nous 
avons donnée pour le Pauvre dans notre étude sur les Psaumes, 
sans nous préoccuper de distinguer entre les noms qui s'appliquent 
au peuple juif et ceux qui pourraient peut-être s'appliquer au 
Pauvre. Il y en a même qui paraissent se rapporter à un person- 
nage spécial qui serait le Messie ou quelque chose de ce genre. 

202. L'appellation la plus fréquente et qu'il faut signaler avant 
toutes les autres est celle de Serviteur de Dieu, élu de Dieu ('H m?, 
"n">m ,vn*, xli, 8; xlii, 1, 19; XLin, 10 ; xliv, 1, 2,21,26; etc.). 
Puis viennent ceux qui craignent Dieu ('n nt\ l, 10), le cherchent 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 3 

('n TOpn», Li, 1 ; <51ttni, lxv, 10), espèrent en lui ("n ■np ,ilp, xl, 31 ; 
xlix, 23; ib nan?:, lxiv, 3), se réfugient près de lui (*a non, lvii, 
13), tiennent son alliance (wiaa trp-»întt , lvi, 4, 6), écoutent ses 
commandements et sont ses disciples (aaba -Win, li, 7 ; 'n "mab 
liv, 13 ; cf. l, 4), se réjouissent de suivre ses voies ("pa-na ...W2), 
lxiv, 4), observent strictement ses ordres (nai b^ û"»inn, lxvi, 
2, 5), connaissent, recherchent et pratiquent la justice (p^* idti, 
pTO TO* ,pTO W*, li, 1-7; lxiv, 4). Le peuple juif sera plus tard 
composé tout entier de pieux [çaddikim, lx, 21), sans compter ceux 
qu'il renferme déjà maintenant [*p*nt, xlix, 24 ; lui, 11 ; lvii, 1 ; 
non TO3K, lvii, l) ; les Juifs seront les prêtres de Dieu et les servi- 
teurs de son temple (ïS^ba vniDW , 'n ">3na, lxi, 6) ; le peuple juif 
porte le nom de \\ysi\ ce qui signifie qu'il est un peuple de toa- 
rim, de justes (xliv, 2). Il porte aussi le nom de Mesullam (abttJE, 
xlii, 19), qui signifie quelque chose comme Ami de Dieu. Dans 
les temps futurs, les Juifs s'appelleront béliers de justice, plan- 
tation de Dieu ('n yvn pistti i^N, lxi, 3), aimés de Dieu (tKBli 
m, lxii, 4), peuple saint (wpïi û?, lxii, 12 *)• 

Le peuple juif est un peuple de Pauvres (a^-paa , û^y, xli, 
17); il y a parmi les Juifs des hommes pauvres et d'esprit sou- 
mis (nn nasT ^y, lxvi, 2), qui sont humbles, ont le cœur brisé et 
l'âme abattue (rma mi ,ab ■naisa ,tP"i^, lxi, 1, 3 ; mi baia , son 
ûwn ,û^bD©, lvii, 15 ; cf. ïtwra sjds, lviii, 10). Les û^3ttsn û«a* 
et a^rra de lvii, 6 et 7, sont des opprimés véritables et sans 
figure ; de même probablement le aan et naja '«sa du v. 10. 

203. Les souffrances physiques du Serviteur de Dieu, peuple 
ou Pauvre, dans le second Isaïe, sont les mêmes que celles du 
Pauvre dans les Psaumes. Il est aveugle w, sourd £*in, muet 
Db« (aveugle, xlii, 7, 16, 18, 19; xliii, 8 ; cf. xlix, 10, et lvi, 10 ; 
sourd, xlii, 18, 19, 20 ; xliii, 8 ; cf. l, 4, 5 ; muet, lui, 7 ; cf. 
lu, 2, et plus haut n° 19). Le boiteux r\yz de li, 14, pourrait être 
quelque chose comme le paralytique des Psaumes et des Evan- 
giles. 

Le Serviteur de Dieu a faim et soif, il soupire après l'eau (xli, 
17 ; lv, 1-2 ; cf. xlviii, 21 ; xlix, 10 ; li, 14 ; lviii, 7, 10 ; lxv, 13). 
C'est peut-être lui qui, dans xl, 29, et l, 4, est fatigué et sans 
forces (EP31N "pN , S|*i). Dans tous les cas, il est malade et a be- 
soin de guérison (lui, 3, 4, 5, 10 ; lvii, 18-19 ; lviii, 8) ; comme 
le Pauvre des Psaumes, il est mort, retranché du milieu des vi- 
vants, il descend dans l'abime nra, il erre dans l'obscurité où 
vivent les trépassés (li, 14; lui, 8, 9, 12 ; lix, 10). 

1 Voir encore lviii, 12 ; lx, 14 ; lxii. 4 (nbli>a). Les 2tD£> 12XÛ de Lix, 20, sont 
probablement les pécneurs repentants, non les Pieux. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quand il n'est pas aveugle tout à fait, il est assis dans les ténè- 
bres ou y marche à tâtons (xlii, 7, 16 ; lviii, 10 ; xlix, 10) ; 
quand il n'est pas descendu entièrement dans la tombe, il est 
dans la prison obscure et sombre, qui est une tombe anticipée, 
ou dans la captivité, dans la fournaise de la misère, qui rappelle 
la fournaise de la captivité d'Egypte (ù^idn , TDK, xlii, 7, 22; 
xlix, 9; lxi, 1; d-nno ,îto», lu, 2; lxi, 1; abs ma, xlii, 7, 
22;,W i tû, xlviii, 10); quand il ne meurt pas, il perd un des 
siens, il est en deuil bsN, et, comme les personnes en deuil, il est 
assis dans la poussière et reçoit les consolations des visiteurs (xl, 
1 ; xlix, 13 ; lu, 2 ; liv, 11 ; lvii, 18 ; lx, 20 ; lxi, 2, 3). Il porte, 
du reste, le deuil de Sion (lxi, 3; lxvi, 10, 13), Sion est une 
veuve qui a perdu son époux (liv, 4), une femme qui est restée 
stérile ou qui a perdu ses enfants (?i-\yy, liv, 1 ; ïmaba , îl^i», 
xlix, 20, 21). 

Le Serviteur ou peuple de Dieu est méprisé et couvert de honte. 
A l'intérieur, il est dédaigné, avili, sans considération (lui, 2, 7); 
à l'extérieur, il souffre de son humiliation et de la haine des Na- 
tions, les anciennes défaites du peuple sont la honte de sa jeunesse 
et l'opprobre de son veuvage (xliii, 28 ; xlv, 17 ; liv, 4). Ses adver- 
saires et ses ennemis le raillent, l'insultent, l'outragent (voir, dans 
la Concordance, aux mots û^s-na , rra:o , mai a .ïisnn, les verbes 
ïTO et nsn) ; il est dédaigné, abhorré, avili (xlix, 7; li, 7; n-nn 
■na ayntt , iudd rrn , îzjisn), il rampe dans la poussière comme un 
ver rrp^i n^bin (xli, 14), on le frappe et on crache sur lui (l, 6, 
7). La nation juive est pillée, foulée, chassée, exilée (vioun nïs, 
xlii, 22 ; mioi rtba, xlix, 21), condamnée aux travaux de la ser- 
vitude (naas, xl, 2), livrée à la tempête (m*o, liv, 11). Elle a 
bu la coupe des souffrances, a chancelé comme un homme ivre, a 
été couchée dans la poussière et écrasée sous le pied des passants 
(li, 21-23). Dieu lui-même méprise son peuple et le repousse (liv, 
6). Quelques-unes de ces images et de celles de l'alinéa précédent 
se rapportent principalement ou même uniquement à la détresse 
politique du peuple juif pendant et après l'exil de Babylone, elles 
retracent des souffrances qui ne sont nullement imaginaires, et 
nous les plaçons ici uniquement pour réunir toutes les couleurs 
avec lesquelles on a peint plus tard le portrait du Pauvre. 

204. Ce qui fait, en grande partie, la honte des Juifs, c'est que 
Dieu les a abandonnés, livrés à leurs ennemis (xlix, 14). C'est 
pour eux la plus grande des humiliations, les peuples peuvent 
même penser que ce Dieu qui faisait la force et l'orgueil de la 
nation était trop faible pour la protéger. C'est pourquoi le Servi- 
teur de Dieu se désole et se désespère : Dieu ne s'occupe pas de 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 5 

lui 'ï"«a wi mnM (xl, 27), ne voit pas et ne veut pas savoir 
(lviii, 3), se cache et détourne la face (xlv, 15; lxiv, 6), se retire 
et se tient à lecart (lxiii, 15; lxiv, 11 '). Où donc est l'ancienne 
vigueur et vigilance de Dieu (lxiii, 15)? Est-ce que, par hasard, 
le peuple juif aurait peiné pour rien et consumé en vain ses forces 
(xlix, 4)? Il n'est pourtant pas possible que le bras de Dieu soit 
trop court pour le secourir et le sauver (l, 2; lix, 1). 

Le Serviteur de Dieu a une autre cause d'affliction : ce sont les 
péchés et les fautes de la nation juive, il en a la conscience trou- 
blée et inquiète, ils sont la cause de ses malheurs. Presque à 
chaque page, notre prophète rappelle les péchés commis par la 
nation, le peuple juif est obstiné dans la faute et sa nuque est de 
fer (xlviii, 4) ; c'est pour ses péchés qu'il a été vendu et pour ses 
fautes que sa mère a reçu le divorce (l, 1 ; cf. lu, 3) ; de tout temps 
il a péché et désobéi à Dieu (voir, par exemple, lxiv, 1-8), il est 
mauvais jusqu'à l'âme et à la moelle (xlviii, 8). Sa désobéissance 
est d'autant plus grave que ce n'est pas en secret que Dieu a édicté 
ses commandements, il était donc facile de les connaître et de 
les pratiquer (xlv, 19 ; xlviii, 16 2 ). C'est surtout le Serviteur de 
Dieu ou le Pauvre qui porte les fautes du peuple, il est blessé et 
abattu pour les péchés des autres, il les rachète par ses souffrances 
(lui, 5-12), il est la victime expiatoire du mal répandu sur la terre 
(lvii, 1). Il va sans dire que finalement Dieu pardonnera les péchés 
de son peuple, les effacera et en fera disparaître le souvenir (xl, 2; 
xliii, 25; xliv, 22), mais ce sera uniquement par faveur, à cause 
de son nom et pour sa propre gloire (xliii, 25 ; xlviii, 11 ; lx, 10 ; 
cf. xlviii, 9). 

2. Symbolique des souffrances du Serviteur de Dieu. 

205. Le sens symbolique d'un grand nombre d'expressions 
relevées plus haut ne peut pas faire doute un instant. Nous revien- 
drons plus tard sur la signification des mots 'n ^y « Serviteur de 
Dieu », et ^ttd « mon Élu », qui désignent ordinairement, dans 
le second Isaïe, le peuple juif ou au moins la partie saine du 
peuple juif. Par la juxtaposition des mots viy et vw dans xlix, 
13, on est fixé aussi sur le caractère conventionnel du mot ani ou 
anav ; il est clair, du reste, que les d^s* et les û'waN de xli, 17, 

1 Cf. xlii, 14, où M. Paul de Lagarde [Proph, Chald.) corrige en "CnfiN Dbl^bïl 



s II est bon de comparer ces passages avec Deutér., xzx, 12 et suiv. : û^OD Nb 



(5 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne peuvent pas être des pauvres véritables. Les anavim, les 
cœurs brisés, les prisonniers, les captifs, tr^iON ,tmn^, les abê- 
lim et ïtss ibaa de lxi, 1-3, sont évidemment un seul et même 
personnage sous des appellations diverses, et par conséquent ils 
sont plutôt encore symboliques que réels, quoique provisoirement 
nous ne leur refusions pas une certaine dose de réalité. Nous en 
disons autant des prisonniers et des prisons de xlii, 7 et 22, où 
Ton serait d'abord tenté de prendre à la lettre le prisonnier et 
ceux qui sont assis dans les ténèbres, si l'aveugle placé à côté 
d'eux ne venait pas montrer qu'on a surtout affaire à une image. 
Mais toute contestation est vaine devant un passage comme celui- 
ci : « Un peuple aveugle, quoiqu'il ait des yeux ; sourd, quoiqu'il 
ait des oreilles » (xliii, 8), ou devant cette apostrophe de xlii, 
18-20 : « Les sourds, écoutez ; les aveugles, regardez pour voir. 
Qui est aveugle, si ce n'est mon serviteur ; qui est sourd comme 
le mandataire ^NbE que j'envoie ? qui est aveugle comme Mesul- 
lam, sourd comme le Serviteur de Dieu 1 ? Tu as vu beaucoup de 
choses et n'y as pas pris garde, et as ouvert les oreilles sans en- 
tendre. » Il est impossible de dire en termes plus précis que 
l'aveugle et le sourd de la littérature des Pauvres ne sont que 
des métaphores. 

Le sens du symbole qui représente le Pauvre ou le Serviteur de 
Dieu comme aveugle, sourd, muet, est en général moins compli- 
qué dans Isaïe que dans les Psaumes. Le Serviteur de Dieu est 
aveugle et sourd, parce qu'il ne voit pas les signes de Dieu, ne 
comprend pas ou n'écoute pas les avertissements, pourtant bien 
clairs, qui lui sont donnés, ni le sens des événements qui se dé- 
roulent devant lui (xlii, 19-20, 24 ; xliii, 8 ; xlviii, 18 ; xlix, 23 ; l, 
4-5; lvii, 1 ; lxiv, 3 2 ) ; il est aveugle encore ou privé de lumière, 
parce qu'il est plongé dans les ténèbres du mal qui se commet 
autour de lui, dont il souffre et est la victime. Ces ténèbres où il se 
trouve sont aussi celles de l'oppression qui lui vient des peuples 
étrangers, les ténèbres de l'exil, où il est retenu comme un pri- 
sonnier (xlii, *7, 16, 22; xlix, 9 ; l, 10 ; cf. xliii, 6 ; lviii, 10; 
lix, 9 ; lx, 2 ; lxi, 1). A. son retour de l'exil, il tâtonne aussi dans 
les ténèbres, parce qu'il ne sait pas trouver son chemin à travers 
les pays qu'il doit parcourir [xlii, 16). Enfin, il est aveugle, en 
général, parce qu'il erre sans guide et se perd dans les ténèbres 
du péché (xlii, 16; lui, 6), et c'est peut-être pour cette raison 
surtout que le peuple juif est appelé peuple d'aveugles (xlii, 18; 
xliii, 8). 

1 La seconde fois il faut lire tf^H, non "jiy. 

2 Cf. lxv, 12. 



LA LITTÉRATURE DKS PAUVRES DANS LA R1BLE 7 

Le Serviteur de Dieu est sourd et muet, parce qu'il sait souffrir 
en silence, sans proférer une plainte contre Dieu (l, 6-7 ; lui, 7 ') ; 
peut-être aussi parce que, le jour où il triomphe, il se comporte 
avec simplicité et ne jette pas d'insolents cris de combat ou de 
victoire (xlii, 2). Dans les Psaumes, le Pauvre a soif parce qu'il 
soupire après Dieu ; dans le second Isaïe, quand la faim et la soif 
ont un sens symbolique, elles représentent uniquement les souf- 
frances du Serviteur de Dieu ou de la nation et leur humiliation 
politique (par exemple, lv, 1). Mais il faut bien dire que, dans 
tous les passages où il est question de la faim et de la soif et du 
manque d'eau, notre prophète paraît avoir plutôt en vue la mi- 
sère matérielle des Juifs, principalement les souffrances de ceux 
qui, revenant de l'exil, traversent des pays stériles et desséchés 
(xli, 17-20; XLVin, 21; xlix, 8-13; lv, 12-13; lvjii, 11-14; 
lx, 13; lxv, 13-14; cf. li, 14). Reste à savoir si ce retour des 
exilés, auquel se rapportent la plupart de ces passages, est bien, 
comme on le croit généralement, le retour de l'exil de Babylone 
au temps de Cyrus. Nous avons, sur ce point, une opinion diffé- 
rente, que nous exposerons plus loin. Elle a pour conséquence 
que toutes ces idées et prédictions de notre prophète sur la faim 
et la soif des exilés ont un sens poétique tout particulier. Cette 
faim et cette soif sont, à la fois, véritables et imaginaires, réelles 
et symboliques, plus symboliques encore que réelles. Il y a là, 
comme dans les Psaumes, un alliage curieux de vérité maté- 
rielle et de fiction 2 . 

3. Le Méchant, les Nations. 

206. Le Méchant \m* ttî^« ,3^id ,:W est loin d'avoir, dans le 
second Isaïe, le rôle important qu'il a dans les Psaumes. On ap- 
prend qu'il est orgueilleux nb -n^N (xlvi, 12), idolâtre, infidèle à 
son Dieu, adultère dans son culte, fils du péché et du mensonge, 
et qu'il commet les injustices sociales les plus révoltantes {î-^yj "^a 
nptt) snt ,rOD i-i!^ .Sjfiwa ant, lvii, 3-4), mais son caractère de Mé- 
chant n'est cependant pas encore véritablement formé. Les for- 
faits qui lui sont reprochés ont l'air beaucoup plus réels que ceux 



1 Le mauvais pasteur aussi est muet (lvi, 10), il oublie d'aboyer contre l'ennemi, 
comme doit le faire tout bon chien de garde. 

* Dans la plupart des passages que nous venons de citer, Dieu vivifie et fertilise 
des contrées stériles; il peut aussi faire l'inverse (xlii, 15 ; xliv, 27 ; L, 2) ; l'un et 
Tautre sont la preuve de sa puissance et les signes de par où se révélera plus tard, 
à un moment particulièrement solennel, son intervention miraculeuse dans les des» 
tinées du peuple juif. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des Psaumes, ce sont des traits que le prophète a observés chez 
les hommes de son temps, mais il ne les réunit pas pour en faire, 
comme le poète des Psaumes, un portrait régulièrement composé 
et destiné à représenter le Méchant idéal. Nous reviendrons plus 
loin sur les réquisitoires dressés par le second Isaïe contre ses 
contemporains (voir les chap. lvii, lviii, lix; lxv, 1-7; lxvi, 
3-4, 16-17), et ce que nous en omettrons ne présente rien qui mé- 
rite spécialement d'être relevé. D'une manière générale, dans le 
second Isaïe, le Méchant, pas plus que le Serviteur de Dieu, n'est 
encore distinct du reste de la nation et ses fautes sont, en grande 
partie, celles du peuple juif tout entier (voir, par exemple, le 
chap. lix). De plus, l'opposition entre le Méchant et le Serviteur 
de Dieu est loin d'être aussi vive et aussi accusée qu'on la trouve 
dans les Psaumes, elle commence seulement à se dessiner. Le seul 
passage où notre prophète exprime clairement la haine du Mé- 
chant pour les Pieux se trouve dans lxvi, 5 (dinsu dd^ia ddTiN). 
Cette antipathie est réciproque, le Serviteur de Dieu n'est pas 
tendre pour ceux qui ne sont pas avec lui (lxv, 11-16), et sa plus 
grande douleur est d'être compté avec les Méchants, enterré avec 
eux ou comme eux (lui, 9-12). 

207. Le Méchant est l'ennemi du Serviteur de Dieu, les Nations 
sont les ennemis du peuple juif; nous avons déjà montré plus 
haut (n° 50) l'analogie qu'il y a entre les deux et qu'on retrouve 
également dans le second Isaïe. Il y a quelques passages de ce 
prophète où l'on ne peut pas dire, avec certitude, si l'on a affaire 
au Méchant ou aux Nations ; nous appliquerons pourtant de préfé- 
rence aux Nations tous les noms et épithètes que nous avons 
réunis ici et dont un très petit nombre seulement pourraient, à 
cet égard, donner lieu à des doutes. Les Nations sont les adver- 
saires du peuple juif 1 , elles lui cherchent querelle, lui font la 
guerre (^n»nb» "hmn .'jnstta ^sn ."jain "TON ,*p d'nni, xli, 11, 12, 
21; xlv, 24; ^nn\ xlix, 25; d^\x, *D3 ■»», lxii, 8); elles le 
renversent, le détruisent, l'exterminent (^jbnfc ^n^rro .^onira, 
xlix, 16, 19), l'oppriment, le torturent, l'insultent et le méprisent 
(ys&wtt ."p*» ,p^tt ,*pn» ."p-itt ,y^9 t xlix, 25, 26; li, 13, 23; 
lx, 14; ins, Lxiii, 18), et toutes ces expressions sont probable- 
ment prises au propre, non au figuré. Les ennemis du peuple juif 
sont aussi les oppresseurs et les ennemis de Dieu (mas /ww, 
lix, 18 ; lxiv, 1 ; lxvi, 6, 14), et Dieu souffre des souffrances de 
son peuple (lxiii, 9). 

1 Ce sont peut-être les adversaires du chap. xli et ceux des chap, lxiv et lxvi. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 



4. Récompense et Punition. 

208. Il est entendu que, à la fin, chacun sera récompensé ou 
puni selon ses œuvres. Le Serviteur de Dieu sera pardonné, con- 
solé, aidé, secouru, délivré, guéri, réhabilité; Dieu lui fera jus- 
tice, l'entendra, l'exaucera ; il aura une grande postérité, sera 
possesseur incontesté et tranquille du pays, vivra dans l'abon- 
dance et la joie, au milieu du respect, de la sympathie et presque 
de l'obéissance des Nations (voir, par exemple, xl, 2, 31 ; liv, 3; 
xlix, 23; li, 3, 14; lv, 3, 13 ; lxi, 7 ; lxv, 8, etc.). Les pécheurs 
peuvent être pardonnes s'ils reviennent à Dieu et se repentent de 
leurs fautes (xlvi, 8 ; lix, 20, et surtout lv, 6 et s.) ; mais ceux qui 
persistent dans le péché et sont incorrigibles seront misérables, 
affamés, maudits, tués, exterminés (lxv, 8-16) ; le Méchant sera 
agité comme la mer, il ne trouvera pas le repos (lvii, 20) ; « il n'y 
a pas de paix pour le Méchant, » c'est la parole de Dieu même, 
(xlviii, 22 ; lvii, 21), et, à la fin des temps, Dieu viendra lui-même 
livrer bataille aux idolâtres, leur tête tombera sous son glaive, 
leur cadavre restera couché sans sépulture dans la plaine, éter- 
nellement rongé par les vers et consumé par le feu (lxvi, 15- 
16, 34'). 

209. L'avenir des Nations est, dans le second Isaïe, ce qu'il est 
dans les Psaumes. Il faut évidemment, ici encore, faire la diffé- 
rence entre les Nations rebelles et toujours insoumises, et celles 
qui se soumettront et viendront adorer Dieu à Jérusalem. Il y a 
sans doute aussi une différence entre les Nations voisines, qui ont 
maltraité et opprimé les Juifs, et les nations plus éloignées, qui 
n'ont guère eu de rapports avec les Juifs ni d'action sur leur des- 
tinée. Le peuple et le royaume qui ne se ralliera pas, tous les 
oppresseurs et ennemis des Juifs et de Dieu, tous les peuples re- 
belles, seront détruits et exterminés (xlix, 25,26, li, 23, etc.; 
lx, 12 ; lxiii, 3-ô) ; Babel, les Chaldéens, Rahab et le tannin, 
seront vaincus, conduits en esclavage, leur ancienne puissance 
sera brisée (xliii, 14; xlvii, li, 9); l'Egypte, l'Ethiopie et Saba 
nsd seront la rançon d'Israël (xliii, 3-4). Quelques-uns de ces 
traits appartiennent sans doute à l'époque messianique. C'est à 
cette époque aussi que nous rapportons la description donnée par 
notre prophète de l'avenir des autres Nations. Nous nous occupe- 
rons plus loin de ce sujet. 

1 On remarquera que ces idolâtres peuvent être ou plutôt comprendre les gentils; 
le texte n'est pas explicite sur ce point. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



5. La Nature et la société humaine ; symbolique de la nature» 

210. Notre prophète n'a pas, comme les auteurs des Psaumes, 
le sentiment vif et délicat des beautés de la nature, on ne voit pas 
non plus qu'il éprouve, comme eux, une sympathie particulière 
pour les bêtes. Il ne dit rien qui fasse croire, comme on est amené 
à le penser pour certains psalmistes, qu'il ait vécu à la campagne, 
dans les montagnes, ou près de la mer, au milieu des spectacles 
grandioses ou aimables de la vie en plein air, et sa symbolique 
de la nature également est assez pauvre. Sur ce sujet, une étude 
spéciale du second Isaïe n'offre pas grand intérêt. Nous nous bor- 
nerons donc à quelques indications sommaires, composées surtout 
de listes de noms ; elles pourront servir à trouver aisément les 
passages où Ton voudrait chercher des renseignements plus précis 
ou plus détaillés sur la matière. 

211. Terre. — La terre, yna ; les extrémités éloignées de la 
terre, ïrb^a ,yiN ^dsn , yiNîi matp , ynNï-r inttp; le continent, 
ttW*; les fondements de la terre yna rmoito ; Dieu a créé l'é- 
tendue de la terre (ou l'a étendue par-dessus les eaux), ynar» 2pn 
(xlii, 5; xliv, 24); Dieu a fondé la terre 1D^ (xlviii, 13; li, 13, 
16), l'a établie solidement sur sa base ù^ïd (xlv, 18). 

Différentes parties de la terre, principalement le désert : tr-w 
ù-nsuî ,Wi* ,na*7a ^iot^ .irat yiN. Le désert n'apparaît guère, 
dans le second Isaïe, comme une image désolée de la vie. 

Plaines, vallées, montagnes : y-ia Ti^a , "nip^a , ara , ttJpa 
û-nsiB .troai , iiaa nrs ,D^nri ïû^wi , m*as. Dieu a pesé les 
montagnes dans la balance (xl, 12) ; les montagnes sont inébran- 
lables (liv, 10) ; les montagnes, les collines et les bois chanteront, 
plus tard, la gloire de Dieu (lv, 12; cf. xlix, 13 ; lu, 9, et xliii, 
20). Dans xli, 15, les montagnes paraissent être le symbole des 
grands de la terre, des Nations puissantes. 

Les eaux, les mers : , û-> , ù^j ^ba^ , :rî-î Jba , û wn , trtt ûsn 
,ù"bï"i3 ,Q^rt3 ,rTn!-ra ,nna ,d^ Tptt^tt , nsv» , wa a^itt ,ûto watt 
ïiai aiï-in , ïibiK. Dieu agite la mer et ses flots trn 9x1 (li,15), 
les Méchants sont comme une mer agitée et sans repos (lvii, 20). 

212. Les deux. — Le ciel : tPpTO ,ptvv ,&■*»«. Le ciel est 
une tente et une coupole placée au-dessus de la terre / y-iNîi ann 
px Les astres nommés sont : le soleil, la lune, les étoiles ^m* ,ttî!QSï 
Dînais ; le ciel est peuplé par les légions célestes ûsatt et chaque 
astre a reçu son nom de Dieu (xl, 26). La hauteur du ciel au- 
dessus de la terre donne une idée de l'immensité de l'espace (lv, 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLti 11 

9). Dieu a dressé le ciel comme une tente, l'a étendu comme un 
tapis ftû3 (xl, 22; xliv, 24; xly, 12; li, 13-16), en a mesuré 
l'espace comme un géomètre nsa ,Y772 (xl, 12; xlviii, 13). Dieu, 
quand il le veut, couvre le ciel d'un voile et le revêt des vête- 
ments de deuil (l, 3). Les cieux sont éternels et ne passeront pas 
(LI, 6). 

213. Météorologie. — Pluie, nuages, etc. : bai* t \^ , a* , dioa 
mo , ibtt. Le nuage est l'image de ce qui passe, s'en va, dis- 
paraît sans laisser de trace (xliv, 22). Le givre a"Mî et l'ardeur 
du soleil (xlix, 10) rappellent les épreuves et les souffrances 
imposées aux Juifs dans leurs pérégrinations. Le vent et les 
vents sont appelés m*D , T^o , E)UM , nu. Le souffle de la vie est 
la ITOB3. L'esprit, le souffle de l'esprit rm, joue un rôle particulier 
dans le second Isaïe; il anime le Serviteur de Dieu (xlii, 1 ; xliv, 
3; xlviii, 16; lix, 21). Dans le Wïp rrn de lxiii, 10, on peut 
voir une des origines de l'Esprit saint de la littérature chrétienne. 

214. Lumière, ténèbres, feu. — Lumière : hM ,ûv* ."npa ,*il» 
«tto ïtirirts ,mni3. — Ténèbres : bsw ,S|iDa ^uîntt , yvn ,mb&N 
nmp , b£ ; les ténèbres inférieures, une sorte de trésor des 
ténèbres, placé probablement au fond de la terre : '"pn rvm» 
rno , "pon y-iN ûiptt ,]r-ino» ^ittea». — Le feu, la flamme ,mpï ,m 
Tsb , nanb. Le feu est une des images qui servent à rappeler les 
épreuves du peuple juif (xlii, 25; pour l'eau, voir xliii, 2, si 
toutefois il y a là une image) ; un feu éternel consumera les pé- 
cheurs endurcis (lxvi, 24); le mal fait par le méchant est comme 
un feu ou une torche qui répandent l'incendie et la dévastation 
autour d'eux (l, 11). La fumée }wy est une image de ce qui passe 
et disparaît (li, 6). Sur la lumière, notre prophète n'offre rien 
qu'on ne trouve dans les Psaumes ou ailleurs. La seule image 
remarquable est celle où Israël est représenté comme éclairant 
les Nations ou devenu la lumière des Nations ,û^n^ tin (xlii, 6 ; 
xlix, 6; lx, 3). 

215. Minéralogie. -—Terre et poussière : a*a ,*ittin ,p*i ,"ib« 
osn ,*W; pierres, rochers, imabn ,"na ,DmN; un curieux ta- 
bleau de Jérusalem et de la Terre-Sainte, qui seront serties de 
pierres précieuses (ysn na« ,mpN ^aa ,1215 , a^sa), se trouve 
lui, 11-12. Les métaux mentionnés sont : ntara , bna , ai-fî ,tpa. 
La poussière rappelle le deuil, l'humiliation ; le Serviteur de Dieu 
est couché dans la poussière (li, 23; lu, 2), il sera purifié et 
éprouvé au creuset comme on éprouve l'argent (xlviii, 10) ; c'est 
une image que l'on trouve partout dans la Bible. 

216. Les végétaux. — Herbes, herbages, pâturages, fleurs : 
y^ ,rrat ,mo , a©* , anmtt ,trea ^bai ,-pitn ,nuh. —Arbres, 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

arbustes, forêts : lan ,o*ïïi ,^-i-n ,1^n ,ï-oa vu» /ta^ns ,yib» 
y* ,i33n ys> .r-îi^n ist* ,13" ^* , V3« y? ,yy ^sno ,yti&y3 
nnn ,Win ,Titt5Nri , D^nn^* ,U5:n ; jeunes pousses, plants, ra- 
meaux, uîto ,3»t3E ,3>ttt ypjT 1 ,3»T3. ; joncs, tiges, pailles, y^rw 
,iDp ,ïi3p ,îinœa y». La faune de notre prophète est utile à 
connaître, elle aide, dans une certaine mesure, à déterminer le 
pays où il a vécu et écrit. Ce qui est particulièrement remar- 
quable chez lui, ce sont les images sur les jeunes pousses et 
plants ; elles désignent souvent le rejeton messianique. Le ro- 
seau et ses analogues sont naturellement l'image de la faiblesse 
et de l'humilité ; la feuille ïibj» passe et est emportée par le vent ; 
le jardin, )*w # nn *p ,p, évoque des idées de bonheur et de 
paix. Comme dans les Psaumes, l'herbe qui se fane, T^n, rappelle 
la fragilité humaine (xl, 6-7; li, 12), mais notre prophète est loin 
de ressentir aussi douloureusement que les psalmistes la vanité 
des choses de ce monde. Leur pessimisme ne peut lui convenir, 
il est le prophète de l'espérance. 
Les produits végétaux mentionnés dans notre livre sont : # pi 

217. Les animaux, — Quadrupèdes : ■nsa ,fP3ï-n ,ïmN t trb^ 
,-iri nmn ,ïTro wn i*m ,"ptn ,aKT.,ûw , û^b^a ,-ipa ,-12-173 
# iwiB ,mb:? ,w /Sio ,dmba ,aba ,î-î33"' msa ftyw , D"»«bia ,r;b-j 
Nin , -nuî , to , aa*i , bm , d*ott , mp i«it , 1^2. — Oiseaux et bêtes 
volantes : ysn , d^n ,a!rn ,tr* ,-^153. — Reptiles, poissons et 
autres bêtes : /^ubb ,«* ^aar , tû">aa3» ,dû ,^n3 ,d^asn ^mi 
n^b?an fcin ,d^n , n^bin , ypia. 

La symbolique des animaux n'a rien de particulièrement re- 
marquable dans notre livre. La brebis et l'agneau sont des vic- 
times innocentes et inoffensives (lui, 7), et de même la gazelle 
Nin (li, 20) ; le *nvn et le ^aa* sont des bêtes impures et cette 
impureté n'est pas symbolique; le chien est impudent (lvi, 11), le 
Dd et le tsv rongent les vêtements et les étoffes ; ainsi seront 
rongés et ruinés et tomberont en décrépitude les ennemis des 
Juifs (li, 8). Les hommes apparaissent à Dieu, qui les voit du 
haut du ciel, comme des a^n (xl, 22). C'est ainsi, on se le rap- 
pelle, que les Hébreux apparaissaient aux géants qui formaient 
la population primitive de la Palestine. 

Les objets d'origine animale nommés clans notre livre sont: ^a 
ph , t^aa* ^ï> , ntt£ , abn f ïtot , ^jw, 

218. Nous ne nous occuperons pas des produits de l'indus- 
trie humaine mentionnés dans le second Isaïe; nous faisons une 
exception pour les vêtements, parce qu'ils jouent un assez grand 
rôle chez notre prophète. Voici d'abord la liste des mots qui dési- 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 13 

gnent, chez lui, le vêtement ou certaines parties de l'habillement : 
(cf. ^t* ■•ttabl ^maen ■naa , d-hj i-wa ,ûpa i^wa ,3^ ^aa # naa, 
,ttpTO b^*» ,b">:>tt ^oinb ,rnoa, (de la nba) ïrVa , ?aiD .d^^n yi?jn 
^Yntt ,pto ,nanba 6pa ,i«d ,m«on ma*, (de la nbaj'n*. 

On peut voir, rien que par ce tableau, quelle place importante le 
vêtement occupe dans la symbolique du prophète. Il y a le vêtement 
de deuil et le vêtement de fête, le vêtement de gloire, la couronne 
de gloire, le manteau de justice, le vêtement avec la parure et la 
coiffure du fiancé et de la fiancée (lxi, 10, par exemple); le 
casque et le bouclier de Dieu, qu'il met quand il part en guerre 
contre ses ennemis. 

219. Dans la société humaine, nous signalerons d'abord les 
agriculteurs, vignerons et autres ouvriers adonnés au travail ma- 
nuel : ^r^rnrm -wn ,iïrin ,û\^ ,-i-n? ^:n # û"i!b ,ma -pi ,-ox 
rps, Dieu est pasteur de son peuple (xl, 11), les mauvais chefs 
du peuple sont de mauvais pasteurs (lvi, 11). Lorsque Dieu punit 
les Nations ou les Méchants, il est comme un vigneron qui foule 
sous ses pieds le raisin dans le pressoir, le sang jaillit des chairs 
écrasées comme le jus de la grappe (lxiii, 1-3). C'est une des 
images les plus expressives qui se trouvent dans la Bible. 

Nous ajouterons un mot, pour finir, sur ceux qui tiennent un 
rang dans la société, les rois, les princes, les administrateurs, 
les prêtres, les guerriers. En voici d'abord la liste : ,yyv ,^35 
,yn* , tnm? ,û^d ^tdm ,tm ,maM3 ,ûibiD» ,û"obtt ^b?: 
y-)N ^D'w ,rTma ,ù"nrî ,û^h ,û-oîn /■pnnps. On reconnaîtra faci- 
lement, dans cette nomenclature, quelques-uns des puissants dont 
s'occupent les Psaumes. Comme les psalmistes, le second Isaïe a 
peu de sympathie pour les grands, il est mécontent d'eux, de leur 
gouvernement et de leur administration, et leur prédit générale- 
ment une fin lamentable. Les chefs et grands de la nation juive ne 
sont pas plus épargnés que les autres ; les prêtres, les lévites et les 
desservants du temple cependant occupent une place d'honneur 
dans la Jérusalem restaurée, ■wïiba imttia /ù'nb ,û^rD (lxi, 6; 
lxvi,21), malgré les fautes que les fiiartw du peuple (probablement 
les prêtres) ont pu commettre autrefois (xliii, 27). 

6. Définition du Serviteur de Dieu : Peuple, Pauvre ou Messie. 

220. Nous avons déjà montré plus haut que le Serviteur de 
Dieu, dans le second Isaïe, n'est pas encore le Pauvre des 
Psaumes, c'est-à-dire un individu ou une classe d'individus isolés 
de la nation, faisant bande à part et qui se croient spécialement 



li REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

investis d'une fonction divine. Mais qu'est-il au juste? La question 
n'est pas très aisée à résoudre ; comme sur beaucoup d'autres su- 
jets qui appartiennent à la littérature des Pauvres, il y règne une 
certaine indécision souvent fort embarrassante. 

Il est d'abord hors de doute, nous le verrons tout à l'heure, 
que le Serviteur de Dieu représente fort souvent le peuple juif 
tout entier. C'est en grande partie pour cette raison, proba- 
blement, que le Pauvre des Psaumes, qui est le successeur et 
l'héritier du Serviteur de Dieu, se considère comme le représen- 
tant et le noyau de la nation juive. Mais pour mériter le titre de 
Serviteur de Dieu, il faut être pieux, intègre, soumis aux pres- 
criptions morales et religieuses, et le peuple juif contient beaucoup 
d'individus qui ne se soucient ni de Dieu, ni de morale ou de reli- 
gion. Il est facile d'écarter ces éléments malsains et pourris; en 
réalité, ils ne font pas partie de la nation et ils en seront retran- 
chés plus tard. Dans un sens moins étendu que précédemment, le 
Serviteur de Dieu représentera donc seulement cette partie de la 
nation juive qui, en somme et en gros, est restée fidèle à Dieu, et 
qui forme la grande majorité du peuple juif; les Méchants seuls 
en sont exclus, ils ne comptent pas. Mais ce cercle encore très 
large peut se rétrécir à son tour. Tout d'abord, le nombre des 
Serviteurs de Dieu peut diminuer, se réduire à peu de chose, 
parce que Dieu, dans sa colère, aura décimé la nation (lxv, 8-9), 
ou bien parce que le prophète aura en vue le Serviteur de Dieu 
accompli et parfait, qui a toujours été une rareté et une minorité 
dans la nation. Nous voilà déjà arrivés au Pauvre des Psaumes, 
mais le second Isaïe paraît aller plus loin encore. Même dans les 
passages où le Serviteur de Dieu est incontestablement la nation 
juive tout entière 1 , le prophète lui donne néanmoins un carac- 
tère individuel très prononcé. Une fois sur cette voie, il devait 
en venir forcément, à la fin, à imaginer le Serviteur de Dieu sous 
les traits d'un personnage unique, exceptionnel, doué de vertus 
et d'une puissance presque surnaturelles. Le groupe plus ou moins 
nombreux des Serviteurs de Dieu trouve ainsi sa plus haute 
expression dans un seul homme, un Serviteur de Dieu particuliè- 
rement remarquable. C'est bien à cette conception que le second 
Isaïe semble aboutir. On croit être sûr par moments que, pour 
lui, certaines œuvres grandioses qui s'accompliront dans l'avenir, 
seront véritablement exécutées par un Serviteur de Dieu spécial, 
chargé tout exprès de cette mission. Quel est au juste ce mis- 
sionnaire ? Serait-ce un prophète, ou, comme on est par moments 

1 Ou trouvera plus loin l'indication de ces passages. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA D1BLE 15 

tenté de le croire, le prophète môme qui tient la parole? L'in- 
troduction du livre de Jérémie (i, 10) montre qu'il n'y a pas de 
mission trop élevée pour un prophète, puisque Jérémie lui-môme 
est placé par Dieu comme chef et surveillant des Nations et des 
Empires, pour les renverser ou les relever, les détruire et les 
fonder. Nous croyons cependant que le second Isaïe, dans les pas- 
sages dont nous parlons, pense bien plutôt à ce personnage mira- 
culeux qui est le héros et la principale gloire des temps futurs et 
qui s'appelle l'Oint, le Messie. On verra plus loin quelle place 
importante la question messianique tient dans notre livre, mais 
il est impossible de ne pas dire dès à présent que le Serviteur de 
Dieu, chez notre prophète, semble souvent être le Messie. Pour 
les Psaumes, le Messie est un Roi glorieux, qui gouverne le peuple 
juif et commande aux Nations. Une telle représentation de l'Oint 
se justifie par des raisons d'ordre historique et politique ; mais le 
seul passage de Zacharie, ix, 9, où le Roi futur est représenté 
comme un çaddih et un ani qui a besoin de secours plutôt qu'il 
ne peut secourir, montre que le Messie apparaissait quelquefois 
à l'imagination juive sous des dehors plus modestes, et nous 
croyons que cette conception pourrait bien être antérieure à 
l'autre. Si le Messie est devenu à la fin un rejeton de la famille 
de David, un autre David, plus superbe et plus puissant que le 
premier, il nous semble qu'à l'origine il a dû être plutôt un 
humble Serviteur de Dieu, un Pauvre. C'était toute justice, puisque 
le Pauvre était seul resté fidèle à Dieu, avait seul expié les fautes 
de la nation, avait seul cru au retour de l'exil et à la restauration 
du royaume juif. Avant d'être un David idéal, le Messie aura été 
un Pauvre idéal, et c'est ainsi, à ce que nous croyons, qu'il appa- 
raît dans le second Isaïe. 

On voit par ce qui précède que, chez notre prophète, l'idée du 
Serviteur de Dieu est quelque chose d'élastique et de variable. 
Cette indétermination de la pensée et de l'expression est un des 
traits les plus frappants de la littérature des Pauvres et nous 
avons déjà été obligé de la signaler plusieurs fois dans notre étude 
sur les Psaumes. On a cherché de diverses manières à repré- 
senter graphiquement les différents « Serviteur de Dieu » qu'on 
trouve dans notre livre, entre autres par les différentes sections 
horizontales d'une pyramide. Nous les représenterions plutôt par 
une série de cercles concentriques. Le cercle extérieur, le plus 
grand, comprend le peuple juif tout entier ; le cercle suivant 
comprend encore le peuple juif, mais expurgé des éléments mal- 
sains et impurs qu'il renferme ; le Méchant en est exclu. Puis 
vient le cercle plus étroit encore des Pauvres proprement dits, et 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

enfin le point central, où tous les Pauvres sont ramassés en un 
Pauvre unique, qui est le Messie. Ainsi, en resserrant successive- 
ment le cercle, jusqu'à ce qu'il ne soit qu'un point, on obtient 
les états successifs du Serviteur de Dieu et l'on voit qu'ils sortent 
les uns des autres ; mais il est remarquable que ces cercles n'ont 
pas de fixité, ils sont dans un mouvement perpétuel, se recou- 
vrent, s'embrouillent et se débrouillent sans cesse. Au moment 
même où l'on croit en tenir un, sa forme s'altère, il se rétrécit ou 
s'élargit, va aux extrêmes ; le peuple de Dieu devient tout à coup 
un Messie personnel ou inversement et le lecteur est constamment 
déconcerté par cette fluidité des figures. 

7. Élude détaillée de la définition du Serviteur de Dieu. 

221. Rien n'est plus facile que de montrer que le Serviteur de 
Dieu n'est souvent pas autre chose, dans le second Isaïe, que le 
peuple juif. Cela ressort avec évidence d'un grand nombre de pas- 
sages de notre livre : « toi, Israël, mon serviteur, Jacob, mon 
élu, postérité d'Abraham que j'ai aimé ; je t'ai pris aux extrémités 
de la terre, appelé des coins du monde et t'ai dit : Tu es mon Ser- 
viteur et mon Élu » (xli, 8-9) ; — « Vous êtes mes témoins, le 
Serviteur que j'ai élu » (xliii, 10) ; — « Ecoute, Jacob mon Ser- 
viteur, Israël mon Élu. . . ; ne crains rien, mon Serviteur Jacob, 
Israël mon Élu » (xliv, 1-2) ; — « Souviens-toi, Jacob et Israël, 
car tu es mon Serviteur ; je t'ai créé, tu es mon Serviteur à 
moi » (xliv, 21); — J'ai appelé Gyrus « à cause de mon Ser- 
viteur Jacob et d'Israël mon Élu » (xlv, 4) ; — « Dieu m'a dit : Tu 
es mon Serviteur, Israël. . . » (xlix, 3) ; — « Reviens à nous, par 
amour pour tes Serviteurs, les tribus de ton héritage » (lxiii, 17). 
Les payens qui se convertissent deviennent aussi les Serviteurs 
de Dieu (lvi, 6). 

C'est le peuple juif, comme Serviteur de Dieu, qui a la plupart 
des attributs que les Psaumes donnent au Pauvre. C'est lui qui 
est aveugle, sourd et altéré de soif (xli, 17; xlii, 7, 18-21; 
xliii, 8 ; xlix, 13 ; li, 1 ; liv, 11 ; lv, 1 ; lix, 9-10) ; lui qui est 
assis dans les ténèbres, dans la prison de l'exil (chap. xlii, 
xliii, 8 ; lu, 2) ; lui encore qui est en deuil et a besoin de conso- 
lation (xl, 1 ; xlix, 13 ; lvii, 18 ; et probablement lxi, 3, et lxvi, 
10-13). Dans les Psaumes, c'est le Pauvre qui est l'humble vermis- 
seau qu'on écrase (Ps. xxn); dans Isaïe, c'est le peuple juif, nj>bm 
bfcntûi Ti» yps* (xli, 14; cf. xlix, 7, et lvii, 15). 

222. Il n'est pas étonnant que le prophète fasse quelquefois 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 17 

une distinction entre la partie saine de la nation et celle qui ne 
l'est pas ; tous les prophètes l'ont faite, elle se retrouve dans 
la Bible entière. Le Serviteur de Dieu représente alors la majo- 
rité de la nation, à l'exclusion seule des Méchants. Sûrement 
un grand nombre de passages du second Isaïe qu'on pourrait 
être tenté d'appliquer au Pauvre proprement dit, dans le sens 
du Pauvre des Psaumes, désignent plutôt le gros du peuple juif. 
Il est difficile de se faire une opinion à cet égard, le texte est 
généralement un peu vague et le contexte contribue souvent à 
augmenter l'incertitude. On peut déjà avoir quelques doutes sur 
la vraie signification de divers passages que nous venons de citer 
(tels que xlii, 7 et 18 ; lxi, 3; lxvi, 10-13), et, en général, les 
expressions de iyp (xl, 31; xlix, 23), de 'hnt (l, 10), isn 
/n ■rçjpa» ,ib rontt ,pi£ î-rra? ,p*7S w ,pist (li, 1,7; lxiv, 3, 4) 
ont un sens un peu indécis; nous en dirons autant du m") ïtDSl *3* 
et du "nm b* vin de lxvi, 2, 5, et même des Serviteurs de Dieu 
de lxv, 8-16, et de lxvi, 14. Le Serviteur de Dieu, dans le sens 
restreint du mot, paraît surtout désigné clairement au chap. l, 
vers. 6 et s. Le morceau du chap. lxv que nous venons de citer 
mérite particulièrement attention. On a cru y retrouver une 
thèse attribuée au premier Isaïe et suivant laquelle ce prophète 
aurait constamment prédit que la restauration du peuple juif se 
ferait avec un petit noyau de Juifs, un faible reste et débris du 
peuple rmwD, tandis que la majorité de la nation serait perdue et 
détruite. On ne peut pas contester d'une façon absolue que notre 
passage n'ait ce sens, et les v. 8-9, spécialement, peuvent être 
invoqués en faveur de cette hypothèse : le peuple juif ne sera 
pas détruit en entier, Dieu en exprimera le suc et l'essence, ses 
Élus et Serviteurs seuls hériteront la Terre Sainte, tandis que 
ceux qui ont abandonné Dieu et oublié la montagne de Sion 
seront livrés à la faim, à la soif, anéantis et exterminés. Le bon- 
heur messianique, que la suite du chapitre annonce au peuple 
juif, est spécialement réservé à cette partie pieuse et saine de la 
nation, à la famille du Serviteur de Dieu et de ses descendants 
(cf. vers. 23) ; elle est le vrai peuple, celui qui formera plus tard, 
avec la postérité nombreuse qui lui sera donnée, la future nation 
juive, et le reste, dès à présent, ne compte pas. Il est certain 
que chez le premier Isaïe et très probablement chez le second 
Isaïe aussi l'avenir de la nation juive a été plus ou moins en- 
visagé de cette façon. Mais, d'autre part, on est frappé de ce 
qu'il y aurait d'étroit et de mesquin dans une pareille concep- 
tion, on a peine à croire que notre prophète puisse exclure ainsi 
du royaume messianique la majorité du peuple juif actuel, avec 

T. XXIII, n° 45. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'espoir d'en reconstituer plus tard un autre, composé des des- 
cendants des Serviteurs de Dieu, et à qui seul sera réservé le 
bonheur de l'ère nouvelle. Le *w, les "htd, le 'n ^m ant, les 
dï-p&tiKNB de la seconde partie de notre morceau (versets 19, 22, 
23) sont bien plutôt, à ce qu'il nous semble, le peuple juif tout 
entier ; le snT, le ttrrn, les "nn* et ^-pnn de la première partie 
(versets 9, 13-15) désignent aussi ce même peuple juif, à l'ex- 
clusion des Méchants, bien entendu. Des paroles comme celles des 
versets 8-15 ne doivent pas être prises tout à fait à la lettre. Le 
prophète peut se montrer sévère pour les Méchants actuels, leur 
adresser les menaces les plus effroyables, mais c'est peut-être un 
simple procédé d'intimidation. Au fond, il est bien convaincu 
qu'ils seront amendés et convertis, et lorsqu'il déroule le tableau 
du bonheur messianique, il y comprend la nation entière, et non 
pas seulement une poignée de Juifs. Il y a là une chimie qui 
obéit à des lois spéciales et où les éléments expulsés comme im- 
purs ne se perdent cependant pas et se retrouvent à la fin. Nous 
aurons du reste à examiner plus tard, à propos du premier Isaïe, 
cette question importante. 

223. Nous avons dit que dans d'autres parties du second Isaïe, 
le Serviteur de Dieu prend une forme si personnelle qu'il semble 
représenter les Pauvres sous les traits d'un Pauvre, ou peut-être 
même une sorte de Messie. Le passage le plus remarquable, à cet 
égard, est le fameux chap. lui, auquel il faut probablement join- 
dre, quoique cela ne soit pas absolument sûr, les vers. 13-15 du 
chap. lu. On sait que ce morceau extraordinaire et incomparable 
est devenu, avec le Ps. xxn, le modèle sur lequel a été façonnée en 
grande partie la légende de la Passion de Jésus, et cela seul prouve 
déjà suffisamment combien il est facile et tentant d'y voir un 
portrait individuel plutôt que celui d'un groupe ou d'un peuple 
tout entier 1 . Le Serviteur de Dieu y est, dans tous les cas, très 
nettement distingué du gros de la nation. La foule le voit, mais 
comme il n'a pas grand air, elle ne fait pas attention à lui (lui, 2); 
c'est lui qui expie les fautes du peuple, est frappé à la place du 
peuple, est malade pour les autres et porte seul le poids du péché 
commis par tous (vers. 4, 5, 6, 8, 11, 12). Si le Serviteur de Dieu 
donne des préoccupations aux Rois (lu, 15) et se met de pair avec 
les puissants ou même leur commande 2 , ce rôle, qui ne convien- 



1 Nous ne pouvons pas omettre de dire que le morceau a un caractère si spécial 
que certains critiques le considèrent comme étranger à ce qu'on nomme le second 
Isaïe et le prennent pour une œuvre d'autre provenance. 

* Le commencement du v. lu, 15, nous paraît altéré ; le sens précis de lui, 12, 
n'est pas très facile à donner. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA R1RLE iy 

drait pas au Pauvre, convient parfaitement au Messie, qui, tout 
humble qu'il soit, est cependant un Roi (Zach., ix, 9), et sera 
finalement maître de tous les rois de la terre (Ps. lxxii, 9-11). 

224. Le beau passage d'I^aïe l, 4-9, est du même genre que le 
précédent, et il a fourni également des traits pour la biographie 
de Jésus. Le personnage que représente ce morceau pourrait très 
bien être le peuple juif ; cependant ses souffrances, son humilité 
extraordinaire \ sa résignation muette, sont bien plutôt les vertus 
du Pauvre que d'un peuple tout entier, et le « disciple » de Dieu, 
du vers. 4, semble aussi désigner le Pauvre. En revanche, le pas- 
sage ne parait contenir rien de spécialement messianique et 
encore moins désigner le Messie. 

Le çaddik de lvii, 1, qui disparaît sans que personne s'en pré- 
occupe, et est emporté parce que la somme du mal est trop 
grande sur cette terre, rappelle jusqu'à un certain point le Servi- 
teur de Dieu du chap. lui (vers. 8). Cependant les « hommes de 
bien » ^ort in»» du même verset lvii, 1, montrent déjà qu'il est ici 
question d'un groupe plus ou moins grand de la nation, peut-être 
des Pauvres. Le morceau signifie probablement qu'il n'y a plus de 
vertu sur la terre, que tous les çaddihim ont disparu. C'est la 
pensée exprimée dans .les Psaumes (n° 48) et qu'on retrouve 
dans un grand nombre de passages de notre prophète 2 : Dieu 
appelle, mais personne ne répond, îw ps ,©"S "ps (l, 2; lxvi, 4; 
cf. lxv, 12) ; personne ne pratique la probité ni la justice, sip ps 
f y\ pnsa (lix, 4) ; personne n'invoque le nom de Dieu, yyvn snp ps 
(lxiv, 6) ; il n'y a plus de justice, il n'y a personne qui combatte 
pour Dieu, ii)is ps ,MDU5a ps (lix, 15-16). 

Dans le chap. xlii, 1-4, le Serviteur et Élu de Dieu est vanté 
pour sa douceur et sa bonté extraordinaires ; il ne plierait pas un 
roseau, n'éteindrait pas une mèche expirante, mais il triomphera 
parla justice, commandera aux Nations, et les îles écouteront 
ses enseignements. Ce sont des traits qui rappellent aussi, plus 
ou moins distinctement, le Serviteur de Dieu du chap. lui ; ils 
pourraient représenter le Messie, ils peuvent aussi parfaitement 
représenter le peuple de Dieu. 

225. Il faut dire tout de suite, pour l'intelligence de ce qui va 
suivre, que le peuple de Dieu, dans le second Isaïe, est sûrement 
chargé d'un rôle messianique. Il est vrai qu'il viendra un Messie 
personnel qui soumettra les Nations et les Rois, fera triompher 



1 Aux v. 6-7 on peut trouver l'origine du mot de Jésus sur l'humilité avec laquelle 
on doit tendre la joue à celui qui la frappe. 
• Cf., par exemple, Miellée, vu, 2 ; cf. encore Is., xli, 26. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sur cette terre la justice et régner la paix, mais le peuple juif est 
aussi et concurremment chargé de ce rôle. C'est lui, sans aucun 
doute possible, qui est le fléau neuf avec lequel Dieu, à la fin des 
temps, battra les montagnes, écrasera les collines et les répandra 
comme du son (xli, 14-16) ; c'est Israël, Serviteur de Dieu, dési- 
gné et dénommé par Dieu quand il était encore dans les entrailles 
de sa mère, qui est la flèche aiguisée que Dieu cache dans son 
carquois pour vaincre et soumettre les peuples (xlix, 1-3, 7 1 ). 
Ses ennemis et ses adversaires seront couverts de confusion, dé- 
truits, anéantis (xli, 8-13) ; les peuples marcheront à sa lumière, 
et les Rois aux rayons de son éclat (lx, 3). 

8. Difficultés du problème. 

226. Et cependant, même pour quelques-uns de ces passages que 
nous venons de citer, et quelque explicites qu'ils paraissent être, 
on hésite et on doute. On croit être sûr de la pensée de l'auteur, et 
immédiatement elle se jette de côté, fuit et échappe. Ainsi, dans 
le chap. xlix, il semble bien, d'une part, que le personnage appelé 
par Dieu est le peuple juif, car il porte le nom d'Israël (vers. 3 2 ), 
il se plaint d'être livré à ses ennemis malgré sa fidélité à Dieu 
(vers. 4), il est l'esclave des puissants d^bta», ce qui ne peut guère 
se dire d'un groupe isolé ou du Messie ; mais, d'autre part, ce per- 
sonnage se distingue nettement du peuple juif, puisqu'il est chargé 
de ramener Jacob, de rétablir les tribus de Jacob et les restes 
d'Israël, np?i ïama nN tnpîib (vers. 5-6 3 ). Et plus loin encore, 
dans ce même chapitre, vers. 8-9, une distinction est faite entre 
le troupeau des captifs et des malheureux et celui qui les délivre, 
in:£ û'niDNb '-ittir. Le chap. xlii a aussi de ces oppositions qui dé- 
concertent, principalement dans ce passage où intervient un per- 
sonnage qui ouvre les yeux aux aveugles et brise les portes des 
prisons, mm* "W ripab (xlii, 6-7). Même la suite du chapitre, où 
il est formellement question des fautes et des malheurs du peuple 



1 Certains commentateurs, s'autorisant de la leçon d'un ms. (voir, par exemple, 
C.-J. Bredenkamp, Der Prophet Jesaia, Erlangeo, 1887, p. 283), croient qu'il y a 
lieu d'efl'acer le nom d'Israël du vers. 3, de sorte que tout le passage, vers. 1-4, 
pourrait s'appliquer au Serviteur de Dieu et non au peuple juif, mais le vers. 4 
semble avoir en vue le peuple juif tout entier, non le Serviteur de Dieu spécialement. 
Le verset 7 aussi ne peut s'appliquer qu'au peuple juif, c'est lui qui est le Serviteur 
des rois, d">b^73 12$. 

a 11 est vrai qu'on a dit que cet Israël n'est pas ici le peuple, mais le nom d un 
individu. 

* Dans i.xiii, 8, il pourrait aussi y avoir quelque difficulté de ce genre, mais le 
texte n'est pas assez clair pour qu'on en puisse juger. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 21 

juif (vers. 18, 22, 24), ne donne pas une impression d'ensemble 
très satisfaisante, parce que le « Messager » de Dieu ^&6» et le 
nom de Mesullam que porte le Serviteur de Dieu ont un caractère 
individuel très prononcé. On ne peut douter néanmoins que tout 
ce dernier morceau ne désigne le peuple de Dieu ou du moins la 
partie saine du peuple, les versets 22-25 le prouvent avec la der- 
nière évidence. Dans u, 16, on a les mêmes difficultés. Dieu dit 
(vers. 15) : « Je suis l'Eternel ton Dieu, qui soulève la mer et agite 
les flots, mon nom est Éternel Çebaot ». De telles paroles ne peu- 
vent évidemment s'adresser qu'au peuple juif, et cependant le 
verset suivant ajoute : <u J'ai mis ma parole dans ta bouche, je t'ai 
couvert de l'ombre de ma main, pour que tu dresses le ciel, fondes 
la terre et dises à Sion : Tu es mon peuple », *i»Nbn ...trw) yvîh 
fpatb, comme si Dieu avait parlé et parlait maintenant à un per- 
sonnage distinct du peuple l . 

227. La difficulté signalée au chap. xlii, vers. 6-7, pourrait se 
résoudre assez facilement encore, à ce qu'il semble, si elle était 
isolée. On pourrait dire que les aveugles et les captifs dont la dé- 
livrance est annoncée au vers. 7 sont ceux des Nations ou au 
moins, d'une manière générale, tous les aveugles et captifs de la 
terre, ceux des Juifs comme ceux des autres peuples. Il est certain 
que la délivrance messianique, d'après le second Isaïe, sera pour 
les Nations aussi bien que pour les Juifs. Les Nations auront à la 
fin, comme le peuple juif, un reste et un débris qui viendra à 
Dieu, d^i^rr ■'erba ins (xlv, 20), toutes les extrémités de la terre 
se tourneront vers Dieu et seront sauvées wwn 2 , et si l'on veut 
bien remarquer que, dans le second Isaïe, Dieu est le grand s^ieie, 
et que le secours de Dieu y tient une place considérable, on trou- 
vera que ce mot de naWifi n'exprime pas ici une idée banale, 
mais a, au contraire, une grande force. Plus loin aussi, xlix, 6, 
le secours de Dieu inaW' ne s'adresse pas seulement au peuple 
juif, mais va jusqu'aux extrémités de la terre 3 . Il serait donc 

1 Le verset 16 a une grande analogie avec le vers, i, 10, de Jérémie dont nous 
avons parlé plus haut et où ce prophète décrit sa mission ; c'est ce qui a fait penser 
qu'ici aussi c'est au prophète, auteur du livre ou de ce passage, que Dieu s'adresse 
(cf. Isaïe, vi, 8 ; Malachie, ni, 1, 23). Cela ne serait pas impossible, mais l'ensemble 
du passage n'aurait pas, avec cette acception du vers. 16, un sens très satisfaisant. 
Au contraire, il n"y a pas grande difficulté à admettre que dans lx, 1, le person- 
nage chargé d'annoncer leur délivrance aux captifs, NTpb , \I23nb ^lU^b, etc., soit, 
par fiction, le prophète même qui parle. La preuve que cela peut s'entendre et s'en- 
tendait ainsi se trouve dans l'évangile de saint Luc, iv, 16-22, où Jésus s'applique 
à lui-même le verset lx, 1-2, d'isaïe. 

1 Verset 22. 

* Dans lu, 10, les Nations des extrémités de la terre verront le secours accordé par 
Dieu au peuple juif, elles eu seront spectateurs sympathiques, mais il n'est pas dit 
qu'elles y prendront leur part. 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

bien simple d'admettre que, dans le passage difficile du chap. xlii, 
c'est le peuple juif, en sa qualité de Serviteur de Dieu, qui est 
chargé de délivrer les aveugles et prisonniers de toutes les 
Nations de la terre, et de cette manière disparaîtrait la contradic- 
tion que nous avons signalée. Dans le chap. lxi, 1-2, il est bien 
possible que la liberté et la délivrance proclamées par le prophète 
soient aussi une liberté et une délivrance pour tous les peuples, 
quoique le peuple juif commence à occuper le premier plan à 
partir du verset 3. Le personnage qui parle lxi, 1, est sans doute 
le prophète lui-même, mais à un moment où, par fiction, il s'ima- 
gine être un personnage messianique ou le Messie lui-même. 
Enfin, dans xlix, 9-33, il se peut aussi que la délivrance annoncée 
soit la délivrance de tous les peuples. 

228. On peut avoir quelque répugnance à admettre que les 
Juifs ne sont pas compris dans les aveugles et les captifs de 
xlii, 7, et dans tous les cas l'explication que nous avons donnée 
de ce verset ne peut pas s'appliquer à' xlix, 6. Il nous répugne, 
d'autre part, pour les raisons que nous avons indiquées, à voir 
dans le Serviteur de Dieu de ces passages un Messie personnel. 
Le seul moyen, à ce qu'il semble, de sortir de la difficulté est d'ad- 
mettre que la pensée de l'auteur oscille elle-même entre deux 
représentations différentes du Serviteur de Dieu. Celui-ci est 
tantôt un petit groupe dans la nation, et il prend alors une allure 
personnelle très marquée ; tantôt il est le peuple même ou au 
moins la majorité du peuple, celle qui sera sauvée, et il l'est 
d'autant plus que c'est peut-être, comme nous l'avons déjà 
montré plus haut, un groupe restreint de Serviteurs de Dieu 
et de leurs descendants qui, d'une certaine manière, formera 
plus tard -le futur peuple juif. Dans les morceaux dont nous 
nous occupons ces deux images du Serviteur de Dieu sont dis- 
tinctes par endroits, superposées et confondues par endroits l , et 
l'on se rappelle ce que nous avons déjà dit souvent des phéno- 
mènes de confusion de ce genre. C'est probablement le groupe 
restreint et particulièrement pieux des Serviteurs de Dieu qui 
traitera avec douceur les faibles et les humbles (xlii, 2-3), qui déli- 
vrera les captifs du peuple juif (v. 7), mais qui, devenant en même 
temps et immédiatement le peuple juif entier, commandera aux 
Nations, leur donnera ses enseignements et les délivrera au nom 
de Dieu (vers. 1, 4, 1). On expliquera de la même manière, le 
chap. xlix, où se trouve, versets 1-13, le même mélange des 

1 Et s'il y avait encore finalement une troisième image, celle du Messie per- 
sonnel, plus ou moins mêlée à ces deux autres, nous n'y verrions pas d'impossibilité 
absolue. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 23 

deux images. Et peut-être môme dans li a-t-on la substitution 
soudaine du groupe restreint des Serviteurs de Dieu (vers. 16) 
au peuple juif tout entier (vers. 12-15). De cette manière enfin 
on comprend peut-être mieux le sens du û-ns *ntf « lumière des 
Nations » (xlii, 6; xlix, 6) et du û* rvna « alliance de peuple » 
(xlii, 6; xlix, 8), qui ne laissent pas d'être difficiles. Sans doute, 
on peut dire que ces expressions désignent le Messie personnel 
ou désignent ce groupe restreint des Serviteurs de Dieu d'où 
sortira le futur peuple juif; mais nous croyons qu'il est bien plus 
satisfaisant d'y voir le peuple juif tout entier, présent et futur, 
sans aucune exclusion, et si l'on admet notre bypothèse sur le 
sens général des deux morceaux que nous étudions ici, cette ex- 
plication des deux expressions ne donne lieu à aucune difficulté. 

9. Libérateur mystérieux . 

229. Il nous reste à examiner un certain nombre de passages 
qui se ressemblent la plupart par l'espèce de mystère qu'ils affec- 
tent. Dans xli, 2, Dieu évoque de l'est la justice p^ftt mïtttt T^rt, 
elle soumet les Nations et les Rois, réduit leur épée en poussière 
et leur arc en paille qui s'envole. Et plus loin encore, au vers. 25, 
quelque chose d'innommé vient du nord (n^i •pssto WTOîi) et de 
l'est, pétrit les chefs comme de l'argile, comme le potier foule la 
terre. On ne sait pas beaucoup mieux qui est le personnage appelé 
avec justice p^n li-tnn^i-r, dont Dieu aplanit les voies, qui est 
chargé de reconstruire la ville sainte et de renvoyer les captifs, 
sans se faire payer leur rançon (xlv, 13), ni quel est (xlvi, 11) le 
vautour appelé de l'orient, l'homme de conseil venu des terres 
lointaines, nnat* ©■»« prnia ynN?: wy mï»E anp. Si l'on veut, nous 
admettrons que ce vautour et le personnage chargé de recons- 
truire Jérusalem (chap. xlv) représentent Cyrus, quoique nous ne 
le croyions pas ; nous aurons à revenir plus tard sur ce sujet 1 . 
Le cédek et celui qui vient de l'orient pour écraser les chefs 
(xli, 2, 25) sont probablement l'un et l'autre la justice de Dieu, sa 
nplir, qui est ici personnifiée et remplit le rôle messianique attri- 
bué, dans d'autres parties de notre prophète, au Serviteur de Dieu 
et au peuple de Dieu. On ne peut avoir de doute sur le sens géné- 
ral de ces deux passages, quand on les compare à d'autres pas- 
sages également messianiques : mb'TsfcKfci yn^n mfcptt '■pnptnn 
^pnînp, j'ai pris par la main et appelé mon peuple des extrémités 

1 Dans xlviii, 14, il y a aussi quelque chose où l'on pourrait être tenté de voir 
Cyrus, mais le passage est bien obscur et le texte est sûrement corrompu. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et des derniers recoins de la terre (xli, 9) ; ptriNi pista *pn&np 
Ym, je t'ai appelé avec justice et pris par la main (xlii, G) ; 
■npltt ^nnnp, j'ai fait approcher ma justice (xlvi, 13); •vpns'S'np 
proche est ma justice (li, 5); réveille-toi, bras de Dieu, r<2- 
veille-toi, Jérusalem (pour le grand jour de la réhabilitation, 
Li, 9 ; lu, 1 ; iw "ni* ; à comparer avec les wn et w^n des 
passages qui sont en question ici). Dans xli, 25, les chefs sont 
vaincus et foulés aux pieds comme nous avons vu que le seront 
plus tard, par le peuple juif, les Nations rebelles (voir n° 208). 

Ce que c'est que le JTXb. 'ptti&n de xli, 27, nous ne nous char- 
geons pas de le dire, les conjectures qu'on a faites à ce sujet 
sont hasardées et peu satisfaisantes. Le nuintt de xli, 27, n'est 
pas le Messie, mais tout simplement le messager ordinaire, qui 
apporte cette fois la bonne nouvelle (cf. xl, 9; lu, 7). Dans 
xliv, 26, le Serviteur de Dieu et les « Messagers » de Dieu, 
Ypttb», peuvent fort bien être le peuple juif. Le ^aabft de xli, 19, 
désigne aussi plus ou moins le peuple juif, et cette interpréta- 
tion paraîtra d'autant plus plausible si on se rappelle que dans 
Ps. cv, 15, les Hébreux sont appelés les oints de Dieu, wûfc. 
Le « libérateur » b&oa de lix, 20, pourrait déjà plutôt être quelque 
chose comme un Messie personnel qui se lève pour combattre les 
Nations et délivrer le peuple juif*. L'idée du Messie personnel se 
trouve, du reste, dans ce célèbre passage où Cyrus est appelé Oint 
de Dieu irpttïfc (xlv, 1), quoique lxi, 1, semble prouver que cette 
onction est aussi l'apanage du prophète et n'a justement rien 
d'extraordinaire. En revanche, si l'on compare xlviii, 15, avec 
lv, 11, et lix, 20, on aura la, conviction que, dans ces deux pas- 
sages, il n'est pas question du Messie personnel ; le Messie que 
pourraient avoir en vue xlviii, 15 et lix, 20, sur lequel repose 
l'esprit de Dieu et à qui Dieu dicte ses paroles 2 , n'est autre que le 
peuple juif, et la postérité du peuple joue ici (chap. lix) le même 
rôle que dans le passage du chap. lxv que nous avons signalé 
plus haut. Nous ne savons si, dans le passage assez obscur de 
xlviii, 16, où il est dit : « Dieu m'a envoyé et son esprit 3 . . . », il 
faut voir aussi le peuple juif, ou le Serviteur de Dieu, ou peut- 
être même le prophète qui parle. L'esprit de Dieu repose sur le 
Serviteur de Dieu (xlii, 1) et sur le prophète (lxi, 1), sur le 
peuple juif (lix, 21), et Dieu n'envoie nbtt pas seulement ses pro- 
phètes, mais aussi sa parole (lv, 11). 

1 A moins que ce ne soit simplement Dieu. 

a Cf. li, 16. 

» Nous croyons qu'il y a une lacune après le mot 1MTT1- 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 25 



10. Dieu, sa puissance sur la nature et sur les hommes ; Dieu 
et son peuple ; Dieu d'amour. 

230. Les noms de Dieu, dans le second Isaïe, sont : ,b&* ■STifti 
rtlîT ^N .û^bN ; dans li, 22, Dieu est appelé ^piN, et dans 
xliv, 8, se trouve le nom de *nat (rocher) que Dieu porte souvent 
dans les Psaumes. 

La sagesse de Dieu est sans bornes (xl, 28). Pour accomplir 
son œuvre de la création, il n'a pas eu besoin de conseiller e^n 
VttW (xl, 12, 14; cf. xlvi, 11 ; xli, 28) et personne ne lui a ensei- 
gné la sagesse ni la science (xl, 12-14). Le Serviteur de Dieu est 
son disciple nittb (l, 4 ; xlviii, 17 ; liv, 13), et suit ses enseigne- 
ments, sa tora (l, 4 ; li, 4, 7 ; lix, 21 ; cf. xlii, 21, et le b*w^ de 
lu, 13). Dieu se rit de ceux qui prétendent deviner l'avenir, des 
û^op, il rend vaine la sagesse des sages (xliv, 25), les magiciens 
et les astrologues de la Babylonie sont impuissants à la sauver 
(xlvii, 12-13), les idoles ne savent rien, ne voient rien et ne 
servent de rien (xli, 24, 29 ; xliv, 9, 10 ; xlv, 20; xlviii, 5). 

La puissance de Dieu sur la nature est infinie. Il a créé le ciel 
et la terre, étendu le ciel comme une tentent, fait émerger la 
terre au-dessus des eaux ypn, établi la terre sur ses fondements, 
lu" 1 ,p"D, construit le monde comme un architecte et un géomètre, 
avec la coudée et le fil à plomb, calculé le poids des montagnes 
(xl, 12, 22, 26 ; xlii, 5 ; xliv, 24 ; xlv, 12, 18, xlviii, 13 ; li, 13); 
il gouverne la mer et soulève les flots (li, 15). Dieu a donné la 
vie à tous les êtres de la création (xl, 26, 28 ; xlii, 5; lvii, 16 ; 
lxvi, 2), pétri l'homme comme le potier pétrit l'argile (lxiv, 7 *), 
il a appelé dès l'origine les générations des hommes (xli, 4), il 
appelle aussi les légions des cieux par leur nom et les passe en 
revue (xl, 26), il est le Dieu du monde ou le Dieu éternel, ifiba 
Obi*, le Dieu des légions célestes maas: îtiït 1 (xl, 28 ; xliv, 6 ; 
xlvii, 4, etc.). Il est assis sur le dôme qui couvre la terre, 
aucune demeure terrestre ne peut le contenir, sa demeure est 
haute, élevée, éternelle et sainte, le ciel est son trône, et la terre 
l'escabeau de ses pieds (xl, 22 ; lvii, 15 ; lxvi, 1 ; cf. y®T$ biat, 
lxiii, 15). L'œuvre qu'il a créée n'est pas une œuvre menteuse et 
frivole irtn, mais il l'a faite pour le bonheur des hommes et elle ne 
les a pas trompés (xlv, 18-19; cf. xlix, 4 ; lv, 2). 

Les hommes, aux yeux de Dieu, sont comme des sauterelles, un 

1 Peut-être allusion au récit de la création de l'homme dans la Genèse. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

petit point invisible (xl, 22); les Nations, si fières de leur puis- 
sance, ne sont rien devant lui, il abaisse l'orgueil des princes et des 
juges de la terre, y-ia ^astfO ,û13t1 (xl, 15, 23 ; cf. xli, 25). Quand il 
se lève contre ses ennemis, il est comme un gibbor et un homme 
de guerre mEnblo tt^a (xlii, 13 ; voir n° 88), il brise et consume la 
force du cheval et du cavalier (xliii, 16 1 ), et ainsi de suite. Quand 
son bras « se réveille » et se revêt de puissance, il détruit les Na- 
tions et dessèche les flots de la mer (li, 9-10 2 ) ; il vient avec l'élan 
de la force, et, suivant une expression particulière à Isaïe, son sa- 
laire est avec lui et sa récompense marche devant lui (xl, 10; cf. 
xlix, 4; lxii, 11). 

231. La parole de Dieu s'accomplit toujours (xl, 8; xlv, 33 ; 
lv, 11, etc.), il tient ses promesses, n'est point comme la femme 
qui est enceinte et n'enfante pas (lxvi, 9), il est le Dieu fidèle, 
•jïïn ^ïibN, ï»a« (xlix, 1 ; lxv, 16), et par-dessus tout le libérateur 
qui sauve son peuple et tous les peuples s^udie (xliii, 3, 11, 12; 
xlv, 15, 21, 22; xlix, 25-26 ; lix, 1 ; lx, 16; lxiii, 9; etc.). Cet 
attribut de Dieu est un des plus importants; Dieu est sauveur b&w 3 , 
il est puissant pour secourir swiïib m (lxiii, 1), le secours qu'il 
accorde à son peuple est la preuve de sa véracité, de sa justice et 
de sa bonté ; elle est aussi sa justification aux yeux des Juifs qui 
ont trop longtemps souffert, et aux yeux des Nations qui ont cru 
qu'il était trop faible pour vaincre ou qu'il avait injustement 
abandonné ses fidèles. C'est pourquoi il est, comme dans les 
Psaumes, un Dieu çaddili (xlv, 21), son cédek pTS, sa rtpTir, son 
w, agissent sans cesse et se manifestent dans des oeuvres d'é- 
clat (xli, 10 ; xlii, 6, 21 ; xlv, 13, 19, 21 ; xlix, 8 ; li, 5 ; lu, 7 ; 
etc. 4 ). 

232. C'est surtout envers les Juifs que Dieu exerce sa vertu 
et sa bonté. Il est le Dieu du peuple juif (xl, 1, 3, 9; xli, 10, 
13, etc.), le Dieu d'Israël (xli, 1*7; xlv, 15; xlviii, 1, 2), le 
saint d'Israël (xli, 14, 16, 20 ; xliii, 3, 14, 15; xlv, 11, etc.), il 
est saint et son nom est saint (xl, 25; lvii, 15), il est le roi 
d'Israël et le roi de Jacob (xli, 21 ; xliii, 15 ; xliv, 6), le fort de 
Jacob np*i -psn (xlix, 26 ; lx, 16). Le peuple juif est son peuple 
hw, xlvii, 6; li, 4, 16; Lvir, 14; ^ab, li, 4), le peuple de 



i Allusion à la destruction des Égyptiens dans la Mer Rouge. 

* Autre allusion au même événement; sur la force du bras de Dieu, cf. xl, 10; 
Lin, 1 ; lix, 16 ; lxii, 8. 

3 Les mots de la racine bfitt se trouvent en tout 52 fois dans la Bible ; sur ces 
52 cas, il y en a 23 dans le second Isaïe, 1 dans le premier Isaïe. 

A Le pii£, la ftplX, le çaddik, et le verbe de la même racine se trouvent près de 
50 fois dans le second Isaïe. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 27 

sa sainteté (lxiii, 18), et on l'appellera plus tard peuple de la 
sainteté (lxii, 12). Dieu, est le père du peuple juif (lxiii, 16 ; 
lxiv, 7), les Juifs sont ses fils et son héritage (xlv, 11 ; lxiii, 17; 
xliii, 6, où il n'est pas impossible cependant que les fils et les 
filles de Dieu représentent les fidèles de toutes les Nations). 

233. Comme dans les Psaumes et presque plus que dans les 
Psaumes, Dieu est, dans le second Isaïe, un Dieu bon et doux; il 
a pour son peuple des paroles d'une tendresse infinie. Il serait 
trop long d'analyser ici tous les passages où notre livre indique 
l'attachement de Dieu aux Juifs ou à son Serviteur, il nous 
suffira de donner les expressions principales dont le prophète se 
sert pour cet objet. Ce sont, avant tout, celles de ^w , ^pna 
yw* (par ex., xliii, 1 ; xliv, 2, 21, etc.) et tous les passages ana- 
logues où il est dit que Dieu a créé, fait, appelé, élu et choisi (/n s fta 
nm) son peuple et son Serviteur; ce sont ensuite des expressions 
comme ,ï3W pnna # fnpmrt ^viattt» , natta ."pnnna , l pT8*M 
/prw , •pmw ,*i»û03 ,"uarû ,ûrD ,an\-i ba « ^wznip* ^bm 
ï3 "priN , *|Ti5ï3n , "«fflM ïrntti ^ïias^a ,ûrrp. On voit, par cette 
liste, que Dieu secourt, soutient son peuple, le conduit par la main, 
le console, le guérit, le ceint de force, l'encourage, le rassure, 
lui dit de ne rien craindre, l'aime et le tient en haute estime; 
le peuple juif est la postérité d'Abraham, que Dieu a aimé ^sïik 
(xli, 8), il jouit spécialement des grâces accordées par Dieu à 
David (lv, 3). Il va sans dire que si Dieu est, en général, sauveur 
et libérateur, il l'est surtout pour le peuple juif : "piûi /^ttJiïa ^b&w 
(xli, 14; xliii, 1, 14; xliv, 2, 5, 6, 24; xlvii, 4; xlviii, 17 ; xlix, 
7, 26; liv, 5; lx, 16; lxii, 12). Dieu pardonne au peuple juif ses 
péchés et les efface (xliii, 25 ; xliv, 22), il aime à pardonner s-nn* 1 
nbob (lv, 7); il témoigne à son peuple sa pitié, sa faveur, sa mi- 
séricorde et son amour (inbïïn ,nnaïiK t mm ,YWn, lxiii, 7 et 
9), vient à lui quand même le peuple ne l'appelle pas (lxv, 1). 
Comme un bon pasteur, ïisn, il fait paître son troupeau, réunit 
les brebis dispersées ou égarées et les rapporte dans son sein 
(XL, 11). 

234. L'attachement de Dieu pour ceux qu'il aime se traduit par 
un acte particulier qui paraît exercer un attrait spécial sur l'es- 
prit de notre prophète. Il ne lui suffit pas de répéter sans cesse 
que Dieu a fait et créé (*iar« /Nia) le peuple juif ou le Serviteur de 
Dieu ou le Messie, qu'ils sont ses élus (iTna), il faut encore que 
Dieu les ait désignés ou appelés par leur nom, dès le ventre de 
leur mère, quand ils étaient encore dans les entrailles qui les ont 

1 Ces NTn b$ sont fréquents dans le second Isaïe. 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

portés (&np et ii», xlii, 6 ; xliii, 1 ; xliv, 5 ; xlix, 1-3 ; ^Nip psE ; 
cf. xliv, 2, 24; xlvi, 3 *), le peuple juif est Yappelé de Dieu 
\xnptt (xlviii, 12), et Abraham, l'ancêtre des Juifs, a été appelé 
et béni par Dieu (li, 2). De même, Dieu a appelé Cyrus par 
son nom (xlv, 3-4) , appelé le oédek (xli, 2), le vautour de 
l'orient (xli, 25); toutes les générations de la terre, depuis les 
premières jusqu'à celles des temps futurs, ont été appelées et 
nommées par Dieu dès l'origine (xli, 4), et il a appelé par leur 
nom toutes les légions célestes (xl, 26). Le nom de Dieu dtt et le 
nom du peuple jouent aussi un rôle important chez notre pro- 
phète (cf. xliv, 5; xlviii, 1), tout ce qui porte le nom de Dieu ou 
invoque son nom a été créé pour sa gloire (xliii, 7) et, au con- 
traire, le nom de Dieu n'a jamais été appliqué aux Nations (lxiii, 
19). Quand Israël sera purifié, rétabli, transformé et amendé, 
Dieu lui changera son nom, lui donnera un nom nouveau (lxii, 2; 
lxv, 15), il portera et Sion portera des noms qui indiquent l'amour 
et la tendresse de Dieu pour eux (lviii, 12; lx, 14, 18; lxi, 3, 6; 
lxii, 4, 12). 

Dieu se glorifie en Israël inddn et en tire vanité, probablement 
parce qu'il a montré, en Israël, quelle est sa force, sa puissance 
et sa justice, et que 1 éclat qu'il a donné à son peuple rejaillit sur 
lui-même (xli, n-20 ; xliv, 23; xlix, 3; lxiii, 14; cf. xlviii, 9; 
xlix, 26; lxi, 9, etc. 2 ). Israël est sa gloire imfiwn (xlvi, 13), Israël 
sera, dans l'avenir, une couronne de gloire et une coiffure royale 
dans la main de Dieu (lxii, 3). Dieu sauve Israël pour se faire un 
nom éternel (lv, 13 ; lxiii, 12) ; les miracles qu'il accomplit en 
faveur de son peuple manifesteront sa gloire et proclameront sa 
puissance parmi les Nations (xl, 5; lix, 19 ; lxiv, 1) ; il a créé le 
peuple juif pour raconter sa gloire (xliii, 21 ; cf. xlii, 12 ; lx, 6 ; 
lxvi, 19) et une fois Jérusalem restaurée, on y proclamera sans 
trêve le nom de Dieu (lxii, 6). Inversement, Dieu communique et 
prête sa gloire à Israël (xli, 16 ; lv, 25; lx, 1, 2, 9). 

235. On a vu que Dieu est le père de la nation juive, il en est 
aussi l'époux. Il est arrivé que cet époux, justement irrité, a 
abandonné son épouse pour un temps ; mais il attend seulement 
qu'elle revienne à des sentiments meilleurs, la brouille n'est 
pas sérieuse, jamais le divorce ne s'accomplit dans les formes 
légales (l, 1), et après qu'elle aura été quelque temps renvoyée, 
abandonnée, dédaignée par son époux (îinbœ, l, 1 ; fDT*3 ,miT*, 
liv, 6; lxii, 12), ou qu'elle aura vécu comme une veuve sans 

1 Les *ï^in de notre prophète ont à peu près le même sens que ces fcnp. 

2 Quelques-unes de ces expressions s'appliquent naturellement au Serviteur de 
Dieu. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 20 

époux (liv, 4), Dieu la ramènera et la rétablira au foyer domes- 
tique (lxii, 4). Ce sera comme un nouveau mariage ; l'époux 
apportera, dans la réconciliation, les transports du jeune homme 
pour la jeune fille, du fiancé pour la fiancée (lxi, 10 ; lxii, 5; cf. 
xlix, 18) ; il se souviendra de son ancien amour pour l'épouse de 
sa jeunesse l û^jî rnaa (liv, 6) et sa tendresse pour son épouse 
sera éternelle. Pour un instant, il Ta abandonnée, mais avec une 
miséricorde infinie il la ramène à lui ; un instant, dans sa colère, 
il s'est détourné d'elle, et avec une pitié infinie il la reprend et 
jure, comme il a juré après le déluge, que jamais il ne s'empor- 
tera plus contre elle (liv, 9-10). 

On a dit que l'élément féminin a été introduit dans l'idée de 
Dieu par le christianisme, il ne manque pourtant pas dans le Dieu 
du second Isaïe. Dieu, pour notre prophète, n'est pas seulement 
un père, il a aussi, pour ses enfants, les entrailles d'une mère. 
Une femme, une mère peut oublier son enfant, Dieu n'oubliera pas 
les siens (xlix, 14) ; comme une mère, il porte ses enfants sur 
la hanche; comme une mère, il console et berce leurs chagrins 
(lxvi, 12-13 2 ; cf. lv, 4). Toute l'œuvre de Dieu est du reste, 
comme celles d'une femme, une œuvre d'enfantement (lxvi, 9 ; 

cf. XLII, 15). 



11. Culte et pratiques religieuses. 

236. Sur le culte et les pratiques religieuses, notre livre ne 
nous apprend pas grand'chose. On voit par les chap. lvi et lviii 
que le second Isaïe tient beaucoup à l'observation du sabbat, c'est 
un trait qu'il a de commun avec Jérémie et avec Néhémie. La néo- 
ménie ©*in et le sabbat sont mentionnés, dans lxvi, 23, comme 
jours qui seront consacrés dans l'avenir, et par tous les hommes, 
au culte de Dieu. Le jeune décrit au chap. lviii, 3-6, avec cilice 
et cendre sur la tête et avec mortification, est sûrement un jeûne 
public, une institution religieuse : ma* ût> ,imm« &"p ,ddes: uv 
fin. Le jeûne n'est pas mentionné dans les Psaumes, mais ils 
parlent souvent du vœu, dont notre prophète, à son tour, ne fait 
pas mention. 

La question des sacrifices est toujours intéressante chez les 



1 Allusion au bonheur supposé des Hébreux des anciens temps. 

* Dans Ps., xci, 12, Dieu porte ses enfants sur les mains D^DD, et les anthropo- 
logues que j'ai consultés (entre autres M. F. -S. Krauss, de Vienne) croient que c'est 
le père et non la mère qui porte l'enfant de cette manière. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

écrivains de notre époque. Le second Isaïe, sans attacher à ce 
genre de culte une grande valeur, ne semble pourtant pas le 
tenir en si petite estime que les Psaumes. Entre autres reproches 
qu'il adresse aux Juifs de son temps, il y a celui d'offrir des sacri- 
fices aux dieux payens, mais il n'y aurait évidemment pas de mal 
à ce qu'ils en offrissent sur l'autel de Jérusalem. Cet autel subsis- 
tera dans l'avenir, Dieu acceptera volontiers les sacrifices qui 
y seront apportés par les Nations (lx, 7), les sacrifices des pro- 
sélytes y seront reçus avec autant de faveur que ceux des Juifs 
(lvi, 7), les Juifs continueront à y présenter des offrandes nn:?} 
(lxvi, 20), ils seront appelés les prêtres et les desservants de 
Dieu (lxi, 6), et parmi les prêtres et les lévites qui feront, dans les 
temps futurs, le service du temple (et de l'autel), il y aura aussi 
des payens convertis (lxvi, 21). Les Hébreux, autrefois, n'of- 
fraient pas de sacrifices ni d'encens à Dieu ou ont omis d'en offrir 
(xliii, 22-24), et il semble que, loin de leur en faire un reproche 
grave, le prophète pense que Dieu ne demande pas ces témoi- 
gnages de piété et n'y tient pas. Les sacrifices humains sont 
abhorrés (lvii, 5). 

Les Juifs continuent et doivent continuer à pratiquer la circon- 
cision et divers rites de pureté (lu, 1, 11 ; lxv, 4; lxvi, 17) et à 
s'abstenir de certaines viandes défendues, comme celle du porc, 
du chien, du ypv et du nn^y (lxv, 4; lxvi, 17). Nous croyons que, 
dans ces passages, l'usage de sacrifier les bêtes impures et l'usage 
de les manger se confondent. On sacrifiait pour manger, en partie, 
la viande de la bête sacrifiée, et, sans le sacrifice, on ne l'aurait 
pas mangée. L'importance attachée par le prophète à la pureté 
religieuse n'étonnera pas ceux qui savent avec quel soin les peu- 
ples orientaux de diverses religions évitent le contact des per- 
sonnes impures. Même les Persans de nos jours sont très stricts 
sur ce point et chez les Falaschas, quand un étranger, naturel- 
lement impur pour eux, est sur le point de les toucher par inad- 
vertance, ils se hâtent de l'avertir en poussant le cri noté par 
notre prophète, lxv, 5 : « N'approchez pas ! » 

Le sacrifice est-il considéré comme une prière ou tend-il à être 
remplacé par la prière? Il est curieux que dans le chapitre lvi, 
où Dieu annonce qu'il acceptera avec grâce les sacrifices qui lui 
seront offerts par les prosélytes, il ajoute (vers. 7) : « car ma mai- 
son sera une maison de prière pour toutes les nations », et un 
peu plus haut aussi, dans le même passage, le temple est appelé 
maison de prière. Est-ce par la prière, entre autres, que les 
Juifs cherchent Dieu tous les jours et demandent à s'approcher 
de lui (lxviii, 2) ? Il semble bien que si Ton cherche Dieu, c'est 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 31 

pour l'invoquer (lv, 6 »). Cependant dans Ézéchiel, xx, 1-4 (cf. 
xiv, 1), on dirait que chercher Dieu signifie venir le consulter, 
obtenir son oracle, ou, par l'intermédiaire du prophète, ses con- 
seils et ses avis. 

Tout en étant attaché aux pratiques religieuses, notre prophète 
se place pourtant au-dessus d'elles. Qu'est-ce que les pratiques 
sans la morale, les visites au temple sans vraie piété, le jeûne 
sans humilité et sans charité? Le chapitre lvtii, où le second Isaïe 
condamne une pareille conception de la religion, est aussi beau, 
sinon aussi vif d'allures, que ce célèbre chapitre où le premier 
Isaïe fulmine contre les sacrifices offerts à Dieu par des mains im- 
pures et impies (chap. i). Si les pratiques étaient toute la religion, 
temple et l'autel seraient le vrai séjour de Dieu; mais combien 
Dieu est au-dessus de ces idées mesquines ! « Le ciel est mon 
trône ; la terre l'escabeau de mon pied ; quelle maison pouvez- 
vous me construire, quel lieu de repos pouvez-vous m'assigner? » 
(lxvi, 1). Avec de telles paroles, le prophète s'élève jusqu'aux 
hauteurs les plus pures du sentiment religieux. 

Isidore Loeb. 
{La fin au prochain numéro.) 



1 A la fin du n« 234, nous avons cité aussi quelques versets où il est plus ou 
moins fait allusion à la louange que les fidèles adressent à Dieu, dans le temple ou 
Jes maisons de prières. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



XXV 

QUELQUES PSAUMES DE L'ÉPOQUE D'ÉZÉCHIAS. 

Dans un récent travail sur l'origine et la date du psaume ix, 
j'ai émis l'idée que la littérature des Psaumes pouvait avoir, en 
partie du moins, sa source dans la prédication prophétique dont 
elle serait la répercussion la plus fidèle et la plus proche. Je me 
propose de présenter quelques exemples, assez significatifs d'après 
moi, à l'appui de ce sentiment, qui semble rendre mieux compte 
de la tendance de ces auteurs et du rôle que cette poésie a joué 
dans le développement du judaïsme. Je choisirai de préférence 
ces exemples dans les psaumes qui me semblent appartenir à 
l'époque assyrienne et avoir pour but de glorifier le roi Ézéchias, 
l'ami respectueux du prophète Isaïe. 

Le psaume n. 

La teneur de ce psaume est d'une clarté sans pareille. Le poète 
avertit les peuples et leurs rois de la vanité des efforts qu'ils 
tentent dans le but de secouer le joug de l'oint du Seigneur (1-3). 
La divinité, habitant dans les cieux, commence par se moquer 
de cette tentative insensée, mais finit par se fâcher sérieusement 
et par lancer aux rois rebelles cette phrase écrasante : « C'est 
moi qui ai sacré le roi de ma prédilection sur Sion, ma montagne 
sainte. » Le reste du poème contient une allocution véhémente que 
le roi légitime adresse aux rois insurgés pour leur faire com- 
prendre que c'est Iahwé lui-même qui l'a depuis longtemps (lire 
pirn» ', au lieu de pn-ba) adopté pour son fils, et qui lui a octroyé 

1 Cf. Isaïe, xxu, 11 ; xxv, 1 ; Jérémie, xxxi, 3. 



RECHERCHES BIBLIQUES 33 

la domination absolue sur les peuples les plus éloignés, avec l'au- 
torisation de les châtier et de briser leur résistance. Il termine sa 
réprimande en enjoignant aux rois et- dominateurs de la terre de 
réfléchir et de se soumettre sans condition. Les dernières paroles 
sont : « Soumettez-vous à Iahwé avec piété et tempérez votre 
joie par la crainte de lui déplaire. Rendez hommage au fils, de 
peur qu'en l'irritant vous ne périssiez sur la route (de l'exil), car 
sa colère s'allumera bientôt. Heureux sont tous ceux qui se pla- 
cent sous sa protection. » Voilà ce qu'on peut appeler une des- 
cription claire dans le sens le plus exact du mot. Il s'agit bien 
d'un roi judéen, trônant à Jérusalem, qui se trouve entouré par 
des peuples soumis à son sceptre. La circonstance que ce roi est 
un adorateur très sincère de Iahwé nous amène forcément au 
règne d'Ézéchias, pendant lequel les historiens sont d'accord pour 
placer la première tentative sérieuse de remplacer les différents 
cultes locaux par celui du temple unique de Jérusalem (II Rois, 
xvin, 3-6; II Chroniques, xxix-xxxi). Ézéchias avait soumis la 
presque totalité du pays des Philistins (II Rois, ibidem, 8), et les 
inscriptions de Sennachérib nous ont appris, en outre, un détail 
particulier qui n'est pas mentionné dans la Bible. C'est que les 
habitants d'Accaron (Eqron), pactisant avec le roi judéen, lui 
avaient livré leur dernier roi, nommé Padi, partisan de l'Assyrie l . 
La soumission forcée des Philistins n'a certainement pas tardé à 
se changer en une révolte générale, à la nouvelle que l'armée de 
Sennachérib se préparait à envahir la Judée. C'était le moment 
critique que vise l'auteur du psaume n. Et, semblable au grand 
prophète Isaïe, qui encouragea Ézéchias à la résistance en lui 
prédisant la destruction inévitable de l'armée envahissante et la 
préservation miraculeuse de Jérusalem, notre psalmiste prévoit 
la mauvaise fin des peuples insurgés et cherche à les faire rentrer 
dans leur état de soumission afin d'éviter le châtiment terrible 
qui les attend. 

Cette explication est seule capable de rendre compte de toute la 
description contenue dans le poème, qui forme l'écho exact des 
événements qui se sont passés du temps d'Ézéchias, et tout à fait 
conforme aux prophéties d'Isaïe, le plus grand politique et poète 
de l'époque. Nous ne nous expliquons guère comment certains au- 
teurs modernes ont pu prendre ce psaume pour une composition 
postérieure à l'exil de Babylone, époque à laquelle il n'y eut plus 
de roi juif à Jérusalem et, encore moins, un roi ayant des peuples 

1 Smitb, Sennachérib, p. 57-68. Sennachérib le fait remettre en liberté et le réta- 
blit 6ur le trône d'Accaron [ièid., p. GU-G1). 

T. XXIII, n° 45. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

étrangers soumis à son sceptre. Est-il besoin de rappeler qu'à ce 
moment, les Judéens, occupant une partie minime d'une satrapie 
perse, vivaient péniblement sous le joug de gouverneurs avides 
et tyranniques, qui étaient le plus souvent hostiles à la nationa- 
lité juive? On ne saurait pas non plus soutenir, sans blesser le 
sens commun le plus simple, que, sous le nom de « roi », le poète 
eût visé le grand prêtre, qui concentrait entre ses mains l'admi- 
nistration du culte du temple et représentait ainsi la plus haute 
autorité du peuple. Outre cette circonstance particulière que la 
nomination des grands prêtres dépendait très fréquemment du 
caprice du gouverneur, on ne voit nulle part qu'avant la guerre 
d'indépendance des Macchabées, les pontifes Jérusalémitains aient 
jamais exercé la moindre suprématie sur les peuples voisins. En 
un mot,, il n'y a pas un seul trait dans le psaume n qui puisse 
convenir à n'importe quelle époque qui soit postérieure à l'exil. 
Mais cette considération souveraine n'est pas du goût de ceux qui, 
par un parti pris inconcevable et jamais motivé, affirment har- 
diment que le recueil des Psaumes tout entier a été composé 
dans l'intervalle qui sépare le retour de l'exil de l'insurrection 
des Macchabées. Ils diffèrent cependant entre eux, en ce qui 
concerne l'origine du psaume ix et d'autres psaumes analogues 
qui parlent d'une royauté établie à Jérusalem et exerçant sa su- 
prématie sur les peuples environnants. Les uns, pour lesquels toute 
la littérature biblique n'est qu'une œuvre pseudo-épigraphique, ne 
répondant à aucun fait réel, voient dans les psaumes royaux un 
simple exercice poétique dans lequel l'imagination de l'auteur n'a 
d'autre but que de se divertir ou d'amuser ses auditeurs. Les 
autres pensent que le poète a voulu peindre un idéal vrai que l'es- 
prit du peuple attendait ardemment comme le couronnement de 
sa fidélité envers Dieu, et qu'on exprime habituellement par le 
mot « messianisme ». D'après ces derniers exégètes,.le roi exalté 
par les psalmistes serait, non un roi ayant vécu aux époques 
historiques d'Israël, mais le Messie, qui doit venir à la fin des 
temps pour rendre à la nationalité Israélite l'ancien éclat de la 
royauté de David et amener, au reste du monde, une ère de 
paix, de justice et de prospérité, sous l'égide du Dieu d'Israël. 
Aux partisans de la première opinion, nous opposons une fin de 
non recevoir absolue, et nous nous garderons bien de perdre 
notre temps à discuter leur thèse arbitraire, qu'ils n'oseraient 
pas soutenir s'il s'agissait d'une littérature non juive et qui est, 
du reste, démentie par les découvertes épigraphiques modernes 
qui nous ont fait connaître une foule de détails historiques et 
littéraires, qui devaient rester totalement inconnus aux écrivains 



RECHERCHES BIBLIQUES 35 

juifs de l'époque des Achéménides et de leurs successeurs les 
Séleucides. En revanche, nous devons tenir compte de la seconde 
thèse, celle qui voit l'idée messianique dans tous les psaumes 
qui parlent de rois puissants et nous devons donner les raisons 
qui nous empêchent d'y souscrire. Pour mieux déblayer le terrain, 
nous présenterons quelques observations sur la conception même 
du messianisme qui revient très souvent sur le tapis, depuis 
quelques années, chez les exégètes des Psaumes et les historiens 
du peuple juif. 

La conception d'un avenir plus parfait que le passé et que le 
présent, pour le genre humain tout entier, est un trait particulier 
au monothéisme juif. L'idée fondamentale en est déposée dans le 
récit de la Genèse concernant la création de l'homme à l'image de 
Dieu, lequel homme est destiné à représenter, pour ainsi dire, la 
divinité sur cette terre, et à y exercer une domination illimitée. 
Cette magnifique destinée ne s'est pas accomplie jusqu'à présent, 
et le Pentateuque lui-même ne se lasse pas de relater les péripéties 
des peines matérielles infligées à l'homme par suite de ses chutes 
morales. La plus ancienne génération humaine, pervertie à l'excès, 
périt dans le déluge. La génération postdiluvienne ne vaut pas 
beaucoup plus, à tel point, que la divinité se voit obligée de 
choisir une seule famille, celle d'Abraham, pour former le premier 
noyau d'hommes vertueux dont l'exemple doit répandre le règne 
de la justice dans les autres familles humaines. Malheureusement, 
cette tentative elle-même n'a eu qu'un médiocre résultat au cou- 
rant de l'histoire. La famille patriarcale devenue la nation juive, 
et malgré la longue éducation qu'elle a reçue de la part des pro- 
phètes, n'a cessé de se détourner de la vertu et de commettre 
péché sur péché ; et, pour comble d'abomination, les trois quarts 
de la nation, renonçant au culte de Iahwé, localisé dans le temple 
de Jérusalem, sont retombés dans les anciens errements de l'ido- 
lâtrie. Les prophètes, qui étaient les témoins oculaires de cette 
chute irrémédiable par des voies naturelles, ont été amenés à con- 
cevoir un avenir plus ou moins prochain dans lequel les désordres 
• introduits dans le monde par la faute des pécheurs obstinés doivent 
prendre fin par l'intervention particulière de Dieu. Cet avenir est 
conçu comme le jour de Iahwé pendant lequel les méchants seront 
exterminés et la vertu seule régnera chez les peuples. Les plus 
anciens prophètes, en parlant de ce jour terrible, pensaient avant 
tout à la restauration de l'ancien royaume de David et au retour 
des dix tribus sous le sceptre d'un roi davidique résidant à Jérusa- 
lem. Les prophètes Amos et Hosée n'allaient pas au-delà, dans leur 
conception de l'ère qu'on est habitué de nommer messianique, 



m HEVUË DES ETUDES JUIVES 

parce que le roi sous lequel aura lieu cette restauration sera le 
Irai Messie ou trtàa, c'est-à-dire « le vrai oint du Seigneur ». Les 
prophètes contemporains des événements miraculeux qui ont 
sauvé Jérusalem de la ruine complète dont elle a été menacée 
par le puissant et orgueilleux Sennachérib, croyaient voir dans 
Ézéchias le Messie tant désiré. Le grand prophète Isaie s est 
souvent fait le porte-voix de ces espérances : Ezéchias est pour 
lui ce rameau poussé du tronc de *, père de David, ce rejeton 
inspiré et vertueux, qui doit amener la paix dans le monde tout 
entier, ainsi que le retour des exilés des deux royaumes ^liap. 
xi) Alors le temple de Sion deviendra un point d'attraction et un 
centre religieux pour toutes les nations de la terre, qui mettront 
fln à leurs contestations et à leurs disputes mutuelles, pour se 
consacrer désormais aux œuvres fécondes delà paix (n, 2-4; et. 
Michée iv, 1-4). Mais cette attente ne tarda pas a se montrer 
illusoire. Ézéchias mourut jeune et ses successeurs ne répondirent 
nullement à l'image du Messie idéal, tandis que le meilleur d entre 
eux Josias, perdit la vie dans une bataille contre les Egyptiens, au 
grand désespoir des prophètes et de leurs partisans. Peu de temps 
après le roi Joachin fut exilé et emprisonné à Babylone. Enfin, 
le dernier roi davidique, Sédécias, eut les yeux crevés et fut trans- 
porté également à Babylone. Ces événements écrasants pour le 
royaume de Juda, lequel, suivant la théorie des prophètes était 
tombé plutôt par suite de ses fautes morales que par suite de ses 
fautes politiques, ces événements terrifiants, qui se terminèrent 
par la captivité du petit reste de la nation échappé au glaive des 
Chaldéens. repoussèrent très loin l'espérance enthousiaste du 
rè^ne prochain de la justice. Aussi est-il avéré que le prophète de 
l'exil, qu'on appelle le second Isaïe, passe entièrement sous silence 
cette conception de l'avenir d'un Messie davidique. Son Messie à 
lui est le héros perse, Cyrus, prédestiné à venger sur la Baby- 
lonie la ruine de Jérusalem et à proclamer le retour des exilés 
dans leur patrie. Le nouvel état juif parviendra à une prospé- 
rité et à une gloire inconnue jadis, au point que tous les peuples 
de la terre choisiront le temple de Jérusalem comme une maison 
de prières par excellence ; une allusion rapide se rapporte même 
aux faveurs indestructibles accordées à David o^gp 1TJ *™ 
n iv 3), d'où l'on voit que le prophète espérait bien que quelque 
descendant de Zorobahel finirait un jour par se rendre indépen- 
dant de la suzeraineté perse. Ma.s on ne sent nulle part la tendance 
à exalter un descendant particulier de David comme le person- 
nage attendu depuis longtemps et servant d'intermédiaire unique 
pour amener le règne de Dieu dans ce monde. En un mot, Isaie II 



RECHERCHES BIBLIQUES 37 

se contente, pour ainsi dire, d'une ère messianique, sans trop 
s'enthousiasmer pour le rejeton de David. Le souvenir que la 
nationalité juive avait été mise à deux doigts de sa perte par suite 
de crimes accumulés par la dynastie davidique était encore trop 
récent et trop douloureux pour que les patriotes les plus ardents 
eux-mêmes aient pu considérer un descendant de cette famille 
comme le principal acteur de la félicité future de la nation. 

Ce sentiment peu flatteur pour les descendants de David a été 
trop justifié dans la suite. Zorobabel, à peine arrivé en Palestine, 
disparait de l'histoire sans laisser la moindre trace de son exis- 
tence. C'était peut-être l'effet de la sourde jalousie qui semble 
avoir régné entre le prêtre Josué et lui, et que le prophète Zacha- 
rie n'a pas réussi à écarter. La légende qui fait retourner Zoro- 
babel en Babylonie paraît avoir un certain fondement ; car le 
prophète dont je viens de parler semble attendre que Zorobabel 
revienne à Jérusalem restaurer la royauté de sa propre initiative, 
sans attendre son investiture de la main du roi de Perse (Zacharie, 
vi, 12). Après l'évanouissement de cette dernière espérance, le 
prestige de la famille davidique fut réduit à très peu de chose, au 
grand profit du pontificat, qui réunit dans ses mains l'autorité 
civile et l'autorité religieuse. Durant le régime, relativement tolé- 
rable, des Perses et des premiers Séleucides, illustré par quelques 
grands -prêtres d'un mérite extraordinaire, comme Jaddus et 
Siméon le Juste, l'idée d'un Messie davidique n'eut que peu de 
prise dans le cœur du peuple. 

Un revirement favorable à l'idée ancienne se produisit sous le 
règne d'Antiochus Epiphane, pendant lequel les grands prêtres 
Jason et Ménélas, reniant la foi de leurs ancêtres, souillèrent le 
pontificat des crimes les plus abominables. Si cet état avait duré 
quelque temps, il aurait certainement ressuscité chez le peuple 
tout entier l'ancien enthousiasme pour le rejeton de David. Mais 
à cette époque, c'est l'existence de la nation elle-même qui primait 
tout, et l'auteur du livre de Daniel, qui prévoit la victoire du parti 
national comme devant arriver sans trop de retard, ne parle nulle 
part d'un Messie personnel et encore moins d'un fils de David '. 

Le premier auteur qui accentue le Messie personnel, sans tou- 
tefois indiquer sa généalogie, est celui du livre d'Hénoch, selon 
lequel le Messie est caché dans le ciel et ne doit descendre qu'aux 
derniers jours pour inaugurer le règne de la justice. Mais cela 
n'est plus une inspiration spontanée, c'est une tentative exégétique 

1 Le ^J WCÏ2 (Daniel, ix, 25), appelé plus brièvement rPttîfà sans épithète 
[ibidem, 26), est le grand-prêtre. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ayant pour but de faire accorder l'image de Daniel avec la con- 
ception des anciens prophètes. Ces vues prédominèrent aussi 
longtemps que la dynastie sacerdotale des Macchabées projeta un 
nimbe de gloire sur la nationalité juive. Avec la triste fin de cette 
dynastie et l'avènement de la dynastie hérodienne, qui avilit au- 
tant qu'elle put la fonction du grand prêtre, l'espérance du Messie, 
fils de David, s'éveilla puissamment dans les cœurs israélites, et 
l'impulsion en fut si forte, que les premiers chrétiens, chez les- 
quels le « fils de l'homme » de Daniel et d'IIénoch fut presque 
aussitôt identifié avec le Logos philonien, se virent forcés de créer 
une généalogie davidique pour leur Messie. Après la destruction 
du temple, la haine qui remplissait le cœur des patriotes israélites 
contre l'empire romain, semble avoir refoulé à l'arrière-plan la 
descendance davidique du Messie, et ils inclinaient à accepter 
pour Messie le premier général venu, pourvu qu'il fût capable de 
les délivrer du joug romain. Ainsi la plupart des rabbins autorisés 
s'empressèrent d'admettre le rôle messianique de Bar-Koheba, 
le héros du soulèvement juif sous le règne d'Adrien, et ce n'est 
qu'après l'échec subi par cette dernière tentative d'indépendance 
que l'expression Ben-David devint l'équivalent du vrai rrio». 

Telles sont les étapes parcourues par l'idée dite messianique, et 
l'on peut dire sans balancer que, sous la forme que nous lui con- 
naissons aujourd'hui, elle n'existe que depuis la chute de la dy- 
nastie macchabéenne. Antérieurement à cet événement, le per- 
sonnage du Messie, bien que son origine davidique fût généra- 
lement admise, n'a joué aucun rôle proéminent, surtout à l'époque 
qui s'étend depuis la destruction de Jérusalem jusqu'à l'avène- 
ment des Macchabées, et ce n'est pas sous l'empire de cette indiffé- 
rence générale qu'ont pu prendre naissance les psaumes royaux, 
de si fière allure et si remplis d'entrain, qui s'adressent direc- 
tement soit aux adversaires du monarque pour les empêcher de se 
soustraire à sa domination, soit au monarque lui-même, pour 
exalter sa puissance et sa gloire. Affirmer que le psalmiste ait 
trouvé plaisir à se plonger dans l'avenir le plus lointain, pour 
admonester les adversaires probables du Messie, afin de les faire 
revenir sous la férule de celui-ci, est, suivant moi, un parti pris 
désespéré qui a à peine besoin d'être réfuté. Entre les modernes 
qui s'accrochent à cette branche fragile; et les docteurs talmu- 
diques ou évangéliques qui les ont précédés dans la même exé- 
gèse, ceux-ci ont l'excuse d'y avoir été entraînés par la foi ou par 
les aspirations réelles de leurs coreligionnaires. Les autres n'ont 
pour eux que la foi dans leurs sentiments personnels ; mais une 
telle foi confine de trop près au caprice et à l'arbitraire, si Ton 



RECHERCHES HIBLIQUES 30 

ne prouve pas tout d'abord} pour ces psaumes une date post-mac- 
chabéenne. 



Le psaume ex. 

Ce poème a eu la malchance d'être nommé le psaume messia- 
nique par excellence. Les écrivains du Nouveau Testament, les 
docteurs du Talmud et les critiques de l'école de M. Havet sont 
unanimes à ce sujet, et cependant il est facile de montrer que 
c'est là une opinion des plus mal fondées. 11 sera aisé de s'en 
convaincre ; mais avant tout, il est indispensable d'analyser cons- 
ciencieusement le contenu de ce court poème et de rétablir 
quelques leçons, plus ou moins obscurcies ou altérées, qui em- 
pêchent de comprendre le sens de l'ensemble. 

Ce psaume commence par l'expression hautement prophétique 
nirp ttttt, qui le caractérise comme un oracle, annoncé person- 
nellement au roi régnant, que le prophète aborde, en lui donnant 
le titre de ^s/ro « mon Seigneur». Il faut une grosse dose de bonne 
volonté et de facilité pour croire que c'est le produit d'un prophète 
imaginaire, délivrant des oracles au futur Messie. Mais poursui- 
vons notre analyse. Dieu invite le roi juif à s'asseoir à sa droite, 
jusqu'à ce qu'il ait accompli l'entière soumission de ses ennemis. 
Pour bien dompter ces ennemis, Iahwé lui enverra de Sion un 
sceptre puissant, par lequel il imposera sa domination aux adver- 
saires les plus récalcitrants. Le verset 3 prévoit que le peuple 
apportera de riches présents au roi le jour où il célébrera son 
triomphe et sera revêtu de ses plus beaux vêtements, particuliè- 
rement consacrés à son usage, comme l'étaient ordinairement les 
habits des prêtres et des rois. Les six premiers mots de ce verset 
ne réclament aucune correction ; on ne peut pas dire la même 
chose de l'autre moitié, formée par les cinq mots suivants dmfc 
^mbi ba Y 5 ^TOE qui sont visiblement très altérés. Fidèle au pro- 
cédé, le seul autorisé, suivant moi, de respecter autant que pos- 
sible la charpente générale de la leçon massorétique, je propose 
de lire T ^nnp^ )'2p $tÇM ûrH7p, « dès le sein (de ta mère) Dieu t'a 
oint de l'huile de ta dignité ». La confusion des lettres similaires 
i et ^, i et 1, a et 73, b et •;, b et p (par suite de l'abaissement irré- 
fléchi du trait supérieur) se présente souvent dans le texte hé- 
breu, et n'a pas besoin d'être particulièrement justifiée. Le seul 
changement quelque peu notable est celui de © et les lettres -jb, 
mais il faut observer que, après la corruption du reste, les scribes 
se virent obligés d'en tirer des mots intelligibles, et que l'admission 



/jO revue des études juives 

de ces lettres à la place des traces désordonnées et effacées du 
tt primitif est parfaitement excusable. Au verset 4, le poète fait 
mention d'un serment divin établissant le roi )ïib à tout jamais, 
sur le modèle de l'ancien roi de Jérusalem, Malki-Çédeq, prêtre du 
Dieu très haut et roi de Salem, à qui l'ancêtre de la nation, Abra- 
ham, avait offert la dîme en échange de sa bénédiction (Genèse, xiv, 
18-20). Le terme \nb est employé ici sur le précédent du pas- 
sage indiqué de la Genèse, où le titre sacerdotal est supérieur à 
celui de la royauté. Ici, au contraire, il désigne un sacerdoce pu- 
rement honorifique résultant de l'onction avec l'huile sainte, sans 
jamais être mis en œuvre dans la réalité. Le même ordre d'idées 
est exprimé dans Zacharie, vi, 13, où Zorobabel, qui, d'après ce 
prophète, devait retourner de Babylone pour s'asseoir sur le 
trône royal, est honoré de la qualification de frta. Les trois versets 
de la fin se rapportent à la défaite que Dieu infligera aux rois 
hostiles. Au verset 6 il semble manquer le monosyllabe &n$ 
« vallée », dont la chute s'explique par le mot précédent et très 
analogue tria : « il a rempli (lire tàn au lieu de aba) la vallée de 
cadavres ». Le reste parle de la défaite infligée au chef (lûin) d'un 
grand pays, qui vient de loin se désaltérer dans le lit des torrents 
qu'il trouve sur sa route, et qui fait de cette façon de s'appro- 
visionner d'eau l'objet d'un orgueil démesuré et d'une attitude 
provocante. C'est le sens propre et fréquent de l'expression û^ 
iBtfn (Psaumes, m, 4). 

Voici la traduction du poème : 

Ialrwé dit à mon Seigneur : 

« Reste à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit tes ennemis 
à te servir de marchepied ». 

De Sion, Ialrwé t'enverra le sceptre puissant que tu dois tenir ; 
manie-le à ton aise au milieu de tes ennemis. 
Ton peuple t'apportera de libres hommages le jour de ton triomphe 
où tu seras revêtu de parures sacrées. 
Dès le sein de ta mère Dieu t'a oint 
de l'huile consacrant ta haute dignité. 
Ialrwé a fait un serment irrévocable : 
Tu seras Cohen à tout jamais, à la façon de Melchisédec. 
Le Seigneur, à ta droite, frappera les rois, au jour de sa colère; 
Il exercera la justice au milieu des nations ; 
Il remplira la vallée de cadavres ; 
Il frappera le chef qui domine sur la grande terre, 
et qui, parce qu'il boit sur sa route l'eau des torrents, lève orgueil- 
leusement la tète. 



RECHERCHES BIBLÏQUKS 41 

Le stylo de cette composition rappelle en quelque sorte celui du 
psaume xlv. L'expression wéô ttVm dçs n'est pas sans une ré- 
miniscence de Y?Ï2 ^-"'"i 3 ^5 ^P**. ^a teneur du verset 2, ayant 
pour objet le sceptre par lequel le roi domptera ses ennemis, est, 
eh fin de compte, une simple variante de xlv, 6, dans lequel le roi 
dompte ses ennemis au moyen de ses flèches aiguës. La consécra- 
tion par l'huile sainte dont parle le verset 3, a son précédent dans 
xlv, 8 ; l'expression de ittYp "n^ns semble constituer un bref 
résumé de xlv, 9. Mais, tandis que le psaume xlv se termine par la 
description des filles de rois, qui forment la suite honorifique de la 
dame du palais, décrite comme une fille de Tyr (-rïs-na), destinée 
à fournir des princes occupant les plus hautes fonctions du 
royaume, notre psaume se termine sur un ton bien différent et 
exprime la fermeté inébranlable de l'autorité à la fois religieuse 
et politique du roi et de la défaite des peuples coalisés et conduits 
par un grand chef puissant et orgueilleux. C'est dans ce dernier 
trait que réside la possibilité de déterminer la date du poème. En 
effet, la description convient, on ne peut mieux, à l'échec subi par 
Sennachérib, en Judée, à la suite du fléau mystérieux qui dé- 
cima ses guerriers, sans le moindre effort de la part d'Ézéchias. 
C'est à ce roi que le poète a pu dire sans exagération au nom du 
Très Haut : « Tiens-toi tranquille à ma droite, moi seul je frap- 
perai les rois au jour de ma colère » ; ces rois ne sont autres que 
les chefs d'armée de Sennachérib, au sujet desquels le prophète 
Isaïe met dans la bouche du roi d'Assyrie la fière déclaration que 
voici : « Certes, mes chefs tous ensemble sont des rois » (Isaïe, x, 
8). Le chef du grand pays est naturellement Sennachérib, qui 
porte le titre de grand roi, roi d'Assur, roi des quatre régions. 
Parmi les actions dont ce conquérant se vantait devant les gens 
d'Ézéchias, l'histoire a noté celle de s'être approvisionné d'eau 
potable dans les puits qu'il avait fait creuser lui-même (içnj? "W 
tara writôn, ibidem, xxxvn, 25) naturellement dans les lits des 
torrents, où l'eau se trouve relativement à peu de profondeur. 
Cela répond exactement à ïirnp? j^rça brjaa. Je crois donc que l'i- 
dentification du héros du psaume ex avec le roi Ézéchias peut être 
regardée comme suffisamment établie, du moins aussi longtemps 
qu'on ne nous fournit pas les preuves du contraire. Dans aucun 



1 Ces expressions résument, au fond, les paroles mêmes de Sennachérib : « Je gra- 
vis les montagnes comme un rêm, je m'assis sur les rochers pour délasser mes 
genoux et je bus à ma soif de leurs eaux débordantes et jaillissantes » (Kim arme... 
çirushshun eli ashar birkâa manahtu ishâ eir aban shadî ushibma mesu nâdi haçuti ana 
çumateya lu askti. Sm., Sennachérib, p. 81). 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cas, l'exégèse scientifique et positive ne saurait se contenter de 
l'image mythique du Messie, qu'y ont introduite, en désespoir de 
cause, les partisans de l'hypothèse de Havet. 

Quant au psaume xlv, modèle partiel de celui que nous étu- 
dions, il est naturellement plus ancien. La mention d'épouses 
étrangères et surtout d'une princesse tyrienne, devenue épouse 
principale du roi, semble bien faire allusion à des alliances ma- 
trimoniales conclues par un des prédécesseurs d'Ézéchias avec les 
rois voisins, mais il est difficile de préciser davantage, car ces 
sortes d'alliances, mal vues des prophètes 1 , sont passées sous 
silence dans les livres historiques, ordinairement très réservés au 
sujet des incartades de la dynastie davidique. 

J. Halévy. 



1 Le psalmiste se contente de l'espoir que ces femmes étrangères s'attacheront à la 
nationalité juive (v. 11). L'expression ^32 TÎT "pm^N mit, etc. (v. 17) con- 
viendrait très bien au roi rTÏ3> ou t"PHT3> dont le père et le grand-père ont été 
massacrés par le peuple (II Rois, xn, 21-22; xiv, 19-20). 



GLOSES D'ABOU ZÀKARIYA BEN BILAM 

SUR ISAIE 

(suite 1 ) 



rh 

*|io^«i I^k ♦jwn ^3? imo'i 21 : yuiua i3tk *« wjp P]Hna ♦wrvA 
'3 ma hd nsrri n^ip ijm 22 natal mtw ni? îwû^k dk^o *bi 

Ghap. XXXVIII. 

47. ...npton ttnan. On a dit que cela signifie : « Tu as empêché 
mon âme de périr, et tu Tas retenue de descendre dans la tombe ». 
C'est comme s'il avait dit rûttîn, en mettant le 3 au lieu du p. 

20. ■'D^^inb *>\ Le mot vmp est sous-entendu ; le sens est : j'es- 
père en ton secours. 

21. nmE'H. Ce mot signifie « frotter, oindre ». Il se trouve dans le 
langage de la Mischna {Péah, 1, 6). 

22. mN ÏT33. Après ces mots on a supprimé la mention du prodige, 
qui est que le soleil rétrograda vers Test, après avoir été au milieu 
du ciel. 

1 Voyez Revue, t. XVII, p. 172 ; t. XVIII, p. 71 ; t. XIX, p. 84 ; t. XX, p. 225. 
et t. XXII, p. 45 et 190. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



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♦ b<w* pT2- b^k p : '' î «ra^K p? by) n:o m^b» Ar h^k ixiibx vn 

Chap, XL. 

4 . . . .'«ans. nttrû est l'Impératif du jw'^ ; s'il est transitif, il a pour 
régime direct le mot ^ns et le verbe a pour sujet les prophètes ; si 
"îEna est intransitif, alors le "verbe a pour sujet ■»»*, qui est exprimé, 
c'est-à-dire : « Consolez-vous et consolez-vous encore ». 

2. trbcîD. Kifl en arabe signifie « double ». 

3. 15D : impératif de W5D (Gen., xxiv, 31). — inU3"» se rapporte à 
ïtbDtt, qui est exprimé (après), et signifie « rétablir, arranger ». 

4. D'WiîTi : substantif pluriel dont nous n'avons pas le singulier. 
Il désigne les aspérités de la terre. Ce mot se retrouve dans ''ODnE 
«î'W (Ps., xxxi, 21), qui signifie < des hommes durs ». 

12. ib^TBa est l'endroit du creux de la main ; le son o de ce nom 
a disparu dans trb?u:b (I Rois, xx, 10). — tt^bttîa : « avec le kafiz », 
cette mesure s'applique à la fois aux choses sèches et aux liquides, 
comme on le voit par tf^Vo m:rm:i inpEm (Ps., lxxx, 6). 

45. ^bitt n53D. On l'a traduit par : « une goutte d'un seau ». — prnDSi 
B^ïNtt : « la limaille de la balance », c'est la poussière qui s'élève 
sur les plateaux ; d'autres disent que c'est ce qui fait pencher la 



1 Les deux explications sont données aussi par Ibn Djanah, Ousoul, c. 424, 1. 33 ; 
seulement, pour lbn Dj., dans le second cas, "ÎETO est un qal, — Il faudrait après 
V22 bDba de nouveau ifà^S. 

8 II faudrait £pi£bN ; voyez Saadia. 

3 Voy. Saadia. 

4 La première de ces deux explications" appartient à Ibn Djarah et la seconde à 
Saadia. Parchon explique la première en disant que ce sont les atomes de métal qui 
tombent de la balance lorsque l'ouvrier la frotte pour la polir; ou, d'après d'autres, 
la poussière qui se trouve toujours là où l'on met les poids. Pour Parchon nb^flD 
n'est donc pas la même chose que ")N33. 



GLOSES D'ABOI - ZAKARIYA RKN DILAM SUR ISAIE 45 

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;d «^apriD» *6j?b |«a Koan bapcaoK frja '« nyna ^kï?d:k irtn ^P 
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pj^i) fcrtm < bi^k iitr p ai* vn jk^jd 1 ^ ' rro ido ♦ nann psan 20 
nii^s Kn«n5* b.ijk »« ntn pion ^ «ia ^ »:ipû p ^îyaa piaa «djk 
pi? rAipa DKflB' kW nja ^wa ^a« p [\yb b:sAk ma ^ajr h^k 
isn^K *bb i^îdi i^n fh»«t »p«n :nn ^ awn 22 nna* apr *6 
mTC tbd *bw pm nain tvnKJr ruinaai ruina tkh^k na ^ajr »*ftn 
ns^K to nna^K . nat?^ bnttt anna^i : a«ar&« p v\y* tm mac^K 
nams ^wb:k ♦ ij?a: ^>a p]« 2i tKnçaa '« /ikikbb^k nna pbip» na^K 
Tan 7w innei ^iia «je ai^K npn {«3 «ami kb^k »b ^*6k p: 
: n^«a es* b^ xa in h^k unir ^a p]« «nn wi :1 aii» «a^K aiKi h^k 
îb rfrrao «a^Ki aian^K nauyai la natw vs nn »a ^ria »ana F|œ: oai 
iraani "pria jibîp:) ^pi fina^a *]ïit6k p kb."dé6 k^b kd^ki «d^k 

:pr6iaa *6 pnA «ruaa 

balance. — biU"» pn3 û^n fn : a II jette les nations et les îles comme 
une chose menue ». bia^ e'st comme "pa"» (Prov., xin, 3); d'après 
cela, c'est un nifal transitif, c'est-à-dire une forme de nifal. Il est 
possible aussi que ce soit le futur d'un verbe à première radicale 
nun, comme baia (II Samuel, xxiv, 12). 

49. mpirm désigne les anneaux. 

20. pO»n. On l'a traduit par sindian, qui est une espèce de 
chêne; mais c'est faux : "pnott est simplement le participe passif de 
pno (Is , xxu, 45), c'est-à-dire : Ils choisissent le bois dont on fait 
l'idole, pour qu'elle soit faite du meilleur, afin qu'elle ne pourrisse 
pas, comme il dit : // choisit un bois qui ne pourrit pas. 

22. v\r\. C'est la circonférence de la sphère; de môme le compas, 
avec lequel on trace les cercles, s'appelle ïmn» (Is., xliv, 13). — 
pria. On l'a traduit par fazet, qui est une espèce de pavillon. — 
tJnwi. Math, chez les Arabes, signifie 9 étendre ». Ils disent : ma- 
taha assamâwâti, c'est-à-dire : il a étendu les cieux. 

24. 1*U3 est un nifal : le nun de la racine a été absorbé par le têt; 
peut-être devait-il y avoir un schureq (dans le nun), ce serait comme 
innci (Is., lx, 11), où le pê devrait avoir un schureq ; ce qui confirme 
cette (opinion), c'est isnT, qui est un poual. — C|tf» est comme 3UJD 
(v. 7), le sens du mot est « souffler », le bêt et le pê permutent l'un 
avec l'autre, parce que tous deux sont des lettres labiales ; on trouve 
aussi ^m-D nDU53 (Exode, xv, 10) ; peut-être C]UJD et nuî3 sont-ils deux 
racines différentes sans permutation. 

1 Voy. Saadia. 
1 C'est Saadia. 
* Lisez : BÏ:bN i-pNB n^l . 



/i6 REVUE DES ETUDES JUIVES 



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pa^K p ûK3*A«3 nnstp KB3m p&A« iKûpa ♦ "piKnp .t^kdi 9 
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î iVte cw ^3 spw nni ♦ 3pr ny^in * l : ritoliôî* n«wo odk tri 
?o no» «D33n i3np 21 ÎD >o ï/iew îijoi nzy* .nnwï «02:3 nwb 17 

Chap. XLI. 

2. TP. La forme primitive est fTpi et la forme complète !mï"p; 
ce mot est dans le sens de rW^n (Lam., 1, 13), qui signifie « briser » 
et e faire périr ». 

3. torr Nb. Il veut dire : son adversaire ne le poursuivra pas par 
peur de lui. 

7. p^bnE participe de p^bnrr, qui signifie « polir ». IZTUD est un 
marteau ou quelque chose d'analogue. — ûbïn est un participe, il 
n'est devenu mil'el que parce que le mot qui le suit est miVél : il 
signifie « frapper, battre ». 

9. mb^KEn. Ce sont les pôles de la terre; peut-être ont-ils été com- 
parés aux aisselles du corps parce que celles-ci sont aux extrémités 
du corps; le nom de l'aisselle est b^N, bien que (le sadé) ait un da- 
gesch, et c'est une autre forme du même mot, comme n^N (Gen., 
xlix, 24) et TS* (I Sam., xxr, 8). 

10. jnien ba a le sens de fcriTi bis (ne crains pas); la forme com- 
plète est rtfrnon. 

11. np BPTTOJ: participe du nifal de mn ; c'est-à-dire: a ceux 
qui sont irrités contre toi et espèrent te vaincre ». 

12. njmatB. Le nun (de la racine) a été absorbé dans le sadé ; c'est 
un nom qui signifie « querelle ». 

14. apyi n^bin : « postérité de Jacob » ; il a désigné les Israé- 
lites par ce mot. 

17. rtniB3 : « est affaiblie » ; du même verbe vient STtfîtfi (Is., 
xjx, 5). 

21 . laip : impératif de la forme lourde, qui devrait avoir régulière- 



GLOSES D'AROU ZAKATUYA REN RILAM SUR ISAIE hl 

rnJKtro^Ki b'kîé^k ♦ o^moscy won : Titrr^K npn }«3 (j«i) byn byt> 
ipjmrjt) mBo:i oinn .vit nàui nywji 23 jtib» b>ow pi 1:101 
nayw :kid p«o ^rio ♦rsao 03^01 2* ♦♦ b*jb .ikiju bf\n bnùbit npn 

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0*63 * •paut . ,ii?b« r6r3 * ^ ♦ 113J oïp nna: -o *j»faftK *bi n«^«i 
13^3 iiyi 1 9 *ftrarae ffôii ^ ki km ktob mbmp n^iio ^ki*6k 

ment un dagesch. — û^pmtnis* signifie « les disputes et les luttes », 
de même û'vm* (Prov., xvm, 18). 

23. rwm»3"). Le Targum de !T1SÛ31 est i*ntt» (Jér., Lr, 10); régu- 
lièrement il devrait y avoir un segôl> comme pour ïianrû (II Rois, 
xiv, 8). 

24. JDKtt a le même sens que VN». — Don nnm mann signifie 
« vous choisir est abominable ». 



Chap. XL1I. 

2. ne** nVi. Le sens est : « Il n'élève pas la voix ». 

3. ïiro nnuîsn : ït-D est un adjectif, le sens est : un fil faible; c'est 
une façon de désigner les pauvres gens. 

4. yTT 1 vient du verbe qui sigoifie « briser », comme p"i2l (Eccl., 
xn, 6) ; de même pim (Juges, ix, 53), qui est un verbe transitif, à 
la forme lourde. 

5. PTOttiJâri. On a dit qu'il entend par là les gens (de la terre); c'est 
comme s'il disait : « et il a créé ses habitants », comme 'WXNXI 
^yn lis., xlviii, 19). — mb* O^b. Il veut dire : « au peuple qui est 
sur elle. » 

11. nni73 inio\ Il veut dire : « les habitants du désert élèveront la 
voix. » 

1 3 rmar signifie c crier, s'exclamer » ; à la forme légère on trouve 
rrnat (Soph., 1, 14). 

14. n?DN : « Je crie » ; de même, dans la langue des Anciens : Nrp*B 
ni arn {Sukka, 31 a), c'est-à-dire : « une criarde, une braillarde ». 

19. 1*! 13:0 m?i. Il veut dire « sourd », mais il s'est servi de 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

non 22 ♦ ' nBxhx >b ixan^rwfh «nm {«30 rw^DK pb «nm t«-ik . * 
ir^na iirr apn «ninai ooim i«ni«^« ^« onroi tib *D^a nmm 

: rmp îrw [a nom 

iro *i«id rAyi aii^K ^i?n «nm -j«id >n ♦ ■prinn dix jrw 4 
n«r . *v6m bx p^i ^n paa^ iok 6 : "pca ^m k^ik rtop ^ p 
ibz ikik >*6an ^« ;b\t6i ptnj^K iî?a peso »jjw jwiftK pm ïm 
}«oî^« ^ap »a ûi* \nvn Dits» d:i tv ♦ Kin *:« ovo dj <3 j'dvAk 
yp> *6i fteroto rrïàsn xb ^bzhx pbtàz ^b^k juoti my }«ar^« n« 
îajn ,7 : nrin nan ^ria onruncTT ♦ wiri nnxa ontwi »* :«nnnn 
: *jyo^>K *d D»s£ip two ian ^no yikî p«a ^;d vn kikdb:k . îaa n/wea 
ppin pya p^yâ» panama jkb tok poo *on it ♦ '$> «mar ir or 21 
anj^K bysn ipi »5A j«an in ^6« rra:i ^ïk n^npa fya |«aD »j«j?o^« 

*n* pour ui-iri, parce que tous deux s'appliquent à une infirmité. 
22. db^ tPTirn nsn : « II les a tous chassés dans les tanières»; 
trnn a pour singulier mn (II Rois, xn, 10); non vient de irpe^ 
(Prov., xxix, 8). 

Chap. XLin. 

4. "prinn. C'est-à-dire : comme ta rançon » ; de même les Arabes 
disent : « Puissé-je être ta rançon »! Ceci est clair d'après le verset 3, 
où l'on a employé le mot is^ « rançon ». 

6. ifiôsn bN ïttTibl ian "pesb ien. Il invoque les vents de ces 
deux côtés ; il entend par le nord la contrée de la Babylonie, et par 
le sud le pays de la Grèce. 

13. Niït ""ON &V73 w. Il veut dire : même avant qu'il y eût vn jour, 
c'est-à-dire avant le temps, puisque le temps est le nombre des 
mouvements de la sphère, or les temps n'affectent pas le Créateur 
de la sphère, et il en est indépendant. 

14. dn:n. Il veut dire « leurs cris », comme rmrr na*"n (I Rois, 
XXII, 36). 

17. id^t : « Us ont été éteints » ; c'est un passé intransitif, dans le 
même sens que W7 (Ps., cxviii, 12). 

21. 1T ici est à la place de IttSfit; les Hébreux mettent les particules 
les unes à la place des autres, comme il y a ^biN (Nombres, xxn, 33), 
qui est pour ^bib ; les Arabes font souvent la même chose. 

1 Voyez Lunta, p. 296, 1. 23. 

* Cette application pour le sud est siugulière. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUB [SAIE 49 

*cm«oipi oa:^a naîtra .»a n?trc "priai ~ 7 **T*ib 1^ i^a 

ma îaiia pa i^i »ip in *4«ûia ;asa ^spnoa . enp ntp iinai -8 

: aura KiD îaiia pap pa* ja apy oini ninai pn jaa -[i'iai nmriDa 

ne 

paa inasri * : Siysa nin jai rwy no mao na:n:a . d»o p^a *a 3 
pa ['.or ama *a tswnia pr [a .td nri axai naa pa» [a ni» .Tan 
pai mnon ba 'jya »e »vra ^ai * s :' aa^a *ij» aiaia iaj t^at^nia 
Tssyoi yas \s pas ipe ,iaya ira tnn ^ tD'ây i»ii ^njn 1 ia ns 
*:tr ii pjnu tsnn n»n oa niipa pi^ia oaia *d i\nn im D«oia 
♦ ntra roui' ^ ^astia >o ir a^ na:n:a .ira» rnapoa^ tpwa 
p|pa a^ fîia na nt^a aaai . ^a^a aiii rrtpa i'pri iyo mm noov 
no »a 4 » î ain iap aa 'D ruinaai amn npi . myixpoa -[iiai arriy 
oaiia na:yai pyba inyo ruai rùb* r: »ip niieiaa ai * orrry maia 

27. *pat"»bw : « Les hommes distingués et les savants ». 

28. bbnan, futur, au lieu du passé ; ce qui le prouve, c'est que le 
tav a un patah ; de même, régulièrement îisnso devrait avoir un 
qamès, et il a un scheva. 

Ghap. XLIV. 

3. psa. La première radicale a été absorbée dans la seconde, car 
la forme est : bi*Da. 

4. -P3tn. Il est possible que le mot signifie « habitation, demeure », 
mais il est possible aussi que ce soit l'herbe, c'est-à-dire : a ils croî- 
tront entre les herbes comme croit le saule sur l'eau ». 

8. îmn ba, dans le sens de iinon ba. — mis : « un être élevé, 
puissant ». 

12. ttnn est un passé, et signifie : « il travaille » ; îwn est la 
« hache », et (ce mot) se trouve fréquemment dans la langue des 
Anciens, p. e. Erakin, iv, 3. — iîTiafc\ Le yod de -)£■> a été absorbé 
dans le sadé. 

4 3. i-iran imam : « il le trace et le délimite ,» ; verbe à la forme 
lourde qui aurait un dagesch si ce n'était Valef. Quant à mtt, c'est 
un instrument que je ne connais pas, de même m*iisp73. Nous 
avons déjà défini ïmnn précédemment. 

4 8. na porte un patah, contrairement à la règle, car c'est un verbe 
à la deuxième radicale faible ; il signifie « enduire » ; de là vient 
mon (Lévit., xiv, 43). 

1 La première signification est donnée par lbn Djanah, s. v. daprès lequel -p^Tl 
serait pour H^n, et la seconde par Saadia. 

T. XXIII, n° 45. 4 



HO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

:TipS« ^«a$> b k p\ to riyiùph ♦iudk n? 5>J3Î? 1î) *fn&n tikï niai 
MpD* d^ ît^ko dd* n^ «a [Kb *6i nnc («3 j»i fiw »vmn brun 2b &o 
rh «od o^du nyn an« >S:KtAK fyek« \»b xibx in ^h» etdi^k rua 
ntppn mapn ;ai n^ipa rwa îtdï^k ■jîna «i^ ^«' ma r6r«D do* 
nca 25 tnnib *tok ^ria KDoaa ^mn «il m\3 ^31 -[3 135? i^« 
c^y *c pjna* p^« piy^o^K an dhs ♦^i.t D^aoïpi ona mm« 
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: ^pii ^apnaa ^d 

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»/An p-iûb« <k p]i»5?^« » it^K nnn-n î : ' nmbx rrr p kbd«3 ^ 
pin p^*6k înp» ruai ffos ni mar^K restai r&Jtei 3Kpj^« »a niarm 
^«ia«^« m» ♦ onnoa >:ibbbi "j»n /ra« 3 : 2 "p&j ^>y ma ^« ^by 

4 9. y* biab : « devant un morceau de bois » ; d'autres disent « la 
partie pourrie du bois ». 

20. bmn est un adjectif, malgré le patah; si c'était un passif, 
la préposition, c'est-à-dire le Mt, ne serait pas tombée, car lorsque le 
passé à la forme active régit (un nom) au moyen d'une préposition, 
le passif aussi a la même préposition, comme il y a ïiiïîpîi ïma^îi 
*p ia* niDN (Is., xiv, 3), et de même d'autres ; bmtt a le tav sans 
dagesch, comme la plupart des formes de ce mot. 

25. d^n. Ce sont les magiciens qui inventent par une science 
mystérieuse, ce qui n'est qu'un mensonge de leur part. — bbirm : 
« il montre la bassesse et la sottise » ; (ce verbe) vient de mbbin 
(Eccl., 1, 47), et est un futur de la forme lourde. 

Chap. XLV. 

4. *nb. Dans le sens de « étendre », comme Trnïi (Ps., xliv, 2) ; le 
lamed indique ici l'état, c'est-à-dire : en étendant devant lui les 
peuples. 

2. D'm'TîTi : « les replis », c'est-à-dire les chemins qui reviennent 
sur eux-mêmes autour de la colline et (d'autres endroits/ sem- 
blables. Le sens primitif est « répéter »; c'est un adjectif; dans le 
même sens les Anciens disent : *pb* \1*i?i « répète à toi-même ». 

3. tmnofc "'S'rtiBXn ^ttn miïN. Il veut dire : « les trésors en- 
fouis ». 

1 Voyez Ibn Djanah, Ousoul, c. 666. 

* C'est la formule qui se trouve à la fin de chaque chapitre des traités talmudiques 
et dont l'explication est difficile. D'après B. B., c'est un impératif ; le nun de "pin 
serait-il pour lui un nun énergique? 



GLOSES DWROïT ZAICAR1YA BF.N BILAM SUR TSAIR 51 

2tWK^K p K.T13K» "1EK iT^N ^W KtA CTVX /îmiayo^K *»D 



dd« orrus? ^2 }s dv£k ^ip>i fhiioi fbipp KO.T^K dkAk KÛDK n'DKiK 
3:id^« dd« ^y d^k i:>rr }« Tin tjii *n«oj? ddk nai nnt^s 
38nji>$ p ftnfa "]H w nnS jiKiKpnyK »iy nrm onra hbdki ^yi*i 

: >|ét |>? [o byxzbx dd« trp b^-d^k p aafe* pfn? pi^K - d»3b sro 

: j«ro^« Êmp . Ap»> rwpa nwi 

14. m» V £3N. Tl veut dire : « doués d'une longue taille », de 
même rm» TO» (Nombres, xm, 32). 

46. D^Tït. Il a appelé les idoles tPT% à cause des maladies et des 
souffrances qui atteindront leurs adorateurs. 



Chap. XLVI. 

1 . 133 oiip : « Nébo a été brisé », c'est-à-dire il est devenu des 
morceaux; dans ce même sens les morceaux de (métal) qui entrent 
dans les brides s'appellent CDlp (agrafes). Nebo et Bel sont deux noms 
d'idoles à Bagdad : Ne vois-tu pas que les noms des hommes se joi- 
gnent à ces deux mots soit devant, soit après? Les Grecs disent que, 
d'après eux, Bel est le nom de Mars, et Nebo le nom de Mercure; 
il n'est pas inadmissible que l'idole emprunte son nom à celui de 
l'astre, et qu'elle soit considérée, d'après les fausses opinions des 
idolâtres, comme un intermédiaire entre eux et la planète. — Un 
exemple de ces mots mis en tête c'est *i3£tt)ba, et mis à la fin, 
naa -isïïo. 

6. trbîn : « Qui font disparaître l'or des bourses »; c'est le parti- 
cipe de biT. — rrapa : a le fléau de la balance *. 

» Cf. Ibn Dj M Ous., c. 608 l. 22. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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*6i yiHn p an^ mwA rtapn n«ii «a ^« vuuk npi ' pa;i {« nnj? 
tnap nw *^3 noa «in ^riai n^5*rn ffr/ia iisy»:^ nya *6k unb vap 

'D "1DB1 "j/lBi^ lySQ ^iÎD SNp^M JWD VI HOS . ^W 'BOT "j/IDit '^ 

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wbx . Don W 5 ♦ -p ^jncn *6 dm rhf\m k:kd:k j?de>« *6 ♦ dtk 
*6k h'TTO pÀM . pa^ai ^3t^ 9 : i*6.-6k ^«n ^b »è6jm »m b«n^ ,tb 
rim HâMrrcMi ipB^« vn ^ain^x n*uyci ddk^kï ffestS^ nar*6a mmjm 

»3 frjM^aj^M Jl^p «OD «i'M ^il^M ^1? Hbî^M HT! PK,T« W^M 

■j/i^j '« ~\r\r\vx .^nnzw mm "[mm "inoan *o j^rw pb» *6 
^in xb t m;k*3 *k Mnii «r& ^yn *6 . mnœ ywi *6 ^ : fraM frflMy 

Chap. XLVII. 

2. trop '•antai. La farine ue se moud pas, mais (l'auteur) arrive tout 
de suite au terme (de l'opération) ; et on est même allé plus loin, en 
disant : « Pour faire sortir le pain de la terre » (Ps., cjv, io). or le pain 
ne se produit qu'après de nombreux travaux; dans le même sens, on 
trouve : « Une plante qui ue produit pas de farine (Osée, vin, T. — 
bmia TODn ^ruaE ^b: Ï1E£ désigne la place du voile, comme lynn 
-jnEirb (Gant., îv, 4) ; bmiïî a été traduit par « boucles », c'esi-à- 
dire « découvre ta chevelure » ; d'autres disent ; « ôte l'écorce des 
épis ». 

3. tHN sttsa «b : « je n'accepterai l'intercession de personne »; de 
même "nj^sn (Jérémie, xv, 11). 

5. DTan "OID. Le mem désigne l'état; le sens est : a Assieds-toi dans 
un état d'anéantissement ». 

9. l^bN. Le nun est ajouté, seulement il est constant pour l'ad- 
jectif et le substantif ; ce mot signifie le veuvage, c'est-à-dire la 
pauvreté et le besoin; la langue arabe permet d'appliquer cette qua- 
lification également à uu homme, de même qu'en hébreu on dit : 
« Car Israël n'est pas veuf » (Jér., li, 5). 

40. ^naaiTD : « t'ont enorgueillie », c'est-à-dire t'ont rendue orgueil- 
leuse, insolente. 

\\. nnniD Wn «b : a Tu n'y reconnaîtras pas de clarté », c'est-à- 
dire d'explication — mea ^om «b : « Tu ne pourras l'eflacer ni le 
faire cesser. » 



1 Ces derniers mots paraissent altérés. 
» Voy, I. Dj., Ous.,c. 098, 2G. 



CHOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN B1LAM SUR ÏSATE 53 

nan "pïnpw «: najr ' 3 : pny dkj^k p ybb b*p ruai ppn ^bvb 
|*rin k'tti isn lani an p rra rre Kr6« j« *i*np p« or? ♦ a-atr 

»k nnpa p topo K33 inKi^K ^iia^K opDi 1^0 nna p n^« ko:ki 
^nym poiy»fi j^kb^k fô&b d^k p kbd$>k «pj la^aa n^^rm D^oan 
tfton pr ;« ai* pioo ^« rtpw onapra 8 a*j&« p «arçfe aaaia^K 
DTuts D*aaiaa onmn o^aœ nan "j^r «p« iïr«a "piww «3 noir 
tunoanS^a «a tp nb d*u^k pTria ♦ aarr? n^m p« »4 ;nwrr? 
»rfa* |mtàm p nr^ n«:^« rrvi |« ^yaa nr:n omaa an^> ^na ru« liai 
^ûr *6 n*u «rua ># «a:s «in p^a d^i raâ Krrèy rai* j« ^ann/i 
vn oat? trtrn *o Kn^Ki?wfc6 k.tkbbjk hvhDb «n*nn porr *6i «na 
na pon^ naj îaâ rua »pa' *6i tû5' {« -ik^k nm^«a >no jw* vb c^S 
cpo ./iyj» ws ^b m [a ^ :'D3::n^ »"» narr ^iia ^aaa -naa mi 
î ona w wk T-Dniw dkWk rrèy to> *tà« vpnb» 

12. WlJn r?iN : « Peut-être seras-tu forte » ; de là on dit, pour 
l'homme fort, y^iy. 

13. û^OT "naïr. Ibn Qoresch a prétendu que le hé est pour le het> 
comme "inn *nn (Deut., xviii, 11), mais c'est une absurdité, "Haï"! a la 
même racine que ")VD (Job, xxxiii, 3), la première des deux lettres 
semblables est tombée, comme dans û"0?2!"! (Is., lxiv, 1). Le mot dé- 
signe ceux qui cherchent un ciel pur de nuages, afin de prendre l'ho- 
roscope ; ils connaissent alors, par les rapports mutuels des étoiles, 
diverses sortes de mystères à ce qu'ils prétendent. — Le verset 
équivaut nécessairement à ceci : « Qu'ils se lèvent et qu'ils te déli- 
vrent de ce qui viendra contre toi, les astrologues, etc. » 

14. Dttinb. Beaucoup de gens ne savent pas ce que signifie ici 
ÛTjrtb, et s'imaginent que c'est comme ûttb « pain » (Lévit., xxm, 20 
et ailleurs), c'est-à-dire que ce feu n'est pas un feu avec lequel on 
puisse faire du pain ; or, le sens n'est pas celui-ci, mais on veut 
dire que c'est un feu avec lequel on ne peut pas cuire et devant le- 
quel on ne peut pas se réchauffer, parce qu'il s'éteint trop vite, 
brûlant de l'herbe sèche, qui est faible et ne tarde pas, lorsque le 
feu la touche, à s'éteindre, et il n'en reste pas même un résidu de 
charbon pour se réchauffer; ûttfib est un infinitif complet comme 
DSMflb (Is., xxx, 18). 

15. "PÏ1. Le mot qui sert de complément au verbe a été omis et la 
phrase équivaut à dFD n*JP ten- 

» î. Dj., *. t>., n!"^cei BCntpa. 

* Je n'ai pas trouve ce passage dans la Risalet ; I. Dj., 0«/., 5. t?., regarde celle 
opinion comme admissible. 

3 Ms. tribu. 

* C'est l'opinion d'Ibn Djanah, Luma, p. 108, 22. L'opinion qu'il combat est celle 
de Saadia. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



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dwtci ainrn fhird 'jyaa ♦ 'Siy liai -pmrta 10 t'^no^K o«arbi 
tt .$>rr 7« *a il t'fîjhb^S >:ya »e ne p:nnaw *pan n« spaa 

Chapitre XLVIII. 

1. * 1 73?ûl veut dire le sperme, d'où l'homme est formé. 

3. dsnfcttîan. Le vav devrait avoir un gamès, car ce mot a le sens 
du passé; la Massora a réuni deux D^MNi, le second se trouve 
dans Deut., iv, 4 0, et est un vrai futur. 

4. a m T^i a été traduit : « une tige de fer », il est possible qu'il 
en soit ainsi à cause de la ressemblance qu'il y a entre la veine 
et la tige. C'est un mot à la seconde radicale faible, du type de 
yiN. La phrase équivaut à : « ta nuque est comme une veine de fer » 
ou « la veine de ta nuque est comme du fer. » 

6. misMi. « Des choses qui sont gardées comme une forteresse 
inaccessible » ; c'est-à-dire que ces événements sont cachés, trop 
éloignés pour qu'on cherche à les saisir, et difficiles à atteindre, à 
moins que ce ne soit au moyen de la révélation. 

8. ^pîN ï-inns, dans le sens de ïinnsD, comme nns (Cant., vu, 43). 
Cette licence est fréquente dans notre langue. 

9. D^riN est un verbe qui a pour origine le substantif tDain, qui 
existe avec le sens de « nez » dans la langue des Anciens ; ce mot 
signifie «'accorder du répit ». 

10. "pmm, dans le sens de ^prom. Le Targum de D^nEm*i iZach., 
xiii, 9) est '('«'^rbN'l, dans le sens de « éprouver ». 

11. : bï"P. Il sous-entend ^ttUJ, « comment mon nom peut-il être 
profané ? » Ce verbe est un nifal dans le sens de bbn (Mal., n, 11). 

1 La Massora fait aussi remarquer que l'un est tnale et l'autre hâser. 

8 Voyez le traité des dénominatifs [Karmel, III, p. 222 ; Hayyê Olam, p. 56, Paris, 
1879). 

3 Cette exégèse est empruntée à Ibn Djanah, Ous., s. v. irD, et paraît être 
aussi celle de Saadia ; 1. E. la désapprouve. 



GLOSES D'ABOU ZAKAHIYA BEN MLAM SUR 1SAIE 55 

»o*a# nnca *;'0»i 1; * tirm» ^n b 'wo p tapuM îm *ûe> brr 
otneia »$>î?ty n^ipà frnrA» dkj^k ^jb >b irii «ed^k jiiwk .td icb 

"» i ( > : T& in nba ribo ^y cnbanb "]^îd ^p «mu \rr:ni wsa ie>k 
■ppo »âiiwi < 9 :n/nM »« inn3 *:j?B3 hjk b'p ♦ inni ^nbt? dm^h 
p; s [K [roi vtom kbki . tu/?» nw bo/?& ni -|«3?o« ^ . vmyoD 
pînp» »S23 pyo «aAit SA »fi anoDK */Ak ' ïuniÎNtt «sr^a pyi m# 
: y/o myai nj?a iwa^ ok';o »bi rm Dnw ouïr» >b 



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.D'^a naj^ *7j 3ynû^ ^d: çira^ 7 tmtsb rrya *fy iKntpriD*6K 
. irtaî tfîa }j? m vi^k ^«to* vib nyie io«i dk^ ^iio m k.tb aksk^k 
;«n^Do^« >« œbJ mai» ikik ^ïj?bb^k jkdo tpfij nra^ >jpk *çn ytskAki 

."133103 TDÏS ÎTfl bjlB ^1}?£B »1J 3^111^ fia *JiOK »U 3tfJ1B^ ^31 TÎp^« 
YajT *6 iTJKJlbtf teb&K >B KB3 $nj?BB .133133 1DJ7D fK3D lfl »"ît»« 

13. Û"V53125 ïinsa. On Ta traduit : « a produit les cieux ». Quand il 
s'agit d'une action humaine, ce mot signifie l'éducation, comme 
DTnsa (Lam., n. 20), ^nn-:D [ibid., 221; peut-être cette expression 
vient-elle de ce qu'on porte les enfants sur la paume (naa). 

16. lîrm. On a dit que c'est dans le sens de 1ÏTTD, c'est-à-dire par 
sa prophétie. 

■19. ^yn "WïtKXl : la postérité qui sort de tes entrailles. Le mot 
Tirit désigne la postérité chez les Arabes. Quant à Tm^tta, il est 
possible que cela signifie : « comme la petite monnaie », telle que les 
harârib dont le nom est en araméen 'para, comme dit le Targum pour 
tTiï (Exode, xxx, 13), et dans la langue de la Misna (on trouve) sou- 
vent nyi2 et 111273. 



Chapitre XLIX. 

6. "matai : « Les ruines » ; nous avons déjà parlé de d'mssaai (lxv, 
4), en apportant des exemples pour mi2M *py (i, 8). 

7. 'ia/i nnb. Les lamed de ces mots sont comme le lamed de "^nb 
bfiniB^ (Exode, xiv, 3), qui signifie : « à propos de tel ou tel ». L'in- 
finitif ici, je veux dire rrrab, est à la place du participe, pour "nnb 
c'est-à-dire « celui qui est méprisé, le vil » ; de même lia 32n73b, 
est pour "na ajmfcb, participe passif, comme Vttyw (II Chr., xvm, 
34), qui est pour 173273, participe passif, ainsi qu'on le trouve dans 
la seconde version (I Rois, xxn, 35); c'est le seul sens possible. La 

1 Sur ce mot, voyez Dozy, 5. v. ^31*©. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rbm ^iKfiD iKipriD*6w fiutb» p n^Kn txin p j« '« ton md ^ya^K 

■jV^l DH^ *6*6jK D.TJ1JDÏ ÛTλ« "]ïWk DiTp p KDrp^K Pfe^K ^« 

rpi «a:«i "pna'i ^rw* «nnp pto itp« *"' ;ra^ ^«p *r6« rfry^ 
l^i pWk 3ip bwrmbK rrtn pa n:y «rw Kjprj* xnb p*ua «an n^« 
«o ^i« . wr naa Tannai TDino -pa ma * 7 : rmama npi i«nn *a 
yddji ^ ncpi *jin «a^K >b a^na T:a n*o acn^a œp ik d^ *jk ^ rbip» 
pAw «3^« flA .tb cep npi ^"? p«j pan ^«w ai^ rwic^K pra 
Aj> j«3 jsd >ivja nja ya [K*Ja?K *:pa va -pa ma '#« ktj ^pii o«op« ^« 
Koani peaA* ^ro p èwkb naon fa nbna nxi np naKB -j^i n« «01 pn 
ktii ramai Tona in *6k piocha caana napn^K «in Aj> tk/i 
«i-i * naiKEn -pp *6a ana a^a p "pa «a:« cm ^i? ^aa <Y?a 
■pvno» i«r "jaa ^yai t i^r ydbji >a -j^î nan V? nnya ai n«pny«^« 
^jto trba nmi p nais tj rro nv vb ♦ atrva nssn ' 9 t y» pin^i 
am ar aiaSp «aa »ti p^« bnv^x p ai^pa na« irp }«i >am mn 
nnn j^iéAk nos . nnia^i n^iatP >:ki 21 ♦ «anTji an« »dj« -pn* n«i 
pun ar« »a râi n^yaa an n^a: "îaiba ribïnya «na« ki^kpi ftbe^n 

phrase signifie que ceux qui sont dans un état d'ignominie et d'avi- 
lissement arriveront à un état de gloire durable, les rois se levant 
devant eux et se prosternant pour leur rendre hommage. Et cela 
pour la raison qu'il a dite : A cause de l'Éternel, qui est fidèle, du 
saint d'Israël, qui l'a choisi. Dieu est ici qualifié de fidèle, parce 
qu'il réalisera sa promesse envers nous, une telle situation se pré- 
sentant. Dieu veuille, dans sa pitié, rapprocher cet événement dans 
le temps le plus court. 

47. *p33. Je dois d'abord dire que je n'ai trouvé aucune copie où 
•pas ait un hôlem sur le #£/, jusqu'à ce que j'aie eu en mains le com- 
mentaire de quelques Parschiot par Rab Samuel Haccohen le Gaon, 
où il a divisé la racine àêt, nun en différentes parties et a rangé cet 
exemple de "pa "nritt. dans la signification de a bâtir », avec ïn^a 
■msa (I Rois, vin, 13). Si cela est juste, et je ne le crois pas, il au- 
rait vu le mot avec un hôlem, puisqu'il l'a considéré comme un par- 
ticipe dans le sens de « bâtir » ; peut-être s'est-il appuyé pour cette 
opinion sur la fin du verset qui est : les démolisseurs et les destruc- 
teurs ; mais tout cela est fondé sur une erreur; ^"On est comme û*oa 
EnN (Deut., xiv, 4), sans aucun doute; Saadia s'est associé à l'opinion 
de R. Samuel en l'adoptant dans la traduction d'Isaïe. — nN^" 1 ^73 si- 
gnifie : te quitteront et sortiront.de toi. 

19. "Han ne peut venir que d'un verbe à première radicale yod, 
comme ^"nn # "»3tt}n; et si on dit que c'est une métathèse de la racine 
avec deuxième radicale faible, cela est possible comme, a-p et a*n 
dans *\W (v. 25) et ailleurs. 

21. ïmttbjn. Les Anciens ont traduit ce mot en disant qu'il si- 
gnifie « séparée », c'est-à-dire : « Celle-là est sevrée de son mari o 



GLOSES D'AROIT ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISA1E 57 

♦wo p pa* |k na»' S2 »:po^k tfîn $w «Si tio^j »ît hwi rçWn 
DotrSs priva nnnri ks:k rurAw îa run «îan bx ïfafb ù»b&$b* 
tmo^Ki nvDcn nnoi pnn anyï ipa '«ato nWp >d n:*o «a brio 
tkd fhw ^p fur na \^r\ n«32i «nb nasr k^d «rmote onn ;k tàipa 
■Te tdbi >/nyj »jan dj n^Jîoi -iin^»K .pHia *pa wam — pWtok 
»m [a ^pkd . *pai« d*3^o rm 2 5 : wrt* *b DfWttjLw *k ♦ ' yKTî^K 
p bpxt • -pa n** •jfoHrn 2 t • jir6«i frann^« n«ij?oi nom n» p» 
DDTo'pnav vrp/An .pa»* oan owai tjaA* raorw ^pA^n fwn 

i dwo piav itPKa 



ire *p» h^« p£na p.£« irtn pnyx . D3a« ninna icd ht ^ 1 
pj?3 dot hbfot f 5*uj^k ^n na^i k^k rwwma idd d« fnKi .TnrAtp 
tnpa ddd« mrrna icd nr >k nbip {« ^KpD «onra p'Bih^K pa^ona^K 
oaviwa p piDD^« DKorb pKpnnDK pn «nnao -j^i /Ave ^n >:ya ^î? 

(tfofo 42 a); dans Job (m, 7) on trouve le mot Tittba, qui ne comporte 
pas ce sens ; mais il semble que ce mot a le sens d'obscurité, parce 
qu'il est dit après : « que le chant n'y vienne pas », or « le chant » 
n'a lieu que lorsque le soleil se lève, comme on le voit par le mot 
|Wn 3n:n npn -wirtt (Ps., lxv, 9), dont tu verras plus tard la tra- 
duction. Le sens (pour le verset de Job) est : que son obscurité per- 
siste, et que pour elle ne se lève pas le matin, où il y aurait un 
chant, comme cela a lieu les autres nuits. 

22. *ptm: « le sein », de même "Oitn (Néh , v, 4 3); on l'a aussi traduit 
par bras ; le sens serait alors : « ils les entoureront de leurs bras. » 

23. *pETO, participe de "JCN (Esther, n, 7), qui signifie « élever » 
et « porter ». 

26. ■pTrta, participe du hifil ïTStn ; ce mot signifie « tromper ». — 
friM* û*n D"D931 équivaut à : « Ils s'enivreront de leur sang, 
comme on s'enivre du jus (de la vigne) ». 

Chapitre L. 

K. fît ^N. Ce texte a été opposé au texte de Jérémie, m, 18, et comme 
il en résultait une contradiction entre les deux passages, un auteur 
a cherché à les concilier en disant que le verset d'Isaïe a le sens sui- 
vant : « Est-ce que j'avais fait cela de prime abord sans que vous 
l'ayez mérité? » car le verset se termine par ces mots : « Certes, 
c'est pour vos fautes que vous avez été vendus ». Mais, en réfléchis- 

1 C'est la traduction d'Ibn Djanah, Ous., c. 244, I. 4. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nonin *&fc pp«:n^« asnra nin d^ «♦spnoo «na; /ito *mi , nmaoj 
«ai pJDa bip?» *fA bip viw nbxp ntibib* vhn \xb b'xpbt* ffîn 
1 ppton rpb ^tor *A l^îai cnama oip^K rtaao *ftk nya^K "jM j« ;kd 
po» ruto ^ip«D oni3o: ca^nuwa p piDD^K *b lai npD ^«p ^p jKD 
dd:c [ir j«d «»j« p«^«i rai?K J«a A Tipn ^j? nauyo pr ;« 
poa npc ^ktdk ^« »^k P^Wâ rhKtp*6K rbyi pi ^o *& naaaoai 
-pu p j&S pjo nu >b nn*6i j*o ik narras pei h^« p»cin^«a ^p5k 
rb)bi< ia« ire idd *^ir jyî to^» wi^ 4 nax^K »i mw»i vrptn 
*« D*6a^«a ;*6s^ js^d riru aiy^K ^ipa noaii na^ym »$Àk pp^n 
arwi pnap:a noiyoS« «n^«i p:6«a dtui? îm *e> nya *w n^ bxp 
p«D^« j« ^p [«i ;:d^k ^k ti'jnvn *yni' nS/iai npsbx im ûbe>oi nm 
i ' «T«à \y nb css ^d p^s a» d8:hjk ^jîd o\ny ^d dtuk ny p 
*w*6k »è paa^a nn^« nnbv jeyn /ij^ki rij?^« in w ♦ oba^ œp •♦ 
oyaa ntwy bvshi* n:o ^p npi apa nbni «n^«a firiy frih^ii fibbi 

sant bien, tu ne trouves pas entre les deux textes la contradiction 
qu'a imaginée cet auteur, car Isaïe a prononcé ces paroles bien des 
années avant que l'autre phrase eût été dite, et il se peut que dans cet 
intervalle le peuple se soit attiré le divorce à cause de ses péchés ; de 
cette façon, il ne résulte aucune contradiction. Si Ton observe qu'il 
est dit cependant dans le verset : « Certes, c'est pour vos fautes que 
vous avez été vendus », je répondrai qu'il est possible que le sens 
soit équivalent à ceci : « Si la vente et le divorce avaient eu lieu, c'eût 
été de votre part et à cause de vous, non de ma part ». Si les deux 
versets (d'Isaïe et de Jérémie) se rapportent à Israël, la conciliation 
que l'auteur a établie devient possible, puisque l'exil a eu lieu dans 
la sixième année du règne d'Ézéchias, et qu'Isaïe était le prophète 
de l'époque. 

4. C|3H nN m*b. Abulwalid a traduit : « Enseigner à l'homme stu- 
pide et l'instruire. » Il l'a comparé à l'arabe DNbsbfcO "jNbsb Ifctbs nm, 
qui signifie : « il lui a dit une chose après l'autre ». Ce verbe a, en 
arabe, un gain et un ta surmonté de deux points; chez nous on 
trouve ^\y^ (Eccl., vin, 5), qui est la science de loi, et, de même, 
ûTun (Esther, i, 13), c'est-à-dire les traditions. Si on dit que la 
lettre quiescente de r\y a été absorbée dans (le n de) trn*, comme le 
yod de y*at dans d^attk, cela ne nuit (pas à l'explication). 

9. "QV. C'est la teigne; la teigne est une pourriture que produisent 
les vers qui existent dans les objets; on appelle le ver rïr\y avec un 
ta à trois points ; on trouve de cette racine le verbe dans ÏV0ÏÏ9 
(Ps.,vi, 8). 



1 Voir Ibn Ezra, qui cherche une autre solution, que Kimchi développe davantage, 
* Voir Ousoul, c. 513, 1. 11 et suiv. 



GLOSES D'A HOU ZAKARIYA BEN BILAM SUK 1SAIE ^9 

■naa vb tréb& pnnp^ *k imp >iya »e • nipn nr«a f 1 t^yy 
tm mm m mp« »to nwrè *e n^ fibf«W« Hwp« ri» «iopo« ♦D3«»« 
\x ruû wènKhm |K 'îwii^ >a ?"î [um »Kîi limfci }^/ia^« nari ;a 

raomrf [a Kipinnai 

KBiTB uaa ffro ♦ampi m mpa ^ki aman itï bit wbn ' 
:rrr ira piriaSs p? ffotoâ «am bkto^k bjv "r^na jé& «v*ai 
pa >by Wri5fo »îû^« >fya »a ;^apnaa ;*6ra A-inai nni» 2 
: mnâfci ainri btjm iâi lia nmna ma wfr* ;« K^ap/iBa înàlaKi 
\s pan in h^« aa«^« |«Da ^ya xin «ràiK a^ay m*6 'bsîpbï '•• 
nim» ij?i n^riai a ïpE&K jhî fa maa >& bbsAk m nriKi *aan inèa ^k 
ruai K$âta »&a ja . ir6a: ;t»ya a*atb *a ( > i y:n ^yi tt ipœ \wb 
j« aàynaKi «in n^*apâ ja« >ao «a^i . bt6b »itoi 3K\t6k p^â *a ^p 

11. " , nTN73 a le sens de "Wip, c'est-à-dire : « ils feront jaillir les 
étincelles ». — DSCN. On a omis le dagesch que le schin devait avoir 
comme dans iiDflb (Nombres, xxvm, 2) et ttiDK (Lév., i, 9) ; c'est une 
racine géminée, et Rabenu Hay Gaon dit dans le Hâwi que 
Wipwim (Is., xlvi, 8) en vient, c'est-à-dire a soyez brûlés pour vos 
péchés ». 

Chapitre LI. 

4. ûnn:£n .amp::. Dans les deux phrases le mot toto est omis; 
c'est avec ce mot que la phrase est complète ; et (IIS et Tia) dé- 
signent les deux personnes mentionnées après. 

2. lïiahKI irtoHMO : Deux verbes au futur dans le sens du passé; 
la preuve que in5"ia« est au futur, c'est que le vav a un pataà, à 
rencontre du vav de "ina'iafcn (Gen., xxvn, 33) (qui a un qamès). 

4. 2W1K. Ce verbe est à la place du nom, qui est 9X1. Le sens 
est : « Je vais faire paraître mon jugement et je dirigerai, par là, 
les nations plus vite qu'en un 9X1, c'est-à-dire un clin-d'œil » ; un 
passage semblable est Prov.,xn, 19, où ïl*WK 19 équivaut à yxi 19. 

6. inb723 a le sens de « s'user » ; de ce mot vient le mot a^nbtt ""iba, 
pour l'usure des vêtements. Lorsque Ibn Gigatilia a vu ce verset, 



1 Ce verbe manque parmi les dénominatifs qu'a rassemblés Ben Bilam. 

1 La pensée de Rab Haï est mieux rendue dans le traité des dénominatifs 5. v. : 
• La terreur, la soutl'rance et le deuil vous saisiront, comme un homme qui est brûlé 
par sa souffrance ». Les mots mis entre parenthèses dans YOusoul, c. 69, 1. 27, sont 
évidemment pris au Ha toi. 

* 11 faut peut-être EpubN im. 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mi? n^K pW>« ♦$>« vr* ru» ^«p tkdb^ki pa^K nnn /ikikod^k b5ir\ 
■uaa d^d wri nnw nair non p^« ^ip *b "j^î bxp tsidSki -j^k 
(* paiao^K ^« "j^i *p3n fnthm dkikbdSk ^y nM^/An yipi yya\ by 
ty nbhx ]&b n:o «ian: pra fhn*tt in nK&nj?*6« irtii p^a >jj?k 

^«p ib) D^ p HTlpte pD»J?K3 KilDIttatt D^ï «Hp^SÔ HJK K:135k lp ^}l 

rua^ «tr A nîw jk n^« n np >b «o ^p n^-noi t6ej pwa n$ç ;« 
;«3 Ai nwi o^y^ vijwn n^ip ^« nn «^« «-ni sisk î«3^ ^j?b> *6 
nnn d^ii?^ »nwi rfrip^ »3ya p* d^ «ann sari v6bj jtryD dw »a 
rsiB »b k^k pw t6i p-njia p« dhb pW£ itta pan n6 nyw b» ix 
irtn }« >k ruBion rnjmiï i^^i»" onrm -3 nbip «i'K «in wi irnoi 

DïD^K 1H DD D$>38' "102:31 8 ♦ rfetD bw 1HB }2D» *6 ^X KQK1 pûO 

nbipa D:ii ' fhpb» ,tb idb ♦ am rmnon 9 : jwibi^k p "Airr in 

D^I? flflBttN '' ' 1K33^K 1^D0^« JP fl % «33 ni *PT^ ^331 3H1 T3TK 

1«n i^ipa 3^p^« »b *6k pan *6 nna^h« j«^ tkjo «in . Dtrto ^p 

et qu'il a trouvé difficile que le ciel fût soumis à la génération et à 
la destruction, il a dit que ce verset a en vue les créatures que la 
sphère et le centre embrassent. Il a dit ceci à propos du verset : 
« Eux périront et toi tu subsisteras ; tous s'useront comme un vê- 
tement », et il a trouvé inadmissible que l'anéantissement s'appliquât 
aux cieux et à la terre, il l'a donc appliqué aux habitants, je veux dire 
aux créatures. Or, cette opinion est celle des Dahrites, et nous nous 
garderons bien de l'admettre, car Dieu — qu'il soit loué et exalté — 
nous a appris qu'il est le Créateur du ciel et de la terre, et il n'est 
pas plus difficile de les faire périr que de les créer du néant. S'il 
avait dit que le mot nnbtta ira y 3 et d'autres semblables indiquent 
ce que Dieu a le pouvoir de faire, s'il le voulait, mais qu'il ne fait 
pas, ce serait une opinion plus juste. Ne vois-tu pas qu'il ajoute : 
«Mon secours durera toujours»? Or, si les mots * le ciel s'éva- 
nouira comme la fumée » étaient un arrêt définitif et absolu, le se- 
cond membre de phrase n'aurait pas de sens, puisque la délivrance 
ne peut être que pour les créatures ; donc celles-ci existent, et elles 
n'existent qu'entre un centre et une périphérie. Ceci est confirmé 
aussi par les mots : « Car les montagnes bougeront et les collines 
s'ébranleront », c'est-à-dire que ces phénomènes sont possibles, mais 
ce qui n'est pas possible, c'est « la disparition de la grâce divine ». 

8. 00. C'est la teigne, un ver qui est produit par la pourriture. 

9. nm. On a traduit ce mot par « force » ; il se trouve encore 
dans Ps., lxxxvii, 4 ; ce terme désigne les grands empires. 

11. mvn hy ûbn* nnWi. C'est une expression impropre, car la 
joie ne se trouve que dans le cœur, comme cela se voit dans les ver- 
sets Ex., iv, 14 ; Eccl., n, 10 ; Ps., xvi, 9. 

i La traduction n'est pas de Saadia, mais d'ibn Djanah, Ons., s. t. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN MLAM SUR 1SAIE 61 

ïia td/1 nem «3 tmaa iw *a^ nat? p^ nat? *a^ >:> }a$>a naen 
rpruaba ^«o^« . nncnb nvw to i* :"iyna tj byf\ bnpnaa .Dm 
|î? *prua^« pJaa^K *ajn rt>«a '« aiÀi oti&tt naî :nyb« Sip biia 
Htailta rwaffl pan ypn bria by**D . ûm yn ' ; '> : ' ikbtuk^k |ïn dkj^k 
TW a bpa rua b'pi r^ iûti rfrip n^y Wi^ki wai an njn tS na 
Dia nyap jik 17 t'p a k*™ 1 ,T ^ ^ T ,T ^ **° î**^ "1^ ^ ^ D ' 3 
1:3*11 j«»o rfanrn p« ins aiaoSû p aii vu nip^K rpo nos .n^ini 
^«p do biia ppô ru« »^y rnytr 'fi noiic ;a KBâK in^i . ^sri ,tb ^p» »«n 
rwaipi aia n« ptr wwzvb 3 pi 
nyatrai nrja rfença m*6a 
•ny n/iir.tr^ icoin «b rnan dis /wap n« n^ip nam >£>3? fcr h^ki 
ito/iraAK rA ^pnaj ;n:i did^k ^b «a by vbx ywbx yp % j« pkJ "wn 
bipja -rVîa nînp nin raia^K «in biia -pins an r6ip [« ^p: j« 

13. nnsm : futur à la forme lourde, qui est intransitif. 

14. WtiE : « Celui qui s'incline, qui penche », comme disent les 
Arabes : aiaïb tnâaba n:*£ » Les étoiles s'inclinent vers le couchant • . 
Le prophète désigne le prisonnier, qui est écarté des hommes. — 
nnDr; signifie ici se mouvoir librement. 

15. *jH, participe comme 3>pT"i (Is., xlii, 5) ; ce mot signifie « exci- 
ter », par opposition à n^a « gronder » (Nahum, i, 4), et la preuve en 
est donnée par les mots suivants : « Les vagues s'agitent. » On a dit 
que *-n est la métalhèse de natt, cela n'est pas possible, car ce qui 
suit indique le sens ; cela est clair. 

17. nrapi. On l'a traduit par aipT, qui est une espèce de poison ; 
ce mot et ïlbaHri sont alors synonymes. Rab. Hay dit : « r\2yp 
signifie c lie ». Celui-là s'est trompé qui l'a employé, dans sa poésie, 
dans le sens de vase, comme D*ia. Il a dit : 

Et qui fera boire aux hommes la coupe et le vase 
Pleins du poison qui désaltère et rassasie 

et ce qui prouve son erreur, c'est le mot "'OEn 0"D n^3p (verset 
22) : il est impossible que l'action de boire se rapporte à autre 
chose qu'à ce qui est dans la coupe. Quant à nous, nous compléte- 
rons cette argumentation en disant que le mot ""mna cria (Ezéchiel, 
xxiii, 32) présente une licence semblable à celle du poète qui a pu, 
par suite, s'exprimer ainsi ; mais nous dirons que, comme il y a un 
parallèle entre TiTan oia n*ap (v. 22) et ïibsnnn cna qui précède, 
nous comprenons par là que n^np est comme ïibjnn lui-même, puis- 
qu'on ne trouverait pas de sens en mettant en annexion n3>np avec 
aia, si n*ap désignait un vase comme aia. Bien que cette licence 

1 Nous lisons : IwarijNbN r»3 " , 33^ nnBîlbl. Voyez ILm Djanah, s. v. Jl^. 
4 Lïnterprèle critiqué est ici Saadia qui traduit y^l par HÂNT, mot dont il se sert 
pour traduire "123, par exemple Gen., XXXVII, 10. 
3 11 faut sans doute lire ^721. 



02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

;« ^i p juane Dnpna^K n^jnnn dis 'non did nyapa p«i «o^ nj« 
oia *fetj nyap HaijâjW »jya py r«3 d^ i« nrya nSjnn ^no nyap 
♦ nrirçHflp jRaa^K «in rfcorirf «^ «tkj» «in ^ii»^ j«3 ;«i n^ho «jk mi 
kbb rri p&a n^A'à oinn ^na ^bi n^ipa «bj^ôk nSvi' Dinn^a sna^ 1 
Tt . -joniK »o ' y î »^'D pa^K poo* pjrôrt»$ j« 5?>pi rrç «:^ip tv 
-pn^ »o Snpjftrç î«3 «ûam -ptyK «in p ^ »« ^p *« ■pmK '» ^m 
pbiK^tj noise npi nra i*nn^« . îaaœ itby -pa 2j j «ii«n yxjhx *ma 
. nsao kto : rrby wx* xh »a '« nei?yrp Kp# on^ipa rio^n |K"wb« ?ç 
nnan -i : ' tw j«rn im top: n^na Hûiîp^K «rrè>«a bn*/6àa rre idd 
p îwb *^a Ta rwieen ~* ttci p «n^« to n^nn« »po *6i 
♦rw tcKonj^Ki rhonba t^î? j$ôt pi^a >« nr ^yn p n^«i n:in 
yitt^i DDtétfi ar p '«a fi:? »*Jj? nt^ p *n»K pa* ;« Ww Troi^i 
rfkn p »«n ^iio nnt> p pa» ;« pg*i ^ jnn iwi fi> $» ^aipa 
|«b •jan -jnéri ^ns nnbn >:p« ^pn^« p *6a&nDo *6i?d -[nt^i pan 
:^3?a^« >!P W «od« njia [« *6« nn«i nnriw ^ud^k 

soit admissible, le verset ici n'en comporte pas, sache-le. L'auteur du 
Targum rend ce mot par « mélangée », en disant "^sn, comme est la 
traduction de ïibiba (Lév., n, 5); c'est ce qui confirme notre opinion. 
On a dit que les Grecs nomment l'argile : "^s (wiXdç). 

4 9. ^ErûN ^n. Il veut dire "^ by, c'est-à-dire pour lequel de ces mal- 
heurs te cousolerai-je ? Peut-être aussi est-ce l'équivalent de h pn:p "^ 
« qui te consolera », en mettant la première personne pour la roi- 
sième. 

20. isbr. Ce mot désigne le c trouble » et ce qui y ressemble; les 
Anciens l'ont appliqué à l'évanouissement et au vertige, dans l'ex- 
pression : ttfibyrn N7û^ [Sab.i 9#), c'est-à-dire pour qu'il ne s'éva- 
nouisse pas. — fconD. On l'a traduit : « Gomme le brr^'n (bœuf sau- 
vage) » avec un ta a trois points ; c'est un animal puissant. 

24. nnxi. Le tav a été substitué au hê. 

23. ^pïtt, participe de hinïi (Lam.> i, 5), son sens primitif est celui 
de \V^ « chagrin » ; c'est-à-dire: « ceux qui te causaient de l'afflic- 
tion et de la tristesse ». — ^n^. Il se peut que ce soit un impératif de 
n£"\ d'après la forme de ■•«£, qui vient de N2*> ; le nom se retrouve 
dans ^rozJ-n (Mich., vi, 4 4), d'après la forme de ^Jttî'n (Ps., lxxxv, 8) ; 
il est possible aussi que *1TQ vienne de ïtrua, comme "W, de n«l, et 
que ^n^^i soit un verbe au futur de la forme lourde, nn^rt, comme 
^p-m "pD^T (Gen., xxviii, 3), car le segôl et le patah ne sont qu'un 
même son ; mais mz^ comme substantif convient mieux pour le 
sens. 

J. Derenbourg. 
(A suivre.) 

1 Ainsi Saadia ici et Deut., xiv, 5. 



HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ ISIUlLlïï DE CORFOIT 



Au sud-est de la ville de Corfou, dans cette partie qui est située 
tout près des anciennes fortifications des Vénitiens, du côté de la 
Porta Reale et de la rue de Schulembourg, et qui s'étend jusque 
dans la rue Paléologue, non loin de la Porte Spélaia, se trouve le 
quartier juif dans lequel demeurent depuis deux siècles ceux qui 
professent à Corfou la religion Israélite. Il forme la cinquième 
partie de la ville et compte une population de cinq mille Juifs. 
Les habitants de ce quartier y sont très à l'étroit, dans des rues 
longues, étroites, où circule un air lourd et malsain, dans des 
maisons vieilles, délabrées, hautes de plusieurs étages et serrées 
les unes contre les autres. Ils appellent l'attention par la langue 
qu'ils parient entre eux et par leur type original : les uns sont 
bruns de figure et petits ; les autres, blancs et de taille élancée, 
semblent avoir une origine plus noble. On se demande d'où vient, 
au milieu de la terre hellénique, ce groupe d'hommes qui ont des 
caractères si particuliers et quelle est leur histoire. 

La réponse à cette question e*st assez difficile. Il ne faudrait pas 
Croire qu'il y ait eu des Juifs dans les îles Ioniennes du temps 
d'Hérode ; les privilèges accordés par Marcus Agrippa aux Juifs 
de pays grec furent donnés par lui aux Juifs de l'Ionie, en Asie, 
et non aux Juifs des îles Ioniennes 2 . Il est vrai que les Juifs 
habitaient depuis des temps très anciens différentes parties de 
la Grèce, mais leur établissement à Corfou ne remonte pas 

1 Cette excellente esquisse historique est empruntée au journal grec Hestia, qui 
se publie à Athènes. Elle a paru dans les n 01 des 16, 23 et 30 juin 1891 (t. I, n°» 24, 
25 et 26, p. 369-374, 385-388 et 401-403). Malgré la règle absolue que nous avons 
adoptée de ne publier ici que des travaux inédits, l'intérêt spécial qui s'attache à 
l'histoire des Juifs de Corfou et que de récents événements ont encore accru, la diffi- 
culté de se procurer dans nos pays le journal VHestia et l'utilité qu'il y avait à 
reproduire cette étude dans une langue occidentale, nous ont engagés à faire cette 
t'ois une exception et à donner ici un résumé très étendu du travail de M. Romanos. 
— Isid. Lobb. 

* Flavius Josèphe, Antiquités, 17, 2. 



64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au-delà du xn e siècle ; nous en avons la preuve dans la relation 
de voyage de Benjamin de Tudèle, qui a parcouru l'Orient au 
xn e siècle, pour visiter ses coreligionnaires. Il raconte qu'il a 
trouvé beaucoup de Juifs en Grèce, dont 200 à Arta, 50 à Patras, 
100 à Naupakto,200 Juifs agriculteurs à Krissa, environ 300 Juifs 
à Corinthe, 2,000 à Thèbes, qui étaient les meilleurs tisserands de 
soie et teinturiers de pourpre de toute la Grèce, enfin 200 Juifs 
en Eubée ; mais à Gorfou il ne trouva qu'un seul Juif, nommé 
Joseph, qui exerçait la profession de teinturier 1 . Lorsque Ben- 
jamin visita Corfou, l'île était encore sous la domination de Roger 
de Sicile, qui, en 114T, avec l'appui d'une partie de la population, 
était devenu maître de l'île, mais dut, encore avant la fin de 
l'année 1149, reculer devant le vrai souverain du pays, Manuel 
Gomnènes. Lorsqu'au xnr 3 siècle, les rois de Naples de la maison 
d'Anjou s'emparèrent de l'île, il y avait beaucoup de Juifs à 
Gorfou, et il est probable qu'ils y arrivèrent de l'Orient, car ces 
premiers colons juifs de Gorfou parlaient exclusivement le grec, 
et la plus ancienne synagogue de Gorfou, dont font partie les 
plus anciennes familles juives de la ville, s'appelle synagogue 
grecque. On croit même, et cela est bien intéressant, que le plus 
ancien texte en grec vulgaire qui soit connu jusqu'ici, est une 
traduction du livre de Jonas pour l'usage des Juifs de Gorfou. 
M. Ad. Neubauer suppose que le manuscrit qui contient cette 
traduction écrite, en caractères hébreux, est du xn e siècle, nous le 
mettrions plutôt au xnr 3 siècle 8 . 

L'état des Juifs de Gorfou sous la domination de la maison 
d'Anjou (c'est-à-dire du xnr 3 au xiv e siècle) était assez triste, 
pas aussi triste cependant que dans le reste de l'Europe. Divers 
souverains de Corfou leur accordèrent des chartes ou privilèges 
pour modérer les persécutions dont ils étaient l'objet, maints 
décrets de ce genre furent publiés par les princes de Tarente. 
Philippe de Tarente, souverain de Corfou avec sa femme Cathe- 
rine, impératrice titulaire de Constantinople, les protégea par un 
décret du 23 novembre 1317, et un autre du 12 mars 1324 3 . 
Plus tard, Robert de Tarente et sa veuve Marie de Bourbon, qui, 
dans la première année de son veuvage, exerça le pouvoir à 

i Itinéraire de Benjamin de Tudèle, édit. A6her, I, 45-46. Pétahia de Ratisbonne, 
dont le voyage est à peu près de la même époque, a aussi trouvé beaucoup de Juifs 
en Grèce. 

* Voir l'ouvrage de notre savant ami S. Lambros, intitulé : Collection de romans 
grecs/ Paris, 1880, p. vin. 

3 Le premier de ces décrets est mentionné dans le décret de Marie de Bourbon 
dont il va être question ; l'autre est entièrement reproduit dans le décret de Phi- 
lippe II (Buchoû, Nouv. rech. hist., I, p. 408, Mustoxidi, Cose Corciresi, p. 445}. 



HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DE CORFOU 65 

Corfou (de septembre 1364 à mars 1365), confirmèrent les décrets 
de Philippe en faveur des Juifs l . Philippe II, fils de Philippe I er 
et successeur de son frère Robert, par un décret donné à ïarente 
le 14 décembre 1870, confirma les précédents décrets de son père 
et de son frère*. Enfin Jeanne d'Anjou publia à son tour des 
décrets en faveur des Juifs 3 . Ces privilèges étaient autrefois con- 
servés dans les archives de la synagogue, mais du prince Phi- 
lippe 1 er il ne nous est parvenu, à notre connaissance, qu'un 
résumé du décret de l'année 1324, conservé par le célèbre Mus- 
toxidi, qui, dans le 'eUtivouvt^wv, en dit ce qui suit 4 : 

« Parmi d'autres documents conservés dans la synagogue des 
Juifs à Corfou, il se trouve une lettre de Philippe, prince de 
Tarente. Dans cette pièce, adressée aux autorités de Corfou, Phi- 
lippe se plaint, comme d'une injure et d'une tache imprimée à 
son gouvernement, que les décrets rendus par lui en faveur des 
Juifs de la ville et de l'île de Corfou ne soient pas exécutés. Les 
fonctionnaires enlevaient les lits, les vêtements, les meubles et 
les bêtes des Juifs ; ils s'emparaient de leurs personnes et les 
obligeaient de servir gratuitement comme marins sur les vais- 
seaux de guerre ; ils les obligeaient de comparaître devant les 
tribunaux le samedi ou de travailler le samedi et les autres jours 
de leurs fêtes; ils dressaient les gibets sur les tombeaux juifs, 
forçaient les Juifs d'exécuter les condamnations à mort et les 
autres peines infligées aux malfaiteurs. C'est pour cela que 
Philippe ordonnait impérieusement et péremptoirement que les 
Juifs ne fussent plus désormais astreints à aucune fourniture ni à 
aucune corvée, excepté celles qui sont permises par le bon sens 
et la coutume et qui étaient demandées également aux autres 
citoyens, et qu'on les laissât fêter selon leurs lois leurs sabbats 
et leurs fêtes, sans les déranger. » 

Le seul document de cette époque que nous possédions encore 
in-extenso, dans une traduction italienne, est celui de Marie de 
Bourbon, daté de Tarente, le 6 mars 1365 5 . Il ressort de cette 
pièce que les Juifs étaient, dès l'origine, affranchis de tous les 
impôts, cotisations, et de toutes autres charges, sauf l'impôt pour 

* Voir le décret de Philippe II (Buchon, ibid., p. 410 ; Mustoxidi, ibid. t p. 447 ; 
sur les décrets de Marie, voir plus loin). 

1 Buchon, ibid., p. 413; Mustoxidi, ibid., p. 449. 

* Mustoxidi, p. 450. 

* 'E).Xt)vou.v., p. 486. 

5 Stampa delV Université degli Bbrei. Nous n'avons pas pris note de ce que 
E. Lunzi dit sur les Juifs sous la domination des Anjou, puisqu'il s'y trouve des 
fautes chronologiques manifestes (Condiz. politica délie isole lonie sotto il dominio 
Veneto, p. 455-456). 

T. XXIII, n° 45. 5 



0B REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'éclairage de la ville de Corfou. Gomme ils avaient subi beaucoup 
de peines corporelles et pécuniaires, et craignaient de souffrir 
les mêmes avanies à l'avenir, ils avaient imploré le secours de 
Marie, et, par ce décret, cette souveraine ordonna au gouverneur 
de Corfou d'observer strictement leurs anciens privilèges. Enfin, 
quelques diplômes de la maison d'Anjou trouvés par nous dans 
les Grandes Archives de Naples montrent que sous le gouverne- 
ment de Charles III Dyrrachium, roi de Naples, qui fut maître 
de l'île de 1382 à 1386, les Juifs ont souvent pris part aux délé- 
gations que la commune de Corfou envoyait à Naples soit pour 
faire confirmer ses anciens privilèges, soit pour en obtenir de 
nouveaux 1 . 

Mais vers la fin du xiv e siècle, la domination des Anjou à Corfou 
devait disparaître : en 1386, l'île, ayant besoin d'un fort protec- 
teur, se rendit volontairement aux Vénitiens. Des six délégués 
envoyés à Venise pour négocier cette reddition, l'un était Juif, 
David Semo, de l'importante famille Semo qui existe encore 
aujourd'hui à Corfou. La mission de ce Juif a été omise avec 
intention par Andréas Marmora, patricien de Corfou du xvn e siè- 
cle, dans son histoire de l'île de Corfou, et même Antoine Rhodos- 
tamo, poète et littérateur corfiote mort au commencement de 
ce siècle 2 , en conteste l'authenticité, mais elle est prouvée par des 
documents vénitiens officiels 3 . C'est peut-être à l'instigation de 
David Semo que le Sénat de Venise publiait, dès le 22 janvier 
1387, un décret par lequel il reconnaît que, pour beaucoup de 
motifs, le séjour des Juifs dans la ville et dans l'île est utile, juge 
bon d'accorder les demandes faites par les deux Juifs de Corfou 
délégués à cet effet par leurs coreligionnaires, ordonne que les 
Juifs de Corfou puissent vivre tranquillement et sans être troublés, 
à l'ombre de la domination ducale, confirme tous leurs anciens pri- 
vilèges et franchises, décide qu'ils ne seront pas forcés de com- 
paraître, sauf en des cas exceptionnellement urgents, devant les 
tribunaux, les jours de leurs fêtes ; qu'ils ne seront pas obligés de 
payer de plus fortes contributions que les autres citoyens ; qu'on 
ne pourra pas leur imposer d'emprunts forcés, et que leurs charges 
seront exactement les mêmes que celles des autres habitants de la 
ville et de l'île 4 . Au commencement du xvi° siècle, lorsque le 



* Reg. Ang. Karolus III, 1382-1383, n° 359. 

* Memorie appartenenti alla Storia civile, antica e moderna, dell isola di Corfû^ 
p. 259. Conservé en manuscrit par Ant. Rhodostamo, petit-fils de l'historien. 

' I libri commemoriali délia Republic a di Venezia* livre VIII, 220-1 38G ; ind. 
ix, 28 mai, c. 118 (121), t. III. 
4 Stampa deW Université, etc., et Lunzi, Condit, jpolit.^ p. 456, 



HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DE CORFOU 07 

conseil de la ville de Gorfou voulut obtenir de Venise quelques 
privilèges et immunités qui n'intéressaient pas spécialement les 
Juifs, il choisit, pour rédiger les articles du privilège qu'il allait 
demander, cinq chrétiens et un Juif de Corfou, nommé Johama 
Maycha, probablement originaire d'Espagne, comme Semo, et le 
5 octobre 1515, il décida que tous ces délégués iraient à Venise 
pour faire passer les demandes de la ville 1 . 

En général, la République de Venise traitait les Juifs avec 
bienveillance. Après la brillante victoire de Lépante remportée 
en 1571 par les chrétiens sur les Turcs, la République de Venise 
trouva que le meilleur moyen de témoigner sa reconnaissance 
au Christ était de chasser les Juifs de tous ses Etats, mais les 
Juifs de Corfou ne furent pas compris dans cette mesure injuste 
et inhumaine. Ils étaient fort utiles à la ville. Energiques et 
laborieux de nature , la plupart d'entre eux s'adonnaient au 
travail manuel et exerçaient les métiers grossiers que mépri- 
saient les autres habitants. Les Juifs riches faisaient le com- 
merce avec succès, ils acquéraient ainsi une grande influence 
et des richesses qu'ils employaient souvent pour le bien de la 
ville. Au commencement de la seconde moitié du xv e siècle, 
cependant, on remarque certains actes d'intolérance de la part de 
Venise. Un Grec de Constantinople, Andréas Spatas, vieux méde- 
cin de la commune de Corfou, avait été remplacé dans son emploi 
par un jeune médecin juif dont nous ne connaissons pas le nom, 
mais le Sénat de Venise, considérant que indecens et impiam est 
prœponere Indewn christano et juvenem imperîtum medico 
seni pratico et perito, par décret du 17 juillet 1466, cassa la déci- 
sion de la commune 2 . 

Les services que les Juifs rendaient dans l'île de Corfou sont 
constatés dans un grand nombre de documents provenant des 
Provéditeurs vénitiens. Chaque fois qu'un de ces fonctionnaires 
déposait le pouvoir et allait quitter l'île, les Juifs se hâtaient de 
lui demander, pour son successeur, des témoignages écrits de leur 
dévouement à la République de Venise. D'après ces certificats, les 
Juifs de Corfou furent des sujets très fidèles et très dévoués, qui 
contribuèrent en toutes façons aux intérêts communs de la patrie 
en temps de disette et de danger, soit par des tailles ou des 
prêts considérables, soit par le sacrifice de leur vie. En 1431, la 
Seigneurie de Venise, ayant un besoin urgent d'argent, s'adressa 
aux Juifs de Corfou par l'intermédiaire du Provéditeur, pour leur 
demander un emprunt de 3,000 ducats, parce qu'il était juste, 

i Sathas, Mon. Hist. ffelL t Y, p. 249. 
» Sathas, ibid. t V, p. 221. 



G8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

disait-elle, que les Juifs eussent part aux charges comme ils 
avaient eu part au bonheur public *. En 1586, le baïle de Gorfou, 
Hieronymus Capello, certifie que les syndics de la communauté 
juive ont montré le plus grand empressement à contribuer à la 
construction des deux citernes qui se trouvaient au milieu de la 
ville. Ils firent de môme pour la reconstruction des nouveaux 
murs et la réparation des vieux murs, et ainsi dans d'autres cas. 
Pendant la longue guerre de Crète, si désastreuse pour les 
chrétiens, et pendant la guerre du Péloponèse, ils fournirent li- 
béralement tout ce qu'il fallait pour les blessés transportés à 
Corfou. Enfin, lors du fameux siège de Gorfou en 1716, ils com- 
battirent si bravement et si courageusement pour la défense com- 
mune, sans ménager ni leurs vies, ni leur fortune, que le célèbre 
général vénitien comte Schulembourg, qui sauva Corfou de l'hor- 
rible danger de l'esclavage, publia deux décrets honorifiques où 
il exalte leur bravoure , et en particulier celle de Mardochée 
Mordo Mavrogène, qui se distingua parmi ses coreligionnaires. 
Ces hauts faits accomplis par les Juifs pour la défense de l'île 
contre les Turcs sont aussi confirmés par l'aide-de-camp de 
Schulembourg, le colonel Demetrios Strategos, de Corfou, qui, 
dans sa relation du siège adressée à Pierre Garzon, sénateur et 
historiographe de la ville de la République de Venise, déclare 
que, parmi les habitants de Corfou, c'étaient les Juifs qui avaient 
rendu les plus grands services 2 . 

Le nombre des Juifs de Gorfou était assez grand déjà sous les 
princes de la maison d'Anjou, mais il s'était accru encore à la 
suite de deux persécutions que leurs coreligionnaires subirent 
dans d'autres pays. Lorsque les Juifs furent chassés d'Espagne et 
expulsés sans pitié, beaucoup d'entre eux s'établirent à Gorfou ; 
ils y ont prospéré et ont même conservé jusque dans ces derniers 
temps l'usage de la langue espagnole. Environ un demi-siècle plus 
tard, une colonie juive bien plus nombreuse vint d'Apulie et 
exerça une si grande influence sur les Juifs déjà établis à Gorfou, 
qu'elle leur imposa la langue d'Apulie, qu'ils parlent encore 
aujourd'hui avec un mélange de mots grecs, ce qui a produit un 
jargon difficile à comprendre et par les Italiens et par les Grecs. 
C'était l'époque où régnait à Naples le vice-roi don Pedro de 
Tolède. Ce prince, ayant entendu beaucoup de plaintes contre les 
usures des Juifs et en ayant informé l'empereur, reçut l'ordre d'ex- 
pulser immédiatement les Juifs du royaume 3 . Beaucoup de ces 

1 Sathas, ibid., III, p. 409. 

* Qiornale diZegislazione, Qiurisprudenza, Zetteratura, etc., Corfou, 1846; II, p. 86. 

3 Ciannone, Ist. civile di Napoli, II, p. 32, ch. iv. — C'est l'expulsion du 



HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DE CORFOU 69 

malheureux se réfugièrent à Gorfou en 1540, et y fondèrent, 
en commun avec les anciens réfugiés espagnols, une synagogue, 
qu'on appelle encore aujourd'hui synagogue d'Apulie et d'Es- 
pagne, pour la distinguer de l'ancienne synagogue grecque. C'est 
de cette époque que date la division des Juifs à Gorfou en italiens 
et en grecs. 

L'organisation de la communauté juive était à peu près sem- 
blable à celle des chrétiens. Chacune des deux synagogues avait 
deux syndics (Memunnim), deux surveillants et deux gérants 
(Parnasim) ; elle constituait un corps à part, qui avait son 
conseil présidé par les syndics. Lorsqu'on avait à délibérer sur 
des intérêts communs, les deux conseils se réunissaient et délibé- 
raient ensemble. Les syndics étaient élus par les confrères des 
synagogues, convoqués à cet effet, chaque année, par le Prové- 
diteur vénitien en son palais. Ils veillaient à l'ordre public, 
réglaient les différends des particuliers, et remplissaient les fonc- 
tions d'édiles. Ils devaient aussi assister à toutes les cérémonies 
publiques, vêtus du même vêtement que les syndics chrétiens, 
mais sans armes et avec une perruque courte, tandis que les syn- 
dics chrétiens portaient l'épée et la grande perruque. 

S'il est exact que les Juifs vivaient en sécurité à Corfou et y 
avaient une situation meilleure que leurs coreligionnaires du 
reste de l'Europe, ils ne pouvaient cependant pas échapper aux 
persécutions dues à l'intolérance religieuse de cette époque, qui 
provoquait de temps en temps contre eux des décrets injustes et 
humiliants. 

En 1406, les Corfiotes envoyèrent à Venise Perotto Altabilla, 
Zelo de Paxe et quelques autres patriciens, pour solliciter diffé- 
rentes faveurs, parmi lesquelles il s'en trouve une aussi dure que 
stupide, de Judeis lapidandis. Le gouvernement de Venise refusa 
naturellement de laisser lapider les Juifs, mais voulant donner 
une satisfaction à ses sujets bien-aimés, il ordonna que les Juifs 
porteraient désormais sur le devant de leur vêtement un de 
la grandeur d'un pain 1 . A la même époque, et sur la demande 
obstinée des mêmes délégués, on défendit sévèrement aux Juifs 
de posséder et d'acquérir des immeubles, maisons et champs, 
auxquels étaient attachés des serfs [vilanï), tant dans la ville de 

joyaume de Naples de l'année 1540 ; voir Emek habbakha, trad. Wiener, p. 82 
IL L.). 

1 Bolla d'ora délia magnifica città di Corfù f p. 4 ; Sathas, Mon. Hist., II, p. 150- 
151 : Nolumus quod dicti Judei lapidentur pro bono illius terrae nostre, nam si dicti 
Judei lapidentur, hoc cederet ad maximum damnum domorum que devastarentur. 
Sed loco lapidationis volumus quod dicti Judei de cetero debeant portare unum O 
zalum in pectore ad mensuram unius panis a^ quatuor denariis, ut cognoscantur a 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Corfou qu'en dehors de la ville, c'est-à-dire dans toute l'étendue de 
l'île, à l'exception des immeubles qu'ils avaient jusque-là possédés 
dans le quartier juif, et on leur accorda un délai de deux ans pour 
vendre leurs champs, leurs bêtes et leurs vignes. Un peu plus 
tard, le Sénat força môme toutes les femmes juives de porter sur 
la tête un voile jaune l . Les Juifs envoyèrent à Venise une dépu- 
tation composée de leurs syndics Aurachius de Chaffaro, David 
Samuel, et Salomon Dolceto, mais leurs principales réclamations 
ne furent pas écoutées. 

Ils obtinrent cependant satisfaction sur quelques points moins 
importants. En vertu des capitulations qu'ils avaient conclues, 
les Juifs devaient payer la huitième partie de toutes les dé- 
penses de la ville, mais les deux dernières années on leur avait 
demandé davantage, ce qui provenait de ce qu'on n'avait pas, 
comme c'était stipulé, admis un Juif parmi les taxateurs chré- 
tiens. Le Doge de Venise, Michel Sténo, par une ordonnance 
du 26 juillet 1406, décidait qu'à l'avenir les stipulations et con- 
ventions sur les taxateurs seraient rigoureusement observées. 
Il ordonnait, en outre, qu'on permît aux Juifs d'acheter du pain, 
des légumes, des fruits et d'autres aliments sur le marché de 
Corfou, comme ils en avaient l'habitude depuis longtemps ; qu'il 
leur fût loisible de puiser de l'eau au puits creusé sous le baïle 
Jean Gapello et à la construction duquel ils avaient contri- 
bué de leurs deniers. Il édictait enfin une punition sévère contre 
quiconque leur ferait violence, ou les insulterait, ou leur nui- 
rait , attendu qu'il arrivait souvent qu'ils fussent menacés^ de 
mort ou de spoliation par les chrétiens 2 . Nous ne savons si ce 
décret fut observé, car les Juifs continuent à se plaindre sans 
interruption. Quant à l'ordonnance de 1406 concernant la posses- 
sion d'immeubles, le Conseil de Venise s'aperçut bientôt que les 
Juifs de Corfou ne possédaient pas autant de propriétés qu'on lui 
avait fait croire, et par décret rendu le 19 juin 1408, à la demande 
de maître Angélus, médecin juif, député des Juifs de Corfou, la 
Seigneurie de Venise permit aux Juifs de Corfou de posséder des 
immeubles jusqu'à la valeur de 4,000 ducats en or, mais avec dé- 
fense de jamais posséder des paysans attachés à la glèbe [vzlani) K 
Lorsqu'au commencement du xv e siècle, la cité de Corfou était 

Christianis, aut si nolunt portare dietum O, solvant ducatos trecentos singulo anno 
nostro comuni, pro non portando ipsum O. 

* Sous peine de 300 ducats d'amende, comme pour l'O imposé aux hommes. 

' Sathas, ibid., II, p. 153-4. Voir aussi Stampa dei Priori degV xnUrmmenti d% 
Corfù contro li capi delV Université degli Ebrei di Corfù, p. 30-32. 

3 Sathas, ibid. y p. 206. 



HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ ISRAELITE DE CORFOU 71 

encore confinée dans l'ancienne forteresse et que la ville actuelle 
était considérée comme un faubourg, les Juifs demeuraient sé- 
parés des chrétiens, dans une seule juiverie, et un peu plus tard, 
dans deux juiveries, intra civitatem et burgnm civitatis*. Le 
quartier juif était limité à la colline des Juifs, vulgairement dite 
des 'Bp-floêoûvi; elle commençait aux murs qui donnaient sur la 
mer et comprenait cette partie de la ville où se trouvent main- 
tenant les églises de Notre-Dame Antivouniotissa, de Notre-Dame 
Kremasti, de l'Archange, du Tout-Puissant et de Saint-Nicolas 2 . 
Le 10 mars 1414, la Seigneurie de Venise décida de fortifier le 
faubourg de Gorfou, c'est-à-dire la ville actuelle, et de comprendre 
dans le nouveau mur la colline des Juifs 3 . Cet arrêt n'ayant 
pas été exécuté, il fut renouvelé le 20 octobre 1416 4 . Nous ne 
savons si c'est par suite de la construction de ce mur ou de 
l'intolérance qui régnait en ces temps que les Juifs des deux 
Juiveries se virent menacés, vers cette époque, dans la tran- 
quille possession de leurs maisons. Ils furent obligés de réclamer 
auprès de la Seigneurie de Venise, en se fondant d'abord sur la 
Bulle d'or accordée aux Corfiotes lors de la soumission de l'île aux 
Vénitiens, puis sur leur qualité de cives et haMtatores korphoy, et 
enfin sur le décret du 26 septembre 1423, qui leur avait confirmé 
le droit de propriété de leurs maisons. Par décret du 3 mai 1425, 
la Seigneurie de Venise ordonna que les Juifs resteraient en pos- 
session des maisons et propriétés qu'ils avaient dans les deux Jui- 
veries 3 . Ils finirent cependant par être obligés de céder leurs mai- 
sons, sur l'emplacement desquelles passait le tracé des nouvelles 
fortifications de la ville, et au lieu de vivre dans des ghettos, ils se 
dispersèrent dans la ville et demeurèrent au milieu des chrétiens 
et même près des églises. Cette cohabitation offensait le sentiment 
religieux des Corfiotes, et une députation fut envoyée à Venise, en 
1524, pour demander que les Juifs fussent de nouveau renfermés 
dans un ghetto. La demande fut accueillie, et un nouveau quartier 
fut désigné aux Juifs pour leur demeure 6 . Il faut croire que cette 



* Sathas, iiid., III, p. 287. 

* Véritable récit des reliques miraculeuses du Saint-Esprit, par Nicolas le Bul- 
gare, à Corfou, p. 21 (en grec). 

3 Incipiendo prius a turri portus, ubi stat consiliarius, eundo seu tirando per ma- 
rinam versus montera Judeorum,... accipiendoque ipsum montem Judeorum intus, 
et lacère et extendere ipsum murum usque sanctum Nicolaum poverelo, et de inde 
usque pontem hospitalis et postea inde usque ad ecclesiam sanctorum Apostolorum, 
et de inde usque ad turrim alterius consiliarii a parte siroehi, faciendo sive construi 
iaciendo unam bonam turrim in summitate montis Judeorum (Sathas, III, p. 41). 

4 Sathas, IJI, p. 42. 

8 Sathas, ièid., p. 286. 

6 . . .Ghe ; 1 sii provisto de habitatione ad essi Hebrei in uno loco dicto Catto fero 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mesure ne fut pas bien exécutée , puisque des réclamations 
constantes furent adressées, sur ce sujet, par la ville à la Répu- 
blique de Venise ou aux Provéditeurs (années 1532, 1546, 1562, 
1592 *)• En 1546, une partie des Juifs habitaient un quartier ap- 
pelé 27nr|Xa\a, qui leur avait été assigné par les syndics de la ville, 
mais les autres refusaient de s'y enfermer 2 ; en 1562, le Provédi- 
teur leur ordonna de demeurer dans un quartier, également dési- 
gné par les syndics, qui partait de l'église Notre-Dame o&i\rf%p\<i 
et était fermé de hautes murailles 3 . Ils continuèrent néanmoins à 
demeurer dispersés, les uns dans la forteresse 4 , les autres dans 
la ville, où ils voulaient. Ce fut seulement en 1622 qu'une ordon- 
nance, cette fois efficace à ce qu'il paraît, renferma les Juifs dans 
le quartier qu'ils occupent actuellement, et il leur fut même dé- 
fendu d'en sortir pour se rendre dans la campagne sans une per- 
mission écrite du baïle et du gouverneur \ En même temps, on 
leur interdit de célébrer en public aucune cérémonie religieuse et 
de louer tout autre immeuble que leur maison d'habitation. Ainsi 
finit, après une lutte de cent ans, et par l'internement des Juifs 
dans le ghetto, cette grande question qui paraît avoir si vivement 
intéressé la population de Corfou. 

Comme si ces persécutions ne suffisaient pas, on en inventait 
toujours de nouvelles et on allait même parfois jusqu'à profaner, 
la nuit, les tombes juives et y commettre d'odieux outrages. 
Lorsque la République de Venise eut fait connaître, en 1614, 
son intention formelle de punir les malfaiteurs coupables de ce 
crime, leur audace fut un peu réfrénée, on laissa les morts en 
paix, mais pour molester jour et nuit les vivants : les Juifs étaient 
insultés, leurs enfants forcés d'accomplir des travaux grossiers, 
on tenait des propos honteux aux femmes juives dans la rue, les 

che è délia banda del Turrion del Almiraglio ove starano bene uniti et securi (Bolla 
d'Oro, p. 40). M. Saluas lit, avec raison sans doute, Catto Gafero au lieu de Catto 
fero (t. V., p. 262). 

1 Sur l'affaire de 1532, voir Marmora, Istor. di Corfù, p. 286 ; sur celle de 1592, 
ibid., p. 370. 

« Sathas, V, p. 285. 

* Stampa, etc., p. 44. 

* Nous avons prouvé à diverses reprises (Lunzi, Condiz. polit, etc., p. 459) que 
quelques-uns des Juifs restèrent, encore après 1532, dans la ville et dans la forte- 
resse. On en a une preuve suffisante dans un acte de 1538, où nous trouvons aussi 
un rare témoignage d'une admirable tolérance. Le 10 février 1538, maître Samarias, 
fils d'Ezra, Juif habitant la place de Corfou, dicta son testament au prêtre orthodoxe 
Michel Glabas, notaire public, en présence d'un autre prêtre orthodoxe, de deux 
rabbins Menahem, Mpurlas et Salomon Portugal, et d'un autre Juif nommé Mardo- 
chée Audalas. Tous ces hommes signèrent comme témoins, chacun dans leur langue, 
les prêtres en lettres latines, les Juifs en hébreu (Arch. nat. de Corfou, actes nota- 
riés du prêtre Glabas, p. 62). 

5 Vote du 9 février 1622 (Lunzi, l. c, p.^61). 



HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE DE CORFOU 73 

Juifs qu'on rencontrait dans les campagnes étaient frappés et 
menacés de mort ». 

Le nombre des Juifs de Gorfou n'est connu, autant que nous sa- 
chions, que depuis le milieu du xvi e siècle. Dans un rapport 
adressé par le baïle Antoine Foscari à la Seigneurie de Venise, 
en 1558, il est dit : « Les Juifs de Corfou sont environ au nombre 
de 400, demeurant pêle-mêle avec les chrétiens et quelquefois sous 
le même toit 2 . » Au siècle suivant, en 1663, d'après Marmora, il y 
avait à Corfou 500 riches maisons juives 3 . Enfin, le rapport fait 
en 1760 par le Provéditeur général Grimani nous apprend que le 
nombre des Juifs s'élevait alors à 1,171, et qu'ils constituaient la 
huitième partie de la population totale 4 . 

Tout le monde sait que les Juifs sont profondément attachés à 
la religion de leurs ancêtres ; il n'est donc pas étonnant que le 
christianisme ait fait peu de prosélytes parmi les Juifs de Gorfou. 
On a pourtant gardé le souvenir d'une Juive qui s'est convertie au 
christianisme vers la fin du xvm e siècle. C'est une histoire roma- 
nesque qui a frappé les imaginations et s'est même conservée dans 
la mémoire du peuple. Il y avait à cette époque à Corfou un négo- 
ciant juif nommé Vivante, qui faisait de grandes affaires, et dont 
la maison était connue à Venise et ailleurs en Europe. Auprès de 
lui vivait sa petite-fille Rachel, fille de feu Maimon Vivante, âgée 
de seize ans. Tandis que le grand-père voulait la marier à un 
jeune homme qu'elle repoussait, un jeune chrétien, nommé Spiri- 
dion, appartenant à l'illustre famille des comtes Bulgari 5 , et fils 
aîné de Jean-Baptiste Bulgari, curé de l'église de Saint-Spiri- 
dion, s'éprit follement de la jeune fille ; il parvint à lui faire 
connaître son amour et lui proposa de l'épouser si elle voulait 
embrasser le christianisme. Rachel finit par céder et dans la nuit 
du 17 avril 1776, grâce à la connivence de quelques domestiques, 
le comte Spiridion put enlever la jeune fille. Un Juif contempo- 
rain, dont nous ne connaissons pas le nom et qui fut chargé par 
le gouvernement vénitien de faire un rapport sur cet événement, 
soupçonne l'amoureux de n'avoir pas été entièrement désinté- 
ressé et l'accuse d'avoir, avant l'enlèvement de Rachel, emporté 
de la maison Vivante, pendant plusieurs jours, des marchandises, 

1 Parchemin contenant différents décrets vénitiens sur les Juifs, conservé autrefois 
par feu Paul Lambros. 

* Lunzi, Condiz., etc., p. 458.- 
8 Marmora, Ist., p. 437. 

4 Relazioni storicho-politichc delV isole del mare lonio, scrute da F. Grimani ; 
Venise, 1848, p. 76 et 85. 

5 Les comtes Bulgari ont la possession des reliques miraculeuses de saint Spi- 
ridion. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des tissus et des objets précieux, plus tous les bijoux de Rachel et 
de sa mère *. Quoi qu'il en soit, quand, le 18 avril, la police véni- 
tienne fut informée de ce qui s'était passé, elle voulut à toute 
force rendre la fugitive à sa famille ; mais, lorsque la population 
apprit que la fille du plus riche négociant juif de Corfou voulait 
embrasser le christianisme et que les autorités s'y opposaient, 
elle fut prise d'un véritable transport , comme si la religion 
orthodoxe était outragée ou trahie. Elle accourut de tous les 
côtés pour protéger la prosélyte. En vain les soldats essayèrent à 
trois reprises de disperser la foule, Rachel fut conduite triompha- 
lement à l'église, baptisée, mariée et ramenée, au milieu des accla- 
mations du peuple, dans la maison du comte Bulgari «. Nicolas 
Arléoti ajoute que, dans la matinée du 18 avril v. st., le Prové- 
diteur envoya 100 soldats et 200 esclaves dans la maison du prêtre 
Bulgari, père de Spiridion, pour s'emparer de Rachel, qui fut en- 
voyée à Venise 3 . 

Telle fut, en substance, la condition des Juifs de Corfou sous la 
domination des Vénitiens. Après l'arrivée des Français dans l'île, 
sous la première République, les Juifs jouirent de tous les droits, 
comme les autres citoyens et le rabbin occupait le même rang que 
les chefs des deux autres confessions. Le 2 octobre 1808, le 
commissaire de police de Corfou fut obligé d'avertir qu'il était 
absolument défendu de maltraiter les Juifs par actes ou en paroles. 
Sous la domination anglaise, les Juifs perdirent de nouveau leurs 
droits politiques et il leur fut défendu d'exercer comme avocats 
devant les tribunaux. Mais après l'union des sept îles avec la 
Grèce, il n'y eut plus dans la loi aucune différence entre les adhé- 
rents des divers cultes, et les Juifs sont depuis ce temps sous le 
régime du droit commun. Puissent-ils jouir à jamais de cette 
liberté précieuse pour le bien de ia ville de Corfou et partager, 
en complète sympathie avec nous, les aspirations et les devoirs 
de la Grèce entière 1 

J. A. Romanos. 

1 Catalogo dei manoscritti posseduti del marchcsc Gino Capponi ; Florence, impr. 
de la Galileiana, 1845, p. 7 ; Avvenimento acceduto in Corfù la notte délit 17 aprile 
1776 aperfezionato con fatti publici la meta delli 18 ; manuscrit CXL1. (Incomplet; 
une copie complète est conservée par notre ami E. Vioti.) 

a Voir c I(jTop{av *EPpato7roûX«<; ryjç MapxàSaç ; Venise, 1850. 

3 Ilepi NtxoXàou ApXia>Tfl xal xwv yetpoYpàyoov ypovtxwv aùroO, par N. B. Manesi ; 
Corfou, 1874, p. 11. " • 



DE LA CONDITION DES JUIFS DE MANTOUE 

AU SEIZIÈME SIÈCLE 

D'APRÈS UN LIVRE RÉGENT 1 



On a beau se rappeler les pages savantes et ingénieuses de 
Charles Magnin, sur les rapports de l'esprit sacerdotal et du génie 
dramatique, on n'est guère tenté d'aller chercher dans l'étude des 
origines du théâtre italien un supplément à l'histoire littéraire du 
peuple auquel nous devons la Bible. M. Guttmann a récemment 
montré combien la philosophie scolastique, dans la personne de 
son plus illustre représentant, avait dû aux penseurs juifs du 
moyen âge ; mais personne n'a jamais réclamé pour les enfants 
d'Israël une aptitude particulière pour le théâtre. Cependant, 
quelques-uns des compositeurs qui ont le mieux su exprimer les 
passions dans leurs opéras, quelques-uns de ceux qu'on pourrait 
appeler les véritables tragiques de notre siècle, étaient Israélites ; 
et, sans égaler un Meyerbeer, un Halévy, on peut cultiver la lit- 
térature dramatique avec assez de zèle pour arrêter un instant les 
regards de l'historien. C'est à ce titre que les représentations 
données à Mantoue, au xvi e siècle, par une troupe juive, rem- 
plissent tout un chapitre du savant ouvrage de M. d'Ancona. Dans 
ce chapitre, l'auteur se propose surtout de faire connaître les 
conditions dans lesquelles l'art dramatique se trouvait à cette 
époque ; mais son érudition est si riche, il démêle avec un tact si 
sûr dans les manuscrits qui passent sous ses yeux les documents 
qui peuvent servir à des objets différents du sien, qu'il suggère à 
ses lecteurs des réflexions dont il ne tient qu'à eux de s'attri- 
buer le mérite. Heureusement, si l'ingratitude est facile envers 

1 Origini del teatro italiano^ par M. Alessandro d'Ancona, 2 8 édit., Turin, Loes- 
cher, 1891, 2 vol. in-8°. Voir, au 2 e volume, le chapitre Gli ebrei di Mantova e il 
teatro. Voir aussi p. 578-*84, ibid. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

les savants qui font penser, elle n'est pas obligatoire ; pour écrire 
une page, non plus de l'histoire du théâtre mantouan, mais de 
l'histoire des Juifs de Mantoue, il me suffira de distribuer autre- 
ment les faits qu'a recueillis M. d'Ancona ; c'est donc lui qu'on 
devra remercier de l'instruction qu'on pourra retirer du présent 
article. 

Certes, ce n'était pas tout à fait spontanément que les Juifs de 
Mantoue montaient sur les planches. Au xvr 5 siècle (car la pre- 
mière représentation qu'on leur voie donner est de 1525, la der- 
nière de 1605), il n'existait pas encore beaucoup de troupes régu- 
lières d'acteurs de profession ; comme on ne se contentait plus 
pourtant des comédiens improvisés qui avaient suffi au moyen 
âge, il parut sans doute commode de requérir les services d'une 
classe d'hommes qui ne pouvait rien refuser. Ainsi s'explique que 
Y Université, c'est-à-dire la communauté, israélite se chargeât, sur 
la demande de la cour, de réunir et de former des acteurs ; et il 
lui fallut quelquefois employer l'autorité du gouvernement pour 
contraindre certains sujets à se reconnaître une vocation dont, 
semblables à Sganarelle, ils ne voulaient pas convenir ; elle ne 
réduisait pas, d'ailleurs, les pauvres gens à qui elle avait bon 
gré mal gré révélé leurs aptitudes à se contenter du vain bruit 
des applaudissements, elle les dédommageait de leurs peines : « Il 
sera nécessaire, dit-elle, dans une requête où elle se déclare toute 
prête à jouer la comédie ou pastorale qu'on lui désignera, que 
Son Altesse prépose à cet office un seigneur, un gentilhomme 
d'autorité qui s'occupe diligemment de l'affaire et auquel on puisse 
s'adresser en toute occurrence, surtout pour faire accepter les 
rôles à quelques récalcitrants ; car, lorsqu'on devra se servir 
d'hommes qui vivent uniquement de leur travail, la communauté 
ne manquera pas de leur payer, comme elle l'a toujours fait, le 
temps qu'ils auront perdu. » Le 10 mars 1592, elle vota que les 
commissaires, chargés des représentations, seraient autorisés à 
dépenser vingt-cinq écus pour chacune de ces fêtes, et l'on ne 
voit nulle part que les ducs de Mantoue aient songé à l'in- 
demniser. 

Toutefois, il ne faudrait pas comparer ces représentations avec 
les divertissements qui furent trop souvent inventés pour offrir 
les Juifs en proie aux quolibets de la populace. A Mantoue, la 
maison régnante les traitait alors avec une tolérance qu'ils 
avaient immédiatement justifiée et, pour ainsi dire, récompensée 
par les talents les plus divers. Ils lui fournissaient, non pas seu- 
lement d'étonnants prestidigitateurs, mais des médecins, des in- 
génieurs, des musiciens distingués. Cette tolérance (avouons-le 



CONDITION DES JUIFS DE MANTOUE AU XVI- SIÈCLE 77 

sans embarras, puisque, à cet égard, nulle nation n'a mieux réparé 
ses torts que la France) scandalisait un voyageur français : le 
seigneur de Villamont, dans une relation de voyage publiée en 
1609, s'écrie : « Les Juifs de Mantoue ont une liberté trop grande 
parce qu'ils ne sont recogneus entre tous les chrestiens sinon à 
un petit de passement iaune ou orangé qu'ils portent au costé 
gauche de lor manteau. » La cour, en se servant d'eux pour son 
plaisir, n'entendait donc pas les outrager. Aussi bien, le genre 
dramatique, qui pendant le moyen âge, tout en conservant le don 
de passionner la foule, avait perdu celui de séduire les délicats et 
surtout de tenter l'ambition des hommes d'un véritable talent, re- 
commençait à disputer les poètes en vogue au genre narratif : 
l'Arioste, Bernardo Tasso, père de Torquato, composaient des 
pièces et ne dédaignaient pas de diriger des troupes dramatiques, 
même quand elles jouaient d'autres œuvres que les leurs. Les 
Juifs de Mantoue remplissaient donc une fonction très honorée en 
paraissant sur la scène. Ils formaient une des deux troupes qu'on 
aurait pu appeler les comédiens ordinaires de la cour. Un agent 
des Gonzagues propose, en 1587, de faire jouer deux comédies, 
L'une par les chrétiens, Vautre par les Israélites, sans marquer 
aucune différence injurieuse pour ceux-ci; et aucun des do- 
cuments assez nombreux qui se rapportent à la question, ne té- 
moigne que ces acteurs, plus ou moins volontaires, aient eu à 
se repentir de leur complaisance. Au cours d^ne représentation, 
des chrétiens, et même d'une condition relevée, se montraient à 
côté d'eux : en 1582, après une pièce qu'ils avaient jouée, les 
pages de la cour exécutèrent une danse sur le théâtre. 

Au surplus, c'est seulement leur volonté et non pas leur cons- 
cience que la communauté violentait parfois ; car leurs principes 
leur interdisaient si peu de jouer la comédie, qu'à Venise ils don- 
naient des représentations, non plus par ordre, mais avec la permis- 
sion de l'autorité, qui là, au contraire, défendait aux chrétiens d'y 
assister. Aussi, n'allait-on pas chercher des renégats pour figurer 
sur la scène : ces acteurs étaient des sectateurs scrupuleux de leur 
religion : « Ils demandent instamment, lit-on à propos d'une pièce 
jouée à Mantoue en 1581, à donner le spectacle de bonne heure 
pour l'avoir terminé avant l'instant où commence le sabbat ; 
autrement ils ne pourraient achever la représentation, vu qu'ils 
ne pourraient se livrer à une occupation semblable après vingt- 
trois heures et demie *. » Dans la requête citée plus haut, immé- 
diatement après la phrase sur les enrôlements forcés, la coramu- 

1 On connaît cette ancienne façon italienne de compter les heures. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nauté ajoutait : « Le point qui importe et que les susdits sont 
obligés de mettre sous les yeux de Son Altesse Sérénissime, est 
que le jour du 22 septembre auquel ils sont commis pour se tenir 
à ses ordres en vue de la représentation (nel quale vengono 
commessi ad essere alV or dîne per recitare quella Favola) 
est une des plus solennelles et principales fêtes qu'ils aient entre 
eux, et non seulement le 22, mais aussi le 23; et le 24 est jour 
de sabbat ; de sorte qu'il sera nécessaire ou d'anticiper d'un jour 
ou d'attendre le dimanche suivant, si l'on ne veut pas priver la 
pièce de beaucoup d'agréments, tels que feux, musique et autres 
amusements que la loi hébraïque ne permet pas durant ces jours 
de fêtes. » 

En revanche, les Juifs de Mantoue fournissaient au théâtre un 
auteur aussi bien que des comédiens. Quelques particularités 
qu'on possède sur ce poète, nommé Leone De Somma, ou plutôt 
De Sommi, achèveront de faire connaître le mélange de préjugés 
et de tolérance qui caractérisait les relations des Mantouans à 
cette époque avec les hommes de sa religion. M. d'Ancona n'a 
point trouvé la preuve qu'on ait accordé à ses longs services 
la double grâce qu'il demandait, « dispense de porter l'insigne 
imposé aux Juifs, permission d'acquérir des biens immeubles; » 
les personnes les moins malveillantes pour les Juifs étaient alors 
tellement incapables d'admettre qu'ils fussent confondus avec les 
chrétiens que dans des lettres polies, flatteuses même, adressées 
à De Sommi et à quelques-uns de ses pareils, le mot hebreo 
figure invariablement dans la suscription. Ainsi le poète Man- 
fredi, en résidence à Nancy, lui écrit de là pour confier la repré- 
sentation d'une pièce à ses bons soins; après quelques mots d'ins- 
truction, il termine en ces termes : « Je m'en tiens là, sachant 
que vous êtes maître dans l'art de faire interpréter un ouvrage 
dramatique, et je me recommande à vous. » Mais la lettre porte : 
à Messire Leone de Somma, hébreu à Mantoue l . Il est néanmoins 
très vraisemblable que la première tout au moins des deux fa- 
veurs que sollicitait De Sommi lui fut accordée : d'abord, en effet, 
on l'accordait au musicien Salomon Rossi 2 , et un certain Si- 



1 On dira que c'est une manière d'indiquer l'adresse et que c'est comme s'il écri- 
vait : A Messire L. De Somma, au Ghetto de Mantoue. Mais ce Ghetto (on le voit 
p. 410, note 1 du 2 e vol. de M. dAncona) avait des rues comme les autres quar- 
tiers de la ville, et Manfredi aurait fort bien pu s'exprimer autrement. A propos 
de cette note de M. d'Ancona, signalons une légère contradiction : M. d'Ancona 
croit trouver dans un nécrologe la confirmation de la date de 1590 qu'il assigne à la 
mort de De Sommi ; mais la lettre de Manfredi à cet auteur (p. 424, ibid.) est du 
18 novembre 1591. 

* M. d'Ancona, qui a lu tous les livres italiens relatifs à son sujet, ne connaît pas 



CONDITION DES JUIFS DE MANTOUE AU XVI* SIÈCLE 70 

mone Basilea obtiendra bientôt, outre la dispense de l'insigne, 
celle de la demeure au Ghetto, pour son talent déjouer à lui tout 
seul une comédie à plusieurs personnages ; puis, De Sommi avait 
parmi les Gonzagues des protecteurs très affectionnés, dont un 
appuyait ainsi sa requête : « L. De Sommi, hébreu, me parait 
avoir tant de mérite et a rendu, par sa plume, tant de services à 
l'Académie de Mantoue que, en ma qualité de protecteur de ce 
corps, et sur des informations indiscutables, je suis obligé de sup- 
plier Votre Altesse de lui accorder la grâce de ne plus porter le 
signe habituel, afin que, comme cet emblème le distingue présen- 
tement des chrétiens, de même la dispense de cet emblème le 
sépare du gros des Hébreux ; et Votre Altesse me fera là une sen- 
sible faveur. » Il est vrai que cette Académie des Invghili, à la 
prière de laquelle De Sommi écrivait pour le théâtre, n'avait pas 
voulu le recevoir comme membre titulaire, parce que ses membres 
étaient de droit chevaliers et que l'étroit rapport qui existait entre 
tout ordre de chevalerie et le christianisme empêchait qu'un Is- 
raélite n'en lût investi ; mais on avait tourné la difficulté comme 
on le fit plus tard en France, si Ton nous pardonne une compa- 
raison ambitieuse, pour Necker, à qui sa religion semblait inter- 
dire l'accès du ministère : on l'admit avec une qualification 
inventée pour lui, celle de scriitore. 

Il est difficile d'apprécier le talent de ce poète, puisque ses 
œuvres dorment toutes parmi les manuscrits de la Bibliothèque 
nationale de Turin. Des seize volumes inédits qu'elles composent, 
onze comprennent des pièces de théâtre, quatre des poésies di- 
verses, un des dialogues sur YArte rappresentativa ; cette 
dernière partie est, d'après M. d'Ancona, la plus intéressante. De 
Sommi n'avait sans doute ni assez de vigueur d'esprit, ni assez 
d'indépendance pour que la croyance qu'il professait marquât ses 
pièces de quelque originalité. Il se serait gardé, notamment, d'a- 
border les sujets bibliques, auxquels la Réforme donnait alors dans 
d'autres pays un regain de nouveauté ; tout ce qu'il se permet 
dans cet ordre d'idées, c'est de vanter la philosophique et très 
élégante tragédie de Job à cinq interlocuteurs humains seule- 
ment, qui, bien qu'elle n'ait pas été composée en vue de la scène 
où d'ailleurs on Va plusieurs fois portée, a été écrite en forme 
de dialogue. Toutes ses pièces roulent sur des sujets profanes; 
en voici les titres : Drusilla, Gli Sconosciuti, les Intermedj de 

moins bien les travaux des érudits français ; il sait que M. Naumbourg a publié en 
1877, à Paris, les cantiques de Salomon Rossi; et les lecteurs de la Revue des Eludes 
juives verront qu'il cite les recberches de M. Ulysse Robert sur les insignes que les 
Israélites étaient contraints de porter. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Psiche, I Doni, VHirifile, il Gianizzero, VAdelfo, Gli Onesti 
Amori, La Diletta, IL Tarnburo, La Fortunata. Je soupçonne 
seulement que, dans la comédie d'intrigue, il ne devait pas se pi- 
quer de plus de rigorisme que ses contemporains chrétiens, puis- 
qu'il admet, dans ses dialogues, qu'on y introduise qualche parte 
licenziosetta , pourvu qu'elle soit en rapport avec le sujet : en 
vérité, voilà un joli diminutif; mais la restriction ne rassure 
qu'imparfaitement, et notre inquiétude redouble, quand nous l'en- 
tendons déclarer charmante de tout point une fête offerte après 
une représentation, par un grand seigneur, et qui s'était termi- 
née par le divertissement que voici : « Ce qui amusa plus que 
tout le reste, c'est que des objets licencieux, luxurieux, ou vils 
furent distribués par deux plaisants, pour ne pas dire deux bouf- 
fons, l'un jeune, l'autre vieux, qu'on avait invités exprès, et qui 
assaisonnèrent leurs présents de mille propos joyeux. » Confes- 
sons, au surplus, qu'une société qui se plaisait à de pareilles indé- 
cences prenait au moins sur elle la moitié de la faute que com- 
mettait un auteur en la servant selon son goût. 

Heureusement pour De Sommi, des conjectures non moins lé- 
gitimes nous apprendront autre chose sur lui. On peut soutenir 
sans se hasarder que, probablement médiocre comme psychologue 
et comme poète, il possédait à un degré remarquable cette entente 
des exigences de la scène, que Molière apprit plus tard des ac- 
teurs italiens de son temps. Il paraît avoir été, avec les nuances 
diverses que nous attachons à ces mots, un homme de théâtre, un 
metteur en scène, un habile directeur de troupe. C'est l'opinion 
qu'on semblait avoir de lui. Manfredi, dans une lettre précitée, 
dit à propos de la pièce qu'il lui recommande : « J'ai bien de la 
peine à croire qu'on ne vous assigne pas, si on la joue, l'office 
de chorège. » Cet office, il l'a, en effet, souvent rempli à la cour, 
au point qu'en son absence on se sentait embarrassé pour régler 
les représentations. Un dernier extrait de la requête présentée 
par la communauté juive de Mantoue le 'prouve . « Nous souhai- 
tons, dit-elle, que Son Altesse désigne la pièce qui lui plaira da- 
vantage, premièrement, parce qu'on ne répondrait pas de choisir 
à son goût, ensuite parce que Messire L. De Sommi n'est pas ici, 
et il s'y entend mieux qu'aucun autre ; on en pourra traiter avec 
lui, mais sans lui on n'en saurait bien discourir. » De Sommi se 
rendait justice ; et c'est peut-être moins dans une pensée de lucre 
que pour développer son véritable talent, qu'il avait sollicité le 
privilège d'ouvrir un théâtre pour les comédiens qui viendraient 
jouer à Mantoue. 

D'après les apparences, le duc n'accueillit pas cette demande. 



CONDITION DES JUIFS DE MANTOUE AU XVI' SIKCLE 81 

« C'est bien fait » diront nos directeurs de théâtres, s'ils viennent 
à savoir que l'imprudent avait de lui-même proposé de payer ce 
fameux droit des pauvres dont ils se plaignent si souvent ; car il 
offrait « de donner, tous les ans, deux sacs de blé aux indigents 
de la Miséricorde, pour se montrer aussi reconnaissant qu'il le 
pourrait, ou bien le prix de deux sacs à la personne que le duc 
indiquerait. «Mais si, au sens populaire, il gâtait le métier, en un 
sens plus noble il l'eût perfectionné. Ses dialogues sur le théâtre 
donnent à croire qu'une scène entièrement administrée par lui 
aurait laissé des souvenirs. Deux de ces dialogues sur quatre, le 
troisième et le quatrième, regardent l'interprétation des pièces. 
Les deux premiers, qui roulent sur la composition dramatique, 
sont faibles, parfois puérils, comme quand De Sommi disserte sur 
la prétendue règle de ne pas faire paraître un personnage plus de 
cinq fois. Au contraire, les deux derniers, qui traitent des comé- 
diens et de l'appareil scénique, marquent de l'expérience et, en 
plus d'un endroit, de l'invention et de la finesse. Par exemple, 
tout le monde dira qu'il faut qu'un acteur débite intelligemment 
son rôle ; mais De Sommi insiste sur la nécessité, trop souvent 
méconnue par les acteurs les plus intelligents, de bien articuler 
et de parler assez haut pour être entendu des spectateurs les plus 
éloignés. Il n'hésite pas à réprouver tout ce qui peut nuire à la 
netteté de la diction, comme les masques, alors si usités, et les 
barbes postiches. On lui objectera, sur ce dernier point, qu'il 
peut être obligé de faire jouer un rôle de vieillard par un homme 
sans barbe, et qu'un vieillard est, par définition, suivant les idées 
du temps, un barbon ; il lève prestement la difficulté : « Je pein- 
drais le menton de mon acteur de façon qu'il parût rasé ; je met- 
trais une perruque blanche sous son bonnet, et, en quelques coups 
de pinceau, je lui donnerais l'air non seulement âgé, mais au be- 
soin, ridé et décrépit. » Inutile d'être du métier pour dire que les 
gestes des acteurs doivent s'accorder avec leurs paroles ; mais il 
veut, de plus, que dans les moments mêmes où ils ne parlent pas, 
ils inventent des gestes propres à dépeindre le caractère ou la 
passion qu'on les charge d'exprimer. Tel des exemples qu'il donne 
peut choquer notre délicatesse, mais son conseil est fort judicieux, 
et il entrevoit que c'est surtout dans cette partie de la mimique 
que le comédien achève l'œuvre du poète : « Si l'acteur fait un 
personnage de valet, il doit savoir dans les moments de soudaine 
allégresse sauter avec grâce et à propos, dans les moments de 
douleur déchirer à belles dents son mouchoir, dans les moments 
de désespoir jeter son chapeau. C'est ce qui donne de la vie à 
la diction. S'il joue un rôle de niais, outre qu'il répondra de tra- 

T. XXIII, N° 45. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vers, et ceci regarde le poète, il faut qu'à certains moments il 
sache de plus exprimer la sottise, prendre des mouches, chercher 

des puces » Ce n'est un mystère pour personne que de beaux 

costumes ajoutent à l'éclat d'une représentation ; mais De Sommi 
a, de plus, remarqué que le costume peut aider à l'intelligence 
de la pièce, en faisant distinguer, du premier coup, les person- 
nages les uns des autres, alors que la ressemblance de leurs rôles 
les ferait confondre, comme c'est le cas pour les valets, pour les 
rivaux d'amour. 

Nous savons tous qu'un comédien doit posséder l'art de se 
grimer pour paraître ce que l'auteur veut qu'il soit dans la 
pièce : De Sommi, qui empruntait ses acteurs aux boutiques du 
Ghetto, estime, en outre, que l'art de se grimer empêche tout 
d'abord le comédien d'être reconnu pour ce qu'il est dans la vie 
réelle; la première illusion qu'il doit produire, c'est de modifier 
ses traits sans les enlaidir. Cette attention avec laquelle De 
Sommi observe les besoins particuliers de son temps comme les 
lois permanentes de l'acoustique et de l'optique théâtrales l'a- 
mène à conseiller de transporter de préférence l'action dans des 
pays éloignés, parce que l'on y gagnera, d'une part, de frapper les 
yeux par la singularité des habillements, et, d'autre part, de faire 
accepter plus aisément au public les invraisemblances dont il 
avoue, avec une ingénuité piquante, que l'on remplit les co- 
médies. 

Notons ces dernières remarques : De Sommi, qui raisonne fai- 
blement sur l'art dramatique, quand il en parle en théoricien, 
rencontre quelques vues ingénieuses quand il en parle en direc- 
teur de théâtre. A la vérité, les avis qu'il donne aux auteurs sur 
les moyens de soutenir ou de redoubler l'attention ne conviennent 
guère qu'à des écrivains qui travaillaient pour un auditoire très 
naïf, quoique très lettré. On trouverait aujourd'hui que c'est un 
moyen bien vulgaire que de faire arriver sur la scène, par des 
côtés différents, huit à dix ouvriers qui jouent de divers instru- 
ments, cachés dans les outils de leur profession respective. Mais 
ces moyens, propres après tout à nous faire connaître l'humeur 
enfantine que les contemporains du Tasse portaient dans leurs 
plaisirs, partent d'un sens fort juste des nécessités du théâtre. Il 
vaudrait mieux, dira-t-on, conseiller aux auteurs de saisir les ima- 
ginations par une profonde analyse du cœur humain. D'accord, 
mais ce conseil n'est pas très facile à suivre. C'est déjà beaucoup 
de savoir, comme De Sommi, tirer parti des goûts particuliers de 
sa génération, de son public, de proposer comme personnages de 
prologue Virgile, le Mincio, ou Manto la Thébaine, trois noms 



CONDITION DES JUIFS DE MANïOUE AU XVI e SIÈCLE £3 

populaires chez les Mantouans et chers à un auditoire épris de 
l'antiquité. C'est beaucoup de savoir profiter, comme celui des 
interlocuteurs qui représente De Sommi, de l'appareil scénique 
alors en usage, pour produire des émotions tragiques : « Parmi 
les pièces dont j'ai dirigé la représentation, dit Veridico, il y avait 
une tragédie durant laquelle la scène était brillamment éclairée 
comme de coutume ; je laissai ces lumières tant que la tra- 
gédie ne déroula que des événements heureux; mais, au moment 
où le malheur commença à frapper les héros par la mort inopinée 
d'une reine, et où le chœur demanda avec un étonnement dou- 
loureux comment le soleil pouvait voir de semblables infortunes, 
je fis en sorte, comme je l'avais préparé, que toutes les lumières 
qui n'étaient pas nécessaires se voilassent et s'éteignissent : une 
profonde horreur s'empara de l'assistance et l'effet fut extraor- 
dinaire au jugement universel 1 . » Nous avons reconnu que ses 
plans d'intermèdes en musique ne sont pas toujours du meilleur 
goût; mais parfois ils se rencontrent avec ceux de Molière, dont 
telle entrée rappelle les portefaix qu'il propose de mettre aux 
prises dans un assaut d'invectives et de horions. Enfin, la raison 
pour laquelle il préfère, dans les intermèdes de comédie les bouf- 
fonneries à la mythologie témoigne d'un tact judicieux : « Les in- 
termèdes à grand spectacle, quand on les introduit dans une 
comédie, en dégoûtent, précisément parce que les merveilles de 
la mythologie frappent plus vivement l'esprit : quand on vient 
de voir Cadmus semer les dents du serpent qu'il a tué et des 
hommes armés sortir de terre, Persée descendre sur une ma- 
chine, à travers les airs, pour délivrer Andromède, on trouve 
presque insipides les ruses qui sauvent un valet d'un mauvais pas 
ou procurent à un amant un tête à tête avec sa belle. C'est pour- 
quoi je répète que, quand une comédie sera coupée par ces inter- 
mèdes extraordinaires, ceux-ci frapperont bien davantage, et la 
pièce perdra beaucoup de son prix ». 

Ce don d'apercevoir tout ce qui soutient ou détourne l'attention 
du spectateur n'est certes pas le plus relevé parmi les mérites 
dont se compose le génie dramatique, mais c'est peut-être celui 
dont un auteur se passe le moins impunément. Aussi les connais- 
seurs l'ont-ils toujours justement estimé. Or, si à toutes les 
époques peu d'hommes l'ont possédé, il fallait alors avoir un es- 
prit tout particulièrement délié pour cultiver en soi ce don, 

1 Notons qu'il aperçoit fort bien Pavantage permanent de l'usage dont il a une 
fois tiré un effet pathétique : il faut, d'après lui, éclairer beaucoup la scène, peu la 
salle. — Je supprime, pour abréger, d'autres réllexious utiles sur l'emploi des lu- 
mières au théâtre. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

puisque la science de la critique était moins développée, et sur- 
tout puisque la rareté des représentations mettait un si long in- 
tervalle entre les expériences instructives. 

Leone De Sommi n'était donc pas un personnage vulgaire, et 
il avait raison de dire, en demandant à jouir plus pleinement d'une 
toLérance qu'on allait, par malheur, mesurer plus parcimonieu- 
sement encore à la génération suivante * : 

Perché dunque appo vol d'indegne note 
Son io macchiato, per aver diversi 
Rlti dai vostri e leggi più rimote ? 

Charles Dejob. 



1 Sur les systèmes opposés suivis à Mantoue, à l'égard des Juifs, voir les études 
suivantes citées par M. d'Ancona : Isabella d'Esté e gli Israeliti a Mantova, dans 
la Rivista storica mantovana , I, 183 ; Luigi Garnevali, Gli Israeliti a Mantova, Man- 
toue, Segna, 1878, et H Ghetto di Mantova con appendice sui medici ebrei y Mantoue, 
Mondovi, 1884. — Qu'il nous soit permis de rappeler que nous avons ici même (nu- 
méro de juillet-septembre 1884) étudié la condition des Juifs à Rome, à la lin du 
xvi" siècle. 



LES JUIFS DE PARIS 

A LA FIN DE L'ANCIEN RÉGIME 



Les Juifs n'eurent à Paris, avant la Révolution, qu'une situation 
de fait 1 . Louis XV accorda bien à un certain nombre d'entre eux 
des lettres de naturalité - : mais c'étaient là des faveurs purement 
individuelles, tantôt achetées, tantôt méritées par quelque service 
rendu à l'État ou au public, et la plupart du temps l'un et l'autre. 
Pour la masse, pas de droit commun. Sans doute le Juif du rite 
portugais (dit de Bordeaux), celui de Metz, celui du Comtat 
d'Avignon, pouvaient à Paris, comme ailleurs, se réclamer de 
leurs communautés respectives, mais leurs privilèges n'étant pas 
personnels, étant, tout au contraire, de nature locale et par là 
inséparables de la résidence, je ne sais pas jusqu'à quel point on 
peut parler, en droit public ancien, de la communauté juive de 
Paris : on ne voit jamais apparaître un tel titre, et pour cause, 
dans les actes officiels du xvui e siècle. Le Juif est dans la capitale 
du royaume considéré comme un étranger plus ou moins suspect. 
Exclu en principe, on le tolère au moyen de cette fiction, qu'il ne 
fait que passer, qu'il s'en ira un jour ou l'autre, comme s'en vont 
forains, bohémiens, vagabonds. Le permis de séjour qui lui est 
accordé se nomme passeport ; il n'est libellé que pour un temps 
déterminé. Il est, à vrai dire, indéfiniment renouvelable, mais il 
faut que le requérant n'ait doriné lieu à aucune plainte. Cette 
condition, aussi rigoureuse dans la pratique que vague dans les 
termes, n'a peut-être pas été sans influence (soit dit en passant) 

1 Sur l'état des Israélites de Paris au xvin e siècle, leurs agents ou protecteurs 
J.-R. Pereire et Liefman Calmer, leur nombre probable, leurs premières synagogues, 
leurs premiers cimetières, voir le chap. III de la Biographie d'Albert Cohn, par 
M. Isidore Lœb (Paris, 1878, in-12). 

* Valabrègue, Sara Allegri, Liefmann Calmer, Israël Salom, Jacob-Rodrigues 
Pereire. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sur l'esprit de confraternité, de prudente réserve, de moralité 
scrupuleuse que nul ne contesta aux Juifs de Paris, à l'aurore de 
la Révolution : si le bien, d'une façon absolue, ne peut sortir du 
mal, tel mal produit parfois tel bien. Toutefois il est trop clair que 
l'objet des exigences administratives de l'ancien régime n'était pas 
le perfectionnement moral de la nation juive à Paris : il s'agissait, 
sans la persécuter ouvertement comme au moyen âge, d'en em- 
pêcher la multiplication et l'agglomération, et d'être fixé ou à peu 
près sur le nombre et l'origine des résidents : simple affaire de 
police, comme on voit *. 

La police d'inspection ou de sûreté (car il ne s'agit pas ici de 
police judiciaire) était organisée par quartiers. Avant redit de 
mars n40, on comptait quarante inspecteurs de police ; ils furent 
réduits à vingt, un par quartier, en vertu de cet édit. Il semble 
donc d'après cela que les Juifs devaient faire leurs déclarations, 
adresser leurs requêtes à fin de passeport ou de renouvellement 
de passeport à l'inspecteur de leur quartier. Il n'en était pas ainsi. 
Sur les vingt inspecteurs, les quatre plus anciens étaient chargés 
d'un service général. Ils « prenaient connaissance chez les com- 
missaires des déclarations de vols, recherchaient les personnes y 
dénoncées ou soupçonnées, arrêtaient les évadés ou libérés de 
galères, les infractaires des bannissements du Ghâtelet ou du Par- 
lement. » Enfin, « l'inspection des escrocs et des juifs faisait un 
département séparé. » Cette inspection rapportait au titulaire 
douze à quinze mille livres. Tout le détail des affaires était 
d'ailleurs livré à des commis ou à des subalternes. « On avait beau 
présenter au Magistrat 2 des mémoires contre quelques faiseurs 
d'affaires ou courtiers de mauvais billets. Les privilégiés de l'ins- 
pection et du commis n'avaient jamais tort, et l'on répondait 
toujours en leur faveur 3 . » C'est Y Encyclopédie méthodique qui 
nous renseigne ainsi, en 1791, au mot Inspecteur : quelques pages 
plus loin 4 , au mot Juifs, elle applaudit au discours de Godard en 

* Même au xvni e siècle, il ne faut pas méconnaître cependant l'intérêt doctrinal 
que le christianisme avait à la perpétuité et à la pureté de la race et de la foi juives. 
Pour le prédicateur populaire, le Juif était un argument visible, en chair et en os. 
• Voilà, dit Biaise Pascal, le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser, et 
le plus exact et le plus zélé qui se puisse dire pour sa loi et ses prophètes... C'est visi- 
blement un peuple fait exprès pour servir de témoin au Messie. Il porte les livres, et 
les aime, et ne les entend point. » Supprimer, éloigner, convertir ce témoin, c'eût été 
affaiblir les preuves du christianisme; l'humilier, le mépriser, le détester et le vexer, 
à la bonne heure! 

* C'est-à-dire, dans le style du Chûtelet, au lieutenant-général de police, prototype 
du préfet de police moderne, avec des attributions judiciaires en plus. 

3 Encyclopédie méthodique, Jurisprudence, t. X, p. 324 sq. 
« P. 364. 



LES JUIFS DE PARIS A LA FIN DE L'ANCIEN REGIME 87 

faveur des Juifs de Paris, à la réponse de l'abbé Mulot, président 
de l'assemblée générale de la Commune ; elle loue les ouvrages 
couronnés par la Société royale des arts et des sciences de Metz 
sur la question : « Est-il possible de rendre les Juifs plus heu- 
reux et plus utiles en France ? » Elle fait valoir le mérite de leurs 
auteurs, l'abbé Grégoire, Thierry, et le Juif Zalkind-Hourwicz, 
interprète des langues orientales à la bibliothèque du roi. 

Le ton si différent de ces deux passages n'a sans doute rien en 
soi de bien extraordinaire, et les Encyclopédies, si méthodiques 
qu'elles soient, rappellent toujours plus ou moins l'habit d'Ar- 
lequin. Mais le mouvement général de l'opinion parisienne en 
faveur des Juifs, si accentué en 1790-91, ne nous permet pas 
de nous contenter d'une telle explication. Il est manifeste que 
dans le premier article [Inspecteur) le mot juifs est pris dans 
l'acception populaire d'usurier, prêteur à gage ; dans le second, 
(Juifs), il s'agit de la nation et de la religion hébraïques, l'une 
et l'autre honorablement et convenablement traitées. 

D'où venait cette regrettable confusion, disons mieux, cette 
redoutable équivoque dont l'ignorance et la mauvaise foi n'ont pas 
perdu l'habitude? Des lois du temps. Si les Juifs restaient en 
majorité confinés dans les métiers interlopes dont l'opinion leur 
faisait un crime, c'est qu'ils ne pouvaient travailler au grand jour 
comme les autres sujets du roi. Le commerce en boutique, l'exer- 
cice des arts et professions mécaniques ne leur étaient pas permis. 
Aussi n'étaient-ils guère attirés à Paris, et n'y étaient-ils pas 
nombreux 1 . Ils profitaient des moindres issues pour s'échapper 
de cette espèce de ghetto légal. Ils n'auraient pas mieux demandé, 
tout en restant attachés à leur foi et à leur culte, que de chercher 
fortune dans des directions variées, suivant leurs aptitudes et 
suivant les occasions. Mais l'organisation industrielle de Paris, 
tant qu'elle resta corporative, était bien faite pour décourager 
tous leurs efforts. 

Dans les années mêmes où les économistes et les philosophes 
répétaient : « Laissez faire, laissez passer, laissez à chacun la 
liberté de choisir et d'exécuter son travail », les corps de métier, 
qui se sentaient menacés, redoublaient d'exigences et de sévérité, 
et tâchaient par tous les moyens, principalement par les frais de 
réception et la longueur de l'apprentissage, de renforcer leurs 
monopoles et de restreindre la concurrence. En pleine paix, 
en 1765, les travailleurs ainsi repoussés passent en grand nombre 



1 D'après le chiffre des décès, 12 à 15 personnes par an. M. Loeb évalue à 700 ou 
800 personnes la population israélite de Paris vers 1780. (Ouvrage cité', p. 27 et note.) 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la frontière ou les mers. Le gouvernement s'en inquiète. Il les 
prévient paternellement, dans le préambule de l'ordonnance du 
19 novembre 1765, de ne point se laisser séduire « par le faux 
appas d'une fortune plus assurée. » Mais il leur rappelle aussi la 
rigueur des ordonnances « qui défendent aux sujets de Sa Majesté 
de sortir du royaume sans sa permission ». Les passeports devront 
à l'avenir limiter la durée de l'absence et en déduire les motifs. 
Ceux qui partiront sans passeports ou qui prolongeront leur 
absence au-delà du temps fixé, seront à jamais déchus de tout 
droit à la maîtrise et irrévocablement privés, eux et leurs femmes, 
de tous les privilèges des régnicoles *. 

Ces avertissements et ces menaces ne suffirent pas, et les bons 
ouvriers continuèrent à émigrer. C'est pour les retenir que, deux 
ans après, l'éclit de mars 1767, registre le 19 juin 2 , créa dans 
chacun des corps et métiers de Paris douze brevets ou lettres de 
privilèges, dont l'acquisition dispenserait de tous « frais de récep- 
tion, formalités de chefs-d'œuvre, apprentissage, et compagnon- 
nage. » Le fisc n'y perdait rien. Les bénéficiaires étaient astreints, 
par l'arrêt du conseil du 23 juin 1767, à payer la finance fixée 
par les rôles arrêtés au conseil. L'article 3 du même arrêt admet- 
tait les étrangers. 

C'est en vertu de cet article 3 que cinq Juifs du rite portugais 
en résidence à Paris, Israël Salom, Joseph et Salomon Petit 3 , 
Moïse Dalpujet et Moïse Perpignan, acquirent pour 1,400 livres 
chacun, des brevets leur permettant d'exercer à Paris le com- 
merce de mercerie 4 . Les merciers protestèrent. Les Six-Corps, 
c'est-à-dire le haut négoce de Paris, prirent fait et cause pour 
les merciers et adressèrent une requête au Conseil des dépêches 
présidé par M. de Saint-Florentin 5 . Cette requête signée par 
maître Goulleau, avocat, est une protestation en forme contre 
l'article 3 de l'arrêt du Conseil du 23 juin 1767, admettant les 
étrangers à « lever des brevets nouvellement créés dans les arts 
et métiers ». Subsidiairement, elle conteste aux Juifs le titre 



1 Arch. nationales, ADXI, 11. 

2 Ibidem. 

3 Pour Patto, d'après M. Léon Kahn, Les professions manuelles et les institutions 
de patronage, Paris, 1885, in-12; pages 6 et suivantes. 

* Le 26 juillet 1767. 

5 Requête des marchands et négocians de Paris contre l'admission des Juifs, Paris, 
Alexandre Le Prieur, imprimeur du roi, 1767. Arch. nat., H. 2119. — 31 pages in-4°, 
plus 8 pages de notes historiques et théologiques, en petit texte. La cause des Juifs 
lut défendue devant Popinion dans la brochure intitulée : Lettre ou réflexions d'un 
milord à son correspondant à Paris eu sujet de la requête des marchanda des Six-Corps 
contre l'admission des Juifs aux brevets. Londres, 1767, in-8. L'auteur signe J. B. D. 
V. S. J. D. R., ce qui signifie Israël-Bernard de Valabrègue, secrétaire juré du roi. 



LES JUIFS DE PARIS A LA FIN DE L'ANCIEN REGIME 89 

d'étrangers : et comme, d'autre part, ils n'ont évidemment pas les 
droits des autres citoyens, elle ne leur laisse d'autre condition 
que celle de proscrits. L'auteur a lait grand étalage d'érudition, 
et les Six-Corps en ont eu pour leur argent. Maître Goulleau 
commence par l'édit de Dagobert, en 633. Rendons-lui grâce de 
ne pas remonter jusqu'à Titus ! Il ressasse ensuite l'expulsion 
de 1096, sous Philippe I; celle de 1182, sous Philippe- Auguste 
(mesure révoquée en 1198). Il n'oublie ni les actes du concile de 
Latran de 1215, ni les ordonnances de Louis IX et de Philippe III 
sur le costume. Viennent ensuite : l'expulsion de 1306, révoquée 
en 1315 ; seize ans après, l'empoisonnement des citernes attribué 
aux Juifs ; l'expulsion de 1346 ; l'expulsion à perpétuité par les 
lettres-patentes du 17 septembre 1394; enfin la déclaration du 
23 avril 1615, « toujours en vigueur, » et qui bannissait les Juifs 
du royaume de France. 

Notre auteur veut bien cependant admettre que les Juifs tolérés 
à Metz par Henri II, en 1552, y résident légalement * . Mais, quant 
aux Juifs du rite portugais établis à Bordeaux (et qui viennent 
faire souche à Paris), il épluche avec soin leurs titres et prétend 
les battre avec leurs propres armes, à l'aide du « petit recueil de 
pièces qu'ils ont fait imprimer à Paris chez Yalleyre en 1*753 ». 
Les lettres-patentes de 1550, qu'ils invoquent, ne parlent pas de 
Juifs, mais de nouveaux chrétiens venus de Portugal ; ces 
lettres-patentes n'ont été enregistrées qu'en 1574, et par le 
Parlement de Paris. Les lettres du 11 novembre 1574, confirma- 
tives de celles de 1550 et adressées au Parlement de Bordeaux, ne 
parlent que de marchands portugais ; elles ont été enregistrées 
à Bordeaux le 19 avril 1580. Enfin les lettres-patentes de 
Louis XIV en 1656, de Louis XV en 1723, supposent toujours 
des nouveaux chrétiens. C'est uniquement l'ordonnance du 
15 juillet 1728, qui, se référant aux lettres précédentes, énonce 
celle-ci comme ayant établi la Nation juive à Bordeaux. Mais il 
est clair que cette ordonnance a été « surprise ! » 

M e Goulleau invoque en faveur de sa thèse divers précédents 
judiciaires. En 1724 et en 1730, le Parlement de Dijon admit les 
Juifs, pour un mois, à faire le commerce dans son ressort : le 

1 Le Parlement de Metz s'occupait de leurs affaires civiles. Ex. : « Arrest de la 
Cour de Parlement, portant Règlement pour l'exécution d'un Jugement rendu par les 
Rabin, Syndics et Elus delà Communauté des Juifs de cette Ville, contre le nommé 
Moyse Mayence, ainsi que de tous autres Jugemens qui seront par eux rendus à 
l'Avenir, de Juif à Juif, en matière civile et de police. (Du 21 décembre 1782.) i Cet 
arrêt donne l'analyse de la Requête présentée par la Communauté des Juifs de Metz, 
vue l'Arrêt du Couseil du 9 juillet 1718 et les lettres-pat. du 3 sept, suivant; les 
lettres-pat. du 3 fév. 1777 (reg. le 17 mai); — les versets 10 et 11 du Deutéronome. 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

second de ces arrêts fut cassé le 20 février 1731 par le Conseil. — 
Dans le ressort même du Parlement de Paris, un arrêt du Parle- 
ment de Paris du 22 août 1*729 les chassa de la Rochelle, où ils 
avaient tenté de s'établir : c'est d'Aguesseau qui avait conclu 
dans cette circonstance. Le « prétexte de la foire » leur donne 
entrée à Nevers en 1740 : un arrêt du Conseil du 19 avril les 
expulse. 

La requête tourne à la fin en un véritable réquisitoire. « Aucun 
Juif, dit M. Goulleau, n'a été élevé dans les principes d'une auto- 
rité légitime, » c'est-à-dire dans le respect du souverain. Dans 
le royaume, ils constituent des sortes de républiques. Enfin, leur 
principal crime, aux yeux des Six-Corps, est de se soutenir 
entre eux : « Le négociant, en France, fait seul son commerce. 
Chaque maison est isolée ; ses opérations lui sont particulières ; 

chacune spécule selon ses lumières Au contraire, permettre' 

à un Juif une seule maison de commerce dans une ville, ce ne 
serait pas y établir un seul Juif : ce serait y permettre le com- 
merce à toute la nation Ce sont des particules de vif argent 

qui courent, qui s'égarent, et qui à la moindre pente, se ré- 
unissent en un bloc principal. ...» Nulle part le danger ne serait 
plus grand qu'à Paris. 

Louis XV ne donna pas de suite à la requête des Six-Corps, 
et les cinq merciers juifs demeurèrent pendant sept ans environ 
en possession tranquille de leurs brevets. Mais Louis XVI était 
à peine sur le trône que par V arrêt du propre mouvement du 
14 août 1774, il révoqua ces brevets, et en ordonna le rembour- 
sement par les gardes de la mercerie, sans aucune indemnité 
pour les frais d'établissement des intéressés 1 . Les merciers se 
débarrassaient ainsi à bon compte d'une concurrence jugée par 
eux plus humiliante encore que redoutable. La remise des brevets 
n'ayant pas été faite, les gardes de la mercerie firent saisir les 
cinq commerçants, et poursuivirent la confiscation de leurs mar- 
chandises en la chambre de police du Châtelet. Mais Turgot avait 
pris en main, avec le contrôle général, l'administration de l'in- 
dustrie. L'affaire fut évoquée au Conseil (20 mars 1775) ; et 
l'arrêt du 25 juillet 1775, rendu contradictoirement, déclara nulle 
la saisie des marchandises, et valables les brevets. 

C'est alors que les Six-Corps rentrèrent en scène, avec maître 
Goulleau, leur champion. Ils adressèrent au roi une deuxième 
requête, comme tiers opposants aux arrêts des 20 mars et 25 juil- 

1 Ces détails et ceux qui suivent résultent du préambule et du dispositif de l'Arrêt 
du Conseil du 7 février 1777, in-4° de 10 pages ; Archives nationales, ADXI, 11. 



LES JUIFS DE PARIS A LA FIN DE L'ANCIEN RÉGIME 91 

let. Ils invoquèrent comme principaux moyens la déclaration du 
23 avril 1615, registrée en Parlement le 18 mai, l'arrêt du 
14 août 1774, la sentence de saisie de la chambre de police du 
Cbàtelet, du 20 janvier 1775. 

Pendant que ce nouveau procès pendait par-devant le Conseil, 
Turgot se préparait à le trancher, comme tant d'autres que 
d'aussi bas motifs inspiraient par tout le royaume entre les corps 
de métier ou dans leur sein. En 1776, les jurandes et maîtrises 
furent supprimées ; et le 12 mars, un lit de justice forçait le 
Parlement de Paris à enregistrer cette suppression. Désormais, 
la « question juive » ne pourrait même plus être posée. 

Mais la liberté du travail ne fut pas de longue durée. Turgot 
fut renversé, et dès le mois d'août 1776, les corps et communautés 
de Paris furent rétablis sur de nouvelles bases. Il est vrai que 
21 professions furent déclarées libres, sans préjudice de celles 
qui l'avaient toujours été. Mais 44 furent réorganisées en com- 
munautés, et de plus les Six-Corps furent reconstitués avec une 
composition en partie nouvelle. Le tableau suivant permet de se 
rendre compte de cette modification, qui touche à un point de 
notre sujet: 

Anciens Six-Gorps Nouveaux Six-Corps 

(avant Turgot) (après Turgot) 

4. Drapiers. 1. Drapiers-merciers. 

2. Épiciers. 2. Épiciers. 

3. Merciers (terme vague qui com- 3. Bonnetiers-pelletiers-chapeliers 

prenait 20 classes de mar- 4. Orfèvres-batteurs d'or- tireurs 

chands). d'or. 

4. Pelletiers. 5. Fabricants d'étoffes et de gazes- 

5. Bonnetiers. tissutiers-rubaniers. 

6. Orfèvres. 6. Marchands de vin. 

Ainsi, les merciers avaient monté en grade; du troisième des 
Six-Gorps, ils étaient passés dans le premier. Ils pouvaient « tenir 
et vendre, en gros et en détail, toute sorte de marchandise, en 
concurrence avec tous les fabricants et artisans de Paris, même 
avec ceux qui appartenaient aux Six-Corps, » c'est-à-dire aux 
cinq autres corps ; mais il leur était interdit « de fabriquer ni 
mettre en œuvre aucune marchandise, même sous prétexte de les 
enjoliver. » 

Prix de la maîtrise : 1,000 livres. Mais aux anciens maîtres 
(soit drapiers, soit merciers) on ne demandait que le quart de 
cette somme, soit 250 livres, sous le nom de droit de confirmation 
et de réunion. Joseph et Salomon Petit, Salom, Perpignan, Dal- 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pujef, s'empressèrent d'offrir chacun leurs 250 livres. Mais, cette 
fois, ils n'obtinrent pas gain de cause. L'arrêt du 7 février 1777 
leur refusa le droit de faire le commerce de draperie et de mer- 
cerie : toutefois « par grâce et sans tirer à conséquence » on leur 
accorda deux ans pour liquider leurs fonds, en les laissant libres 
de se faire rembourser de suite le prix de leurs brevets à la condi- 
tion de fermer im médiatement boutique. Les Six-Corps demandaient 
une mesure encore bien plus rigoureuse et bien plus générale : 
« Faire défense à tous Juifs, de quelque sorte qu'ils soient, de 
demeurer et faire le commerce dans la ville et faubourgs de Paris, 
comme aussi ordonner à ceux qui y sont actuellement d'en 
sortir dans le délai de huit jours. » Telles étaient les conclu- 
sions de maître Goulleau, d'ailleurs absolument conformes à la 
lettre de la législation. 

Le gouvernement tint sans doute alors à s'assurer, par des 
moyens plus efficaces que l'inspection de police, du nombre des 
Juifs de Paris, représentés comme si dangereux par les corpora- 
tions. Le lieutenant-général de police Lenoir (disgracié par Tur- 
got et remis en place après la disgrâce de Turgot), rendit l'ordon- 
nance du 15 novembre 1777, par laquelle tous les Juifs étaient 
tenus de se présenter à Jacob-Rodrigues Pereire, dans la huitaine 
de leur arrivée à Paris, munis d'un certificat légalisé du syndic de 
leur communauté et de six autres notables; ils devaient de plus 
lui donner avis de leur départ dans les trois jours précédents. 

C'était, d'une part, reconnaître implicitement le droit de rési- 
dence des Juifs à Paris ; c'était, d'autre part, subordonner les fils 
de Jacob (Italiens, Avignonnais, Tudesques) aux fils de Juda 
(Espagnols et Portugais) : diviser pour régner. De fait, un an ou 
deux avant la Révolution, au moment où Malesherbes préparait 
un édit général en faveur des Juifs, les Juifs dits de Bordeaux 
insistèrent pour n'y être pas compris, en tant que privilégiés. 

Lorsque l'édit de 1787 autorisa les non-catholiques à s'adonner 
librement « au commerce et aux arts, métiers et professions mé- 
caniques », il ne fut expressément question que des protestants 
luthériens et calvinistes. La loi ne procédait plus contre les Juifs 
par prohibition ni par proscription, mais par prétention. C'était 
un progrès. Sans affubler Louis XVI du titre de protecteur des 
Juifs, qu'il n'a certes ni ambitionné ni mérité, on doit reconnaître, 
même après Turgot, le rapide progrès des idées. L'édit de « récréa- 
tion » des corps et communautés (août 1776) avait supprimé les 
confréries, et séparé par là, en principe, l'exercice d'une profes- 
sion de la pratique d'un culte. Sauf les prescriptions de police 
relatives au maigre, à l'observation du dimanche et des fêtes, à la 



LUS JUIFS DE PARIS A LA FIN DE L'ANCIEN RÉGIME 93 

fermeture obligatoire, certains jours, des étaux de boucliers, les 
statuts nouveaux publiés, en assez petit nombre d'ailleurs, de 
1779 à 1785 *, sont également conçus dans un esprit laïque, en ce 
sens qu'ils ne réclament des candidats au travail aucune garantie 
de catholicité. Je ne veux pas dire pour cela que, dans la pratique, 
les dissidents religieux n'aient pas rencontré de difficultés auprès 
des corps de métiers. Mais enfin on ne pouvait plus leur opposer 
des textes récents et formels, la suppression des communautés par 
Turgot ayant du moins eu cet avantage, de faire table rase de tout 
un passé d'injustices, de chicanes, d'exigences extra-profes- 
sionnelles. 

La destruction, en l'an II, de la majeure partie des papiers de 
la maison du roi (qui comprenait le ministère de Paris), l'incendie 
qui a dévoré, en mai 1871, les archives de l'ancienne lieutenance 
générale de police, ne laissent pas grand espoir de découvrir la 
correspondance administrative à laquelle donna lieu l'affaire des 
Six-Gorps avec les marchands juifs. Nous n'en avons trouvé de 
trace que dans les registres du secrétariat de la maison du roi, 
recueil tantôt de brouillons, tantôt de copies des lettres adressées 
par le ministre de la maison du roi et de Paris, et dont l'authenti- 
cité ne laisse rien à désirer : malheureusement nous n'avons pas 
la contre-partie de cette correspondance. 

Le 14 février 1777, le ministre Amelot chargea Lenoir, lieute- 
nant général de police, de remettre aux jurés et gardes des Six- 
Gorps expédition de l'arrêt du conseil du 7, et de veiller stricte- 
ment à l'exécution de cet arrêt. Mais l'affaire n'en demeura pas là 
et les lettres qui suivent marquent que l'intervention de Pereire 
eut quelques résultats en fait, sinon en droit : 

Lettre du ministre de Paris à M. Lenoir*. 

Versailles, le 9 octobre 1777. 

J'ai, Monsieur, l'honneur de vous envoyer une lettre qui m'a été 
écrite par le sieur Pereire, agent des Juifs portugais; comme il paraît 
que vous avez déjà connaissance de ses représentations, je ne puis 
que m'en rapporter à ce que vous croirez devoir faire, ou me proposer 
sur ce qui en fait l'objet. 



1 Je n'en ai rencontré que onze pour Paris, et j'ai lieu de croire qu'il n'y en a pas 
eu davantage, du moins qui aient été homologués en Parlement. Ils concernent le 
corps des marchands de vin (sept. 1779), et les communautés suivantes : bouchers 
(1 er juin 1782), boulangers (avr. 1783), charcutiers (août 1783), charpentiers (sept. 
178o), couturières (fév. 1781), écrivains (janvier 1779), imprimeurs en taille-douce 
août 1782), lingères (juin 1782), tailleurs-tripiers (oct. 1784), traiteurs (nov. 1781). 
» Arch. nat., CM 488, p. 619. 



9i UEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Du même au même'. 

Fontainebleau, le 6 novembre. 

J'ai, Monsieur, rapporté au Conseil le projet de règlement proposé 
pour les Juifs espagnols et portugais qui viennent à Paris. On a 
observé, comme je l'avais prévu, que ce serait en quelque façon leur 
donner une existence légale qu'ils n'ont point dans le ressort du 
Parlement de Paris, attendu que les lettres-patentes de 1550 ont été 
révoquées par une autre loi du dernier siècle et dont je ne me rap- 
pelle pas la date précise, mais je la vérifierai à mon retour à Paris. 
On a aussi objecté que les lettres-patentes du mois de juin 1776 n'ont 
été faites que pour le Parlement de Bordeaux, et que même le dispo- 
sitif de ces dernières lettres ne leur donne que la qualité de mar- 
chands portugais, ce qui semble annoncer que ce n'est pas tout-à-fait 
comme Juifs qu'on les tolère dans le ressort de ce Parlement. D'après 
ces observations, il n'a pas paru possible de donner un caractère 
public au règlement proposé. Mais il a paru en même temps qu'il 
pouvait être convenable de faire exécuter, par voie de police et d'ad- 
ministration, les dispositions qu'il contient, et je suis chargé de vous 
en prévenir, afin que vous puissiez agir en conséquence. Je vous prie 
aussi d'en faire prévenir le sieur Pereire. 

Du même au même. 

Versailles, le 6 janvier 1779. 

J'ai, Monsieur, l'honneur de vous envoyer un mémoire du sieur 
Moyse Perpignan. Vous verrez qu'il demande la prorogation des deux 
ans pendant lesquels il lui a été permis, par arrêt du 7 février der- 
nier, de faire à Paris le commerce de mercerie. Je vous prie de prendre 
sur ses représentations les éclaircissements dont elles sont suscep- 
tibles et de m'en faire part, ainsi que de vos observations et de votre 
avis \ 

Vu même à M. Joly de Fleury, avocat- général . 

Versailles, le 13 mars 1779. 

J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, 
la requête du sieur Moyse Dalpujet, par laquelle il demande que le 
délai à lui accordé par arrêt du 7 février 1777 pour faire le commerce 
à Paris, soit prorogé pour deux ans. Cette demande a d'abord été exa- 
minée par MM. les Commissaires chargés de l'exécution de l'édit pour 
les corps et communautés. J'en ai ensuite fait le rapport au Conseil 
des dépêches du 6 février dernier; Sa Majesté n'a pas jugé à propos 

1 Ibidem, p. 695. 

* Arch. nat., l 490, p. 8. 



LES JUIFS DE PARIS A LA FIN DE L'ANCIEN REGIME 95 

d'y avoir égard. Je dois vous observer qu'il ne s'agissait pas seule- 
ment du sieur Dalpujet; le sieur Moyse Perpignan avait présenté une 
pareille requête dont j'ai également rendu compte et qui n'a pas été 
mieux accueillie. Si le Conseil se fût porté à les écouter, il est à 
présumer que les autres Juifs dénommés dans l'arrêt du 7 février 1777 
eussent formé la même demande, et il eût été difficile alors de ne 
point avoir égard à leurs représentations, ce qui aurait renouvelé les 
réclamations du Corps des marchands (sic). Je vous prie de ne point 
douter du désir que j'ai de répondre à l'intérêt que vous portez au 
sieur Dalpujet, mais il me parait difficile de reporter la demande au 
Conseil. 11 serait peut-être plus simple que M. le lieutenant-général 
de police l pût lui faciliter les moyens de se retirer de l'embarras que 
lui occasionne la cessation précipitée de son commerce en engageant 
le Corps des marchands à ne point l'inquiéter pendant un certain 
temps, et je vais écrire à ce magistrat pour avoir son avis à cet égard 

Du même à M. Joly de Fleur y. 

Versailles, le 26 mai 1776. 

M. Lenoir, Monsieur, est disposé à accorder au sieur Moyse Dal- 
pujet toutes les facilités dont il peut avoir besoin, et ce magistrat 
vient de me marquer qu'aussitôt que ce négociant se mettrait en 
devoir d'obéir à l'arrêt du 4 3 février 4779 et lui donnerait la preuve 
qu'il commence à se défaire de ses marchandises, il se chargerait 
volontiers d'engager les gardes merciers à lui accorder une proroga- 
tion de délai suffisante pour continuer et achever sa vente 2 . 

On sait qu'en 1788, à la suite du mouvement d'opinion propagé 
par Moïse Mendelssohn, Dohm, Cerfbeer de Strasbourg, l'abbé 
Grégoire, Rœderer, Mirabeau, etc., en faveur de l'émancipation 
des Juifs, une commission du Conseil d'État, présidée par Ma- 
lesherbes, fut chargée de préparer un projet d'ordonnance géné- 
rale. Furtado, Gradis, Lopès-Dubec furent consultés pour Bor- 
deaux ; Cerfbeer pour l'Alsace ; Isaac Ber Bing, pour Metz et 
Nancy ; Lazard, Trenel, pour Paris ; Fonseca, pour Bayonne. 

La réunion des États généraux hâta la solution. Le 14 octobre 
1789, le mémoire pour la communauté des Juifs de Metz, par 
Isaac Ber Bing, est présenté aux Constituants (séance du soir) ; 
le 23 décembre, les non Catholiques, c est-à-dire toujours les 
luthériens et les calvinistes, sont déclarés citoyens actifs et 
éligibles, s'ils réunissent d'ailleurs les conditions générales exi- 
gées par la loi. Et les Juifs? et les comédiens? et le bourreau? 

1 Le même jour, Amelot écrit à Lenoir dans ce sens, ajoutant que Dalpujet est 
« singulièrement recommandé par M. Joly de Flcury, qui le connaît pour un très 
honnête homme ». Arch. nat., O 1 490, p. 123. 

* Ibidem, p. 145. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Toutes ces questions furent posées presque à la fois. Les Juifs 
seuls furent ajournés! Clermont-Tonnerre, Robespierre, Gré- 
goire eurent beau invoquer la déclaration des droits de l'homme. 
L'assemblée générale de la Commune de Paris eut beau se porter 
garante de la bonne conduite, des vertus privées et du patrio- 
tisme des cinq cents Juifs de Paris », dont plus de cent s'étaient 
enrôlés dans la garde nationale. La Constituante préféra écouter 
le prince de Broglie. Celui-ci fit valoir qu'en Alsace, à tort ou à 
raison, la population persécutait les Juifs; que leur accorder de 
nouveaux droits serait, vu les circonstances, les exposer à de 
pires dangers. — Il est clair, toutefois, que l'argument ne valait 
rien pour les Juifs de Paris ; mais la Constituante n'aimait pas à 
procéder par mesures particulières. Malgré cette horreur de tout 
ce qui, de près ou de loin, rappelait le privilège, elle ne put néan- 
moins s'abstenir de faire au plus vite quelque chose de conforme 
au principe d'égalité devant la loi. Le 28 janvier 1790, elle admit 
à l'exercice des droits civiques et de toutes les professions les 
Juifs connus sous le nom de portugais, espagnols et avignonnais. 
Le 15 avril, le 2 septembre, nouveaux ajournements d'une déci- 
sion générale. 

L'administration municipale, présidée par le maire Bailly, sui- 
vait comme innocemment, à l'égard des Juifs, les errements de 
l'ancien régime. Dans son numéro du 8 janvier 1791, la Chronique 
de Paris, d'ailleurs très favorable à la cause de la tolérance, 
avait publié la note suivante, énumérant les attributions de la 
troisième des quatre divisions : 

M. Perron, administrateur, quai et vis-à-vis du pont de la Tour- 
nelle, connaîtra particulièrement des affaires concernant : les hôtels 
garnis, les auberges, logeurs, cafés, vagabonds, escrocs, dénonciation 
de vols, étrangers, Juifs, maisons de jeu, assemblées nocturnes, 
femmes publiques, empiriques, passeports. 

Le lendemain, Zalkind Hourvitz 2 , polonais, adressa à la Chro- 
nique de Paris la lettre suivante, insérée dans le n° du 12 : 

Paris, le 9 janvier 1791. 

J'ai l'honneur, Messieurs, d'être votre parent, quoique à un degré 
fort éloigné, étant, comme vous, descendant d'Adam en ligne directe. 
Malgré cette parenté, je n'ai pas comme vous le droit de citoyen : la 
raison en est que l'homme et la femme qui m'ont produit (sans me 

1 C'est leur nombre officiel, sans doute au-dessous plutôt qu'au-dessus de la vérité. 
Voyez plus haut, p. 87. 

2 Ainsi orthographié, au lieu de Hourwicz. 



LES JUIFS DE PARIS A LA FIN DE L'ANCIEN RÉGIME 97 

consulter) priaient l'Être suprême en hébreu, et demeuraient en 
Pologne, c'est-à-dire hors des barrières de Bordeaux et d'Avignon. 
N'étant pas citoyen, je me suis regardé comme étranger. Quel fut 
mon étonnement de voir, par la liste des administrateurs, insérée 
dans votre feuille d'hier, que je ne suis ni l'un ni l'autre. Car j'y lis : 
M. Perron, pour les cafés, les auberges. . les étrangers et les Juifs. 
Cela rappelle la plaisanterie de Cicéron, qui distinguait Julius de 
César. Mais le bureau de la ville, qui n'a sûrement pas voulu plai- 
santer, pourquoi nous traite-t-il comme une espèce d'amphibie? 
pourquoi tient-il, à notre égard, la conduite odieuse de l'ancienne 
police, contre les droits de l'homme, contre le vœu unanime que les 
sections de la capitale ont généreusement manifesté en notre faveur 
à la barre de l'Assemblée nationale, et contre le décret de cette au- 
guste Assemblée, qui nous a mis sous la protection de la loi générale ? 
A Dieu ne plaise que je craigne l'administration de M. Perron. Sa 
nomination par des citoyens libres me répond de son intégrité et de 
ses lumières. Mais, quelque grand que soit son mérite, si j'ai jamais 
le malheur d'être traduit à son tribunal, et qu'avant d'entendre ma 
défense il ait la curiosité de savoir si je n'ai point subi une certaine 
amputation, au lieu de lui répondre je le prierai de m'envoyer aux 
carrières. Je suis, en dépit de la police, Messieurs, votre parent et ami 

Zalkind Hourvitz, polonais. 

Le surlendemain, les Juifs de Paris intervinrent dans le même 
sens auprès des administrateurs du département qui s'empres- 
sèrent de reconnaître leur tort en adressant aux journaux à la 
fois la pétition et leur réponse favorable : 

Les Juifs de Paris prient MM. les Administrateurs de retrancher 
de l'affiche concernant les objets d'administration le mot juif, dési- 
gné dans les objets de l'administration de M. Perron, attendu qu'ils 
sont soumis, par le décret de l'Assemblée nationale, aux lois géné- 
rales de tous les citoyens français. 
A Paris, le 11 janvier 4791. 

Signé : A. Asur, Mardoché, Élie, Desilveira. 

Nous prions MM. les éditeurs des feuilles périodiques d'y insérer 
la réclamation ci-dessus, et d'y annoncer que c'est par erreur que, 
dans l'énoncé dont il s'agit de la distribution des compétences de la 
police, il ait été fait une mention particulière des Juifs, comme si ils 
pouvaient être distingués des autres citoyens, et soumis à une ins- 
pection particulière. 

A l'hôtel de la Mairie, le 41 janvier 4791. 

Signé : Maugis, Jolly, Perron, Thorillon, 
administrateurs'. 

1 Chronique de Paris, 13 janvier 1791. 

T. XX11I, n° 45. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En dépit des principes comme des insistances, c'est seulement 
à sa dernière heure, à la veille de sa séparation, que la Consti- 
tuante accomplit l'acte équitable devant lequel elle avait si long- 
temps reculé. La pleine liberté ne date pour nos Juifs que du 
27 septembre 1791. 

Sans doute, les sentiments catholiques de la plupart des Cons- 
tituants furent pour quelque chose dans cette hésitation ; et l'at- 
titude de plus en plus provocante du clergé inconstitutionnel fut 
pour quelque chose aussi dans la décision finale. Du moins, rien 
ne troubla l'exécution d'une loi si longtemps attendue, et devenue 
irrévocable : on ne peut en dire autant de l'édit de tolérance de 
Joseph II en Autriche (1781), ni du bill Pelham sous Georges II en 
Angleterre (1753) *. « Ces lenteurs qui nous affligent », et qu'un 
historien philosophe reproche encore de nos jours aux cons- 
tituants 2 , nul ne s'en souvient plus aujourd'hui sauf les érudits. 
Avec une grande raison et un vrai patriotisme, les Juifs de 
France n'ont pas attendu jusqu'à cette année 1891, pour célébrer 
le centenaire de leur émancipation ; ils ont confondu leur cente- 
naire particulier avec le Centenaire national de 1789 ; et la na- 
tion juive n'existe pas plus aujourd'hui en France, grâce à la 
Révolution, que la nation bretonne ou la nation provençale. 

H. Monin, 

Docteur ès-lettres, professeur au collège Rollin 
et à l ; Hôtel-de- Ville. 



1 V. Halévy, Hist. des Juifs modernes, p. 155-156 et 245-246. 

2 M. Champion, dans son Esprit de la Révolution française, p. 129. Paris, Rein- 
wald, 1887. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES 

ENTRÉS AU BR1TISH MUSEUM DE 1867 A 1890 



Lors d'un récent voyage à Londres, j'ai été frappé d'une bien 
singulière contradiction qui se retrouve dans nombre de collec- 
tions anglaises. D'une part, on avait accumulé à prix d'or les 
manuscrits relatifs au judaïsme ; d'un autre côté, la publication 
d'un catalogue n'existait même pas à l'état de projet. Qui, du reste, 
se serait chargé d'un pareil travail ? Hoerning a quitté le Musée 
Britannique sans esprit de retour ; Neubauer consacre toute sa 
science à faire connaître et à faire valoir les richesses de la Bod- 
léienne à Oxford, Schechter à Cambridge est absorbé par l'édi- 
tion, qu'il annonce comme prochaine, du Midrasch hag-gadol. 

Tandis que Charles Rieu prépare un supplément du magnifique 
Catalogue arabe qu'il a publié en 1871, personne ne s'occupe des 
manuscrits hébreux et judéo-arabes. C'est un fonds qu'on a accru 
avec largesse pour le laisser ensuite à l'abandon, sans gardien, 
sans conservateur, pour parler la langue des bibliothèques. Heu- 
reusement qu'il n'en a pas toujours été ainsi. La plaie est nou- 
velle, on ne la laissera ni s'étendre, ni tout envahir. Ce serait 
grand dommage, s'il fallait se contenter ; sans espérer mieux, des 
courtes notices dues aux vendeurs et aux donateurs, notices qui 
ont été insérées, ou telles quelles ou améliorées par des hommes 
compétents, dans les registres d'inventaire mis par le Musée Bri- 
tannique à la disposition des travailleurs. 

Jusqu'à la fin de 1866, on s'y servait de la rubrique Addita- 
rnenta pour désigner les nouveaux venus aussi bien parmi les 
manuscrits orientaux que parmi les manuscrits occidentaux. A 
ces derniers est maintenant réservé ce comput, qui, à la fin de 
1890, avait atteint le chiffre de 33,954 dans une liste autographiée 
que j'ai eue sous les yeux. On était arrivé jusqu'au numéro 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.33,344 dans le dernier volume imprime' sous le titre de : Cata- 
logue of additions to llie manuscripts in the British Muséum in 
the years '1882-1881. Printed by order of the trustées, 1889, xv 
(préface signée Edward J.-L. Scott) et 1,140 pages, avec index. 

Les manuscrits orientaux se séparent dès le commencement de 
1867 de cette masse où jusque-là ils étaient confondus. C'est un 
point de départ que j'ai adopté, avec le regret de ne pouvoir pas 
remonter plus haut. On trouve la première trace de cette classi- 
fication dans le quatrième appendice au Catalogue arabe rédigé 
par M. C. Rieu (p. 717 et suiv.). La salle de lecture du British 
Muséum présente trois séries, dont la dernière à peine com- 
mencée, de ces Orientalia, ou plus brièvement Or., que je vais 
passer en revue autant qu'ils se rapportent au judaïsme et à 
la littérature juive. On y remarquera tout particulièrement les 
manuscrits samaritains cédés par Ya'koub Asch-Schalabi, Or. 
1441-1450 ; les manuscrits hébreux provenant de Schapira, Or. 
1451-1490 ; ceux qui ont été apportés de San'à par lui et d'autres, 
Or. 2210-2230 ; le magnifique fonds karaïte acheté à Schapira, 
Or. 2459-2602; les manuscrits hébreux, samaritains et arabes 
vendus par Ya'koub Asch-Schalabi, Or. 2683-2691 ; sans compter 
plusieurs unités de grande valeur. 

De qui émanent les inventaires que je me suis contenté de 
reproduire, faisant office, non de rédacteur, mais de copiste, es- 
sayant le mieux que je pouvais, non pas de contrôler, mais de 
rendre publiques les informations qu'ils contiennent? On recon- 
naîtra des mains diverses, plus ou moins habiles. Il y a eu des 
touches et des retouches. Pour ma part, je n'ai été mû que par 
une ambition, c'est que pareille ébauche montre la nécessité et 
provoque la rédaction d'un catalogue raisonné. 

Les tables des ouvrages et des auteurs ont été rédigées par un 
de mes élèves les plus chers et les plus distingués, M. Moïse Bloch, 
actuellement rabbin à Versailles. 

Paris, ce 30 septembre 1891. 

Hartwig Derenbourg. 



1867. 

Or. 11. Trois morceaux d'un grand rouleau sur peau, contenant 
Genèse, i, 1 — xxxvi, 27; Lévitique, xix, 5 — Nombres, v, 8; 
et Nombres, xvn, 3 — xxix, 49; provenant d'une synagogue 
ù Caboul, en Afghanistan. Du 46 e siècle. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BRIT1SH MUSEUM 101 

Or. 39. û^oarï nco « Le livre des signes », explication rationnelle 
des miracles mentionnés dans la Bible, rangée dans Tordre des 
Parschiyyot hebdomadaires et précédée d'une introduction phi- 
losophique, parNissim ben Moschéh ben Salomon ben Moschéh 
de Marseille. Manuscrit sur papier, daté de 333 de la création 
(1573 de notre ère). 

Or. 42. Machzor d'après le rite allemand pour les fêtes de Rosch 
hasch-schanah, Kippour et Soukkot. Sur vélin, du 14° siècle 

Or. 43. Commentaire sur le traité talmudique Baba Batra, par Aron 
hal-Léwi ben Joseph de Barcelone. Manuscrit acéphale, sur 
papier, du 15 e siècle. 

Or. 44. Commentaire sur le traité talmudique Yom-Tob ou Bêsah 
par Menachem Meiri ben Salomon de Perpignan. Sur papier, 
du 45 e siècle. 

Or. 45. û^nn, Novelles sur le Mischnéh Torah de Maïmonide, par 
Meir Kohen. Sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 47. Traité polémique contre la religion chrétienne, par Chasdai 
Crescas ben Abraham, traduit de l'espagnol en hébreu, avec 
des notes et additions, par Joseph ben Schémtob en 1451 de 
notre ère. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 62. naN nM, traité cabalistique, par Joseph Gikatilia. — "ibo 
Tn^rr n^iN, traité cabalistique sur les Haggadot du Talmud 
parTodros hal-Léwi (Abou 'l-'Afiya) ben Joseph. Manuscrit in- 
complet, du 16 e siècle. Deux autres exemplaires du premier 
traité Add. 11416 et 27114 ; un exemplaire complet du second 
traité Or. 2782. 

Or. 63. Partie du msttoîl "ISO, Commentaire sur les lois mosaïques, 
par le Karaïte Samuel ha-Rofé. Texte arabe en caractères hé- 
braïques, sur papier, du 16 e siècle. Exemplaire plus complet, 
Or. 2405-2406. 

Or. 66. Commentaire ou séries de discours sur les Parschiyyot 
hebdomadaires de la Genèse, attribué à David ben Abraham? 
petit-fils de Maïmonide. Arabe en caractères hébraïques, sur 
papier, écrit en 1653 de notre ère. 

Or. 67. Commentaire semblable sur l'Exode, attribué au même. 
Arabe en caractères hébraïques, sur papier, écrit en 1662 de 
notre ère. 

Or. 68. Autre exemplaire du précédent. Arabe en caractères hé- 
braïques, sur papier, du 17 e siècle. 

Or. 69. Commentaire semblable sur le Lévitique. Arabe en carac- 
tères hébraïques, sur papier, du 17 e siècle. 

Or. 70. Commentaire semblable sur le Deutéronome. Arabe en ca- 
ractères hébraïques, sur papier, écrit en 1626 de notre ère. 

1868. 

Or. 73. Commentaire sur le traité talmudique Baba Mesiya, par 



, 02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Salomon Yischaki (Raschi). Copie sur papier, écrite en H i90 de 
notre ère. Voir Pakeographical Society, Oriental séries P. x*. 

Or 74 Machzor d'après le rite romain, traduit dans un dia cte ita- 
lien transcrit en caractères hébraïques au 1 o« «ecle Sur véUn. 

Or 75 trtsB i% grammaire hébraïque, composée par Joseph ben 
Yehoudah ben Isaac Zark. Sur papier, écrit en 1429 de notre 

ère 
Or 76 ATC ■"!»«. poétique et rhétorique hébraïques en trois par- 
Ues par Salomon ben Meschoullam de Piera, en Espagne 
Exemplaire écrit sur papier vers 1500 de notre ère. Autre 
exemplaire des deux premières parties, Or. 2590. 

1809. 

Or 832. Vêtit mm* la Météorologie d'Aristote, traduite en hé- 
bien par Samuel Ibn Tibbon. - te- T™n« .Méditation de 
Pâme » traité de morale, par Abraham ben Chiyyah. - nso 
^/attribué à B. Nechunyah ben hak-Kanah. Sur papier, 
pprit en 1384 de notre ère. . , 

Or SefrtS de Salomon ben Abraham Addéret, sur le traité 
talmudique Gittin. Sur papier, écrit en «68 de notre , ère 

Or. 852. Commentaire d'Abraham ben David le jeune de P^qmèras 
sur le traité talmudique Baba Kamma. Sur papier, d M3- siède 

Or. 853. tmpH f*, ouvrage grammatical et masoréuque, Parjekou- 
tiel hak-Kohen , ben Yehoudah, sur le Pentateuque, Esther et 
les Lamentations. Sur vélin, du 15» siècle. CalnmnT1 

Or 1002. wraao ou séances littéraires d'Immanouel ben Salomon 
de Fermo. Exemplaire incomplet, sur papier, du 14 siècle 

Or. 1003. Commentaire sur le Pirkè Abot, par lsaac ben Salomon. 
Sur papier, du 15" siècle. Ahraham 

Or. 1004. Commentaire sur le Cantique, par Joseph ben Abraham 
Ibn Chaiyoun. - Commentaire sur Ruth, par Joseph ben 
David Ibn Yahya. Sur papier. 

Or. 1016. watfa précédé du pnpW *$$>> P ar Schimschon han- 
Nakdan. Sur vélin, du 14» siècle. ^-«.w c„ r 

Or 1018. Commentaire sur les Psaumes, par David Kamcbi. Sur 

vélin, du 15" siècle. Autre exemplaire, Or. 1489. 
Or 1022 blboKii, ou grammaire hébraïque de David Karachi. 
D^saon b*o, dictionnaire hébreu, par Joseph ben Chayyim. Sur 

Or 1023. 1 Commentaire sur PEcclésiaste, par Samuel ben Yehoudah 

' Ibn Tibbon. - Commentaire sur le *rwp 1==- Sur vehn et 

papier, du 14* siècle. .. , 

Or 1024 Machzor, d'après le rite de Fez. Sur papier, du 4o« siècle. 

Or' 1041 n-"m>0 îm T-osn, traduction du Pentateuque en arabe, 

' par' Sa'dya Gaon. Arabe écrit en caractères hébraïques sur 

papier, du 15" siècle. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BRITISII MUSEUM 103 

1871. 

Or. 1045. bibsfcïi, Grammaire hébraïque de David Kamchi (cf. Or. 
10:22).- ^BOtt, traite grammatical et masorétique, par le même. 
Sur vélin, écrit en 1487 de notre ère. 
Or. 1046. matttïi *idd, composé par Maïmonide en arabe et traduit 
en hébreu par Salomou ben Joseph has-Sefardi. Texte arabe, 
Or. 2395. Sur vélin, du 15 e siècle. 
Or. 1047. -inDN nbajfl, le livre d'Esther transcrit sur un rouleau en 

volin, avec des miniatures, au 17° siècle. 
Or. 1053. ùya ima na, traité d'arithmétique, avec des problèmes, 
par Jacob ben Isaac Kafanton ("prûNDp ou yirû&op). — Com- 
mentaire de Léwi ben Gerschom sur le Schéma' hat-tab'i 
d'Averroès, d'après la traduction hébraïque de Kalonymos. 
Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 1054. Extraits d'un commentaire sur le rituel des prières, par 
Eliezer de Mayence (NSMJiETa), avec d'autres extraits sur les 
fêtes et leurs rituels. — "ibnn ryr^\ — trpOB « Décisions » 
sur le traité talmudique 'Eroubim, avec index. — mm« 
ÏTOJBîr. — 1WÏ1 nso, par Eléazar de Worms ; etc. Sur vélin, 
du 14e siècle. 
Or. 1055. Collection d'œuvres cabalistiques, comprenant des ex- 
traits abondants du commentaire de Nachmanide sur le Pen- 
tateuque; etc. Sur vélin, du 14 e siècle. 
Or. 1056. mDbîtDïi "paum c Comput des cours (des astres) », ou- 
vrage astronomique, par Abraham ben Chiyyah. Sur papier, 
du 14 e siècle. 
Or. 1057. ttfiPW "ïpDD, « Décisions » d'Ascher ben Yechiel sur les 

traités Gittin et Ketoubot. Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 1058. tnatfi rrrib-in nsD, traité sur l'homme, par Joseph Israël 

ben Abraham de Forli (*pbms). Sur papier, du 16» siècle. 
Or. 1067. TTHûîn, ancien traité liturgique, par Rab 'Amram. Sur 

vélin, du 15 e siècle. 
Or. 1068. Crpos, « Décisions » sur la section talmudique Nezikin, 
traités Sanhédrin, Makkot, Schebou'ot et 'Abodah Zarah, par 
Isaïe (le jeune) de Trani. Sur papier, du 15° siècle. 
Or. 1069. rrcnn fiinttîffl ■nso, « Li\re de la foi élevée », traité sur la 
philosophie de la religion, par Abraham ben Da'ud hal-Léwi. 
Sur vélin et sur papier, du 15° siècle. 

1872. 

Or. 1081. b-i-tt mtt» "ïbd, par Moïse de Coucy. Sur vélin et papier, 

de l'an 5150 de la création = 1390 de notre ère. 
Or. 1082. trnp^n *ibd, traite consacré aux articles fondamentaux 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la religion juive, par Joseph Albo. Ecrit sur papier en 5243 
de la création = 1483 de notre ère. 
Or 1C83. mMÔn « Réponses » de Salomonben Addéret et de Mar- 
dochai ben Salomon ; avec nombre d'autres extraits. Sur pa- 
pier, du 15 e siècle. ,/*•*«-« 
Or 1084. Divers ouvrages d'Isaac ben Abraham Ibn al-Latit ; a sa- 
voir • d-ian rYûï ; extraits du û^rân n*râ ; l^n TO ; rmat 
dbl*; TUttl TH*. Ecrit sur papier en 5163 de la création = 
4 403 de notre ère. 
Or 1085 Fragment considérable d'un Séfér Torah, provenant de la 
synagogue de Hochstadt, près de Bleiiheim, en Bavière ; conte- 
nant Exode xi, 8 - Nombres xxxn,2. En partie tache et mu- 
tilé. Ecrit sur vélin au 17 e siècle. 
Or 1086 nnON nb^ le « Rouleau d'Esther », précédé de trois 
bénédictions, suivi de quatre bénédictions et de trois malédic- 
tions. On prétend que cet exemplaire, écrit au 16° siècle sur 
peau, avec une poignée en ivoire, a été apporté de l'Inde. 
Or 1087 Le livre d'Esther, en forme de volume, écrit en Espagne 
sur vélin au 16« siècle, avec l'intention d'en faire un rouleau 
de synagogue. Les quatre premières pages ont été ponctuées 
plus tard. 
Or. 1088. Commentaire d'Ibn Ezra sur le Pentateuque. Ecrit sur 

vélin en 1488 de notre ère. 
Or. 1097. "imttrj ^50, commentaire sur le Pentateuque, par Aron 

ben Joseph, le Karaïte. Sur papier, du 16 e siècle. 
Or 1098. rrnn *irû, commentaire sur le Pentateuque, par Aron 

ben Eliyah le Karaïte. Sur papier, de 1592 de notre ère. 
Or. 1C99. û^n yy, ouvrage sur la philosophie de la religion, par 

le même. Sur papier, du 15 e siècle. Cf. Or. 1306. 
Or 1100 ns^n bsiïia, exposition du Décalogue, par le Karaïte 
Yehoudah ben Eliyah Hadasi (ou Hadassi). Vol. I. Sur papier, 
du 16 e siècle. 
Or. 1101. Vol. II du même ouvrage. Sur papier, du 16 e siècle. 
Or. 1102. ùTKJttfi n:^/ par Isaac ben Abraham Ibn al-Latif (cf. Or. 

4 084). Sur papier, du 14* siècle. 
Or. 1103. Livre de prières karaïte pour le jour du Grand-pardon 
(û^-issn û"P) ; fragments d'une collection d'élégies ; etc. Sur 
papier, du 16° siècle, avec des suppléments plus modernes. 
Or. 1104. Livre de prières karaïtes pour la fête de Soukkot. Sur 
papier, écrit en 1525 de notre ère. 

1873. 

Or. 1263. TTW 120/ le plus ancien traité de kabale. — "p* P ou 
rnsfc nss, « Livre des préceptes » du Karaïte Aron ben Eliyah 
(autre exemplaire, Add. 22069). - Lettre envoyée par R. Salo- 
mon han-Nasi a R. Aron ben Yehoudah. - Autre lettre de 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BR1TISII MUSEUM 105 

R. Israël ham-Ma'arabi. — - Commentaire sur les Prophètes et 
sur les Psaumes, par R. Eliyah ham-melamméd. Manuscrit 
sur papier, daté d'Audrinople, 5193 de la création; 1365 de la 
destruction du second temple ; 1745 des contrats ; 1434 de notre 
ère. 
Or. 1264-1265. "^lyn nso, le dictionnaire talmudique de Nathan 
beu Yechiel de Rome. 2 vol. sur papier et vélin, du 14 e siècle. 
Deux autres exemplaires, Add. 26881 ; Or. 2307. 

1874. 

Or. 1302. Ruth, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique et l'Ecclé- 
siaste, texte hébreu, avec la ponctuation superlinéaire, ac- 
compagné d'une traduction et d'un commentaire arabe, en ca- 
ractères hébraïques, attribués à Sa'dya. Ruth, le Cantique et 
l'Ecclésiaste ont de plus le Targoum, avec la ponctuation su- 
perlinéaire. Sur papier, du 14 e ou du 15 e siècle. 

Or. 1303. Abrégé du Dictionnaire de la Mischnah, nommé en arabe 
■TOSjbK Itthttb» al-Mourschid al-kafi, en hébreu p^Otoït nsD, 
par R. Tanchoum ben Joseph de Jérusalem. Copié sur un ma- 
nuscrit qui était daté de 1938 des Grecs (1627 de notre ère) 
au 19 e siècle. Sur papier ; arabe en caractères hébraïques. 

1875. 

Or. 1306. ù^rt y** manuel de théologie, par Aron ben Eliyah le 
Karaïte. Cf. Or. 1099. — rràto mute, apologie de Maïmonide, 
par Kalonymos. — msnti nso, ouvrage pseudo-aristotélien, 
traduit de l'arabe en hébreu par Abraham ben Samuel lbn 
Chasdai. Autres exemplaires, Or. 1484 et 2396. — ÙD mi, at- 
tribué ici à Jacob Anatoli. Manuscrit défectueux, sur papier, 
daté 5503 de la création (1543 de notre ère). 

Or. 1307. d'WTO ou Discours par Ephraïm ben Gerschom, le mé- 
decin de Negroponte, qui les a composés en 5215 de la créa- 
tion (1455 de notre ère). Manuscrit sur papier, autographe au 
moins en partie de l'auteur. * 

Or. 1326. Les livres d'Ezra, de Daniel, de Jésus fils de Sirach, d'Es- 
dras I et II, d'Esther, de Judith, de Tobit, des Makkabées I et 
II, en arabe, caractères hébraïques. — L'histoire des Juifs, par 
Joseph ben Gorion, en arabe, caractères hébraïques (cf. Or. 
1336). — Job, la Sagesse de Salomon, les Proverbes, l'Ecclé- 
siaste, le Cantique, le Nouveau Testament, précédé des Canons, 
en arabe, caractères hébraïques. Manuscrit sur papier, daté de 
1301 — 1306 des Martyrs (1585-1590 de notre ère). 

Or. 1330. Un commentaire chrétien en arabe sur la Genèse, avec 
une traduction arabe du texte hébreu. Sur papier, écrit en 11 02 
des Martyrs (1386 de notre ère). 



106 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

Or. 1336. Histoire des Juifs, eu arabe, par Joseph ben Gorion (cf. Or. 
1326). Manuscrit sur papier du 15 e siècle, restauré en 1402 des 
Martyrs (I686 de notre ère). 

Or. 1337. Titre arabe : ^-iNinb» 3Nro, « Le livre des chroniques », 
livre arabe sur les ères et les années en usage dans l'Orient, 
sur la manière de déterminer les époques des fêtes juives et 
chrétiennes, avec des tables chronologiques des Patriarches 
et des rois des Juifs, des empereurs romains et grecs, des kha- 
lifes, des sultans d'Egypte et des patriarches d'Alexandrie jus- 
qu'à l'an 665 de l'hégire =973 des Martyrs = 1257 de notre 
ère. Quelques continuations ultérieures. Manuscrit sur papier, 
daté 1505 des Martyrs (1788 de notre ère). 

Or. 1379. Le Pentateuque en hébreu, avec une introduction gram- 
maticale (IfiCnnbN n-Dfitt) et une Masore développée. Ecrit sur 
papier dans le Yémen à la fin du 15 e ou au commencement du 
16 e siècle. 

Or. 1381. Lettre des Samaritains de Naplouse à Sa Majesté la Reine 
Victoria en 1875. En samaritain et en arabe. 

1876. 

Or. 1388'. traôtt onb, commentaire en hébreu sur le tP^ ïrra, 
« Guide des égarés » de Maïmonide, par Isaac ben Schemtob. 
Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 1389. mm-Ên, « Réponses » au nombre de trois. Manuscrit acé- 
phale, sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 1404. nos bu3 rrurr, la Ilaggadah de Pâque, avec des en-tête 
enluminés et des miniatures dans le style italien. Sur papier, 
du 14 e siècle. 

Or. 1421. Partie de l'Abrégé du Talmud rédigé par Isaac ben Jacob 
Rabb de Fez (Alfasi). Ce volume détaché comprend le Sédér 
Naschim, avec un commentaire. Sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1422. Midrasch anonyme sur le Pentateuque, avec un commen- 
taire midraschique sur les Haftarot. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 1423. Titre arabe : "p^aribN nbabl, texte arabe original du 
Guide des égarés de Maïmonide, en caractères hébraïques. 
Sur papier, du 15 e siècle. Autre exemplaire, mais incomplet, 
Or. 2423. 

Or. 1424. nDD bu3 Srrtarr, avec des en-tête enluminés, sur vélin, du 

14 e siècle. 
Or. 1425. TDN ï-rb*»/ grammaire hébraïque en hébreu, par Profiat 

Duran. Sur papier, du 15 e siècle. Autre exemplaire, Add. 

27047. 
Or. 1426. mmbo, hymnes propitiatoires karaïtes, du 16° siècle, 

avec un supplément plus moderne. Papier. 
Or. 1427. mrrbo karaïtes du 18° siècle. Papier. 
Or. 1432. Supercommentaire anonyme du commentaire d'Ibn Ezra 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BRÏTISI1 MUSEUM 107 

sur le Pentateuque. Ecrit sur papier eu 5324 de la création 
J564 de uotre ère). 

Or. 1433. Ketoubot. Actes de mariage, datés de Londres, 5564 
5569, 5570, 5574 de la création (1804, 1809, 1810 et 1814 de notre 
ère). Sur vélin. 

Or. 1441. Fragment du Pentateuque samaritain (Genèse, xxxn, 18 — 
xxxv, 11 ; xxxvi, 28 — xxxviii, 28) sur vélin ; trois colonnes 
coutenant le texte hébreu avec des versious arabes et samari- 
taines. Du 13 e siècle. 

Or. 1442. Portion du Targoum samaritain (parties de la Genèse, de 
l'Exode et des Nombres). Sur papier, du 14» siècle. 

Or. 1443. Le Pentateuque samaritain, écrit sur vélin au 13 e siècle, 
restauré en 1208 de l'hégire (1793 de notre ère). 

Or. 1444. Autre exemplaire, daté de 901 de l'hégire (1495 de notre 
ère). 

Or. 1445. Fragment d'un autre exemplaire (Nombres v, 13 — xxxi, 
12). Rouleau sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1446. Version arabe du Pentateuque samaritain. Sur papier, du 
16 e siècle. Autre exemplaire, Or. 2688. 

Or. 1448. Livre de prières samaritain ; daté 1289 de l'hégire (1872 de 
notre ère). 

Or. 1449. Autre exemplaire, daté 1288 de l'hégire (1871). 

Or. 1450. Pentateuque samaritain en deux colonnes, contenant 
l'uue le texte hébreu, l'autre une version arabe. Ecrit sur pa- 
pier en 1272-1273 de l'hégire (1759-1760 de notre ère). 

Or. 1451. Un rouleau du Pentateuque, écrit sur de la peau rouge, 
probablement au 16 e siècle. Provenant de San'a, capitale du 
Yémen. 

Or. 1452. Autre rouleau semblable, de même provenance. 

Or. 1453. Autre rouleau du Pentateuque, de même provenance, 
écrit sur des peaux rouge et jaune. 

Or. 1454. Rouleau du Pentateuque ; peau rouge; apporté d'Arabie. 

Or. 1455-1458. Quatre rouleaux identiques, arabes d'origine. 

Or. 1459. Rouleau du Pentateuque, écrit sur peau de mouton, ap- 
porté de Hébron, en Palestine. 

Or. 1469. Autre rouleau identique et de même provenance. 

Or. 1461. Rouleau identique, apporté de Jérusalem. 

Or. 1462. Rouleau du Pentateuque, écrit sur peau de mouton, com- 
mençant à Genèse, xlviii, 7, provenant de Djaubar, dans la 
banlieue de Damas. 

Or. 1463. Fragment d'un autre rouleau semblable, de même prove- 
nance, s'arrêtant à Exode, xxxviii, 19. 

Or. 1464. Fragment d'un rouleau semblable, de Djaubar égale- 
ment, contenant Genèse, xlix — Lévitique, xxi, 8. 

Or. 1465. Fragment du rouleau coté Or. 1463, contenant Nombres, 
III, 33, — xx vi, 10. 

Or. 1466. Le Pentateuque en hébreu, avec le Targoum, une tra- 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

duction arabe et le commentaire de Raschi. Sur papier, du 17° 
siècle. 

Or. 1467. Texte hébreu du Lévitique, des Nombres et du Deutéro- 
nome, avec le Targoum surmonté de la ponctuation superli- 
néaire et avec une Masore. Sur papier, du 12 e siècle. Voir Pa- 
hrograpkical Society, Oriental séries, planche liv. 

Or. 1468. La Genèse et l'Exode en hébreu, avec une courte Masore. 
Sur papier, du 16 9 siècle. 

Or. 1469. Le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome, en hébreu, 
avec une Masore. Sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1470. Les LIaftarot en hébreu, avec le Targoum surmonté de la 
ponctuation superlinéaire, avec une Masore et avec des Sche- 
tarot. Sur vélin, avec la date 1795 des contrats (1484 de notre 
ère). Voir Palœographical Society, Oriental séries, planche xci. 

Or. 1471. Josué. les Juges, Samuel et les Rois, en hébreu, avec le 
Targoum, surmonté de la ponctuation superlinéaire, et avec 
Masore. En tète le Ifi^pnbtf mantt. Sur papier, du 17 e siècle. 

Or. 1472. Samuel et les Rois, en hébreu, avec le Targoum surmonté 
de la ponctuation superlinéaire et avec une Masore. Sur vélin, 
écrit en 1512-1513 de notre ère. 

Or. 1473. Jérémie et Ezéchiel, en hébreu, avec le Targoum sur- 
monté de la ponctuation superlinéaire et avec la Masora 
parva. Sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1474. Jérémie, Ezéchiel, Isaïe et les Petits Prophètes, avec le 
Targoum (ponctuation superlinéaire) et une Masore. Isaïe est 
accompagné d'une traduction arabe en caractères hébraïques. 
Sur papier. 

Or. 1475. Ruth, les Psaumes, Job, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le 
Cantique, les Lamentations, Esther, Daniel, Ezra, Néhémie et 
les Chroniques, en hébreu. Ecrit sur papier en 1604 de notre 
ère. 

Or. 1476. Le Cantique, les Lamentations, Daniel, Esther, Ezra, Né- 
hémie, les Chroniques en hébreu, avec le Targoum (ponctua- 
tion superlinéaire), une traduction arabe en caractères hé- 
braïques et une Masore. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 1477. La fin des Psaumes, TEcclésiaste, le Cantique et un frag- 
ment des Lamentations. Texte hébreu surmonté de la ponc- 
tuation superlinéaire, accompagné d'une version arabe en ca- 
ractères hébraïques, que Ton suppose être celle de Sa'dya. Sur 
papier, du 14° siècle. 

Or. 1478. Fragment des Juges, Samuel, les Rois, Isaïe, Jérémie, 
fragments de Daniel, Ezra, Néhémie et le deuxième livre des 
Chroniques, texte hébreu, avec les Masora magna et parva. 
3 vol. sur vélin, écriture Sefardi du 14° siècle. 

Or. 1479. Livre de prières yéménite, en hébreu et en arabe. Ecrit 
sur papier a Dhamar en 1985 des contrats (1674 de notre ère). 

Or. 1480. Autre exemplaire identique, écrit à Dhamar au 17 e siècle. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BRITISH MUSEUM 109 

Or. 1481. Un Midrasch peu étendu, en hébreu et en arabe (carac- 
tères hébraïques) sur le Pentateuque et les llaftarot. Sur pa- 
pier, du 15° siècle. 

Or. 1482. Midrasch hag-gadol sur l'Exode. Ecrit sur papier en 1874 
des contrats (1563 de notre ère). Autres exemplaires, Or. 221 4 
et 2352. A la lin, deux feuilles sur le calendrier. 

Or. 1483. Midrasch hag-gadol sur le Deutéronome. Ecrit sur papier 
en 1807 des contrats (1496 de notre ère). Autres exemplaires, 
Or. 3216 et 2355. 

Or. 1484. ©patin "130, traité d'éthique en prose et en vers, par 
Schémtob ben Joseph Ibn Palquera. — msnn *ôo c Livre de 
la pomme », attribué à Aristote et traduit de l'arabe en hébreu 
par Abraham ben Samuel Ibn Chasdai. Autres exemplaires, 
Or. 1306 et 2396. — 3>n*iN btô inViiû -IBO, traité des rites et des 
règlements relatifs à la nourriture, attribué à R. Bachyah ben 
Ascher. Sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1485. û^dït nm» noo, traité d'éthique attribué à Salomon 
Ibn Gabirol et traduit de l'arabe en hébreu par R. Yehoudah 
Ibn Tibbon. Autre exemplaire, Or. 2396. — p"i "PT5Ï1 nso 
*]bm le roman de Barlaam et Josaphat, traduit de la version 
arabe en hébreu par Abraham hal-Lewi ben Chasdai. Sur 
vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1486. Les deux premiers livres du Mischnéh Torah de Maïmo- 
nide, c'est-à-dire le séfér ham-madda c et le séfér ahabah. La 
fin manque. Sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1487. Commentaire d'Ibn Ezra sur le Pentateuque. En-tête 
ornés. Sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 1488. ûiUJnuSn nso, Dictionnaire hébreu, de David Kamchi. Sur 
vélin, du 14 e siècle. 

Or. 1489. Commentaire sur les Psaumes, par David Kamchi. Sur 
vélin, du 15 e siècle. Autre exemplaire, Or. 1018. 

Or. 1490. Fragment du Midrasch hag-gadol sur les Nombres. Sur 
papier, écrit à San'a au 16° siècle. Deux exemplaires complets, 
Or. 2354 et 2379. 

1878. 

Or. 2086. Rouleau contenant le livre d'Esther en hébreu. Sur pa- 
pier, du 15 e siècle. 
Or. 2088. Un Machzor écrit sur vélin au 15 e siècle. 



1879. 

Or. 2201. Bible hébraïque, d'une jolie écriture sur vélin, avec une 

Masore. De 5006 de la création (1246 de notre ère). 
Or. 2210. Les premiers Prophètes (Josué, les Juges, etc.), texte hé- 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

braïque, avec le Targoum (ponctuation superlinéaire) et une 
Masore. Sur papier, de 1780 des Contrats (1469 de noire ère). 
Or. 2211. Les derniers Prophètes, commençant par Jérémie. Texte 
hébraïque, avec Targoum (ponctuation superlinéaire) et Ma- 
sore. Pour Isaïe, la traduction arabe de Sa'dya en caractères 
hébraïques. Sur papier, de 4 786 des Contrats (1475 de notre 
ère). 
Or. 2212. Les Hagiographes (rrrmro), commençant par Kuth. Texte 
hébraïque avec Masore. On a ajouté à la lin la pW^EDH nbito 
« Rouleau d'Antiochus », histoire du roi Antiochus Epiphane, 
en araméen (ponctuation superlinéaire) et en arabe (caractères 
hébraïques). Sur papier. 
Or. 2213. Midrasch hag-gadol sur la Genèse, divisé d'après les Par- 
schiyyot hebdomadaires, chacune d'elles étant introduite par 
un hymne de dix lignes environ. Gloses marginales. Sur pa- 
pier. Autre exemplaire, Or. 2378. 
Or. 2214. Midrasch hag-gadol sur l'Exode, avec des commentaires 
à la marge. Manuscrit sur papier, défectueux au commence- 
ment et à la fin. Deux autres exemplaires, Or. 1482 et 2352. 
Or. 2215. Midrasch hag-gadol sur le Lévitique. Quelques gloses 
sur certains passages, à ia marge. Sur papier, daté 1912 des 
contrats (1601 de notre ère). Autre exemplaire, Or. 2353. — 
Deux feuilles de vélin au commencement, deux autres à la fin, 
contiennent du Deutéronome xm, 7 — 18 ; xiv, 13 — xvi, 15; 
xxx, 20 — xxxi, 10, dans le texte hébraïque, avec le Targoum 
(ponctuation superlinéaire), la traduction arabe de Sa'dya en 
caractères hébraïques et une Masore. Du 15 e siècle. 
Or. 2216. Midrasch hag-gadol sur le Deutéronome. Il manqué une 
feuille au commencement et quelques feuilles à la fin. Sur 
papier. Deux autres exemplaires, Or. 1483 et 2355. 
Or. 2217. Commentaire de Maïmonide sur la Mischnah, avec in- 
sertion du texte. La Moukaddima (introduction) et le Sédér 
Zera'im. Arabe en caractères hébraïques. Sur papier, du 15 e 
siècle. 
Or. 2218. Commentaire de Maïmonide en arabe (caractères hé- 
braïques) sur le Sédér Mo'ed de la Mischnah. Sur papier, en 
1963 des contrats (1652 de notre ère). Le manuscrit Add. 27558 
en contient une traduction hébraïque. 
Or. 2219. Autre exemplaire, dont les premiers feuillets manquent, 

sur papier, de 1824 des contrats (1513 de notre ère). 
Or. 2220. Autre exemplaire, où manquent Schabbat et la fin de 

Mo'ed katon. Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2221. Autre exemplaire, où manquent Schabbat, le commence- 
ment de 'Eroubim et la lin de Rosch hasch-schanah. Quelques 
autres lacunes. Sur papier, du 15° siècle. 
Or. 2222. Parties de deux manuscrits distincts, sur papier, du 
16 e et du 14 e siècle, contenant des fragments du commentaire 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BRÏTISÏI MUSEUM 111 

de Maïmonide en arabe (caractères hébraïques) sur le traité 
Abot. précédé de ce qu'on appelle les Huit chapitres de Maï- 
monide, incomplets du commencement. 
Or. 2223. Commentaire de Maïmonide en arabe (caractères hé- 
braïques) sur le Séder Kodaschim de la Mischnah. Sur papier, 
de 1725 des contrats (4414 de notre ère). 

1880. 

Or. 2224. Autre exemplaire, où manquent les dix premiers chapi- 
tres de Zebachim et quelques fragments des Massichtot sui- 
vantes. Sur papier, de 4 801 des contrats (1490 de notre ère). — 
A la fin, un fragment du commentaire en arabe (caractères hé- 
braïques) de Maïmonide sur le Sédér Tohorot de la Mischnah. 
Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2225. Commentaire de Maïmonide en arabe (caractères hébraï- 
ques) sur le Sédér Tohorot de la Mischnah, où manquent les 
seize premiers chapitres et le commencement du dix-septième 
chapitre de la Masséchét Kélim ; quelques lacunes aussi dans 
les Massichtot suivantes. Les cinq dernières font complètement 
défaut. Sur papier, du 45 e siècle. 
Or. 2226. Commentaire de Maïmonide en arabe (caractères hé- 
braïques) sur le Sédér Zera'im delà Mischnah, commençant par 
la fin de Pe'ah. Les huit Massichtot suivantes sont complètes. 
Le manuscrit finit avec le commencement de Bikkourim. Sur 
papier, du 4 4 e siècle. — En tête, fragment d'un commentaire 
sur le Mischnéh Torah de Maïmonide. Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2227. Livre de prières, d'après le rite yéménite, en hébreu, 
avec des commentaires et des enseignements liturgiques en 
arabe (caractères hébraïques). On y a ajouté le texte des La- 
mentations et d'Esther, avec une traduction arabe en caractères 
hébraïques, ainsi que celui du Psaume 4 37. Prières, hymnes 
et passages bibliques sont surmontés de la ponctuation super- 
linéaire. Sur papier, daté de San'a, année 4854 des contrats 
(4 540 de notre ère). 
Or. 2228. La Genèse et l'Exode, texte hébraïque, Targoum avec la 
ponctuation superlinéaire, traduction arabe de Sa'dya (carac- 
tères hébraïques) et commentaire de Raschi. En tète le n"Dn>2 
■jN^nba. Sur papier, de 4 9GG des contrats (4655 de notre ère). 
Or. 2229. Le Lévi tique et les Nombres, texte hébraïque, Targoum 
avec la ponctuation superlinéaire, traduction arabe de Sa c dya 
(caractères hébraïques), et commentaire de Raschi. Sur pa- 
pier, du 47 e siècle. 
Or. 2230. Le Deutéronome, texte hébraïque, Targoum sans ponc- 
tuation, traduction arabe de Sa'dya (caractères hébraïques), et 
commentaire de Raschi. Sur papier, du 4 7 e siècle. 
Or. 2286. Le Pentateuque vocalisé et accentué, avec les Masora 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

magna et parva. Il manque le commencement jusqu'à Genèse, 
xxi, 24. Les Haftarot vocalisées et accentuées, avec la Masora 
parva. Ruth, le Cantique et l'Ecclésiaste vocalises et accen- 
tués, avec les Masora magna et parva. Sur vélin, du 4 4 e siècle. 

1881. 

Or. 2348. Le Pentateuque vocalisé et accentué, avec les Masora 
magna et parva. En tête, le "jNJpnbK rmniQ, légèrement acé- 
phale. Sur papier, de 874 de l'hégire (4469 de notre ère). 

Or. 2349. Autre exemplaire composé des mêmes éléments, suivi 
d'un traité en arahe (caractères hébraïques) sur les lettres, les 
points-voyelles et les accents de l'Hébreu. Sur vélin, de 1802 
des contrats (4 491 de notre ère). 

Or. 2350. Autre exemplaire composé des mêmes éléments, suivi 
des Haftarot, dont la fin manque, avec les Masora magna et 
parva. Sur papier, de 1720 des contrats (4 409 de notre ère). 

Or. 2351. ysnïi ttînitt, homélies sur le Pentateuque et sur les Haf- 
tarot en hébreu, avec des explications en arabe (caractères 
hébraïques) par Zekaryah le médecin (Abou Yahya ibn Sou- 
laiman). Autres exemplaires du Midrasch hah-héfés, Or. 2380- 
2382. Sur papier, entre le 45 e et le 4 6 e siècle. — Fragment des 
chapitres i et n du deuxième livre (SmîiK IBD) du Mischnéh 
Torah de Maïmonide. 

Or. 2352. Midrasch hag-gadol sur l'Exode. Sur papier, de 4786 des 
contrats (1475 de notre ère). Deux autres exemplaires, Or. 
4482 et 2214. — Court fragment du même Midrasch. 

Or. 2353. Midrasch hag-gadol sur le Lévitique. Les premiers feuil- 
lets manquent. Sur papier. Autre exemplaire, Or. 2215. 

Or. 2354. Midrasch hag-gadol sur les Nombres. Sur papier, daté 
Tébét 1799 des contrats (1488 de notre ère). Autre exemplaire, 
Or. 2379 ; fragment, Or. 1490. 

Or. 2355. Midrasch hag-gadol sur le Deutéronome. Les premiers et 
les derniers feuillets manquent. Sur papier, du 4 5 e siècle. Deux 
autres exemplaires, Or. 4 483 et 224 6. 

Or. 2356. Collection d'homélies en arabe (caractères hébraïques) 
tirées de l'ouvrage homilétique intitulé nbâbN n"û, parNetanel 
ben Yescha c yah. Défectueux au commencement et à la fin. Sur 
papier, du 15 e siècle. Cf. Or. 2383. 

Or. 2357. û^ttT -|DD, troisième livre du Mischnéh Torah de Maïmo- 
nide. Sur papier, daté Iyyar 4694 des contrats (1383 de notre 
ère). 

Or. 2363. Le Pentateuque en hébreu et le Targoum alternant verset 
par verset, tous deux avec la ponctuation superlinéaire. Ma- 
sora magna et parva. Le commencement manque. Sur vélin, 
entre le 42° et le 4 3 e siècle. 

Or. 2364. Le Pentateuque vocalisé et accentué, précédé du mari» 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BMT1SI1 MUSEUM 113 

l^ronbN dont le commencement manque, et suivi des Ilaftarot 
défectueuses à la fin, avec le Targoum (ponctuation superli- 
néaire), les Masora magna et parva. Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2365. Le Pentateuque vocalisé et accentué; Masora magna et 

parva. Sur papier, entre le 13 e et le 14° siècle. 
Or. 2366. La Genèse et l'Exode, en hébreu, avec la ponctuation su- 
perlinéaire. Le commencement manque. Sur papier, entre le 
U e et le 15 e siècle. 
Or. 2367. La Genèse et l'Exode en hébreu, avec les voyelles et les 
accents, accompagnées du Targoum (ponctuation superlinéaire) 
et de la traduction arabe par Sa'dya. En tête le marra 
ïfcWnnbtf. Sur papier, du 17 e siècle. 
Or. 2368. L'Exode, texte hébraïque, Targoum (ponctuation super- 
linéaire) et traduction arabe par Sa'dya. Le commencement 
manque. Sur vélin, entre le 14° et le 45 e siècle. 
Or. 2369. Les premiers Prophètes, vocalises et accentués. Masora 
magna et parva. Sur papier, de 1811 des contrats (1500 de 
notre ère). 
Or. 2370. Autre exemplaire, sur papier, de 1772 des contrats (1461 

de notre ère). 
Or. 2371. Les premiers Prophètes, texte et Targoum alternant de 
verset en verset, le Targoum avec la ponctuation superlinéaire. 
Sur papier, du 17° siècle.. 
Or. 2372. Les derniers Prophètes ; texte et Targoum alternant ver- 
set par verset. Commencement et fin manquent. Main Sefardi, 
du 14 e siècle environ. Sur vélin. 
Or. 2373. Les Hagiographes (û^Tiro), texte avec la ponctuation su- 
perlinéaire, Masora magna et parva. Commencement et fin 
manquent. Sur vélin, entre le 14 e et le 15 e siècle. 
Or. 2374. Les Hagiographes, texte avec la ponctuation superli- 
néaire, accompagné d'une traduction arabe et en partie du 
Targoum. Masore défectueuse. Nombreuses lacunes. Sur vélin, 
entre le 13 e et le 14 e siècle. 
Or. 2375. Les Hagiographes vocalises et accentués, avec une version 
arabe (caractères hébraïques) des cinq Megillot, et avec le Tar- 
goum (ponctuation superlinéaire). Masora magna et parva. A la 
fin, un traité sur les accents, en arabe (caractères hébraïques). 
Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2376. Les Hagiographes, vocalises et accentués. Masora magna 

et parva. Sur papier, entre le 16 e et le 17» siècle. 
Or. 2377. Les Hagiographes, vocalises et accentués, avec la traduc- 
tion arabe (caractères hébraïques) des cinq Megillot, et avec 
le Targoum (ponctuation superlinéaire). Après Daniel a été 
insérée au fol. 88 verso la D'OVIN nb^tt (voir Or. 2222) en 
araméen avec une version arabe. Des lacunes. Sur papier, du 
14° siècle. 
Or. 2378. Midrasch hag-gadol sur la Genèse. Quelques feuillets 
T. XXIII, n° 4&. 8 



11 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

manquent au commencement et à la fin. Sur papier, du 
15 e siècle. Autre exemplaire, Or. 2213. 

Or. 2379. Midrasch hag-gadol sur les Nombres. Daté Adar 1918 des 
contrats (1617 de notre ère). Autres exemplaires, Or. 1490 et 
23o4. 

Or. 2380. ysnr; tthl», homélies sur le Pentateuque et sur les Haf- 
tarot en hébreu, avec des explications en arabe (caractères hé- 
• braïques) par Zekaryah le médecin. La fin manque. Sur pa- 
pier, du 14 e siècle. Autre exemplaire, Or. 2351 . 

Or. 2381. Même Midrasch sur la Genèse et sur la plus grande partie 
de l'Exode, avec des explications en arabe (caractères hé- 
braïques) par Zekaryah le médecin. Sur papier, daté Tischri 
1844 des contrats (1533 de notre ère). 

Or. 2382. Autre exemplaire sur papier, daté 1820 des contrats (1509 
de notre ère). 

Or. 2383. Collection d'homélies sur le Pentateuque (la Genèse et 
une partie de l'Exode), tirées du ûbbbN ma (cf. Or. 2356), par 
Netanel ben Yescha'yah. Commencement et fin manquent. 
Arabe en caractères hébraïques. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 2384. Même ouvrage en arabe (caractères hébraïques), com- 
prenant des portions de la Genèse, de l'Exode, du Lévitique 
et des Nombres. Sur papier, entre le 14 e et le 15 e siècle. 

Or. 2385. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur le Pen- 
tateuque. Le commencement manque. On a ajouté à la fin un 
fragment des Parschiyyot hebdomadaires, avec le ïargoum 
alternant verset par verset, surmonté en partie de la ponctua- 
tion superlinéaire. Sur papier, entre le 16 e et le 17 e siècle. 

Or. 2386. Même commentaire, dont le commencement et la fin 
manquent. Sur papier. 

Or. 2387. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur les 
premiers Prophètes, par Abraham ben Schlomot. Le commen- 
cement manque. Sur papier, daté kisléw 1825 des contrats 
(1514 de notre ère). 

Or. 2388. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur le se- 
cond livre de Samuel, par R. Isaac ben R. Samuel l'Espa- 
gnol. Quelques feuillets manquent au début. Sur papier, du 
16 e siècle. 

Or. 2389. Livre de prières yéménite en hébreu surmonté de la 
ponctuation superlinéaire. Sur papier, du 17° siècle. 

Or. 2390. Autre exemplaire, sur papier, de la même époque. 

Or. 2391. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) de Maïmo- 
nide sur le Sédér Zera'im. Le commencement et la fin man- 
quent. — Court fragment du même commentaire sur le Sédér 
Nezikin (Masséchét Baba Kama). Sur papier, du 17 e siècle. 

Or. 2392. Même commentaire sur le Sédér Naschim. Sur papier, du 
16 e siècle. 

Or. 2393. Même commentaire sur le Sédér Nezikin. En tète a été 



LES MANUSCRITS JUDAIQUES DU BMTISII MUSEUM 115 

placé un court fragment du môme commentaire sur le Sédér 
Naschim. Sur papier, entre le 14° et le 15 e siècle. 
Or. 2394. Môme commentaire sur le Sédér Nezikin, à partir de la 
Masséchét Schebou'ot. Les derniers feuillets manquent. Sur 
papier, du 16 e siècle. 
Or. 2395. matîari nDD « Livre des commandements» en arabe (ca- 
ractères hébraïques), par Maïmonide (cf. Or. 1046). On a mis 
en tête une liste, dont le commencement manque, des 365 
commandements. 

Or. 2396. Huit ouvrages sur l'éthique et la cabale en hébreu : 1° nsD 
IDDSfi nntt "ppn, par Ibn Gabirol ; 2° ttNT-rl "HO" 1 nBO ; 3° nsû 
rmiaii mbs», par Yechiel ben Yekoutiel; 4° û'WDîi nnatt 1BO, 
par Ibn Gabirol (cf. Or. 1485) ; 5° nmoîl 11D nsD, attribué à 
Aristote ; 6° ^tt^fl "6* ma», épître morale d' Aristote, tra- 
duite du grec en arabe, par 'Ali l'Ismaélite, puis de l'arabe en 
hébreu, par Yehoudah ben Charizi ; 7° msnln 1DO, attribué à 
Aristote et traduit de l'arabe en hébreu par R. Abraham ben 
Chasdai (cf. Or. 1306 et 1484); 8° d^sioib^sï-ï napbttlDD. Sur 
papier, daté Adar 5142 de la création (1382 de notre ère). 

Or. 2397. 'jïWl nro, le dictionnaire talmudique de Nathan ben Ye- 
chiel. Manuscrit défectueux. Sur papier, à l'exception de 
quelques feuillets sur vélin, entre le 14 e et le 15 e siècle. Deux 
autres exemplaires, Add. 26881 et Or. 1264-1265. 

Or. 2398. Une partie du Commentaire, en arabe (caractères hébraï- 
ques), par le Karaïte Yéfét (Abou c Ali al-Basri), comprenant 
une partie de l'Exode. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 2399. Une partie du Lévitique du même Commentaire. Sur pa- 
pier, du 17 e siècle. 

Or. 2400. Même Commentaire sur les petits Prophètes. Vol. I : Osée- 
'Obadyah. Sur papier, du 19 e siècle. 

Or. 2401. Même Commentaire sur les petits Prophètes. Vol. II : 
Jonas-Maleachi. Sur papier, écrit en 5448 de la création, 1099 
de l'hégire, 1688 de notre ère. 

Or. 2402. Même Commentaire sur les Proverbes. Sur papier, écrit 
en 627 de la création (1867 de notre ère). 

Or. 2403. Une partie du commentaire en arabe (caractères hébraï- 
ques) de David ben Boas han-Nasi sur l'Exode. Sur papier, 
entre le 13° et le 14 e siècle. 

Or. 2404. Commentaire karaïte en arabe (caractères hébraïques) 
sur Josué. Défectueux en tête. Sur papier, entre le 16 e et le 
17° siècle. 

Or. 2405-2406. mata 1BO, par le Karaïte Samuel ha-Hofé, vol. I 
et II. Sur papier, de 1831 des contrats = 5280 de la création 
= 1520 de notre ère. Même ouvrage en partie dans Or. 63. 

Or. 2414. La Genèse vocalisée et accentuée, avec les Masora magna 
et parva. En tète un traité sur les lettres serviles, extrait du 
fKiPn?» marra. Les llaftarot qui étaient ajoutées à la fin 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne subsistent que daus leur commencement. Sur véliu, du 
15 e siècle. 

Or. 2415. Le Pentateuque et les premiers Prophètes, en caractères 
rabbiniques vocalises et accentués. Commencement et fin man- 
quent. Sur vélin, du 14° siècle. 

Or. 2416. Un Midrasch en hébreu sur le Pentateuque, attribué à 
Jacob ben Aschér (ba'al at-lourim). Le commencement manque. 
— Même Midrasch sur Esther. La fin manque. Sur papier, de 
1962 des contrats (1651 de notre ère). 

Or. 2417. Livre de prières, d'après le rite yéménite, en hébreu, 
avec la ponctuation superlinéaire. Sur papier, de 1961 des 
contrats (1650 de notre ère). 

Or. 2418. Autre exemplaire semblable, sur papier, du 18 e siècle. 

Or. 2419. *n?abnïl mian, avec un index des passages bibliques, pro- 
venant d'un exemplaire imprimé du np^" 1 "p2. Sur papier, du 
17° siècle. 

Or. 2420. Commentaire de Maïmonide en arabe (caractères hébraï- 
ques) sur une portion du Sédér Kodaschim, comprenant Zeba- 
chim, Menachot et Schehitat Cholin. Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2421. Dixième livre (séfér Tohorah) du Mischnéh Torah de Maï- 
monide. Sur vélin, de 1606 des contrats (1295 de notre ère). 

Or. 2422. Onzième livre (séfér Nezakim) du même ouvrage. On y a 
joint une feuille d'un autre manuscrit contenant un index du 
neuvième livre (séfér Korbanot), avec des dessins d'ornement 
coloriés. Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2433. Une grande partie du 'p'T^rtbN nbisb^i « Guide des égarés » 
en arabe (caractères hébraïques) de Maïmonide. Sur papier, du 
15 e siècle. Exemplaire complet, Or. 1423. 

Or. 2443. Livre de prières, écrit sur vélin à Alboddo, dans les Mar- 
ches, en 1383 de notre ère. La langue est l'italien en caractères 
hébraïques. 

(A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



L'ARTICLE HÉBREU 1 . 



Dans mon essai provisoire sur les inscriptions lihyanites 2 , j'ai 
établi, pour la première fois, que l'article de ce dialecte, ainsi que 
celui du dialecte de Safa, était formé par le préfixe îi, comme en 
hébreu, et non par le préfixe ?n, comme c'est la règle dans l'arabe 
classique. Au moyen de cette forme, les dialectes arabes préis- 
lamiques du nord se rattachent à la Palestine et à la Phénicie 
sans solution de continuité, et ces attaches doivent remonter à 
une époque relativement reculée, où les rameaux araméens 
originaires de la Babylonie du sud n'étaient pas encore prédo- 
minants dans l'oasis de Teima et au nord du Hidjaz, où s'éta- 
blit plus tard le noyau du, royaume nabatéen. La publication 
récente faite par M. D. H. Mùller des inscriptions lihyanites re- 
cueillies par M. J. Euting, à El-Ola 3 , a non seulement confirmé 
mon opinion sur ce sujet, mais elle permet de pousser plus loin 
nos investigations sur la forme primitive de l'article dans les 
langues nord-arabiques et hébréo-phéniciennes. J'ose même es- 
pérer que le résultat de la présente étude sera de nature à jeter 
un jour inattendu sur la formation de l'article dans la plupart 
des autres langues sémitiques. 

Deux opinions se font notoirement prévaloir dans l'explication 



1 Résumé d'une communication faite au VIII e congrès des Orientalistes, tenu à 
Stockholm et à Christiania, en septembre 1889. 

* Revue, juillet-septembre 1884, p. 16 et suiv. Ces inscriptions y sont provisoire- 
ment désignées par le titre d' 'arabiques, espèce A ; celui de lihyanites vient de l'ex- 
pression "pnb ^bfà « roi des Lihyan » découvert par M. D. H. Millier dans les 
textes apportés par M. Euting. Les Lihyân sont mentionnés par Pline sous la forme 
Zechieni, Les auteurs arabes ignorent tout à fait l'existence de ce royaume. 

3 Epigraphische Denkmàler ans Arabien, Wien, 1889. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de l'article hébreu. Les uns le font dériver du pronom de la troi- 
sième personne ni!-;, les autres le comparent à l'article arabe btf, 
primitivement bïi, dont l'origine reste obscure. Mais qui ne voit 
pas les difficultés auxquelles ces deux étymologies donnent lieu? 
D'une part, le pronom frnïi aurait donné régulièrement la syllabe 
longue ri ? et on ne s'explique pas comment, en s'abrégeant en 
rr, il peut faire redoubler toutes les consonnes non gutturales 
qui le suivent, comme c'est de rigueur pour l'article hébreu 
prr-iîi , ttSçrâîi). D'autre part, si la forme primitive est bïr, on ne 
se rend pas facilement compte de la disparition du b liquide, qui, 
à la seule exception du verbe npb, où la première radicale n'est 
peut-être pas primitive, ne s'assimile jamais en hébreu aux con- 
sonnes suivantes. Encore plus difficile à expliquer est l'allon- 
gement de la voyelle devant les lettres gutturales à titre de 
compensation du um 1 ; on s'attendrait plutôt à voir reparaître 
le b radical dans ce cas particulier où l'assimilation a perdu sa 
raison d'être. Ces considérations suffisent à faire voir l'impossi- 
bilité de l'une et l'autre de ces explications et à faire naître le 
besoin de chercher une explication nouvelle plus conforme aux 
exigences de la philologie scientifique. 

Faisons tout d'abord l'inventaire de tous les mots lihyanites re- 
vêtus de l'article n. Ce sont les suivants : ^fi bai, 'nnpî-r rt*ô« 
(I, 1); t-ranïi p (I, 2); tPJsatt (3, 2) ; 'psîfi *np»îi (4, 3) ; bî^nb 
(6, 3); p^rr (8, 2); izsx (9, 2); vianttïi (9, 3); DÉttîi p i»bn 
(.9,3-4), tom ,'bbfcn snn (10, 1), bhpȔi (14, 9), yorc* (14, 8), 
•pm (15), îtï nnïi (16, 4), m«m nlTi vibïti (21, 7), rtfia rtftûfi 
pn (23, 2-4), rapfcïn b^r? (23, 4-5), ibweîi bim (23, 6), baion 
bbowrt (23, 6), ûbsn nro wttn nrân (24), njnttïi ù^ (25, 9), ïpri 
KfiWi (27, 3), *mi i5h (34, 1), *np 3rt (35, 2-3), obnn ( 52 > 5 )> 
ûhbbatn (55, 1), m nnsaî-î (58, 2), bnn d*3ii (71, 2), "jb^n (75, 1). 

Si on néglige tous les mots dont la lecture n'est pas tout à fait 
certaine, les autres peuvent former les trois catégories sui- 
vantes : 

1°. Substantifs : owrt , ittfcm , nsh , niïi , rn&ii, pin , ^patt, 
ûbsn, baian, wrçwi, ûbtirt, nns^rt, n^irr, -îip^n, "imïi, tnannn 

•bs^n, 
2°. Adjectifs : joâta, ^rùïi, bbttïr, nrn^ïi. 

3°. Participes niphal : "p^n, bwîi, Imwïi, ^b^wn, bboaprt. 

1 WNM ,ni^tl, etc. 



NOTES ET MELANGES 119 

Cette division, qui résulte de l'interprétation de M. Mùller, me 
parait avoir besoin d'être modifiée en ce qui concerne la 3° classe 
des mots qui, si je ne me trompe, doit être entièrement éliminée. 
Je suis loin de contester que le participe niphal du lihyanite soit 
formé en conformité de l'hébreu, qui omet le » préfixe usité dans 
le munphail arabe ; j'ai constaté ce fait pour le dialecte de Safa et 
j'incline à l'admette aussi pour le lihyanite. Mais je suis con- 
vaincu que le 3 des mots de cette catégorie n'est nullement un pré- 
fixe verbal, mais une partie intégrante de l'article. 

En examinant avec quelque attention les cinq mots dont il 
s'agit, on s'aperçoit aussitôt que la forme du niphal peut tout au 
plus s'appliquer aux trois premiers, tandis que les deux derniers 
mots ^N3!-;, bbûfcttri font voir l'un et l'autre un n entre le 3 et 
les lettres radicales , et comme le n ne fait jamais fonction de 
voyelle en lihyanite, il devient clair que la forme du niphal n'est 
pas de mise dans ce cas, et que le 3 doit avoir une origine diffé- 
rente. M. M. a bien senti la difficulté de cette orthographe, mais 
il a cru qu'elle n'était pas assez importante pour lui faire aban- 
donner son idée première d'y trouver une forme verbale. 

Mais une autre considération achève de faire voir que le 3, loin 
d'appartenir à une forme verbale, fait partie intégrante de l'ar- 
ticle même. Tous les mots de cette catégorie montrent après le 3 
soit un n, soit un 2, c'est-à-dire une lettre gutturale. Or, les 
lettres gutturales produisent notoirement une modification sensible 
dans la ponctuation de l'article hébreu. On a donc le droit de se 
demander si elles n'exercent pas la même influence sur la forme 
de l'article dans le dialecte lihyanite, et, réflexion faite, on arrive, 
en effet, à se convaincre que la forme pleine de l'article est réelle- 
ment 3n ; seulement, le 3 s'assimile à toutes les consonnes dures 
dont il est suivi et n'apparaît distinctement que devant les lettres 
gutturales, qui sont réfractaires au redoublement. Ceci établi, on 
voit tout de suite que les mots ihsnitin et bbofcwr: se composent de 
*bW5rj et de bboai-irt, présentant les formes comparatives ^b^N, 
« plus haut » bbDN « plus bas », et précédées de l'article : « le plus 
haut » et « le plus bas (?) ». Les trois autres mots doivent aussi 
être analysés : ïfc&rarï, *p:>-3n, ïtyaii, et être rapprochés des 
formes arabes : ^SJi, dbUJî, JjUIÎ. 

Je ne crois pas qu'on puisse objecter à cette interprétation que 
le 3, qui apparaît devant les gutturales, pourrait bien être un élé- 
ment parasite, comme celui qui se trouve, dans l'araméen biblique, 
dans le mot b?3ri (Dan., vi,19), pourb^ii; outre que l'insertion du 3 
devant les gutturales est extrêmement rare en araméen même, il 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faut considérer que le lihyanite fait partie des langues arabes, qui 
répugnent à ces sortes d'insertions après les lettres serviles. Le 
lihyanite va même plus loin que l'arabe classique dans la tendance 
à faire disparaître le 5 alors môme qu'il est radical : comparez le 
lihyanite )nr\ et l'arabe (j^AJ'i. 

Le premier bénéfice de cette déduction consiste dans l'explica- 
tion rationnelle de l'article hébreu, qui était, à ce que je crois, 
primitivement identique au sn lihyanite. Le 3 a en hébreu un 
régime très réglé, qui se fait jour tout particulièrement dans les 
verbes à première radicale 3, où cette lettre s'assimile aux con- 
sonnes non gutturales et fait allonger la syllabe en compensation 
devant les gutturales : bip pour bbï\ ^ttio pour T2NP. Le môme 
fait se présenterait, selon moi, au sujet de l'article : nsïi , bfrjptt 
et œ'wi'L Ta^n. 

• T ' V V T , " 

Une fois que la forme primitive de l'article hébréo-lihyanite est 
établie, il ne sera plus difficile d'en trouver l'origine. En règle 
générale, les langues font venir l'article tantôt du pronom per- 
sonnel de la 3 e personne, tantôt d'un pronom démonstratif, ainsi, 
par exemple, le français le, la est abrégé de ille, Ma. Or, l'assy- 
rien possède, en effet, un démonstratif anna, annitu, « ce, cette », 
ce qui donne, en écriture alphabétique, sn; mais, comme l'assyrien 
ne possède pas le n, il est permis, grâce à la comparaison du 
lihyanite et de l'hébreu, de rétablir la forme originale 3rr. L'affai- 
blissement du n en n s'observe, d'ailleurs, également en lihya- 
nite, où Ton trouve "jd^n (21, 4), pour 10*n, et nnDira (67, 2), pour 
rriD^n. C'est cette forme affaiblie, n, qu'on trouve aussi assez 
souvent dans les inscriptions carthaginoises des dernières époques 
et surtout dans les inscriptions néo-puniques. 

Les langues araméennes sont extrêmement instructives à cet 
égard, car on y constate comme pronoms démonstratifs en même 
temps les deux formes N:n et ndn, au pluriel ■pan, *pn et ^sn, V 3N » 
tandis que le démonstratif éloigné n:i semble être abrégé de in. 
En hébreu, il serait possible d'y rattacher la particule affirmative 
yn, presque toujours allongée en nsri, « voici ». 

En dehors de ces langues du nord, l'article démonstratif Drt, 3K 
se retrouve dans la particule démonstrative sabéenne \, comme, 
par exemple, dans ibbas yv « cette image », flatta "p, « cette 
tablette. » On voit qu'en sabéen, le préfixe est devenu suffixe. Un 
pareil changement de place se fait aussi observer dans les lan- 
gues non sémitiques : ainsi le Roumain dit : omul, « l'homme »> 
focul, « le feu », pour : le om, le foc. 
Faisons encore remarquer que la forme suffixale n'est pas tout 



NOTES ET MELANGES 121 

à fait étrangère aux langues du nord. On la retrouve comme 
élément final dans le démonstratif \i du phénicien de Byblos et 
dans l'araméen é«ï, «rr. 

Touchons, en passant, pour compléter la série, à la formation 
de l'article amharique, qui n'est autre chose que le suffixe insé- 
parable de la 3 e personne du masculin, û ; ainsi betû signifie à la 
fois « sa maison » et « la maison ». Ce phénomène s'observe déjà 
de temps en temps dans l'éthiopien classique, mais n'est devenu 
d'un emploi général que dans cette langue dérivée qui est main- 
tenant dominante en Abyssinie. 

Il me reste à expliquer l'article arabe ba, bï-i, qui ne peut, sans 
violence phonétique, être assimilé à la forme 58, 3ïi, que nous 
'étudions. A mon avis, on peut le ramener, avec quelque vraisem- 
blance, au pronom démonstratif hébreu î-jba, araméen ^bn, assy- 
rien alu, éthiopien elû « ces, ceux-ci », qui ne s'emploie qu'au plu- 
riel dans les langues littéraires, mais dont on trouve la forme sin- 
gulière eli, « ce, ce qui » dans l'arabe vulgaire. L'arabe classique 
a aussi le pronom pluriel ïbiN, mais il l'emploie dans le sens de 
« ceux qui ont » et comme pendant de ri, « celui qui a ». La forme 
primitive bn semble se rattacher à la racine "ibî-r, qui se trouve 
en éthiopien avec le sens d' « être » et d' « exister », surtout 
d' « être dans un lieu ' ». Il répond à peu près au verbe latin stare, 
qui a remplacé dans les langues romanes l'emploi de l'ancien 
verbe esse, qui marque particulièrement l'existence d'une qualité. 

J. Halévy. 



UNE INSCRIPTION JUDÉO - SABÉENNE 



Dans le dernier numéro de cette Revue, M. Halévy maintient 
la traduction- qu'il avait précédemment donnée de l'inscription 
cotée dans mon recueil 394/395. Il me demande en même temps 
pourquoi je n'ai pas publié aussi le restant de l'inscription qui, 
d'après lui, éclaircirait la question restée en litige. Pour répondre 
au désir de M. Halévy et à celui des divers savants qui ont ap- 

1 Eq hébreu il ne reste de cette racine que les adverbes de lieu : îlttbït « par là, 
plus loin »,et û'bn (pour ÛNbïl) « par ici, ici ». 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prouve mon interprétation, je m'empresse de reproduire ici avec 
une traduction le texte entier de cette inscription. 

Cette inscription est gravée sur deux pierres que j'ai trouvées 
encastrées l'une et l'autre dans la muraille d'une maison. L'étude 
des deux morceaux m'a montré qu'ils formaient un seul texte, ce 
que semble admettre aussi M. Halévy. 

Voici ces deux parties : 

N* 394. 

H | l^m | do | -pam I *p. 

Mm I a. a | nirro. 

I û*n | ^jmi 

Fï.fia | ban I û 

Le H de a Eh à la 4 e ligne n'est pas sûr ; après ce mot dfri vient 
un monogramme illisible qui occupe aussi le reste de la troisième 
et de la quatrième lignes, ainsi que le commencement de la troi- 
sième et de la quatrième lignes de la seconde inscription. Du côté 
droit, la pierre est intacte. La cassure se trouve à gauche, tandis 
que dans le n° 395, c'est à droite qu'est la cassure, et la pierre 
est intacte à gauche. 

N° 395. 

1 1 tnîrô 1 1 1 ittîTn* 
bai | ûottiâ | in 
-ièwi I n*râaan 



En juxtaposant les deux morceaux, sans se préoccuper du mo- 
nogramme illisible, on obtient le texte suivant : 

i bfinw yno. 6 ! islam do ^am *n, 

1 tnmâ i îjarna* .Tii-n ir-pa-i i^nnbN 

ban aottô irrrûrâm d . a nî-ra. 

tt.îia ban d 

Ma copie porte Tirai en un seul mot, et non w | an, en deux 
mots séparés par un trait vertical, ce qu'exigerait, semble-t-il, 
l'usage sabéen, si l'on devait lire iït* an. Mais l'absence de ce trait 
peut être imputable à ma négligence ou à celle du graveur. En 
outre, l'usage n'est pas si rigoureux môme dans les meilleures ins- 
criptions ; surtout lorsqu'il s'agit d'épithètes divines, ces traits de 
séparation manquent parfois. Ainsi on lit, par exemple, ip^tBinn*, 



NOTES ET MÉLANGES 123 

Athtar de Scharkàn ou de l'Orient, et dans une inscription publiée 
par M. Ilartwig Derenbourg, à l'occasion du 80° anniversaire de 
son illustre père : dSûmrDb*:tta¥nnn3>, sans traits de séparation, 
au lieu de : 

aaari I -ira | brn | yahh | nnnr 

La lettre i qui se trouve isolée entre les mots taïm* et d"iTO 
est due évidemment à une dittographie de ma part. J'ai proba- 
blement mal copié aussi le mot tarmy, que j'aurais mis pour 
nina*. L'erreur dont je m'accuse, plus haut, montre qu'en trans- 
crivant cette ligne, je n'étais pas très attentif. Mon péché est 
celui de tous les voyageurs, même de M. Halé\ r y, car je pourrais 
prouver qu'aucune des inscriptions qu'il a rapportées d'Arabie 
n'est exempte de ces fautes. 

Au commencement de la troisième ligne, je croyais d'abord 
devoir lire iîten, mais je m'aperçois que dans ma copie le a est 
douteux. On peut donc, à la rigueur, lire îîtash « et son oncle ». 
Rien n'empêche, d'ailleurs, de garder iîTB&n « et sa mère ». 

Quant à la signification du mot rotort, elle me semble recevoir 
quelque lumière du passage suivant, emprunté à l'inscription 399 
de mon recueil : 

ûn-Dpïï mai w»n Nimbai ittrûrâm û?tto 

a Sama' lu et son épouse et leurs enfants (d'eux deux) ont élargi et 
creusé dans le roc un tombeau», rùian a le sens d' « épouse, com- 
pagne, associée, celle qui partage nos soins, qui nous console, qui 
nous ménage », ou quelque chose d'approchant. Remarquez que 
nous avons aussi dans ce passage, comme dans notre inscription, 
le Tiba à côté de rûton. ^nba pourrait être une transposition de 
ibi ou de ibiK. La forme de ce mot rappelle aussi l'hébreu -nb^ 
« ce qui est né, l'enfant, la descendance ». L'a serait donc pour le 
i hébreu et le i sabéen. Ou bien le mot serait-il un pluriel alâwid, 
alâ-id? Peu importe, ces points de détails ne seront fixés que peu 
à peu, mais le sens de ces mots est parfaitement clair *. 
Je traduis donc provisoirement : 

« Béni et loué soit le nom du Miséricordieux qui est dans 
le ciel et (de, dans) Israël, et leur Dieu, le Seigneur de Juda [des 
Juifs), qui a protégé (?) son (leur) serviteur Schahîr m et sa mère 
(son oncle?) B. m. et son épouse (sa compagne, la compagne de 

1 L'arabe "nbN signifie « rebelle, injuste », et n'a rien à voir avec notre vocable, 
de même que la racine ^Uin dans les autres langues sémitiques n'a rien de commun 
avec notre mot lîirOlZîn. 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Schahir) Schams m , et leurs enfants [la 'postérité de Schahîr et 
de son épouse), mm et Abïscha'r et Ma-ir m (Malir m ou Mnkar- 
ram?) et tout leur bétail (?)... » 

Comme on le voit, pas la moindre lacune dans ce texte, par 
conséquent., pas de place pour ajouter, comme le veut M. Halévy, 
après Israël ou Yesuril (lecture de M. Halévy) les mots : «... et 
à . . ., ils ont remercié leurs dieux X, Y, Z et leur dieu Rbyhd ». 
D'ailleurs, après la lettre i qui suit le mot Israël, la pierre n° 395 
est intacte du côté gauche. Si M. Halévy veut maintenir sa tra- 
duction et l'hypothèse de ces additions, il lui faudra prouver que 
les deux morceaux ne forment pas une seule et même inscription, 
bien que se complétant si bien Tune l'autre au point de vue de la 
grammaire comme du sens et bien que trouvées encastrées dans 
la même muraille. Si M. Halévy le prouve, je m'inclinerai devant 
sa sagacité, que j'ai toujours admirée. Mais jusque-là, je considé- 
rerai cette inscription comme provenant d'Himyarites de nais- 
sance devenus Juifs ou judaïsants. 

biW est donc bien Israël et non Yesurel, et w m est « le Sei- 
gneur des Juifs », et non un dieu imaginaire Rbyhd. C'est ce que 
met hors de doute le parallélisme de bfrW et de "im m. 

Si M. Halévy ne trouve pas, dans ce texte, toutes les formes et 
expressions employées communément chez les anciens ou chez les 
véritables Israélites, il voudra bien prendre en considération 
qu'ici il ne s'agit pas de véritables Juifs, mais d'Himyarites con- 
vertis au judaïsme et qui probablement se souciaient peu des 
formules en usage chez les véritables Juifs. Ces derniers, vrai- 
semblablement, ne nous auraient pas laissé d'inscriptions votives 
ou autres, ni en Arabie ni ailleurs, car ils n'avaient pas l'habi- 
tude d'informer la postérité, par des inscriptions, de leurs faits et 
gestes, excepté lorsqu'ils voulaient conserver le nom d'un défunt; 
pour le reste, ils se servaient de livres, qui, d'ailleurs, ne sont 
eux-mêmes pas si communs. 

Il m'a paru intéressant de montrer la grande influence qu'ont 
exercée les Juifs en Arabie, de la fin du m e au vi e siècle de l'ère 
chrétienne. Qu'il me soit permis d'ajouter qu'il existe encore 
beaucoup d'inscriptions analogues dans l'Arabie méridionale et 
que, pour le progrès des études juives, une mission scientifique 
dans ces régions, où je connais l'emplacement exact de presque 
toutes les ruines anciennes, ne manquerait pas d'utilité. Aussi 
intéressantes seraient de nouvelles recherches sur les Falaschas, 
qui, en ce qui touche leur religion, se rattachent au Judaïsme de 
la même façon que les Himyarites, ainsi que je l'ai montré dans un 



NOTES ET MELANGES 125 

appendice au deuxième volume de mon ouvrage Shizze des Ge- 
schichte und Géographie Arabiens. Ne pourrait-on pas charger 
la même personne de ces deux missions, qui ont le môme objet? 

Edouard Glaser. 



MÉLANGES TALMUD1QUES ET MIDRASCHIQUES 

I 
■paôpns, ï^pn», F^'ipbN 

M. Kohut, notre excellent collaborateur, a donné du mot 
•p&oipbN une nouvelle interprétation que je demanderai la per- 
mission de contester 1 . 

On lit dans Schir Haschirim Rabba, sur i, 11 : anï *rin 
nmpa a* ,• n"nprf bu irisna v^bipbN vnbx imnrï it : ^b ïTiB3>a 
mav.rs ib« -,»n Nn« fm \ ,nw*\8n nba n»« «sî-d nn son 'n tpan 
« Nous te ferons des rangées d'or, dit le texte ; ces mots font 
allusion à la Tora, qu'a apprise "pjôipbtf, selon l'intention de 
Dieu. Avec des paillettes d'argent, ajoute le verset ; ce sont, dit 
R. Abba bar Kahna, les lettres ; les mots, dit R. Aha. » 

D'après M. Kohut, le Midrasch, jouant sur le mot "nin, qu'il 
compare à l'araméen amn, « rangée », dirait : « Par les mots : 
« des rangées d'or », il faut entendre la Tora, qu'étudient les 
écoles dans le sens de Dieu ». Le Midrasch penserait, en ce 
disant, à la disposition des écoles, qui étaient en forme de ran- 
gées. Pour arriver à cette explication, deux conditions sont seu- 
lement nécessaires, il faut lire mwbuî au lieu de Tabiû, et ■ptfbpoa 
au lieu de "jwbipbN. 

Il faut, à mon avis, autre chose encore ; il faut d 7 abord faire fi 
de la syntaxe ordinaire de la langue du Midrasch : jamais celle-ci 
ne se sert du passé pour exprimer le présent, et si elle avait voulu 
dire : « qu'étudient les écoles », elle aurait simplement employé 
le présent •p-i^-ibu;. Supposer qu'en effet le texte portait ■piatbttJ et 
que les copistes ont réduit le mot à TaVtD, c'est déjà plus difficile 

1 Voir lUvue, t. XXII, p. 208. 



12G REVUE DES ETUDES JUIVES 

et plus arbitraire. Il faut encore, et ceci est plus grave, que le 
Midrasch se soit condamné à une phrase inutile, qui ne rime à 
rien, je veux parler de la finale n'^-pn bttï injTD, « qu'étudient les 
écoles dans le sens de Dieu ». En français, ces mots n'ont guère 
de sens ; ils en ont moins encore en hébreu. 

Il faut, enfin, qu'oubliant d'éclairer sa lanterne, le Midrasch ait 
omis l'essentiel, le jeu de mots sur ïmn, uniquement pour amener 
ce remplissage « dans le sens de Dieu ». Si le Midrasch avait eu 
l'intention que lui prête M. Kohut, il aurait dit, par exemple : iî 
mntta ^n»iVi8 imnn. D'ailleurs, le contexte, que semble dédai- 
gner le savant rabbin de New-York, montre bien que l'interpré- 
tation porte sur le mot min, « Tora », et non sur la disposition 
des écoliers, de même que les rvmpa, qui signifient dans le langage 
post-biblique « signes de lecture », désignent, soit les lettres, soit 
les mots. 

Il faut donc trouver une autre interprétation de ce passage et je 
comprends que M. Jastrow, cherchant d'un autre côté, ait pensé à 
Onkelos pour expliquer le terme obscur "pNbipba. J'ignore par 
quelle voie il est arrivé à cette conclusion, mais voici comment je 
me l'imagine. M. Jastrow a vu que le Midrasch joue sur le plu- 
riel "mn, qu'il assimila à îmn « Tora ». « Nous te ferons des 
Tora d'or», dirait ainsi le texte du Cantique 1 . Reste à trouver 
cette deuxième Tora : c'est la traduction classique de la Tora faite 
par Onkelos ou Aquilas, traduction ayant une sorte de caractère 
religieux, puisqu'elle avait une valeur liturgique. 

Mais, au lieu de corriger la fin de la phrase, comme M. Jastrow, 
et de remplacer les mots rfnpn bia nnarû par oim^ïi b£> ïmriN p 
« neveu d'Adrien », je conserve ce texte, qui justifie l'interpréta- 
tion du Midrasch : « c'est la Loi qu'a apprise Aquilas avec l'assen- 
timent ou selon la pensée de Dieu ». Le Midrasch fait allusion, en 
ces mots, au passage de j. Megilla 11 c, où R. Elazar et R. Josué 
louent Aquilas d'avoir traduit la Tora, ou à b. Megilla 3 a. Si le 
Midrasch emploie le mot nïïb au lieu de ûJnn, c'est qu'il est do- 
miné par le souvenir des différents passages où Aquilas est loué 
d'avoir été étudier la Loi à l'école des deux grands docteurs 
Elazar et Josué 2 . C'est parce qu'il a été le disciple de ces maîtres, 
que, quoique né païen, il a si bien pu traduire le Pentateuque. 

Le savant éditeur de l'Aruch reproche encore à M. Jastrow 
d'avoir mal compris un passage du Targoum schéni sur Esther, 

1 C'est pour expliquer également le pluriel que le Targoum [ad loc.) parle des deux 
tables de la Loi. 

- Voir Tanhouma, Mischpatim, li ; Tanh., éd. Buber, II, p. 81. 



NOTES ET MELANGES 127 

i, 3, qui renferme un autre mot obscur, ■pb'^Ni M. Kohut donne 
de ce mot une explication qui lui paraît tout à fait naturelle, 
mais à laquelle, cependant, nous ne pouvons souscrire. 

Examinons le passage où figure ce mot. 

La reine de Saba propose à Salomon trois énigmes. Chacune 
d'elles est précédée de ce mot nn?: « qu'est ceci ? » puis, immédia- 
tement après commence l'énigme. Pour la troisième, même for- 
mule, puis viennent ces mots : amas min 'pïib'û tan a bva 'pbpns 
Nan. L'analogie exige que cette phrase fasse partie de l'énigme ; 
M. Kohut veut que jiïiVo ffl^na b"ïï« 'pbpnN soit une incidente, 
première difficulté. Et comment traduit-il cette phrase? «Que 
veut dire cette phrase obscure, l'énigme qui précède les autres, 
c'est-à-dire qui dépasse en difficulté les deux premières énigmes? » 

Singulière façon de s'exprimer, on l'avouera, que de dire : 
« qu'est cet oracle marchant à la tête de tous? » pour rendre cette 
pensée bien simple : « qu'est cette énigme plus difficile que les 
précédentes? » Si fauteur avait voulu rendre le mot énigme, il est 
probable, d'ailleurs, qu'il eût employé, sans crainte de se répéter, 
le terme dont il s'est servi plus haut, à savoir brro. Deuxième 
difficulté, à laquelle s'ajoute celle de voir dans le mot « oracle » 
le sens d'énigme. 

Mais, on va voir le danger qu'on court à vouloir faire des 
étymologies sans consulter le contexte. Après cette incidente, 
d'après M. Kohut, viendrait cette phrase : « Il fait entendre un 
grand bruit et courbe la tête comme un jonc». Il est clair que 
ces deux membres de phrases se tiennent et qu'ils doivent être 
commandés par une proposition où figure la cause de ces deux 
faits. C'est ce qu'ont très bien compris les anciens commentateurs, 
qui, devinant le sens de 'pbpnN, traduisent : « Un vent passe sur 
la tête de tous, il fait entendre un grand bruit et courbe la tête 
comme un jonc ». 

M. Paulus Cassel, respectant la traduction traditionnelle, se 
borne à corriger 'pbp-iK en 'pbp-iD, qu'il dérive de procella, et, par 
là, il échappe à toutes les objections que soulève l'hypothèse de 
M. Kohut 1 . 

Quant à la phrase rwrft p •pNbipnab, je comprends qu'elle ait 
exercé l'ingéniosité de ceux qui aiment à déchiffrer les rébus, mais 
elle a juste l'intérêt d'un rébus. Il est certain, qu'elle ne faisait 

1 Paulus Cassel, Ans Lit craint' u. Geschichte, partie hébraïque, p. 22, note 26. Il 
compare à Pline, introduction au livre XIX : Audax vita, scelerum plena, alhjuid 
seri, at ventos procellas recipiat. M. J. Levy, dans son Dictionnaire, I, p. 174, rat- 
tache "p;>p-|N au grec tOpoaxùXov, supaxù).wv = cOpoxXuSwv, vent de nord-est. Mais 
la diphtongue su est généralement rendue par IN ou DN. 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pas partie intégrante du passage primitif, elle interrompt sans 
utilité une proposition très limpide, et le Yalkout ne la connaît 
pas. C'est le griffonnage d'un copiste qui s'est glissé dans le texte : 
le bel avantage de reconstituer la pensée d'un copiste ! Au moins, 
M. Paulus Cassel essaie de rétablir ces trois mots dans le texte, 
en corrigeant ■pKbïp-TKb en "pabi^ON = oscula, et ïWrtt en nD"n« 
5= sponsio ! C'est trop d'esprit. 

II 

LA LÉTHARGIE DANS LE MIDRASCH. 

M. Kohut a contesté également l'explication du mot i-pmub 
donnée par un autre de nos collaborateurs, et ici encore nous 
ne pouvons nous ranger à son avis. 

Pour expliquer les allées et venues de Moïse et Aron, le Mid- 
rasch suppose que la tribu tout entière de Lévi était exempte de 
corvée : ty\"Wttaa rwiûb "nas rrn *ib btt isarna Le mot ïwicab 
répond parfaitement au grec ^siToupyte, qui a ce sens. M. Kohut 
est arrêté par la construction rtWBb *159, qui lui paraît « con- 
traire aux règles de la langue, car il faudrait plutôt dans ce 
cas îT-nob» -nas ». Aussi suppose-t-il que ■nse n'est que la glose de 
STViBb, qui aura passé de la marge dans le texte. 

Il faudrait alors que cette glose eût eu cette chance de bonne 
heure, puisque Tanhouma l'adopte et traduit le vocable grec par 
l'hébreu *ps rima*». 

Comment peut-on admettre un instant que, pour dire : « La tribu 
de Lévi était exempte de travaux », le Midrasch se soit exprimé 
ainsi : « était en léthargie ?» — Mais a léthargie », répond 
M. Kohut, est ici synonyme d'oisiveté, d'inaction. — C'est prêter 
bien inutilement au Midrasch une licence bizarre. 

C'est en même temps lui attribuer la pensée qu'il blâme la 
tribu de Lévi, ce qui est un contre-sens. Je n'appuie pas sur l'in- 
correction que présenterait une leçon comme celle que rétablit 
M. Kohut. ïranùb mn «.la tribu de Lévi était léthargie ». 

S'il est vrai maintenant que le Talmud emploie généralement 
l'adjectif "n^D avec la préposition j« , rien n'empêche que le 
Midrasch ait traité ce mot comme un adjectif biblique et qu'ici 
■>i3s soit à Y état construit. 

Israël Lévi. 



NOTES ET MELANGES 129 



QUELQUES MOTS MIDRASGHIQUES 

EMPRUNTÉS AU GREC 

I 

La nouvelle édition du Midrasch Schoher tob , publiée par 
M. Buber, d'après de nombreux mss. et enrichie par lui d'excel- 
lentes notes, me permet de compléter mon Glossaire des mots 
grecs qu'on trouve dans la littérature midraschique. 

Mais avant de m'occuper des mots nouveaux, je tiens à faire 
une rectification. J'ai traduit le mot wpm» (auyYi) par « rayon ». 
C'est là, en effet, le sens primitif du mot grec, mais ce mot n'a 
pas cette signification dans le passage cité (Midrasch Schir ha- 
schirim, s. i>., ^n^ip pnt, à la fin de f° 31 b ; dans l'ancienne édi- 
tion f° 36&). Voici ce passage : « Sous quelle forme le feu leur 
apparut-il? R. Eléazar dit : « Gomme une planète. R. Samuel dit : 
Comme l'aurore ». Car en grec moderne, le mot auy^i signifie « au- 
rore », et il a déjà ce sens dans les Actes des Apôtres, 20, 11 : 
ôtuXr;6oç à^pi? «ùpiç, mots qui sont rendus en syriaque par cette tra- 
duction : triss pbo*. ntw bb»E mm. 

Arrivons maintenant aux mots nouveaux, "pao^a, dans l'édi- 
tion Buber du Schoher tob, 27, 4. Là, le mot ^noem (Proverbes, 
xxx, 9) est traduit par inatan «j'abandonne » avec cette addition : 
•paa^DN imN aî2 3iT^ fT ïii»ba pi». C'est le mot àicèvcn, 3 e pers. 
sing. de l'imp., « il a fait défection ». En grec, les mots « il Ta 
délaissé », se traduisent par à-aimi [il fit défection]. Il faut donc 
corriger, dans ■prwsa, le n en i ; le \ a sans doute été ajouté 
pour que le mot ne se termine pas par un i . 

■^aa, «xvq « ruse », d'après YAruhh, dans Yelamdênou. Ce 
mot est connu. 

moe 5obD*n, ôiTc^ dToa, édifice avec un double portique {Sch. t., 
éd. Buber, f° 93). 

mabfta [Sch. t., 78) : mn y»M "™ N wn'Hn anttirp 'm n^h '-) 
rs7Du: n"«:b/3D &o"i i^nis fifciïJi mm C'est sans doute le x^aiXeuv, 
caméléon. La difficulté, c'est qu'il y a les mots mn y>E. 

V^DTvjo^tt {ibid., 90) : vra* p Nb '3ta mD?3 mrr ■pb'ttnnBû'"» 
Bnn ynvn wa baa -:•:. Il faut lire 'p^biDi^tt « Moïse était un 
habitant de la capitale », en d'autres termes, il avait droit de cité 

T. XXIII, N° 45. s 



13u REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(comme les anges) dans les régions célestes, il n'y était pas con- 
sidéré comme un étranger. 

Nb"W, apiAov, Amylon. Cf. Mussafia. 

Nnbpbp {Sch. t., 75, § 4, *»*H&n), petite coupe. 

D^obnp (II). 18, §7), ï-ît^ o^ï*?. J'avais identifié ce mot avec 
clypeus. Je crois plutôt que c'est le mot xwvoc, pointe de casque, 
casque : « R. Abbahu dit : Ils entourèrent David (û-nran*) comme 
une couronne entoure (la tête). R. Yannaï dit : Comme le casque 
entoure la tête ». 



II 

M. Moïse Schwab ne croit pas pouvoir admettre avec moi que 
le mot D-rçoronp, qui se trouve dans J. Baba batra, vu, et dans 
d'autres passages, signifie « filou, bateleur, tricheur », et il per- 
siste à le traduire comme R. Hananel. Mon désir d'éclairer ce 
point et l'estime que j'éprouve pour M. Schwab m'engagent à 
soumettre à un nouvel examen tous les passages qui contiennent 
ce mot. 

Est-ce un simple hasard que dans Rosch Haschana, I, 5, et 
dans Synhédrin, III, 3, le « joueur de dés », que le code rab- 
binique déclare indigne de porter témoignage dans un procès, 
est appelé chaque fois wmpa prne», et non pas DiûDTWP. et est- 
ce aussi par hasard que le o^o^mp est mentionné avec le voleur . 
Cette difficulté paraît déjà avoir frappé Raschi, car dans Hullin, 
92 6, et dans Baba baira, 92 &, il a soin de distinguer le D^omip 
du «rcnpn pTOfc (le joueur de dés) et d'expliquer le premier mot 
par rmosa npib. R. Tarn et R. Hananel trouvent également étrange 
que le « joueur de dés » (c'est ainsi qu'ils traduisent wov^) 
soit placé dans la même catégorie que le voleur. Il leur parait 
surtout singulier que, d'après le Talmud, le patriarche Jacob 
demande à l'ange s'il est un voleur ou un joueur de dés, puisqu il 
ne se montre que la nuit. Or, le joueur de dés n'a pas besoin de 
se cacher pendant le jour, comme le voleur. 

Il est vrai que ces deux commentateurs résolvent ensuite la dif- 
ficulté en disant que le joueur de dés craint également de se faire 
voir en plein jour, comme le voleur, parce que sa passion du jeu 
le pousse à faire des dettes, dont il ne peut pas s'acquitter. Mais, 
on l'avouera, cette explication est bien forcée. Car s'il y a des 
joueurs de dés qui perdent, il y en a d'autres qui gagnent et qui, 
par conséquent, n'ont pas besoin de se cacher. 



NOTES ET MÉLANGES 131 

Voici encore un passage où il est difficile de traduire o^aoïmp 
par « joueur de dés ». On lit dans Baba batra, 92 b, etJ. B. b., 
vin, 3 : -\y^n t^vTty in û}3 $jltt3i -nnnb iiv "Ditttt. « Si 
quelqu'un a vendu un esclave qui se trouve être un voleur ou un 
c^omp, la vente est valable. » Peut-il venir à l'esprit de quel- 
qu'un que si un esclave est reconnu, après la vente, comme 
s'adonnant au jeu de dés, le contrat soit déclaré nul ? Est-il sur- 
tout nécessaire que le Talmud dise que, dans ce cas, la vente est 
valable ? Mais dès que l'on admet que iraôYWp signifie « filou », 
ce passage devient très clair. On aurait, en effet, pu supposer que 
si quelqu'un achète un esclave qui se fait connaître ensuite comme 
voleur ou tricheur, la vente serait annulée. C'est pourquoi le Tal- 
mud croit nécessaire de déclarer que la vente est quand même 
valable, parce que tous les esclaves ont des tendances à voler ou 
à tricher : "Hrrtfï'N *s?i inbiiD. 

Dans Behhorot, 5 #, également dans ce passage : asii ûsm tttDJq 
D^EDTSnp in îtït, le dernier mot est synonyme de nsru Car il ne 
peut être question que de vol, et nullement de jeu de dés. 

On voit donc que dans ces divers passages, le mot D^DTmp ne 
peut signifier que « bateleur, filou ou tricheur ». 

Examinons maintenant ce mot au point de vue philologique. 
M. Schwab a raison de dire que xopurni-niç .signifie « sauteur », mais 
il signifie aussi « bateleur ». De là, par extension « filou », le 
filou, comme le bateleur et le prestidigitateur, sait faire entrer 
dans ses poches des objets appartenant à autrui. Du reste, comme 
le remarque M. Schwab, le Talmud et les Midraschim renferment 
parfois des mots grecs qui ne se rencontrent pas dans les textes 
grecs ou, du moins ne s'y rencontrent pas avec le même sens. 
Ainsi, dans toute la littérature grecque, on ne trouve pas le mot 
xocrjxoxpaTwp avec le sens de « gouverneur d'un grand royaume », tan- 
dis qu'il a souvent cette signification dans le Midrasch. Ce même 
mot ne se rencontre que chez les Pères de l'Église avec le sens de 
« souverain de ce monde-ci, Satan ». Le mot xuPktojtyiç peut donc 
également avoir un sens spécial dans les passages talmudiques 
que nous avons cités et signifier, comme nw, « filou, voleur ». 
M. Sachs cite encore le mot XouSapio;, qui se trouve souvent dans le 
Midrasch et que les glossaires ne mentionnent pas. Il en est de 
même de notre mot xopurriT^. 

FURST. 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 



LE SURNOM DU CARAÏTE BEN-SITA 



Dans sa Notice sur la lexicographie hébraïque (Journal 
asiate 1862, p. 230), M. A. Neubauer a publié une glose d'un 
rns. de la Bodléïenne (Hunt. 155 ; catal. de M. Neubauer, n° 316) 
qui contient le commentaire de Kimhi sur Ézéchiel et des notes 
marginales formées d'extraits d'anciens commentaires. Cette glose 
nous fait connaître une interprétation très singulière d'Anan 
concernant Ézéchiel, xvm, 6, et l'objection élevée par Ben-Sita 
contre cette explication. Ce dernier, qui est sans doute le même 
que le Ben-Sita mentionné par Ibn Ezra et contemporain de Saa- 
dia, porte, dans cette note, le surnom de "n^ba 13N. M. Neubauer 
transcrit ce nom « Abou-Ari », Fùrst [Geschichte des Karâer- 
thums, II, p. 33) « Abu-el-Ora », et A. Geiger (Jùdische Zeit- 
schrift, II, p. 151) « Abul-Ora ». Tout le passage cité par M. Neu- 
bauer, et cité par le ms. au nom d'Ibn Djanah, se trouve avec 
quelques légères variantes dans le commentaire d'Ibn-Balam sur 
Ezéchiel, mais sans la mention du nom d'Ibn Djanah. Chez Ibn- 
Balam, notre Caraïte s'appelle "noba "dn, et c'est là, à mon avis, 
son vrai nom. Car, autant que je sache, on ne trouve pas chez les 
Arabes le nom de ■njb» -dn, en tout cas il n'est indiqué ni dans le 
Kamus ni dans les tableaux généalogiques publiés par Wùstenfeld, 
tandis qu'on rencontre le nom de "nobN ma. Il se prononce Abu-1- 
Sari et était encore porté par un autre Caraïte connu, Sahl ben 
Maçliah (Munk, Notice sur Abou'l-Walid, dans le Journal asiat., 
1850, p. 301 ; Pinsker, Likkutè Kadmoniyôt, p. 168 ; Fùrst, 
Geschîchte, II, p. 90). Ce nom n'était pas seulement en usage chez 
les Caraïtes, mais aussi chez les Samaritains. On le trouve, à côté 
d'une forme analogue, dans un papyrus originaire de Fayyum, 
qui contient une lettre privée qui fut probablement écrite par un 
Samaritain. (Cf. D.-H. Mùller et D. Kaufmann, Ueber die lie- 
brœischen Papyrus, dans les Mittheilungen ans der Sammlung 
der Papyrus des Erzherzog Rainer, 1-2, p. 43.) 

M. Neubauer suppose que le passage en question, que le glos- 
sateur a transcrit dans lems. au nom d'Ibn-Djanah, est emprunté 
au Kitâb at-Taschwîr. Mais, à en juger par les fragments que 
nous possédons de cet ouvrage et par la reconstitution qu'en ont 
faite MM. J. et H. Derenbourg dans ses parties essentielles (Opus- 
cules, p. xxxvi et suiv.), on peut affirmer que le Kitâb at-Ta- 
schivir ne s'occupe que de questions grammaticales. Il n'est donc 



NOTES ET MELANGES 133 

pas probable que le passage cité par la glose s'y trouvât. Gela me 
parait d'autant moins probable que les objections rapportées dans 
la glose contre l'explication qu'elle cite ne sont pas formulées 
contre cette singularité grammaticale de faire dériver le mot û-nïi 
de la racine mn, mais contre l'interprétation bizarre de l'en- 
semble du verset. Or nous savons que dans ses ouvrages Ibn 
Djanah n'a pas l'habitude de se laisser aller à des digressions 
étrangères à la question qu'il traite. Du reste, il n'y a pas lieu 
de s'étonner qu'Ibn Djanah ne parle nulle part des Caraïtes, car 
Hayyoudj avait mis leurs grammairiens dans l'ombre et leurs 
œuvres étaient sans valeur pour Ibn Djanah. Ce dernier n'était 
pas non plus disposé à combattre leurs idées surannées sur la 
grammaire, car il avait en général peu de goût pour la polémique 
et il ne s'attaquait qu'à ceux qui attaquaient sa personne ou ses 
doctrines grammaticales. 

Je crois donc pouvoir conclure que le passage mentionné dans 
notre glose est emprunté à Ben Balam, qui prenait assez souvent 
à partie les exégètes caraïtes, et que c'est par erreur que le glos- 
sateur a écrit a"« = nwa n»N, au lieu de n"a == d^bn *i738. De fait, 
le ms. de la Bodléïenne contient encore d'autres gloses empruntées 
à Ben Balam, que M. Neubauer a eu l'obligeance de me commu- 
niquer, et que je publierai avec son commentaire sur Ézéchiel, 
commentaire que nous ne possédons que par fragments, dès que 
le temps et les circonstances me le permettront. 

ISRAELSOHN. 



LE BAISEMENT DES MAINS DANS LE ZOïïAR l 



Le récit du Zohar qui raconte qu'Eléazar baisa les mains de 
son père Simon ben Yohaï immédiatement après que ce dernier 
fut mort, offre une analogie frappante avec la légende rapportée 
par Gavison dans le îirDiBtt n»i? (sur Proverbes, xvn, 6) et qui 
était probablement répandue depuis longtemps dans les milieux 
judéo-espagnols. Quand Isaac Alfassi fut sur le point de mourir, 
dit cette légende, un jeune garçon, d'environ cinq ans, entra 
dans sa chambre et lui baisa la main. Cet enfant était Moïse ben 

1 Voir Revue des Études juives, tome XXII, p. 137. 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Maimoun. L'illustre philosophe aurait déclaré que c'est à ce bai- 
sement de main qu'il dut sa grandeur, parce que cet acte de 
respect le mit en possession d'une partie de la sagesse d'Alfassi. 

Cette légende présente un anachronisme. Mais on peut le faire 
disparaître en acceptant la rectification proposée par M. J. Mi- 
chael, propriétaire d'une célèbre bibliothèque, qui émet l'avis, 
dans son dictionnaire bibliographique b^rrti ma, p. 534, de rem- 
placer, dans cette légende, Isaac Alfassi par son disciple Joseph 
ibn Migasch, qui comptait parmi ses élèves Maimoun, le père de 
Moïse Maïmonide. A la mort d'Ibn Migasch, Moïse avait, en effet, 
six ans, âge qui coïncide exactement avec l'indication de notre 
légende. Il est certain qu'une môme pensée a inspiré le récit du 
Zohar et la légende rapportée par Gavison. Dans les deux scènes, 
il s'agit d'un baiser déposé sur la main d'un maître bienaimé qui 
va mourir. 

J'ajouterai, en terminant, que dans une comparaison faite par 
Simon ben Lakisch, l'illustre Amora du ni siècle, il est également 
question du baisement de mains. Mais, là aussi il ressort du con- 
texte que cette façon de témoigner son respect était étrangère aux 
yeux des Palestiniens. Il s'agit, dans cette comparaison, de deux 
athlètes qui luttent ensemble. L'un d'eux, se voyant sur le point 
de succomber, baise la main de son adversaire pour calmer son 
ardeur belliqueuse. (Cf. Tanhuma sur tîrpi, au commencement; 
Die Agada der palàstinensischen Amorâer, I er vol., p. 386.) 

Budapest. 

W. Bâcher. 



UN MOT SUR DEUX VERSIONS DU PENTATEUQUE 

L'article, d'ailleurs très intéressant, de M. L. Belleli {Revue, 
XXII, p. 250-263) appelle quelques remarques. 

P. 250, il est dit : « et de citations qu'on trouve chez 

» différents auteurs il semble résulter qu'il existe deux autres 
» exemplaires, l'un à Amsterdam, Vautre à Parme dans la Bi- 
» Uiothèque Derossiana ». Pour ce dernier exemplaire, je puis 
dire qu'il se trouve réellement, et en état de parfaite conservation, 
dans cette Bibliothèque, comme, du reste, l'indique le Catalogue 
des livres imprimés De Rossi (Parme 1812, Bibl. Polygl., n° 5). 



NOTES KT MELANGES 138 

Le nom de l'imprimeur de cette édition, que l'on lit au bas du 
frontispice est : 

Elïezer fils de Gershom Soncino ; et non « Elïezer Belihar (sic) 
Gerson Sonsino », comme le dit M. B., qui a pris l'abréviation 
bien connue -i"Dn pour un nom propre. On sait que le célèbre 
Ghersom Soncino mourut à Salonique en 1534 et laissa trois fils : 
Elïezer, Moïse et Yeshua. Le premier, après avoir achevé l'im- 
pression du Michlol, laissée interrompue par son père, imprima 
plusieurs livres à Salonique et ensuite à Gonstantinople. 

P. 251. D'après la déclaration du frontispice dont j'ai parlé tout 
à l'heure, et que M. B., d'ailleurs cite aussi (p. 251), il semble 
qu'outre, le Pentateuque, l'imprimeur avait eu l'intention d'ajouter 
au volume les rmaBïi et les cinq Meghillot, mais il paraît qu'il 
n'en lit rien, puisque l'impression finit avec la n^-inn nan 's. En 
outre, il déclare qu'il donne le texte du Pentateuque avec le 
Targown et le commentaire de Raschi et qu'il y joint la traduc- 
tion grecque et la version en langue vulgaire (c'est-à-dire en espa- 
gnol), les deux langues en usage auprès des Israélites de Tur- 
quie, pour rendre plus facile et plus prompte la lecture du texte 
aux jeunes gens israélites mirabn vnB T^b "ptDbai "or 'piaba 
trvswn ban^i î-mm *iht ïitîi bnrr mbà i^e* *aaà rnbamwîi 
nmb irran ûaiioVi baniûi ^a -n^ab b*?nnb i*ra »...ïwunn matnfia 
mnut. Le but de la traduction grecque est donc ici le même 
que celui de l'édition du Job de 1576. — Si, pourtant, on lisait 
dans les synagogues la traduction grecque de quelques tmuDn, 
comme c'est le cas pour celle du ties ûv nri372 (voir ci-après) 
et de la même façon que dans quelques communautés d'Italie, 
jusqu'à ces dernières années, l'on faisait des sermons en espa- 
gnol et l'on chantait des ma^p le 9 d'Ab, en sicilien et même 
en barbaresque, je doute fort qu'il en ait jamais été ainsi pour la 
lecture publique de la rmn, qui suivant les rabbins devait se 
lire bianri -nwXi Nnp^ h^W. On ne se servait des traductions 
grecque et espagnole que dans les réunions scolaires dans un but 
de vulgarisation et d'étude. 

Quant à la version grecque du livre de Jonas, qui se trouve 
dans le manuscrit de Bologne, 35*74 A, M. B. me permettra de 

lui faire une petite querelle. Il dit à ce propos : « J'ai vu un 

» livre de prières manuscrit provenant de La Canée, actuellement 
» à la Bibliothèque de l'Université de Bologne. . . » Il est regret- 
table qu'il ait oublié que ce manuscrit, important sous beaucoup 
d'autres rapports, a été décrit par moi longuement dans mon 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Catalogue des mss. de Bologne (n° 12, pp. 12-18), qui a paru en 
1888. S'il lavait lu, il aurait vu que j'y cite déjà le manuscrit de 
la Bodléienne, dont mon éminent ami M. A. Neubauer a donné un 
spécimen; que j'y ai transcrit les trois premiers versets des 
chapitres i et ni du livre de Jonas, texte original et traduction 
grecque en faisant remarquer que, d'après la comparaison de ces 
versets me semblait la même traduction et que c'est moi qui ai 
soupçonné et établi, pour l'exemplaire de Bologne, sa provenance 
de La Canée. Enfin, il aurait pu voir que, au même endroit, j'ai 
déjà indiqué, d'après Steinschneider (« Mosé », art. II, sur Candie, 
p. 412), que le R. Meïr Padoa [Meïr Katzenelbogen b. Israël, — 
né en 14*70 environ, mort en 1565, — rabbin à Padoue, dont les 
n""Mi ont paru pour la première fois, à Venise, en 1553] dans sa 
Consultation, n°78, dit qu'il existait déjà l'usage de lire la imu&ïi 
de Yom Kippur dans la langue du pays. C'est pourquoi là-dessus 
même, il n'y a aucun doute. 

L. Modona. 



LES MÉDAILLES DE LA COLLECTION STRAUSS 



La collection Strauss, composée d'objets relatifs au culte juif et à 
l'art juif durant le moyen âge et la Renaissance, a été achetée par 
M me la baronne Nathaniel de Rothschild et offerte par elle au mu- 
sée de Cluny. Depuis qu'a paru la description de cette collection, 
faite lors de l'Exposition universelle de 1878, par George Stenne 
(pseudonyme de D. Schornstein), elle a reçu de notables augmen- 
tations, entre autres une série de médailles hébraïques. Ces mé- 
dailles ne sont pas toutes d'égale valeur ; les unes ont été frappées 
probablement en commémoration de l'inauguration d'une syna- 
gogue, par exemple celle qui porte au revers les mots « parvis de 
Salomon » en exergue d'une figure de temple plutôt grec qu'orien- 
tal, et dont le droit offre une tête couronnée de fer, intitulée : « le 
roi Salomon » (xvr 3 ou xvir 3 siècle). De même, une pièce moderne 
figurant « le grand-prêtre Aron » avec ses attributs. Je ne parle 
pas d'un sicle, dont il suffît de dire que la légende est en carac- 
tères carrés pour signaler son inauthenticité. 

Les autres, qui sont plus intéressantes, méritent d'être relevées 
et examinées : 



NOTES ET MÉLANfîES 137 

1° Une pièce en or, d'un flan assez mince, grand module (me- 
surant 0,055 mm de diamètre et pesant 18 gr. 35), est remar- 
quable par la frappe et par les inscriptions. Droit : en exergue, 
entre deux circonférences de grainetis et fleurs de lys à tige cou- 
pée, on lit les premiers mots de chacun des dix commandements. 
Au centre, un petit cercle dont la bande circulaire contient les trois 
noms d'anges : Gabriel, Raphaël, Michael. Cette sorte d'écu a 
pour support, à droite et à gauche, un ange debout, aux formes 
archaïques et grêles. Au-dessous un troisième ange, dont on ne 
voit que la tête et les ailes. 

Revers (verso) : Dans un encadrement pareil à celui de la face, 
on lit les mots : 

mrraa ïrûm nsan naffia unpttrï mai 'uji^prr w ûb^-i-p 

Ainsi, après les mots « Jérusalem la ville sainte et le Temple », 
il y a le mot Van, qui n'est suivi d'aucune date, mais d'une for- 
mule votive, qu'il est d'usage d'énoncer à la suite du nom de la 
capitale de la Terre-Sainte. Cependant il n'est pas impossible 
d'admettre que les trois derniers mots forment un chronogramme. 
La supputation de la valeur de toutes les lettres (car aucune n'est 
ponctuée) donne le chiffre 1241 (457 -f- 532 -f 252) ; si, de plus, on 
consent à pousser l'hypothèse plus loin et à prendre les mille 
pour un comput vague (= 5000), on aura 1241 = 1481, date très 
acceptable pour les numismates, car il y a des .médailles ana- 
logues de forme remontant à Charles VIII. 

2° Une amulette en bronze, pour être suspendue au cou par 
une bélière, a, d'un côté, en exergue, les noms d'anges « Aglaé, 
Rafaël, Schabtaï, Michel, Gabriel, Samael, Sadkiel, Anael ». Puis, 
en petites circonférences concentriques, les versets de Psaumes, 
cxxxiv, 4, et Deutéron., xxviii, 6. Au centre, les mots : « Au Dieu 
d'Israël ». De l'autre côté sont disposés, de la même façon, les ver- 
sets de Proverbes, m, 26 (dont chaque mot est séparé du suivant 
par un des signes du zodiaque), puis le mot initial des trois 
parties de la bénédiction sacerdotale (Nombres, vi, 24-26); en- 
suite les versets de Deutéron., xxviii, 10, Genèse, xlix, 18, et 
Malachie, m, 20. Au centre : « Métatron, le prince de la face»; 
enfin, la formule yntDantf, six lettres cabbalistiques dont nous 
ignorons le sens et que nous n'avons pu trouver même au Séfer 
Raziel. A la suite d'une lettre sur cette question adressée à M. le 
grand-rabbin Wogue \ une hypothèse nous a été suggérée par 
M. le rabbin Armand Bloch : c'est de lire les six lettres précitées 
ym":nN. Ce serait alors l'acrostiche de la première phrase de la 

1 Univers israélite du lo décembre 1890.' 



138 REVUE DES ETtfDES JUIVES 

prière célèbre de R. Nehunia b. Ilakana. Les traits abréviatifs " 
près du yod ont pu faire croire au graveur » qu'il existait, sur la 
copie placée devant lui, un -o ; d'autre part, le a et le a se con- 
fondent aisément, ainsi que le a et le n. 

3° Autre amulette, en cuivre doré, semi-juive, semi-chrétienne. 
D'un côté, au milieu, un carré contient le tétragramme divin 
écrit de douze façons différentes ; ce carré est entouré des quatre 
noms d'anges précités (au 1°). 

L'autre côté est ainsi composé : La circonférence d'exergue 
commence par une petite croix -J-, suivie d'assemblages bizarres 
de lettres : mapi? ,îrirr , "lanp , "ittNttUînn 2 . Puis, des frag- 
ments des versets d'Exode, 111, 15; Psaumes, lxxii, 17, et Isaïe, 
ix, 5. En plus petite circonférence, les mots « Yoatsel, Gabriel ; 
richesse, paix ». Plus au centre : sWiïT , ïtodît , snsr , W\ 
njittfp ; puis le verset d'Exode, ni, 15, en entier; les abré- 
viations de mystère cabalistique : Via , *\ ,3 , 1 , 3 , ib*> , -o ,^i 
bsn , iNtî , ttib , 305 / £02. 

Enfin, tout au milieu, une tête nimbée de Christ, et au-dessous 
l'expression trasn ûnb, « pain propitiatoire », sans doute par allu- 
sion à l'hostie. — En tout cas, c'est l'œuvre d'un Juif converti, 
faite dans un but de conversion. 

Nul secours n'est à tirer des deux autres exemplaires de cette 
même pièce qui se trouvent au cabinet des médailles et antiques 
de la Bibliothèque nationale : ils sont par trop frustes pour laisser 
lire le moindre mot. On sait aussi qu'au milieu de divers talismans 
et amulettes, Appel 3 a dû avoir sous les yeux un exemplaire de 
la même pièce (argent, 16 gr.), avec cette seule différence qu'il y 
avait, de plus, 3 fleurs de lys ; mais les citations hébraïques sont 
si estropiées par la typographie, qu'il devient impossible d'en lire 
un mot. 

Enfin, la collection contient une cruche, ayant servi sans doute 
à laver les mains des Cohanim avant la bénédiction sacerdotale ; 
sur la panse, on voit les deux lettres »p, probablement les initiales 
du donateur (ou abrégé de rsroft "pnp). 

Moïse Schwab. 



1 Car le texte figuré sur la médaille est certain. 

s La première lettre n'est pas sûrement un p et peut se lire 73; Dans ce cas, ce 
cas, ce serait peut-être ïlfà'ûnfà, nom de la reine des fourmis qui prêcha à Salomon 
la modestie [Beth Ilammidrasch, de Jellenek, t. V, p. 22-20). On peut aussi com- 
parer à notre pièce une médaille citée par M. Gudemann, Gcschichte d. Erzichungstoe- 
sens. . . in Italien, p. 235. 

3 Mûnzc ù. Medaillen der Republiken des Repertorium zur Mûuzkunde des Mit- 
telalters, B. iv, 2 te Abtheil (Wien, 1829), n° 4864 A , pp. 1108-9. 



NOTES ET MELANGES 139 



LA FAMILLE CASTELLAZZO 



Outre le peintre Mose 2 , qui offrit l'hospitalité à David Reubeni 
pendant son séjour à Venise, la famille Castellazzo, qui a emprunté 
son nom à une localité de l'Italie, a encore produit, pendant plus 
d'un siècle, des hommes qui se sont illustrés dans la littérature 
juive. Pendant trois générations, ils occupent un rang élevé dans 
le rabbinat du Caire, à côté d'autres rabhins éminents. 

Le chef de la branche établie en Egypte fut Yehiel Castellazzo, 
contemporain de Joseph Caro et de David ibn Abi Zimra. Azulaï 3 
eut entre les mains une Consultation de l'année 1553, où Yehiel 
prend vivement à partie Joseph Caro. Comme nous l'apprend son 
fils Siméon, Yehiel fut le maître de Caro. 

Ce Siméon Castellazzo, auquel on avait donné, comme à son 
père, le surnom d'Aschkenasi pour indiquer qu'il n'était pas d'ori- 
gine orientale, se distinguait par ses connaissances étendues et sa 
profonde piété de cabbaliste ; il jouissait d'une très grande autorité 
parmi ses collègues du rabbinat du Caire. David Conforte 4 a vu 
une décision rabbinique émanant de Josua Soncin, qui était 
rabbin à Constantinople du temps de Don Joseph Nassi, et dans 
laquelle Soncin invoque l'opinion des trois rabbins Isaac Luria, 
Beçalel Aschkenasi et Siméon Castellazzo. Ce dernier était un 
élève de David ibn Abi Zimra. Nous possédons un document con- 
tenant une déclaration collective du rabbinat du Caire de l'année 
1585, qui est signée, entre autres, de Siméon ben Yehiel Cas- 

1 Voir Revue, t. XXII, p. 291. 

* M. le rabbin M. Grùnwald m'a fait observer que le document que j'ai publié 
dans la Revue (XXII, p. 293) se trouve imprimé dans les Documenti per servire 
alla Storia délia Tipografta Veneziana p. 116, d'Ab. Rinaldo Fulin. Il s'est glissé 
des fautes d'impression dans le document publié par la Revue. Je signale les sui- 
vantes : 

Ligne 1, au lieu de : travendo, lisez havendo. 

— 3, — quilli, — quelli. 

— 8, — vecbiosa, — vechieza. 

— 13, — pui linque, — più lingue. 

— 19, — piclyta — inclita. 

— 21 , — posta, — possa. 

— 22, — tat, — tal. 

— » — alum, — alcun. 

— 24, — SollitaEle... — solita Clementia. 

— » — coso — cose. 

— 28, — darissimi — clarissimi. 
3 DibYMÎl ÛÏ5, éd. Benjacob, I, X'n. 

* nnwi siip f° 40£. 



140 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tellazzo 1 et de Beçalel Aschkenasi. Dans cette déclaration, les 
rabbins du Caire remettent en vigueur une ancienne décision prise 
en 1509 par le naguid Isaac Cohen Scholal et en vertu de laquelle 
les savants de Jérusalem étaient exemptés de tout impôt. Beçalel 
mentionne aussi son collègue dans ses Consultations 2 , il le nomme 
Siméon Aschkenasi. David Conforte 3 a eu raison d'identifier ce 
Siméon avec Siméon Castellazzo. 

Siméon était considéré comme une des autorités rabbiniques de 
son temps. On s'adressait à lui des pays les plus éloignés, et il eut 
ainsi l'occasion de faire connaître, dans des Consultations, son opi- 
nion sur bien des questions de casuistique. Conforte 4 eut entre les 
mains un recueil de ces Consultations ; ce recueil était également 
connu de Joseph Sambari 5 . Azulaï ,! rapporte qu'il avait en sa 
possession près de 80 Consultations de Siméon, il fait aussi remar- 
quer qu'on trouve des traces de ces Consultations dans les écrits 
de R. Hayyim Benveniste, R. Mardokhaï îlalévi, le rabbin du 
Caire, et R. Aaron ben Hayyim. Ce dernier a composé un recueil 
de Consultations où Ton trouve (n, 55) le nom de Siméon Castel- 
lazzo en bas d'une sentence prononcée par le rabbinat du Caire 
dans l'affaire de Don Joseph Nassi qui, à un certain moment, avait 
mis en émoi tous les rabbins de la Turquie et de l'Orient. 

Joseph Sambari nous apprend que Siméon avait encore composé 
un autre ouvrage, intitulé « Le rouleau des secrets 7 », et qui 
aurait été un commentaire sur le livre d'Esther. 

Les instructions qu'il laissa pour son enterrement se ressentent 
un peu de ses idées mystiques. Quand il mourut le 35 e jour de 
YOmer de l'année 1588 s , ses disciples seuls eurent le privilège de 
s'occuper de son inhumation. On ferma sa tombe avec la planche 
qui lui avait servi de pupitre pour y mettre ses livres, comme, 
d'après Conforte 9 , R. Salomon ben Isaac Halévi, mort en 1635, 
avait exprimé le désir qu'on fît son cercueil avec les planches 
de son pupitre. C'est ainsi, à en croire Bahya ben Ascher 10 , que 
les savants de France et les personnes pieuses d'Espagne faisaient 

1 Consultations d'Abraham Annakawa TftTl Ù^O (Livourne, 1871), II, 23 b : 

s n» 3G : b"pi:T iî^œn \w® n"!-;»r> pi-iaMan "p^tt tàwrt ùsnir 

3 nrmîi amp. f° 4i ». 

4 mTffin NTIp, f° 41 a et 50 a. 

5 Mediacval Jéwish Chroniclcs, éd. Neubauer, p. 1559. 

6 ûibvwrr ûia, I, p. îso. 

8 Joseph Sambari, p. 160 : h^lâH rûll) nSDttb dW ïl"bn 1^351. Azulaï a 
utilisé Sambari ou une source à laquelle tous les deux ont puisé. 
5 F» 46 b. 
10 3>mN ■jfîbUJ, éd. Mantoue, i'° 5 a. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

confectionner leurs cercueils avec la table où mangeaient les pau- 
vres qu'ils invitaient. 

D'après une relation conservée par Azulaï 1 , Siméon aurait 
perdu de son vivant treize fils. Il eut un fils dans sa vieillesse, 
qu'il appela Abigdor et qui le consola en partie des pertes dou- 
loureuses qu'il avait laites. Abigdor avait 16 ans quand son père 
mourut. Quand David Conforte 2 lit la connaissance, en 1652, de 
R. Moïse llaccohen Abigdor Castellazzo, qui avait été appelé de 
Salonique à Rhodes, de là à Damas et en dernier lieu au Caire, 
Abigdor était un vieillard de plus de quatre-vingts ans, fervent 
adepte de la Cabbale, comme son père, mais également très ins- 
truit et très pieux. Azulaï a appris par les Consultations de Jacob 
Faragi que le célèbre rabbin Ahron ben Hayyim avait été le col- 
lègue d'Abigdor au Caire. D'après une note de 1659, découverte par 
Azulaï, Abigdor aurait été âgé de près de 90 ans quand il mourut. 

Nous trouvons au xvn 9 siècle un homonyme de notre peintre, 
mais qui ne peut pas encore être considéré avec certitude comme 
membre de la famille Castellazzo. Ce Mose Castellazzo est men- 
tionné d'une façon élogieuse 3 dans les Consultations de Meïr de 
Boton, le fils aîné d'Abraham de Boton, le défenseur de Maïmo- 
nide. Il était également en correspondance avec R. Joseph ben 
Moïse di Trani 4 , qui mourut en 1639 rabbin de Constantinople, à 
l'âge de 11 ans. 

Dans le ms. du commentaire de Nachmanide sur Job, qui se 
trouve à Cambridge, un Menahem, de Castellazzo, a effacé le nom 
du premier copiste pour le remplacer par le sien 5 . Nous ne savons 
pas à quelle époque a vécu ce Menahem. 

Ce n'est qu'avec une certaine hésitation qu'aux membres de la 
famille Castellazzo j'ajoute un auteur qui résida à Venise, comme 
Mose di Castellazzo, mais qui pourrait bien être originaire de la 
Bohême et avoir tiré son nom d'une localité appelée Kosteletz. 

Nous possédons sur cet auteur peu de détails biographiques. 
Nous savons seulement qu'il fut, à Cracovie, le disciple de R. Cebi 
Hirsch ben Isaac Jacob, dont l'autorité était très grande dans les 

1 I, 2. 

* F» 49 b, 50 a. 

3 n°63: to» n"nn?:5 absittri ûbiûn D^nn brw banian am s-naia 

l"*12 VfcO^lUNp. Conforte (51 b) le cite, d'après cette Consultation, sous le nom 
de : n"E£?3 yfcÔ^Op ME)» "VÎT. Cf. Joseph Sambari, p. 151. 

4 ^anon ^''-it-ra r\"rû, i, 3i : y&ùalDp TOE "Hïtds 'm 'nïi ; et 50 : nn 

y^EïïNp 73""lïlb TQrD. D'après la suscriptiou du n° 51 : ybfcWCDNp Û"")n. 
Ce fut le seul de ses collègues du rabbinat qui eut le courage d'être d'un autre 
avis que R. Joseph di Trani. Cf. Conforte, f° 48 a. 

5 Schiller-Szinessy, Catalogue, p. 213. 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

questions de schehiia et de nihhur , et qui mourut dans cotte 
ville, le mardi 28 Heschwan de l'année 4353 (1592) *. Jacob pu- 
blia à Venise un extrait de l'ouvrage de son maître sur le nihhur, 
qui existe encore aujourd'hui en ras. à Cracovie, et il y ajouta la 
traduction italienne et espagnole des termes techniques hébreux 
et allemands -. Quand cet opuscule parut à Venise, en 1595, Juda 
de Modène ne dédaigna pas d'en célébrer les mérites dans des 
vers. A cette époque, Jacob était correcteur dans les imprimeries 
de Venise, où sa vaste érudition lui permettait d'être en même 
temps correcteur et auteur. Ainsi, quand l'imprimeur Jacob ben 
Gerson Bak, de Prague 5 , édita pour la première fois, à Venise, 
en 1598, l'ouvrage Tanna debê Eliahou, ce fut notre Jacob qui 
corrigea le texte de cet ouvrage, publié d'après un ancien ms. 
incorrect de 1186 4 . En 1599, il avait à surveiller l'impression d'un 
ouvrage du célèbre R. Liwa ben Beçalel, intitulé ^«W m«Bn, 
que ce même Bak édita à Venise. Il travaillait encore comme 
correcteur en 1612, année où il s'occupa d'un ouvrage que son 
ami Léon de Modène publia sur la mnémotechnie sous le titre de 
!"P*in sb, mais nous voyons, par un fait qui se passa en 1607, qu'il 
n'était pas seulement estimé à Venise comme correcteur, mais 
aussi comme autorité religieuse. Lorsque ses collègues Isaac ben 
Gerson 5 et Benzion Zarfati 6 préparèrent cette année-là une nou- 
velle édition des Consultations de R. Ascher ben Yehiel, ils lui 
firent l'honneur d'ajouter, à la fin de cette édition, deux de ses 
propres Consultations 7 . 

Ces Consultations examinent si certaines parties de viande et 
de graisse sont permises o.u défendues par le rite. Dans l'une, 
il est question de la treizième côte que la loi permet de manger, 
mais dont l'usage défend la consommation. Dans l'autre, il s'agit 
d'une couche graisseuse qui se trouve dans les reins et au sujet 
de laquelle les rabbins de Candie et de Constantinople avaient 
entamé une vive discussion pour savoir s'il était permis de la 
manger ou non. Le médecin Samuel Cuzano ("tiNTp) de Venise, qui 
jouissait d'une grande autorité religieuse, avait également publié 
une Consultation sur cette question, consultation que Jacob eut 
l'occasion de lire chez le fils de Samuel, Mose, et qu'il confirma en 

1 Ch. N. Dembitzer, "DT n'mblD, i'° 4a. 

* Steinschneider, Cat. BodL, n° 5557, p. 1224. 

3 Zunz, Zur Geschichte, p. 264. 

4 Mortara Jjpi^B"^ ^^H mSTtt, 63, noie 1. 

5 Steinschneider, l. c, n° 819U ; Ersch et Gruber, Encyclojrfdie, II, xxvm, p. 50, 
note 38. 

6 Cat. BodL, n» 7894. 

7 Les deux feuilles manquent dans certains exemplaires de cette édition, mais on 
les trouve dans les éditions ultérieures. 



NOTESIET MELANGES 143 

toutïpoint. A cette occasion, Jacob parle avec beaucoup d'éloges 
des sacrificateurs et des bouchers de Gracovie, dont il vante l'éru- 
dition talmudique, et il n'a, au contraire, que des paroles de regret 
pour leurs collègues d'Italie. La façon dont il juge la situation des 
Juifs d'Italie et la prédilection qu'il montre pour les usages des 
Juifs d'Allemagne, de Bohème, de Moravie et de Pologne semblent 
prouver avec évidence qu'il n'est pas né en Italie. 

Une note écrite par le médecin Samuel ben Moïse Maor Katon, 
qui Ta jugée digne d'être insérée dans le ras. 1623, 2°, f° 166, des 
mss. d'Oxford, nous apprend qu'Aron Jacob, comme il l'appelle, 
était très âgé * quand il vint le voir au printemps de l'année 1616. 
Il raconte qu'entre autres institutions utiles, Jacob organisa à 
Prague des réunions de prière matinales et fixa les prières qui 
devaient y être récitées 2 . Gomme des réunions de ce genre eurent 
lieu dès 1596, dans la communauté allemande de Venise 3 , on peut 
supposer qu'elles furent créées, dans cette ville, en partie par 
notre Jacob, qui en institua d'analogues à Prague. Peut-être a-t-il 
simplement imité un usage polonais en organisant ces réunions. 
Car il me semble bien que c'est à lui que fait allusion Ahron Be- 
rekya ben Moïse Modena^ le propagateur zélé de ces réunions ma- 
tinales, quand il parle d'un Polonais qui lui avait affirmé que cet 
usage de se réunir dès l'aube pour prier, qu'il voulait introduire 
dans son pays, existait dans l'Orient et l'Occident 4 . 

S'il est vrai, comme bien des détails nous le font présumer, que 
Jacob ben Joseph Cohen est originaire de la Bohême, il me sera 
peut-être permis de résoudre l'énigme que présente son nom de 
famille en supposant que ce nom de wn-ïiD est tout simplement 
la transcription du nom slave Sverina. 

David Kaufmann. 



1 M. Neubauer m'a communiqué le passage qui manque dans son catalogue, 
p. 566, mais se trouve dans le ms. : "|^7û73 TP5!rt3 113 "> 113 * !"î ÎTTin "'DlbiO 5|lS&!n 
T1Î1333 iy\j)2 OTO» iaitt 13*1. 

* C'est ainsi que je comprends ces mots : l j!Ti3!rï ÊWÎTnS 3p3tt "pïlN T3W0ÎD 

miEpN ma anafcfcsn amo p"pa pp^m n^ai ïf?aa nias ^n»n bnxn 

"Pnrijb nrPjl 110)3 ^Ipaïl. Ces deux derniers mots font peut-être allusion aux 
connaissances spéciales de Jacob dans le domaine de l'anatomie animale. 

3 Zunz, Die Ritus^ 151 . 

4 npnn rmEIZJN HO, Venise, 1720, f° 211 b : D3n 1115© ^73 ^53 1113113 

":-n mbîipE N3ïi iiî^pi t* jran»K ia\^ a^ "na-n wcBa -win 
a^ian ûttJanai an 'léirrp bbaa aba rnrn tDH3 niaa «■'alb'ib nriptt 
■rçsai i»b ira-ra mas t»5îti wri mbri aârim ..."pri by ^atDT 1 
boa -1113N ma->ii3t iia&nm a^anm taraain ^a Epaittpn tz^an 5533, 
-,-n fcrnp ^73->sp73i yiwto «ba r-nmpa tarwa t=ba nrp ^bsn W 
©aia a^abin ^ribit mabi ûïrwpfcbn ■Kpnbm arrn^bm art npian 
.nnian mb* anp rum n?ia in rmia tid 1733 arrnvooa Tiab 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

[Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
mais de V auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.') 



1. Ouvrages hébreux. 

*pD£ rTH5N 'O Igroth Zofon, neunzehn Briefe ûber Judenthum (in hebr. 
Lettern), von Samson Raphaël Hirsch, ...hebr. ûbersetzt, nebst einer 
ausfùhrlichen Biographie des Autors ini hebr. verfasst, von Moses Salo- 
mon Aronsohn. Vilna, impr. Roram, 5650 (1890) ; in-8° de 244 p. 

V'Ttï) nil^N S. D. Luzzatto's hebrâische Briefe gesammelt von seinem 
Sohne Dr. Isaias Luzzatto ; Herausgeber Eisig Graber; — 6 e partie. 
Cracovie, impr. Jos. Fischer, 5651 (1891) ; in-8°, p. 754-916. — 7 A - partie, 
ib., ïo., même date, p. 917-1076. 

rrntDi": *l£"lN Magazin der hebr. Literatur u. Wissenschaft, Poésie u. 
Bellestristik, edirt von Eisig Graber. — III. Jahrgang. Jaroslaw, impr. 
Jos. Fischer, de Cracovie, 1890 ; in-8°, pagination discontinue, pas même 
de table de matières ! 

Û^TIÏI TlK Umfassendes bibliographisches und literar-historisches Wœr- 
terbuch des rabbinischen Schriftthums aus dem literarischen Nachlasse 
Heimann Joseph Michael's, zum Drucke befœrdert von dessen Sœhne. 
Francfort-s.-M., libr. J. Kauffmann, 1891 ; in-8 n de viii-617 p. 

ÏTHnïl hy plPtt TIN '0 Commentaire du Pentateuque, par Israël Benjamin 
Lempert ; 2° partie. Je'rusalem, impr. Samuel Halle'vi Zuckermann, 5651 
(1891) ; in-4° de 24 ff. 

"^ïl "nbtf Eldad ha-Dani, seine Berichte ùber die X Stàmme und deren 
Ritus in verschiedenen Versionen nach Handschriften und alten Drucken, 
mit EinleituDg und Anmerkungen, nebst einem Excurse ùber die Fa- 
lascha und ihre Gebràuche, von Abraham Epstein. Presbourg, impr. 
Ad. Alkalay ; Wien, libr. Ch. D. Lippe, 1891 ; in-8° de li-192 p. 

ynNïl Haarez, Volksbuch zur Befôrderung jùd. Lebens und jùd. Cultur, 
hrsggb. von W. Jawitz. Erster Band. Jérusalem, s. impr., 5651 (1891); 
in-8° de 56 + 8 p.; zweiter Band, ibid., 5651 ; in-8°, chiffré p. 57-100, 
9-16, 1-8. 



BIBLIOGRAPHIE lit; 

Cin" :\i;'b rtS^a 'D Considérations sur les te;wj»s de l'Eccle'siaste, et 
notes sur divers sujets, par Moïse Hayyim Triwask. Varsovie, impr. Josef 
Lebenson, 1890; in-8° de 32 p. 

3p^ mn 'D Beth Jacob, enthalt Exegesen u. erlauterndc Betrachtungcn 
iïber mebrere duukle Stellen der beiligen Scbrift, nebst einer Sammluug 
bebr. Dichtungen, von Jacob Marcus Feldbau. Czernowitz, libr. Elie 
llalpcrn, 1891 ; in-8° de 28-(l) il". 

"inj>a 131 apJ'' miKIÛ Considérations sur la situation des Israélites russes, 
par un anonyme qui signe "j — i — y. — Versailles, impi\ Cerf, 1891 ; 
in-8° de 11p. 

o73^7:n 'îl nmn b? YK" 1 "•"D'I « Les paroles lumineuses sur les problèmes 
difficiles du livre de Moïse au point de vue de la logique (!) » ; tomes II 
à V, par E. Roller. Wien, impr. A. Fanto, 1890; in 8°. de (iv)-127 p. 

bine "Oab ÛWrî i:* '0 Geschichle der Judcn von D r H. Graetz, 
...in's bebr. ûberlragcn von P. Rabinowitz; 1 er vol., Varsovie, impr. 
Alapin, 1890; in-8° de iv-522 -4- 44 p. Depuis les origines jusqu'au 
règne des princes be'rodiens. 

b&nO n n 22 S3>b UV2^H nm 'O Petite bistoire des Juifs, par Wolf Jawitz. 
Jeïusalem, impr. Samuel Hallévi Zuckermann, 5650 (1890) ; in-8° do 
v-120 p. 

VïSlYn m "11*1 Zur Gescbicbte der jùd. Tradition, von J.-H. Weiss; 
V. Tbeil, vom Anfange des seebsten Jabrtausends jùd. Zeitrecbung bis 
zur Vertreibung der Juden aus Spanien. Wien, impr. Moritz Knôpflma- 
cber, 5651 (1891) ; in-8° de (iv}-303 p. 

Voici une courte indication du contenu, par livres. Livre 20° : Les 
origines du Talmud en Espagne ; La philosophie et la cabbale ; Salomon 
b. Adret et son temps ; les Zélateurs et leurs adversaires ; Les successeurs 
de Salomon b. Adret; Ascher b. Iehiel en Espagne. — Livre 21 e : France 
et Allemagne, le Mordekhaï, Simson de Coucy, Simson de Chinon, l'Italie. 
' — Livre 22® : La querelle des libéraux et antilibéraux et ses suites ; Lévi 
b. Gerson, l'école du Rosch, Hasdaï Crescas, Isaac b. Schéschet. — 
Livre 23 e : Les exilés d'Espagoe après 1391 ; Les restes des Juifs en Es- 
pagne et en Portugal. — Livre 24 e : Rabbins allemands et italiens. 

"WlVTl TVl/O Dor Wedorscbow, Bio-bibliograpbiscbes Lexicon , par 
L. Effratb. Vilna, libr. Romm, 1889 ; 1 er fascicule, in-8° de 64 p. 

VESffi 111 'D Dor Wacbàcbamaw, Gescbicbtsbilder aus der Gegenwart ; 
ein Beitrag zur Gescbicbte der jùd. Literatur der Gegenwart, von Moses 
Reines; I. Band. Cracovie, impr. Jos. Fischer, 1890; in-8° de 188 p. 
Biographies avec portraits. 

nailDn ^nb*] '3 Commentaire sur les règles de la schehiùa d'après le Yore 
déa, par Jacob Fikeli. Vilna, impr. Elie'zer Lipmann, 5650 (1890) ; in-4° 
de 204 Cf. 

!"î"i"in bttî ÏH3T\ 'O Wegweiser in der Theorelik des Talmud's u. den Grund- 
Prinzipien der Halacba u. Agada, par Salomon Wertbeimer. l re partie 
Jérusalem, impr. Zikhron Scbelomo, 5651 (1891) ; in-4° de 24 ff. 

ppifitt npbn Vie de Jésus, d'après trois mss., par Ger3on Bader Coben, 
2° ëdit.; s. 1. n. d., in-8° de 24 p. 

T. XXIII, n° 45. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

^bTOÏ"! *j!D1D IN ÏD\1î1 *P Roman historique sur des faits qui se sont passés à 
Halberstadt en 1609, par Abraham Zuckermann. Varsovie, impr. Alex. 
Gins, 5050 (1890) ; in-8° de 208 p. 

bN"lw^ P0"5 Biographie juive, par Joseph Finn, allant de !"tt1ï"P ànDÏÏu 1 . 
Varsovie, impr. Alex. Gins, 1890, in-8°, p. 408 à TOI. 

tTUDVJ 'O 53> \^y TNW Commentar zu Richter, von M. Fricdmann. Wien, 
libr. Ch. D. Lippe, 1891 ; in-8° de 50 p. 

3*1 C3 nmia n3137ûr: Û^bïin UWïï Midrasch Tehillim (Schocher Tob), 
Sammluog agadischer Abhandlungen ùber die 150 Psalmen, herausgegb. 
naeh einer Handschrift aus der Bibliothek zu Parma cod. 1332, mit Vcr- 
gleichung der Lcseartcn anderer sieben Handschrifteu aus den lîiblio- 
thckcn zu Rom cod. 76 und 81, Florenz cod. 13, Paris cod. 152, und 
Privathandschriften, wie auch mit Benùtzung der von R. Abraham Pro- 
vcnzali aus Fcrrara nach sechs Handschriften vorgenommenen Corrcc- 
turen, kritisch bearbeitet, commentirt, und mit einer ausfùhrlichen Ein- 
leitung versehen, von Salomon Buber. Vilna, impr. et libr. Romm, 1891 ; 
in-8° de 127 + 327 + 342 p. 

nOD m^bri bv in: - !" 1 ÏÏ12Ï2 'o Traite sur la Pâque, par Jonatau Eiben- 
schùtz, édité par Jonas Eibenschùtz. Pacs, impr. Meyer Rosenbaum, 
1891 ; in-8° de (1/-21 ff. 

$yW)2 DT3N2 D3n~ PN73 3H370 Lettre adresse'e à Samuel Pinchas Ho- 
rovitz, de Wien, par Fabius Mieses, et edite'e par Azriel Gùnzig, de Cra- 
covie. Tirage à part du Magid. Berlin, impr. Itzkowski, 5051 (1891) ; 
in-8° de 10 p. La lettre est datée de 1880. 

D^lfcMÏI rTDV^nb nnSW Einleitung in die Responsen der Babylonischen 
Geonen, von Joël Millier. Berlin, libr. H. Eugel, 1891 ; iu-8° de 300 p. 

TW3 "p3> 'O Novelles sur divers traités talmudiques (Gittin, Ilollin, 
Béca), sur le traité des divorces de Maïmonide, etc., par Meir Lipmaun 
Tauber. Presbourg, impr. Ad. Alkalay, 1890; in-l° de v-108 ff., plus 14 f. 
intitulés 3p3^ ©"HD1 D"lï33ïp« 

ÛTp73 Y1971 "p3 n3HÏ"! y>> Kurzgefasstc Encyclopédie aller Wissenschaften, 
mit Hinblick auf deren Gestaltung im Alterlhum, respective im bibli- 
schen Zeitalter, von D r S. Rubin. Wien, impr. Ad. Alkalay, de Presbourg, 
1891 ; in-8° de 80 p. 

dblBïlTW'O Aruch completum, etc., édit. Alexander Kohut; tome VIII. 
Vienne, impr. A. Fanto, 1891 ; iu-8° de p. 104 à 408 (lettre s fiu) et de 
p. 1 à 310 (lettres s à -|). 

MOT ^pHS 'O ou m^TDir; 'o attribue à Moïse Maïmonide, nouvelle édition 
d'après un ms. d'Oxford, par Ce'mah Magid de Kowno. Vilna, impr. 
Eliezer Lipmaun, 5048 (1888) ; in-4° de 112 p. 

Û"n"0 n£3p Fabius Mieses gesammeltc Gedichtc ; publié par Israël Gùn- 
zig et Saiïl Kroneugold. Cracovie, impr. Josef Fischer, 1851 ; iu-8° de 
vm-120 p. 

ùbrb 'w" 1 ^ 'O Sur la prière du Kaddisch, par Eliezer Zalman Graiewski. 
Jérusalem, impr. Luncz, 5051 (1891) ; in-8° de vi p. -33 ff. 

HfcblS nbnp Catalog hebràisclier Handschriften von S.-J. llalberstam in 



BIBLIOGRAPHIE Vi7 

Bielitz. ^'icu, inipr. A. Fanto, 181)0; iu-8° de 127 p. Ces nis^. ont été 
achetés par le Rd. D r Qaster, de Londres, pour le Ramsgate Collège. 

tnn rrbnn Dn^:ip Hablaath Haddam, par Hirscb Plalo. Francfort- 
s.-M., libr. J. Kauffmaun, 1889 ; in-8° de xu p. -179 ff. Sur le rite de la 
schehila. 

ûbï* Sw Sebem olam, pbilosopbiseb-kabbalistische Abhaudluugcn und 
Briefe von Rabbi Jonathan Eibenschitz, nach einer einzigen llds. aus der 
Bibliothek des Un. l) r Ad. Jellinek, nebst einer Einleitung von S. Rubin, 
als Beilrag zur Gescbicbte der Eibenscbilz'scben Kabbala, mit erklà- 
renden Annierkungen, herausggb. von Arthur S. Weissmann. Wien, 
impr. Ad. Alkalay, de Presbourg, 1891 ; in-8° de 112 p. 

^"IJnŒ ùlpb^m SOp "p3>)3ï5 '1 Simon Kara et Jalkut Simeoni, par Abra- 
ham Epstein. Cracovie, impr. Jos. Fischer, 1891 ; in-8° de 22 p. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Actcn und Gutachten im dem Prozesse Rohling contra Blocb. Erster Band, 
Wien, libr. M. Breitenstein, 1890; in-8° de 305 p. 

Aldheght (Karl). Die in Tachkemoni vorkommendeu Angaben ùber Harizis 
Leben, Studien u. Reisen. Gottingue, libr. Dieterich, 1890; in-8° de 
4G p. 

Annuaire des Archives israélites pour l'an du monde 5652...', 8 e année, 
par H. Prague. Paris, au bureau des Archives isr. [1891] ; iu-8° de 
116 p. 

Contient, entre autres : Une confiscation de livres hébreux à Carpen- 
tras en 1754, par.Isidore Loeb ; La fortune des Juifs en France (domaine 
royal) au xm° siècle, par Lucien Lazard; Les écoles israélites à Paris, par 
Léon Kahn ; Bibliographie judaïco-française, théâtre, sujets bibliques, par 
Abraham Cahen. 

Andrée (Richard). Die Flutsagen. Brunswick, F. Yieweg, 1891; in-8 a de 
vin-152 p. 

Aronius (Julius) etDRESDNER (Albert). Regesten zur Geschichte der Juden 
im frânkischen und deulschen Reiche, herausgegeben im Auftragc der 
historischen Commission fur Geschichte der Juden in Deutschland. 
IV. Lieferung, bis zum Jahre 1254. Berlin, libr. Lconbard Simeon, 1890 ; 
in-4°, p. 193-25G. 

Baumgartner (Ant.-J.). Étude critique sur l'élat du texte du Livre des 
Proverbes; thèse présentée à la faculté de philosophie de l'université de 
Leipzig pour le doctorat. Leipzig, impr. W. Drugulin, 1890 ; iu-8° de 
284 p. 

Berliner (A.). Censur und Confiscation hebraischer Bûcher im Kirchen- 
slaate, auf Grund der Inquisitionsaktcn in der Vaticana und Vallicel- 
lona. Francfort-sur-M., libr. J. Kauiïniann, 1891 ; in-8° de G5 p. 

Nous pouvons ajouter à l'étude très intéressante de M. Berliner quelques 
noies que nous avons prises autrefois clans des mss. de la Bibliothèque 
municipale de Carpentras. — 1° Le ms. Bd. io, f. 208, contient une lettre 
de Rome du 4 août 1753, adressée par le cardinal Corsini à l'archevêque*- 
évêque de Carpentras, et informant celui-ci que la Sainte-Congrégation 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

demande que les livres hébreux défendus soient enlevés aux Juifs [de 
Carpentras] dans leurs maisons et dans leur synagogue. Au f. 209 suivent 
des instructions minutieuses sur la manière d'opérer, et les fi". 213-231 
contiennent la copie d'une pièce intitulée Rclazionc istorica délia qualità 
de libi'i proibiti levati agli Ebrei di Roma nclla perqîiisizionc loro fatta in 
Aprile 1753 colle qualità dei permissibili o no. Dans cette pièce, qui paraît 
être la pièce F de M. Berliner (p. 1), sont nommés les censeurs mentionnés 
par M. Berliner, p. 11, plus Domenico Jerosolimitano, juif baptisé, qui a 
enrichi de notes le manuel du censeur appelé SC/er hazi/tkuk, puis Giuseppe 
Gregorio Sercaicuus, Marcelliui et Luigi de Bologne. — 2° Le même ms., 
f. 257, contient deux lettres relatives à des livres saisis à Avignon, chez 
le juif Jacob de Lunel, le 26 septembre et le 7 décembre 1753. — 3° Sur 
des feuillets volants et non colés, nous avons trouvé un second exemplaire 
des instructions pour les censeurs de Carpentras dont nous avons parlé 
plus haut, datées cette fois du 13 avril 1754 et adressées à l'év5que de 
Carpentras ; puis, la liste des livres saisis chez chacun des Juifs de Car- 
pentras désignés nominativement. Au milieu de cette liste, se trouvent 
les mots : « A Carpentras, 12 août 175/i ; » signé, Duplessis, prêtre-com- 
missaire ; Noyet (?), prêtre-commissaire; et, en hébreu, Isaïe Samuel 
Carmi et Joseph de Meyrargue?. A la fin de la liste se trouvent les mots 
suivants : c Outre cela, ôté les prières superstitieuses d'un très grand 
nombre de leurs philosophes ou livres de prières. » Puis : c Livres dépen- 
dus que nous avons trouvez dans l'examen des livres enlevés aux Juifs 
le 5 aoust 1754 : Hen Israël, 41 vol. in-f°, 200 in-8*, 32 in-12 ; total 273 
vol.; Amudeha Scivah, 5 vol. in-4° ; Zoar, 1 vol. in-f° ; Ietsirah, 1 vol. 
in-4° ; lalchuc, G vol. in-f° ; Iaphé Mare, 4 vol. in-f° ; Ikkarim, 1 vol. 
in-4°; Hets scat'ul, comment, super Ikkarim, 2 vol. in-f° ; Belh Neeman, 
1 vol. in-f° ; Sepher Chaciat (paraît écrit plus haut Haiiat ou peut-être 
Haiioi) , 1 vol. in-4° ; Caphtor vaperach, 1 vol. in-4° ; lalchuc Chadasc, 
1 vol. in-4°; Tabula dictionum super Hen Israël, 1 vol. in-12. » La nolice 
que nous avons publiée dans l'Annuaire des Archives isr. (voir plus haut) 
ne répète pas celle-ci ; elle contient les noms des Juifs chez lesquels les 
livres ont été saisis, d'après le 3 e des ms. énuméfés plus haut. 

Blau (Ludwig). Masoretische Untersuchungen. Strasbourg en Alsace, 
Karl-J. Trùbner, 1891 ; in-8° de 61 p. 

Budde (Karl). Die Bûcher Richter und Samuel, ihre Quellen und ihr Auf- 
bau. Giessen, libr. J. Ricker, 1890 ; in-8° de vn-276 p. 

Buhl (Frants). Kanou u. Text des Allen Testaments. Leipzig, libr. W. Fa- 
ber, 1891 ; in-8° de vi-262 p. 

Contient : Histoire du canon de l'Ancien Testament ; ce canon chez les 
Juifs et dans l'église chrétienne ; histoire du texte, éditions, manuscrits, 
collections de variantes, massora juive, traductions, etc. L'ouvrage semble 
former un utile manuel. 

Corssen (Peter). Die Altercatio Simonis Judœi et Theophili Christiaai auf 
ihre Quellen geprûft. Berlin, libr. Wcidmann, 1890 ; in-4° de 34 p. 

Darmesteter (James). Rapport annuel fait à la Société asiatique dans la 
séance du 2Q juin 1890 ; Paris, impr. Nationale, 1890 ; in-8° de 166 p. 
Extrait du Journal asiatique. 

David Gans' chronikartige AYellgeschichte ...in's Deutsche ùbertragen 
von Gutmann Klemperer. . . ; II. Heft. Prague, libr. Gruenwald, de 
Jungbunzlau, 1890; iu-8 \ p. 67 à 96; III. Heft (Schluss), ib., ib. t 1890, 
p. 97 à 135. 

Derenbourg (Joseph). Nous donnons ici la liste des publications qui ont 



BIBLIOGRAPHIE 1 49 

été dédiées à notre illustre collègue à l'occasion du quatre-vingtième 
anniversaire de sa naissance, qui a eu lieu le 21 août 1891 : 

A M. Joseph Derenbourg, membre de l'Institut, hommage de la Société' 
des Éludes juives à l'occasion du 80 ! anniversaire de sa naissance, 
21 août 1891 ; in-8° de 7 p. avec planche contenant le portrait de 
M. J. Derenbourg eu héliogravure ; tirage à part de la Revue des 
Études juives. 

WD""^ l©*VTrt ?Ttûtt ""1 Moses ha- Darschan aus Narbonne, Frag- 
mente seiner literarischen Erzeuguisse nach Druckwerken u. meh- 
reren Handschritten, mit Einleilung und Anmerkungen, von Abraham 
Epstein. Wien, impr. Ad. Alkalay, de Presbourg, 1891 ; in-8° de 
52 p. 

Kp*lbE OIEPS'ibp ÎS'W ntlttttri Étude sur les consultations de R. Ca- 
lonymos, de Lucques, par Joël Mùller. Berlin, impr. Iztkowski, 
5651 (1891) ; in-8° de 16 p. Le titre français est ajoute' par nous et 
ne se trouve pas sur la brochure. 

Bâcher (W.). Die Agada der palâstinensischen Amorâer; erster Band : 
vom Abschluss der Mischca bis zum Tode Jochanans (220 bis 279 
nach der gew. Zeitrechnung). Strasbourg en Alsace, Karl J. Tiûbner, 
1892; in-8° de xvi-586-(l) p. 

Berger (Philippe). Inscription néopunique d'Altiburos, lignes 8 et 9. 
Paris, libr. Cerf, 1891 ; in-8° de 12 p. 

Berliner (Adolf). Aus Briefen Joseph Derenburg's. Berlin, impr. 
H. ltzkowski (1891) ; in-8° de 27 p. 

Blogh (Maurice). Pièce en vers, sans titre. Paris, Cerf; in-8° de 5 p. 

Carrière (A.). Moïse de Kboren et les ge'néalogies patriarcales. Paris, 
libr. Cerf, 1891 :"in-8° de 46 p. 

Cordier (Henri). Les Juifs en Chine. Paris, libr. Cerf, 1891 ; in-8° 
de 14 p. 

Darmesteter (James). Une prière judéo-persane. Paris, libr. Cerf, 
1891 ; in-8° de 15 p. Prière pers. qui a des points de contact avec 
diverses prières juives. 

Derenbourg (Hartwig). Les monuments sabéens et himyarites de la 
Bibliothèque nationale, cabinet des médailles et antiques ; avec une 
héliogravure Dujardin. Paris, libr. Cerf, 1891 ; in-8° de 45 p. 

Friedl^ender (M.). Bei den socialistischen Secten des Judenlhums im 
lelzten vorchristlichen Jahrhundert. Wien, impr. et libr. Moritz 
Knœpflmacher, 1891 ; in-8° de 40 p. 

Geiger (Ludwig). Aus Leopold Zunz' Nachlass. Brunswick, imp. Ap- 
x pelhaus et Pfenniugstorff, 1891 ; in-8° de 50 p. Tirage à part de la 
Zeitschr. f. Gesch. d. Juden in Deutschland. 

Guttmann (J.). Das Verhaltniss des Thomas von Aquino zum Juden- 
thum und zur jùdischen Litteratur (Avicebron und Maïmonides). 
Gœttingue, libr. Vandenhœck et Ruprecht, 1891 ; in-8° de 92 p. 

Jastrow (M.). Transposed Stems in talmudic Hebrew und Chaldaic. 
Leipzig, impr. W. Drugulin, 1891 ; in-8° de 9 p. 



150 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Lambert (Mayer). Une série de Qoré Ketib, étude grammaticale. Paris, 
libr. Cerf, 1891 ; in- 8° de 14 p. 

Lkvi (Israël). Les Juifs et l'Inquisition dans la France méridionale ; 
Extraits de la Practica de Bernard Gui. Paris, libr. A. Durlacher, 
1891 ; in-8° de 20 p. 

Loeb (Isidore). La Vie des Métaphores dans la Bible. Paris, libr. Cerf, 
1891 ; in-8° de 27 p. 

Neubauer (Ad.). Petite grammaire he'braïque provenant de Ycmen ; 
texte arabe publié d'après les manuscrits connus. Leipzig, Otto 
Harrassowitz, 1891 ; in-8° de 38 (1) p. 

Reinach (Salomon). Un Épisode de la Vie des Juifs polonais au dix- 
huitième siècle. Paris, libr. Cerf, 1891 ; in-8° de 7 p. 

C'est une lettre inédite de Jean-Claude Prigeron, datée de Zamosk, 
19 sept. 1763, et où est décrite une fête que les Juifs de la ville avaient 
donnée au palais [du gouverneur?]. C'est une fête municipale, que célé- 
braient successivement, à ce que nous croyons, tous les corps d'état de 
la ville; la fête, donnée par les Juifs n'a rien de particulièrement juif. 

Schwab (Moïse). Deux vases jude'o-babyloniens avec inscriptions ma- 
giques ; in-f° de 6 p. Tirage à part de la Revue d'assyriologie et 
d'archéologie orientale (le n° contenant cet article n'a pas encore 
paru). 

Steinthal (H.). Ilerrn J. Derenbourg, Mitglicd der Akademie in 
Paris, zum 21. August 1891 ; in-8° de 12 p. — Étude sur le Psaume 
92. L'impression a probablement été' faite a Berlin, à l'imprimerie 
de l'Allgem. Zeitung des Judenthums. 

Steinschneider (M.). Die griechischen Aertzle in arabischen Ueber- 
setzungen, kritische Bibliographie. Berlin, s. impr. ni libr , 1891 
in-8°. Recueil factice de divers tirages à part de l'Archiv. f . pathol. 
Anatom. u. Physiolog. u. f. klin. Medicin, de Virchov. 

Widal (le D r Victor). Moussah le fou, histoire algérienne. Laval, 
impr. E. Jannin, 1891 ; in-8° de 18 p. 

Weil (Henri). Les Hermocopides et le peuple d'Athènes. Paris, libr. 
L. Cerf, 1891; in-8o de 12 p. 

Driver (S.-R.). An introduction to the literature of the Old Testament. 
Edimbourg, T. et T. Clark, 1891 ; in-8° de xxxv-522 p. 

Driver (S.-R.). Notes on the Ilcbrew Text of the Books of Samuel, with 
an Introduction on Ilebrcw Paleography and the ancient Versions, and 
facsimiles of inscriptions. Oxford, Clarendon Press, 1890 ; in-8° de xcvi- 
296 p. 

Dropsie (Moses-A.). The life of Jésus from and including the accusation 
until the allcgcd résurrection, with an account of the cross, crown of 
thorns, etc. Philadelphie, impr. Bilistein, 1891 ; in-8° de 28 p. 

Ersi.ER (Leopold). Beitriige zur rabbinischen Sprach* und Alterthumskunde; 
IV. Theil. Wien, libr. Ch.-D. Lippe, 1890; in-8° de 164 p. 

Euringkr (Sébastian). Der Masorahtext des Koheleth kritisch untersucht. 
Leipzig, libr. J.-C. Hinrichs, 1890 ; in-8° de vin-136-48 p. 



MBLIOC.KAMIIE 151 

FlTA (R.»P.-Fidol). Le Espaiïa lïebrea, Datos Historieos, tomo I. Madrid, 
impr. Forlanet, 1890 ; in-8° de 243-(l) p. 

Nos lecteurs connaissent les beaux et remarquables travaux de M. le 
R. P. Fidel Fita sur l'histoire des Juifs en Espagne. Le volume que nous 
annonçons aujourd'hui est rempli de faits intéressants, et d'études où se 
révèlent la sagacité et la science de l'auteur. Il est superflu de le recom- 
mander à l'attention des historiens. 

Frankel (Emil). Das jûd. Eherecht nach dem Reichscivilchegesetz vom 
(). Fcbruar 1875. Munich, Theod. Ackermann, 1891; in-8° de 128 p. 

Friedlaender (M. -H.). Die Arbeit nach der Bibel, dem Talmud u. den 
An^sprùchen der Weisen in Israël. Pisek, impr. M. Waizner, de Vienne, 
1890 ; in-8° de 53 p., 

Friedlaender (M.). The Jewish Religion. Londres, Kegan Paul, Trench, 
Trubner, 1891 ; in-8° de xvi-528 p. 

Exposé élevé et intéressant de la religion israélite. 

F'Ïrst (Julius). Glossarium graeco-hebramm, oder der griechische WÔrter- 
srhalz der jùd. Midraschwerke, ein Reitrag zur Kullur- und Alterthums- 
kunde ; 2°, 3 e , 4° (et dernier) fascicules. Strasbourg, libr. Karl-J. Trub- 
ner, 1891 ; in-8°, p. 49 à 216. 

Giavi (Victor). Les Échos du Liban, poésies juives. Paris, nouvelle libr. 
G. Weil, 1891 ; in-8° de 61 p. 

Goldstein (A.). ï-!3V2NÏ"n ÏTîbsnîl Gebet u. Glaube, ein Beitrag zur Er- 
kliirung u. Erlauterung des Gottesdienstes und dessen Gebrauche nach 
den bewahrten alten u. neuen Quellen auf dem Gebiete der jûd. Litera- 
tur. . . Budapest, impr. Ed. Neumayer, 1890 ; in-8° de vi-125 p. 

Gradis (Henri). Le peuple d'Israël. Paris, libr. Calmann Lévy, 1891 ; in-8° 
de 123 p. 

Considérations sur les origines et l'histoire des Hébreux. 

Graetz (H .). Geschichte der Juden ; IX. Band, 3. verbesserte u. vermehrte 
Auflage. Leipzig, libr. Oskar Leiner, 1891 ; in-8° de xiii-594 p. 

Gruenwald (M.). Ueber das Verhàltniss der Kirchenvàter zur talmudisch- 
midraschichen Lileratur, insbesondere zur Hagada. — I. Heft. Séparât- 
abdruck aus B. Kœnigsbergers Monatsblutter fur Vergangenheit u. Ge- 
genwart des Judenthums, October 1890-Februar 1891. S. I., chez l'auteur 
(à Jungbunzlau), 1891 ; in-8<> de 49 p. 

Gruenwald (M.\ Ueber den Einfluss der Psalmen auf die Entslehung der 
kalholischen Liturgie mit steter Berùcksichtnahme auf die lalmudisch- 
midraschiebe Litcratur. Francfort-s.-M., libr. Kauffmann, 1890; in-8° 
de 36 p. 

Grundsatzc der jùdischen Sittcnlehro. Berlin, impr. II. Itzkowski, 1891 ; 
in-8 () de 15 p. En hébreu et allemand ; publié par le Deutsch isr. Ge- 
meindebund. 

Gudemann [M.). Quellenschriflen zur Geschichte des Unterrichts und der 
Erziehung bei den dcutsrhen Juden, von den àltcsten Zeiten bis auf 
Mendelssohn. Berlin, A. Ilofmann, 1891 ; in-8° de xxxn-324 p. 

Cet excellent ouvrage se divise comme suit : — A. Première partie, 
extraits d'ouvrages hébreux et en judéo-allemand, et extraits de Testa- 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ments. Cette partie contient .'il morceaux où sont analysés et traduits les 
textes originaux. — B. Extraits textuels ou en traduction des actes publics 
des communautés juives ou des communes. — C. Notices sur les livres 
d'instruction et livres décole. 

Les renseignements contenus dans cet ouvrage demanderaient à être 
analysés, étudiés, approfondis, à la suite de M. le D r Gi'idemann, qui est, 
en ces matières, un guide admirable. Nous y reviendrons dès qu'il nous 
sera possible. 

Ha vet (Ernest). Études d'histoire religieuse. La modernité' des Prophètes. 
Paris, libr. Calmann Le'vy, 1891 ; in-8° de v-2G4 p. 

Hiob nach Georg Hoffmann. Kiel, G. F. Haeseler, 1891 ; in-8° de 104 p. 

Jahrbûcher fur jùd. Geschichte und Literatur, herausggb. von N. Brûll ; 
X. Jahrgang. Francfort-s.-M., libr. Reitz et Kôhler, 1890; in-8° de 181 p. 
Consacré tout entier à une e'tude sur les exilarques (Die Hàupter der 
Vertriebenen, Beilrag zu einer Geschichte der Exilsfùrsten in Babylonien 
unter den Arsakiden und Sassaniden), par Félix Lazarus. 

Kahan (J.). Ueber die verbal nominale Doppelnatur der hebraïschen Parti- 
cipien und Infinitive nnd ihre darauf beruhende verschiedene Konstruk- 
tion. Leipzig, Gustav. Fock, 1889 ; in-8° de 43 p. 

Jùdischer Yolks- und Haus-Kalender (friïher Liebermann) fur das Jahr 1892, 
herausggb. von M. Brann. Breslau, impr. et libr. Schatzky, s. d. ; in-8° 
de 90 -f 114 p. 

Dans l'appendice, qui a pour titre Jabrbuch (p. 1-114], entre autres, 
p. 75 : Brann, Der hebr. Bucbdruck in Breslau. 

Kammermann (Hayyim). l'rçjXn bNIlû '0 Grammaire hébraïque en judéo- 
espagnol, par questions et re'ponscs ; l ro partie. Roustchouk, impr. 
D. Alkalay, de Presbourg, 5651 (1891) ; in-8° de 122 p. 

Kaufmann (David). Urkundliches aus dem Leben Samson Wertheimers. — 
Dans le Jahresbericht der Landesrabbinerschule in Budapest. Budapest, 
impr. Ad. Alkalay, de Presbourg, 1891 ;• in-8° de 142 p. 

Kaufmann (David). Franz Delitzsch, ein Palmblatt aus Juda auf sein 
frisches Grab. Berlin, libr. Jùdische Presse, 1890; in-8° de 22 p. 

Kautzsch (E.) et Sogin (A.). Die Genesis mit iiusserer Unlerscheidung der 
Quellenschriften ùbersetzt ; zweite vielfach verbesserte Auflagc. Fribourg 
en Brisgau, libr. J.-C.-B. Mohr, 1891 ; in- 8 U de xiv-122 p. 

Kayserling (M.). D r W.-A. Meisel, ein Lebens- u. Zeitbild. Leipzig, libr. 
Th. Grieben, 1891 ; in-8° de 91 p., avec une planche contenant le portrait 
de M. Meisel. 

Kayserling (M-)- Sterbetage aus alter u. neuer Zeit. Prague, libr. 
J.-S. Brandeis, 1891 ; in-16 de 51 p. 

Kiefer (L.-A.). Steuern, Abgaben und Gefalle in der ehemaligen Grafschaft 
Hanau-Lichtenberg. Strasbourg (Alsace), libr. J. Noiriel, 1891 ; in-8° de 
83 p. 

P. 22-23, un passage sur les droits de résidence payés par les Juifs. 

Klotz (Morilz). Der talmudische Tractât Ebel rabbathi oder S'machoth nach 
Hdss. u. Parallelstellen bearbeitet, ùbersetzt u. mit erlauternden An- 
merkungen versehen. Berlin, impr. H. Itzkowski, 1890 ; in-8° de 79 p. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

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de lTndependent, de New- York, des 8, 15, 22 et 29 janvier 1891 ; in-4° 
de 8 p. — Zoroastrian legends and thcir Biblical source, 1 feuillet, 
môme journal, n° du 19 mars 1891. 

Kikuein (Adolf). D p . Adolf Jellinek, Lichtstrahlen aus den Reden Dr. Ad, 
Jellinek's, mit l) r Jell. Portrait und Facsimile. 'Wien, libr. Bcrmann et 
Altmann, 1891 ; in-8°de x-218 p. 

I.agûine (Emile). Tables de Concordance des dates, des calendriers arabe, 
copte, grégorien, israélite, julien, re'publicain, etc., établies d'après une 
nouvelle méthode. Paris, libr. Baudry et C ie , 1891 ; in-8° de xvi-64 

+ (1)P. 

Cet ouvrage est une seconde édition, revue et simplifiée, d'un ouvrage 
antérieur de l'auteur. La méthode qui y est appliquée est analogue à celle 
que nous avons employée pour les tableaux XVI à XIX de nos Tables du 
calendrier juif . Elle consiste à calculer rapidement, au moyen des tables, 
le nombre de jours écoulés depuis une date initiale, qui sert d'origiDe, 
jusqu'à une date donnée dans uu calendrier, et à identifier cette date, par 
ce même procédé, avec celle d'un autre calendrier. La méthode a l'avantage 
d'être très simple et de condenser sous un petit volume les tables dressées 
d'avance. L ''inconvénient est que le calcul d'identification exige quatre lec- 
tures et ne peut se faire que la plume à la main. Les tables de M. La- 
coine ont une disposition très simple ; nous y avons vérifié quelques chiffres 
et les avons trouvés exacts. 

Laible (Heinrich). Jésus Christus im Talmud, mit einem Anhang : Die tal- 
mudischen Texte, mitgetbeilt von G. Dalman. Berlin, libr. H. Reuther, 
1891. N° 10 des Schrift. d. Instit. jud. in Berlin. 

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1890 ; in-8° de v-201 p. 

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in-8° de 22 p. 

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1890; in-8° de 110 p. 

Lewin (Adolf). Das Judenthum und die Nichljuden, eine Darstellung der 
Entwicklung und des Lehrinhalts des Judenthums in seiner universellen 
Bedeutung. Trêves, imp. et libr. frères Maus, 1891 ; in-8° de 168 p. 

Lods (Adolphe). L'Eccle'siaste et la philosophie grecque, thèse présente'e 
à la Faculté de théologie protestante de Paris. Paris, Henri Jouve, 1890 ; 
in-8°de 73 p. 

Loeb (Isidore). Le Juif de l'histoire et le Juif de la le'gende, traduit en 
grec, par David Corri. Smyrne , impr. de l'Hermès, 1891 ; in-8° de 
46 p. Le titre ci- dessus se trouve en grec sur la brochure, non en 
français. 

Low (Albert). Thierschutz im Judenthume nach Bibel und Talmud. Buda- 
pest, imp. Buschmann, 1890; in-8° de 36-;2; p. 

Loewenthal (A.). Pseudo-Aristoteles ùber die Seele, eine psychologische 
Schrift des 11. Jahrhunderts u. ihre Beziehungen zu Salomo ibn Ga- 
birol (Avicebron). Berlin, Mayer et Millier, 1891, in-8° de vin, 131 + 
12 pages. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lôwy (A.). Catalogne of Ilcbraica and Judaica on the Library of the Cor- 
poration of the city of London, with a Subject Index. Londres, impr. 
Wertheimer, Lea et C : ", 1891 ; in-8° de xi-231 p. 

Lôvy (Adolf). Die Tngend- und Sittenlehre des Talmud dargestellt in an- 
ziehenden Erziihlungen, mit besonderer Benùtzung des im 11. Jahrhun- 
dert vom berùhmten Gaon Rabbenu Nissim ben Jacob verfasslen 
Werkes Sefer Massiotb, Buch der Begebcnheiten. Wien, impr. Moritz 
Knôpflmacher, 1890; in-8° de iv-186. 

Mallery (Garrick). Israeliton und Indianer, eine ethnograpbische Paral- 
lèle ; — traduit de l'anglais par F.-J. Krauss. Leipzig, libr. Th. Grieben, 
1891; in-8° de vm-105 p. 

Margolis (Max-Leopoldus). Commentarius Isaacidis, quatenus ad textum 
Talmud is investigandum adhiberi possit, tractatu Erubhin ostenditur. 
New-York, impr. Ginsberg, 1891, in-8° de 67 + (4) p. 

Meisel (Wolf Aloys). m!3N n"ÛT Homilien ùber die Sprûche der Valer, 
zur erbauenden Belehrung ûber Beruf und Pflicht der Jisraeliten ; 
2. durchgesehenc Auflage ; 2 e fascicule, Breslau, libr. W. Jacobsohn, 
1891 ; in-8°, p. 141-271. 

Mlcoch (Melchior). Psalterium seu Liber Psalmorum iuxta Vulgatam lati- 
nam et versionem textus originalis hebraici cum notis introducliona- 
libus et cum argumentis exegeticis, quibus harmonia utriusque versionis 
demonstretur. Olmùtz, libr. Ed. Hoebzel, 1890 ; in-8° de 517-vn. 

Modona (Leonello). Degli incunaboli e di alcune edizioni ebraiche rare o 
pregevoli nella Bibliolheca délia R. Università di Bologna. Brescia, imp. 
F. Apollonio, 1890; in-8° de 15 p. Extrait du Bibliofllo, n os 7, 8-9 do 
1890. 

Mullrr (Joël). Konig Saul in Sage u. Dichtung, Vorlrag. . . Francfort-s.- 
Mein, impr. Bronner, 1891 ; in-8° de 16 p. Tirage à part des Popul. 
wissensch. Monatsbliïtler de Ad. Brùll. 

Muller (Joël). Die Besponsen der spanischen Lehrer des 10. Jahrhun- 
derts, R. Mose, R. Chanoch, R. Joseph ibn Abilur. Berlin, imp. Rosen- 
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ein Bericht ùber seine 50jâhrigc Wirksamkeit. . » Berlin, imp. Boll, 
1891 ; in- 4° de 52 p. 

Nobel (Josef). 'p^n Versuche ûber Israels Lebensideen im Geiste des 
agadischen Schriftthums. Halbcrstadt, imp. et libr. H. Meyer, 1890; 
in-8° de 72 p. 

Ottolenghi (Moïse). Discorso pronunciado a la occasion de la esparti- 
cion de la halbascha a los elevos proves y guerfanos. Saloniquo, imp. 
de la Epoca, 5651 (1891) ; in-8° de 17 p. En caractères hébreux. 

Pedro II d'Alcantara (S. -M. Dom). Poe'sies hebraïco-provençales du rituel 
israélito comtadin, traduites et transcrites. Avignon, impr. et libr. Se- 
guin frères; 1891, in-8° de xrir-50 p. 

1 er piout, JlS'-Q TlSia FlDSN Cantaron deman à dina ; 2" piout, 2^2M 
ifl bdb Tan que aven km cor gai ; 3 e piout, ft3"D TDO nriDtf Gran 
Dieu du ciel ; 4° piout, frT*D ^J"! Un cabri. 



BIBLIOGRAPHIE IKS 

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son. Breslau, impr. Scholtlaendcr (1891); in-8° ; la 5° livr. a paru et 
va jusqu'à la p. 272. 

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la vie intellectuelle et inorale des anciens Grecs et Hébreux; l ro partie, 
Paris, imp. Jouaust ; chez l'auteur, à Jaroslaw, 1891 ; in-8° de ( .)3 p. 

Progress (The) of tlie Jews. — Numéro spécial du American Hebrew, daté 
du 21 août 1891, et contenant des articles sur le rôle des Juifs dans les 
finances, les sciences d'éducation, la médecine, la musique, la littéra- 
ture, la législation, la bienfaisance, les affaires, et sur la longévité' des 
Juifs. 

Puigcerver (F. -Rivas). Los Judios y el nuevo mundo, articulo publicado 
en el num. 4 del tomo II de la cuarta parte del Boletin de la Sociedad 
Mexicana de Geografia y Kstadistica. Mexico, impr. du Sacré-Cœur de 
Jésus, 1891; in-8' 1 de 3 p. 

L'auteur croit pouvoir prouver que (liiférents compagnons de Christophe 
Colomb étaient de race juive, et convertis au christianisme. Il tire ses 
preuves des cris que ces compagnons auraient poussés en voyant la terre. 
M. P. est le rédacteur du journal qui a paru autrefois sous le titre de 
El Sabado segredo. 

Robert (Ch.). El Schaddaï et Jehovah, interprétation du verset 3° du 
oh. vi de l'Exode. — Extrait du Muse'on, de Loùvain (1891?); in-8° de 
15 p. 

KonocANACHi (Emmanuel). Le Saint-Siège et les Juifs. Le ghetto à Rome. 
Paris, libr. Firmin Didot, 1891 ; in-8° de xv-339. 

Étude des plus intéressantes, dont nos lecteurs ont eu déjà une idée 
par la conférence de M. Rodocanachi publiée dans la Revue. M. R. a 
réuni un grand nombre de documents et de renseignements inédits sur 
les Juifs de Rome, et il a renouvelé l'histoire civile de la communauté isr. 
de cette ville. 

Rûhricht (Rcinhold). Chronologiques Verzeichniss der auf die Géogra- 
phie des Heiligen Landes beziïglichen Litteratur von 333 bis 1878. 
Berlin, II. Reuther et F. Reichard, 1890 ; in-8° de xx-742 p. 

Roi (J.-F. de le). Die evangelische Cbiistenheit und die Juden unler dem 
Gesichtspunkte der Mission geschichtlich betrachtet. Berlin, libr. II. 
Reuther et F. Reichard, 1891 ; in-8° de vm-357 p. Schriften des Insti- 
tutum jud. in Berlin, n° 9. 

Rosenthal (A. Liidwig^. Ueber den Zusammenhang der Miscbna, ein 
Bcitrag zu ihrer Entstehungsgeschichle. Erster Thcil : Die Saddu- 
zaerkampfe und die Mischnasammlungen vor dem Auftreten Hillcl's. 
Strasbourg, libr. Karl-J. Tn'ïbner, 1890 ; in-8° de 94 p. 

Rosin. Reime u. Gedichte des Abraham ibn Esra ; Aussergottesdiens- 
llichc Poésie, Ileft IV ; Breslau, imp. et libr. Schottlaender, 1891; in- 
8°, p. 166 a à 226. Dans Jahresbeiicht des jûd. Ihcolog. Seminar's 
Fraenkelscher Stiftung. 

[Saadya]. Commentaire sur le Séfer Yesira ou livre delà cre'ation, parle 
gaon Saadya de Fayyoum, publié [dans le texte original arabe] et traduit 



186 REVUE "DES ÉTUDES JUIVES 

[en français] par Mayer Lambert. Paris, libr. E. Bouillon, 1891 ; in-8° 
de 105-xv-12S p.; 85 e fascicule de la bibliothèque de l'École pratique 
des Hautes-Études. 

ScriOENWALD (Alfred). Das goldene Buch des Judenlbums, Biographischos 
Lexicon beruhmter Mânner und Frauen in Wort und Bild; 1. Liefcpuûg. 
\Yien, chez l'auteur, 1890; in-8° de i2)-24 p., avec deux planches. 

Schwarzeei.d (M-)- Un sul de amintire datât Roman 5334 (1574) adar §9 
(feb. 20) ; Studiu historico-critic. Bucharest, Ed. Wiegand, 1890; in-8° 
de 29 p. 

Sellin (Ernest). Die verbal nominale Doppelnatur der bebraïschen Partici- 
pien und Infinilive und ihre darauf beruhende versebiedene Construk- 
tion. Leipzig, Gustav Fock, 1889 ; in-8° de 85 p. 

Silberstein (M.). Wolf Breidenbacb und die Aufbebung des Leibzolls in 
Deutschland, mit besonderer Rùcksicbt auf Nassau, zumeist nach archi- 
valischen Urkundeu. Wicsbaden, Christ. Limbarth, 1891 ; in-8° de 
20 p. Tirage à part de la Ztschrft. f. d. Gesch. d. Juden in Deutschland. 

Spiegler (Julius-S.). Gescbichte der Philosophie des Judenlbums, nach 
den neuesten Forschungen. Leipzig, libr. Wilhelm Friederich, s. d. 
(1890 ?) ; in-8° de 369 p. " 

Steinsghneider (Moritz). Ueber die mathematischen Handschriften der 
amplonianischen Sammlung. — Dans Bibliotheca mathematica, de Stock- 
holm ; 1890, p. 365-72; 1891, p. 41-52 et 65-73. Étude consacrée en 
partie à ces e'erivains arabes qui ont eu une si grande influence sur la 
littérature mathématique des Juifs. 

Steinthal (H.). Zu Bibel und Religionspbilosophie. Vor-lrâge und 
Abhandlungen. Berlin, impr. et libr. Georg Reimer, 1890; in-8° de 
237 p. 

Steinthal (H.). Zur Geschicble Sauls und Dawids ; — dans 9. Bericbt ûber 
die Lehranstalt f. d. Wissenschaft des Judenthums in Berlin. Berlin, 
impr. Rosenthal, 1891; in-4°, p. 1-17. 

Strack (Hermann-L.). Der Blutaberglaube bei Christen and Juden. Mu- 
nich, libr. C. H. Beck, 1891 ; in-8° de v-59 p.; n° 14 des Schriflen des 
Institulum judaicum in Berlin. 

[Talmud]. ï-tt^n A translation of the treatise Chagigah from the Babylo- 
nian Talmud, with introduction, notes, glossary and iudices, by Rev. 
A. W. Streanc. Cambridge, imp. de l'Université, 1891 ; in- 8° de xvi- 
166 p. 

Toy (Crawford Ilowell). Judaism and Christianity, a sketch of the pro- 
gress of thought from Old Testament to New Testament. Londres, 
Sampson Low, Marston, Searle et Rivinglon, 1890 ; in- 8° de xvn- 
456 p. 

Verxes (Maurice). Du prétendu polythéisme des Hébreux, Essai critique 
sur la religion du peuple d'Israël, suivi d'un examen de l'authenticité 
des c'eiits prophétiques. Première partie : Les sanctuaires et leur dispo- 
sition, les emblèmes sacrés, les fidèles et les sacrifices, le contrat du 
Sinaï, le sacerdoce et le prophétisme. Paris, libr. Ern. Leroux, 1891 ; 



U1UL10GUAPI-11K lo7 

m S' de 115 p. ; 2° volume de la Bibliothèque de l'École des llautes- 

Ëtudos, sciences religieuses. 

Les matières contenues dans ce volume sont : chap. i, Position des 
questions; chap. n, Les sanctuaires ; chap. ni, La disposition des sanc- 
tuaires, simulacres et emb'êmes divers ; chap. iv, Les fêtes et les sacrifices; 
chap. v, Le contrat ou alliance du Sinaï ; chap. vi, Le clergé, prêtres et 
lévites ; chap. vu, Les prophètes et le prophétisme. Chacun des chapitres 
(excepté le chap. 1) est divisé en quatre subdivisions : A. D'après les 
livres historiques ; B. D'après les livres législatifs; C. D'après les livres 
prophétiques; D. D'après les Hagiographes. 

Vernes (Maurice). Essais bibliques. La question du Dcutcronomc ; la 
méthode eu litteïature biblique ; la date de la Bible ; travaux de G. d'Ei- 
chthal : la Palestine primitive ; Jephte', le droit des gens et les tribus 
primitives; le Pentaleuque de Lyon. Paris, libr. E. Leroux, 1891 ; in-12 
de xiv-372 p. 

Vivas (Abraham-Hiskiyya). J-js^'r; FHItt "0 Grammaire hébraïque élé- 
mentaire eu judéo-espagnol. Talar-Bazardjik, impr. Abr. Alkalay, de 
Presbourg, 5651 (1891); in-8° de 120 p. 

Weissbrodt (Karl). Gatten-Pllichten nach Bibel und Talmud. Berlin, libr. 
Hugo Steinitz, 1891 ; in-8° de 173 p. 

Weissloyvits (Nathan). Prinz und Derwisch, ein indischer Roman enthal- 
tend die Jugendgeschichte Buddha's in hebr. Darslellung aus dem Mit- 
telalter, nebst einer Yergleichuug der arabischen und griechischen Pa- 
ralleltexte ; mit einem Anhang von Fritz Hommel. Munich, Theod. 
Ackermann, 1890, in 8° de 178 p. 

Wolff A.). Mischne Thora oder Jad hachasaka von R. Moses Sohn des 
Maïmon.; in 14 Bùcheru, das Gesammte Gebiet der Gesctze des Juden- 
thums umfassend, aus dem Urtexte ins Deutsche ùbersezt; 4. Theil : das 
jùd. Civil- und Strafrecht. Tubingue, libr. Franz Fues, 1890 ; in-8° de 
316 p. 

Wolff (M.). Eschatologische Gedanken Mûsâ ibn Maimûn's mit Worten 
der Erinnerung an H. L. Fleischer. Tiré des actes du 8 8 congrès inter- 
national des Orientalistes tenu en 1889 à Stockholm et à Christiana. 
Leyde, E.-J. Brill, 1890 ; in-8° de 14 p. 

Zeitlin (William), lao rPTp Bibliographisches Handbuch der neuhe- 
braïschen Litteratur seit Beginn der Mendelssohn'schen Epoche bis zum 
Jahre 1890 ; nach alphabet. Reihenfolge der Autorcn, mit biogr. Daten u. 
bibliogr. Notizen ; nebst Indices der hebr. Bùchettilel u. der citirten 
Autornamen ; 2. neubearbeitete u. ervveiterte Auflage ; 1. Haiftc, A -M. 
Leipzig, libr. K.-F. Koehler, 1891; in-8° de iv-248 p. 

3. Publications pouvant servir à Vhistoxre du Judaïsme moderne. 

Anlisemiten-Spiegel. Die Antisemiten im Lichtc des Christenthums, des 
Rechtes und der Moral. Danzig, impr. et libr. A.-W. Kafemann ; l ro livr., 
1890; in-8° de 56 p.; 2 e livr., 1891 ; in-8° de 56 p. 

Horovitz (M.). Korfu, Vortrag gehallen am 28. Mai 1891. Francfort-s/M., 
J. Ki'ift'ininu. W.)l ; in-8° de 15 p. Sur l'aiFaire du prétendu meurtre 



158 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'une enfant chrétienne par les Juifs, à Corfou, et qui est, en réalité', le 
meurtre d'une enfant juive par des chrétiens. 

Les Juifs de Russie, recueil d'articles et d'études sur leur situation légale, 
sociale et économique. Paris, libr. Léopold Cerf, 1891 ; in-8° de 447 p., 
avec une carte. Un premier tirage de l'ouvrage a e'te fait, il s'arrête à la 
p. 283, plus p. 284-86, table des matières pour ce tirage. 

Persécution (The) of the Jews in Russia with Appendix containing a Sum- 
mary of spécial and restrictive Laws, also a Map of Russia, shovving tho 
Pale of Jewish Seulement and a Letter reprinted from the Times of 
5th november 1890 ; issued by the Russo-Jewish Commit tce. Londres, 
impr. Wertheimer, Lea et C ie , 1890 ; in-8° de 71 p., plus une carte. 

Die Verfolgung der Juden in Russlan r l, nebst Anhang : I. Zusammen- 
stclluug sammtlicher die Juden in Russland betrelTenden Spécial- uud 
Ausnahme Geselze; II. Bas Guildhall-Meeting zu Gunsten der russ. 
Juden, stenographischer Bericht. Berlin, libr. Jùd. Presse, 1891 ; in-8° 
de 115 p. 

Mémoire adressé à l'assemblée fédérale de la confédération suisse, par 
toutes les communautés israeliles de la Suisse, concernant le recours des 
gouvernements de Berne et d'Argovic contre l'arrêté du Conseil fédéral 
du 17 mars 1890, dans la question du mode d'abatage des animaux de 
boucherie selon le rite israélite. Berne, impr. Karl Staempfli, 1891 ; 
in-8° de 19 p. 

Semminthora. Vorlaufer des projeklierlen Weltcongresses (Cosmoreligios) 
behufs endgiltiger Losung der Judenfrage, von einem Semminthoraner. 
Dresde, libr. Albanus, 1891 ; in-8° de 70 p. 

Vital Statistics of the Jcws in the United States; — dans Census Bulletin, 
publié à Washington, par le Département de l'inte'rieur, Census Office ; 
n° 19, 30 déc. 1890 ; iu-4° de 23 p. 



4. Notes -et extraits divers. 

- Très beaux articles, remplis de faits, de renseignements nombreux et 
varie's, de vues e'teve'es ou fines, d'appre'ciations du*plus haut intérêt, par 
M. Anatole-Leroy Beaulieu, dans la Revue des Deux-Mondes, numéros 
du 15 février, du 1 er mai et du 15 juillet, sous le titre de : Les Juifs et 
l'antisémitisme. Les sous-titres sont : Les griefs contre les Juifs; I, le 
grief religieux; II, le grief national, la race juive et l'esprit de tribu; 
III, physiologie et psychologie du Juif. — L'étude n'est pas encore 
achevée . 

- Bel article également de M. R. Bonghi, sous le litre de La Caccia a' 
Giudei, dans Nuova Antologia, de Rome, n° du 1G août 1891. 

- Un chapitre sur les Juifs de Russie se trouve, p. 311-378, dans la 
Russie contemporaine, de E. de Cyon. Paris, Calmann Lc-'vy, 1891 . 

- En avril 1890, un Comité formé à Paris a fait un appel pour la pu- 
blication des œuvres de Saadia, entreprise par M. Joseph Dcrcnbourg à 
l'occasion du prochain mille'naire de la naissance de Saadia (992-1892). 



BIBLIOGRAPHIE 159 

Celle publication doit comprendre la Biographie de Saadia, la version 
arabe du Pentateuque, d'Isaïe, des Psaumes, de Job, la version el le 
commentaire des Proverbes et de Daniel, les Mcgillot et autres œuvres 
exégétiques, le Siddur, la traduction hébraïque ine'dite du Emunot wedëot. 
faite par Berakhia ; la traduction he'braïque du Commentaire du Se'fer 
Yecira laite par un anonyme, un volume de Fragments, des Extraits 
tires d'imprimés et de manuscrits, les Consultations rabbiniques de 
Saadia. et enfin divers Mémoires sur les œuvres de Saadia, sur sa phi- 
losophie, son lexique, sa grammaire, etc. L'e'dition sera accompagne'e de 
notes en hébreu et d'un commentaire perpétuel et, par parties, d'une 
traduction en français. Les principaux collaborateurs de M. Derenbourg 
seront (daines l'ordre des ouvrages énumére's dans le prospectus) : 
MM. A. Ilarkavy, Margulies, J. Colin, Mayer Lambert, Bondi, David 
(iiinzbourg, David Kaufmann, W. Bâcher, Israelsohn, Joël Millier. Le 
prix de la souscription est de 50 fr., les donateurs versent un minimum 
de 200 fr. Souscriptions et dons sont reçus à Y Alliance israélite, 35, rue 
de Trévise, à Paris. 

- The Jew as a workman, par David-F. Schloss ; — dans Nineteeuth Cen- 
tury, n° de janvier 1891. 

= Dans les Jahresberichten der Geschichtswissenschaft (Berlin, 1888), 
rapport sur la littérature juive par M. Kayserling pour l'année 1887 
(p. 1 50-56). — Idem, année 1888 (p. I 50-63). 

: Erckmann-Chatrian et leurs œuvres, par Benoît Lc'vy. Dans les confé- 
rences prononce'es à la loge Alsace-Lorraine, janvier 1891. Paris, irnpr. 
Ilugonis, 1891 ; in-18. 

: Dans la Revue illustre'e de la Terre-Saiute et de l'Orient catholique, 
publiée à Paris, 17° année, tome VII, n° 6, 15 mars 1891, p. 83, repro- 
duction d'une inscription samaritaine d'Amwas, par le R. P. Lagrange, 
et lecture de l'inscription. Il a de'jà e'té question de cette inscription dans 
le même journal, n° du 15 novembre 1890. Le texte ne paraît pas contenir 
autre chose que des centons de la Bible. 

- L'Interme'diaire des Chercheurs et des Curieux (publie' à Paris) conte- 
nait, dans son n° du 10 août, la description d'une estampe représentant, 
les Juifs de Rome se rendant au sermon chre'tien qu'on les forçait d'en- 
tendre. Des notes sur ce sujet ont e'te' publiées dans le même journal, 
n° du 10 septembre 1891, par M. Molina et M. E. Rodocanachi. 

- Un article intéressant de M. Ambroise Tardicu sur l'histoire des Juifs 
de l'Auvergne a été publié dans la De'pêche du Puy-de-Dôme du 14 sep- 
tembre 1891. Il contient l'analyse succincte de quelques pièces inédiles. 
En 1287, les Juifs d'Auvergne payaient au roi de France un impôt de 992 
livres, 6 sous, 6 deniers (110,000 fr. de nos jours, d'après M. Tardicu). 
En 1293, les Juifs d'IIerment payaient à la ville, pour droit de séjour, 
7 livres (760 fr. de nos jours). A Ennezat, en 1368, il y avait un cime- 
tière juif avec inscriptions he'braïques ; en 1389, on trouve la mention 
d'un juif nomme' Vivant de Montaigut (probablement Montaigut-cn-Com- 
brailles), qui a un procès avec les receveurs du péage; la môme pièce 
parle de Juifs re'sidant à Lignât. Aux environs de Brioude, au commen- 
cement du xiv° s., le petit hameau du Cros, commune d'Azerat, s'ap- 
pelait lo Cros Juzieu. 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

= La Revue des traditions populaires, etc., août 1891, contient une étude 
de M. René Basset sur les chants populaires dont est sorti le tt"H} ^n 
de notre haggaia de Pâque. 

5. Chronique des Journaux. 

= Journaux nouveaux : 

!• npinn « Revue hébraïque, études littéraires, historiques et critiques 
sur le Judaïsme ; paraissant tous les mois ; publiée [à Paris] sous la di- 
rection de Salomon Fuchs. Prix de l'abonnement, 10 fr. par an. Impri- 
merie de Joseph Fischer, à Cracovie. » Le 1 er numéro de la l re anne'e a 
paru en mars 1891 ; format in-8° ; le n° 2, paru en mai 1891, va jusqu'à 
la p. 56; le n° 3 a paru vers juillet 1891, et va jusqu'à la p. 84. 

2. « Alhakika, La Vérité. » — Journal en arabe, caractères arabes, publie' 
pendant un certain temps à Alexandrie par M. Altaras ; in-f° à 3 col. 
par page. Il a cesse' de paraître vers le commencement de 1890; le 
nombre de n os parus est au moins de 123. Le titre arabe, transcrit en 
caractères hébreux, est ftpipnbK. 

3. Die Menorah, deutsch-israelitisches Familienblalt, herausgegeben von 
M. Deutschlànder. — Journal hebdomadaire publié à Hambourg ; 
2 marcs 50 par trimestre ; format in-4° à 2 col. la page ; le n° 15 est 
daté du 5 juin 1891. 

4. Darkest Russia, a journal of Persécution. — Publié à Londres, impr. 
E.-J. Knight ; in-4°, le n° a 8 p. à 2 col. et se vend un penny. — N° 1, 
15 juillet 1891 ; n° 2, 14 août 1891 ; n° 3, 21 sept. 1891 . 

5- ÛEïNbaopbNB 03WTVi Jùdisches Volksblatt. — Journal en langue alle- 
mande, imprimé en caractères hébreux carrés, paraissant trois fois par 
semaine ; publié à Budapest par M. Dornbusch et I. Geier ; 8 flor. par 
an; format in-f° à 2 col. ïa page ; le n° 1 est daté du 22 juin 1891. 

Isidore Loeb. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome XXII, p. 300. Rétablir le chiffre II dans l'espace qui sépare les 
trois dernières lignes du reste de la page. Par ces lignes commence la 
seconde partie de l'article bibliographique. — P. 303, 1. 35. Lire « la pas- 
tèque » au lieu de « le p. ». — P. 308, 1. 37. Lire « l'IIellade » au lieu de 
« la Helladc ». — P. 312, 1. 41. Lire « enfermant» au lieu de « en formant ». 
— P. 315, I. 40. Lire « Sichem » au lieu de « Samarie ». — P. 316, 1. 22. 
Lire « du Jourdain » au lieu de « l'Euphrate ». — P. 317, 1. 9. Lire « reli- 

Halévy. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES 

DANS LA BIBLE 1 



II 

LE SECOND ISAIE 

(fin) 

12. Dieu universel, fraternité des peuples. 

237. Le Judaïsme est fier à juste titre d'avoir reconnu et pro- 
clamé, par la bouche de ses prophètes, le caractère universel de 
Dieu et la fraternité des peuples, qui en est la conséquence. De 
tous les ouvrages de l'Ancien Testament, le livre d'Isaïe est celui 
qui donne à cette idée la plus haute expression, et le second Isaïe 
n'a pas peu contribué à la rendre plus claire et plus saisissante. 
Pour en apprécier toute la grandeur, il faut considérer que, chez ce 
dernier prophète comme chez d'autres, elle n'est pas une concep- 
tion isolée et qui ne tiendrait à rien, mais qu'elle fait partie d'un 
système parfaitement réfléchi et combiné, le système messianique. 
Les principaux éléments dont il se compose sont l'universalité 
de Dieu, la vocation des gentils, la propagande de la vraie reli- 
gion parmi les payens et l'extinction de l'idolâtrie, la pacification 
de la terre et l'alliance de tous les peuples, la restauration de Jéru- 
salem et le retour des exilés juifs. Toutes ces idées sortent les 
unes des autres, et c'est leur union qui fait la beauté et la grandeur 
de l'édifice messianique. 

238. Dieu sera plus tard le Dieu universel, reconnu et adoré 
par toutes les Nations, jusqu'aux extrémités de la terre, et, à son 
tour, il viendra au secours des Nations et les sauvera. Pour notre 

1 Voyez Revue des Études juives, t. XX, p. 161, et t. XXI, p. 1 et 161, et plus 
haut, p. 1. 

T. XXIII, n° 46. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prophète comme pour les psalmistes, les Juifs commenceront par 
engager une action de propagande religieuse parmi les Nations. 
« J'ai créé le peuple juif pour qu'il raconte ma gloire (xliii, 21) ; 
faites savoir jusqu'aux extrémités de la terre que Dieu a délivré son 
serviteur Jacob ; les extrémités de la terre verront le secours qu'il 
a accordé à son peuple (xlviii, 20; xlix, 26 ; lu, 10; xlix, 1 ; 
lxi, 11) />; les Juifs sont témoins devant les Nations qu'il n'y a 
point de Dieu en dehors du Dieu d'Israël (xliii, 9-10 ; xliv, 8-9 ; 
lv, 4) ». Et parmi les Nations également, Dieu prendra des réfu- 
giés (D^bs), les enverra chez les peuples qui ne le connaissent 
pas, afin qu'ils y proclament sa gloire (lxvi, 19; cf. xlii, 11). 
L'étranger craindra peut-être de se convertir, il aura peur de ne 
pas compter parmi le peuple de Dieu ; mais on le rassurera, on lui 
dira qu'au contraire, Dieu le conduira sur la montagne sainte, 
l'accueillera avec empressement, recevra ses sacrifices, car la 
maison de Dieu est une maison de prières pour toutes les Nations 
(chap. lvi). On ne dédaignera même pas d'accepter la conversion 
du pauvre eunuque, et si, par un excès d'humilité, il se croyait 
indigne de cet honneur, on lui offrirait les consolations les plus 
délicates [ibid.). Enfin, Dieu prendra des payens comme prêtres 
et comme lévites (lxvi, 21). 

Du reste, dans le jugement final qui menace les Nations, ou 
peut-être dans les cataclysmes naturels ou politiques qui précéde- 
ront l'avènement messianique, les Nations verront qu'il n'y a de 
salut pour elles qu'auprès de Dieu. Beaucoup ne voudront pas 
comprendre et seront détruites ; les autres (le reste &•«*») se 
soumettront et seront seules sauvées. « Les îles verront et pren- 
dront peur, les extrémités de. la terre trembleront, s'approcheront, 
viendront (xli, 5) ; réunissez-vous, débris des Nations, tour- 
nez-vous vers moi, extrémités de la terre, et vous serez sauvés 
(xlv, 20-22); mes bras jugeront les Nations, les îles accourront 
vers moi et espéreront en mon bras » (li, 5 ; cf. xlii, 15 ; lx, 9). 

239. Et alors la gloire de Dieu ira jusqu'aux extrémités de la 
terre (xlii, 10); de l'orient jusqu'à l'occident on saura qu'il n'y a 
pas d'autre Dieu que lui et on reconnaîtra sa grandeur (xlv, 6; 
lix, 19) ; tout genou fléchira devant lui et toute langue jurera par 
son nom (xlv, 23) ; toute chair reconnaîtra l'Eternel (xl, 5 ; 
xlix, 26), viendra et verra sa gloire et se prosternera devant lui 
dans son temple (lx, 18-23), les habitants du désert, liédar, Séla, 
Nebaiot, Midian, Efa, Saba, les îles, les côtes, les marins des vais- 

« Les Nations ne peuvent donner aucun témoignage de ce genre, xliii, 9 ; xliv, 9. 
Dans ce dernier verset, il faut peut-être conserver le HMÏ1, que la Mussora veut 
supprimer, et lire Ti^Ti ftOfîl ÛÏTHSn. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 163 

seaux de Tarsis, chanteront des cantiques en son honneur et pro- 
clameront sa gloire (i.xii, 10-11 ; lx, 6-9) ; la nature elle-même 
s'associera à l'hommage universel rendu à Dieu, les cieux, les 
entrailles de la terre, les montagnes et les collines, les forêts et 
les arbres chanteront en son honneur des cantiques d'allégresse 
!W iross (xliv, 23 ; xlix, 13; lv, 12; cf. xltii, 20; lx, 13); sa 
gloire ira jusqu'aux extrémités de la terre (xlii, 10) et il sera 
appelé le Dieu de toute la terre (liv, 5). 



13. Polémique contre les idoles. 

240. En faisant connaître aux payens, pour les convertir, la 
grandeur de Dieu et la force de son bras, il est bon de leur ouvrir 
également les yeux sur la faiblesse et l'impuissance de leurs 
idoles. La polémique des Psaumes et du second Isaïe contre les 
idoles serait un jeu futile, si elle n'avait pas un but pratique. 
Elle répète sûrement les arguments invoqués par les propa- 
gandistes juifs dans leurs controverses avec les payens. Les 
Psaumes contiennent, sur cette matière, quelques morceaux re- 
marquables, mais ce n'est rien à côté du second Isaïe, qui semble 
prendre un plaisir particulier à railler les faux dieux et les couvre 
de traits d'une ironie sanglante. 

Les plus beaux passages de ce genre que contienne notre livre 
se trouvent au chap. xliv, vers. 6-20, et dans la prophétie contre 
Bel et Nebo du chap. xlvi i ; mais cène sont pas les seuls où 
les idoles soient prises à parti, les coups pleuvent sur elles à 
chaque instant. Quelle absurdité d'adorer des dieux de métal ou 
de bois, faits de mains d'homme, devant lesquels se prosterne 
celui-là même qui les a fabriqués (xl, 18-20 ; chap. xliv, lxvi, 6)! 
L'idole ne sert de rien, n'a aucune influence sur les événements 
de ce monde; Dieu seul peut donner le secours, elle ne le peut pas 
b^iï-ï Tibab t y^v tfb (xliv, 9-10; xlv, 20 ; xlvi, 7 ; lxviii, 5) ; 
elle ne bouge pas sur son socle (xl, 20 ; xlvi, 7; probablement 
aussi xli, 7) ; elle n'a pas la moindre part de la gloire de Dieu, 
elle est vent, néant, une abomination twin (xlii, 8; xlviii, 11 ; 
xli, 29 ; xliv, 19), ceux qui ont confiance en elle seront confondus 
(xlii, 17; xlv, 16) *. 

1 Les dieux Gad et Meni sont mentionnés lxv, 11 ; voir n° 272. 

» Les noms des idoles sont i att? ,^03 , rODtt , Û^OB /bOS, et proba- 
blement Û" , *T , 2C, xlv, 16, sans compter le ïiashn déjà cité dans notre texte, 
xnv, 19 ; ce dernier mot se trouve xli, 24, mais nous ne savons si dans ce passage 
il désigne les idoles. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

241. Lors môme que le prophète se borne à décrire l'empire 
exercé par Dieu sur les hommes et sur la nature, sa parole a l'al- 
lure agressive du polémiste et sonne comme une provocation ; la 
louange qu'il fait de Dieu est une critique indirecte à l'adresse des 
dieux étrangers, où est constatée leur impuissance et annoncé 
leur futur discrédit. On le sent très bien à la vivacité du langage, 
à ces interrogations pressées qui tombent les unes sur les autres, 
au ton absolu, tranchant ou emphatique des affirmations. Qui donc, 
s'écrie Dieu, a mesuré les eaux dans le creux de sa main et fait le 
plan des cieux (xl, 12) ? qui donc a donné des conseils à Dieu pour 
la construction du monde (lx, 13-14)? quia créé l'univers (xl, 26), 
qui a fait venir la justice de l'orient (xli, 2), qui a exécuté toutes 
ces œuvres (xli, 4), qui est comme moi (xliv, 7), à qui me com- 
parerez-vous et à qui puis-je ressembler (xl, 18, 25 ; xlvi, 5)? Je 
suis le premier et le dernier (xli, 4; xliv, 6; xlviii, 12; cf. xliii, 
10); le Dieu éternel dbi* ^îiba (xl, 28), je suis mn\ c'est mon 
nom (xlii, 8); c'est moi, c'est moi qui suis ït.ït, et en dehors de 
moi il n'y a pas de Sauveur (xliii, 11; cf. xlvi, 10, 12, niït ^n) ; 
je suis mîT, il n'y en a pas d'autre, en dehors de moi il n'y a pas 
de Dieu (trnba -pa ■rçjbafc, xliv, 6; p» inbiî, -n* pH, "H*^ & DN 
d^bN, etc., xliv, 6 ; xlv, 5, 6, 14, 18, 21), je suis Dieu, il n'y a pas 
d'autre Dieu ni rien comme moi, iai!B3 D.bn (xlvi, 9)\ c'est moi qui 
fais tout (xliv, 24; xlv, 3-7), c'est moi qui ai fait la terre, l'homme 
et les cieux, c'est moi qui suis appelé le Libérateur avec justice 
(xlv, 12, 13), c'est moi, c'est moi qui ai parlé... (xlviii, 15), c'est 
moi qui parle (lu, 6), c'est moi qui ai créé le forgeron. . . (liv, 16), 
c'est moi, c'est moi qui effacerai vos fautes, qui vous consolerai 
(xliii, 25 ; li, 12 2 ). 

242. A cette polémique encore appartiennent les passages où 
Dieu indique le peu que sont devant lui les Nations elles grands 
de la terre. S'ils ne sont rien, c'est que leurs dieux ne sont rien 
non plus. Les Nations et les îles sont comme poussière (xl, 15), 
les Nations sont devant lui comme rien, comme vanité et néant 
(xl, 17), les û^nn et les juges de la terre sont comme rien, le vent 
les emporte comme la paille (xl, 23-24; cf. xli, 15-16, 29) ; Dieu 
abat les rois, confond les ennemis de son peuple (xli, 2, 11-12), 
foule aux pieds les d^d (xli, 25), anéantit les armées (xliii, 17). 
Et inversement, la protection efficace accordée par Dieu aux Juifs, 

» Le crime de Babel est d'avoir comparé sa puissance à celle de Dieu iDSNï "ON 
TO (xlvii, 8, 10). - t , 

* On pourrait recueillir encore, chez notre prophète, un grand nombre de passages 
où le moi divin se produit avec insistance et emphase, et toujours dans le dessein 
de confondre les faux dieux. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 165 

les miracles accomplis en leur faveur sont aussi une démonstra- 
tion de sa puissance à l'adresse des payens 1 ; ils ouvriront les yeux, 
et verront que le secours ne vient pas de leurs faux dieux, mais 
du Dieu véritable (xl, 5; xli, SU, lix, 26, etc.). Les trois quarts de 
notre prophète, comme on voit, sont une critique des faux dieux 
sous la forme d'une apologie du vrai Dieu. 



14. Omniscience de Dieu, les événements prochains et derniers. 

243. Un des signes les plus manifestes de la supériorité de Dieu 
sur les dieux payens, c'est qu'il sait, tandis qu'ils l'ignorent, ce 
qui s'est passé à l'origine, et ce qui se passera à la fin des temps ; 
il prévoit et peut annoncer l'avenir, les événements prochains ou 
éloignés, parce que c'est lui-même qui les accomplit ; c'est pour- 
quoi sa parole ne ment pas, et il sait donner aux hommes des 
signes qui indiquent, sans erreur, à qui veut les comprendre, les 
événements futurs. « Dieu appelle les générations dès le commen- 
cement (xli, 4). — Approchez et dites-nous (si vous le pouvez) les 
choses qui arriveront ; dites-nous quels sont les faits antérieurs, 
mïtë&nti, dont nous pourrons .vérifier les conséquences, 'jnnriN, 
ou racontez-nous un peu ce qui va venir, m&oïi; dites-nous quels 
ont été, dans le passé, les signes précurseurs (-nntfb nwiatn) des 
événements actuels (xli, 22-23; cf. xlh, 23). — Qui donc, parmi 
les faux dieux, a su annoncer. ces faits dès l'origine, pour qu'il fût 
possible de les prévoir, et d'avance, pour que nous puissions dire 
que c'est bien cela (xli, 26; cf. xliii, 9; xliv, 1) ? Les faits anté- 
rieurs (que j'ai annoncés d'abord), mîMBfcntt, se sont vérifiés et ac- 
complis; je vous annonce les événements nouveaux, rrflB'tti; avant 
qu'ils aient commencé de germer, je vous les ferai connaître 
(xlii, 9). —Du reste, ne vous préoccupez pas autrement des faits 
antérieurs, msuttn, ne creusez pas le sens des événements pri- 
mitifs, nv57a*7p ; car je vais accomplir des événements nouveaux, 
msnn, ils vont immédiatement commencer de germer, et vous les 
connaîtrez (xliii, 18-19). — Rappelez-vous les faits anciens ac- 
complis dès l'origine, ûb*i:>tt nWDan, et vous saurez que moi seul, 
je suis Diau ; j'annonce dès le commencement l'avenir éloigné 

1 Parmi ces miracles, il faut signaler surtout ceux qui ont été accomplis lors de la 
sortie d'Egypte ou seront accomplis plus tard, à l'époque messianique, sur le modèle 
des miracles du désert : eaux de la mer desséchées, chemin frayé à travers les soli- 
tudes immenses, rivières qui surgissent au milieu du sable, nourriture trouvée dans 
les plaines stériles (xlt, 18-20; xlii, 16; xrvii, 2, 16-21 ; xliv, 27 ; xlviii, 21 5 
xlix, 10-11 ; l, 2 ; lî, 10): 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(rrnna nTOÉPtia) et dès l'antiquité, dnp?2, ce qui n'est pas encore 
arrivé (xlvi, 9-10). — Et, en résumé, Dieu seul connaît d'avance 
les événements, il les a annoncés avant que personne les connût 
et avant qu'ils fussent arrivés, et il peut indiquer les signes pré- 
curseurs, nTTiN, qui sont la preuve de sa toute puissance (xl, 21; 
xliv, 8; xlv, 11,21); il a annoncé longtemps d'avance les faits 
antérieurs, mawi, et il lésa exécutés de suite; c'est exprès qu'il 
les a prédits, pour que le peuple, dans son opiniâtreté, n'aille pas 
dire que ce sont les idoles et les statues qui les ont accomplis ; de 
même il prédit maintenant des événements nouveaux, miain, 
encore cachés dans le secret de l'avenir, dont l'accomplissement 
a commencé aujourd'hui même, non pas hier ou autrefois, et per- 
sonne ne peut se vanter de les avoir connus ou d'en avoir entendu 
parler (xlviii, 3-*7). Ce qu'il annonce et ce qu'il décide s'accomplit 
(xl, 5, 8 ; xlvi, 10; xlviii, 3; lv, 11). Les événements anciens et 
contemporains ont un sens, il faut les comprendre, et ceux qui les 
observent, au lieu d'être inattentifs, savent deviner la volonté de 
Dieu(xLi,22; xlii, 23; xliil, 18; xlviii, 8, etc.). Nous croyons qu'il 
est impossible de donner aux mittin, miusan etc. de notre prophète 
un sens plus particulier; c'est se condamner à un vain travail 
que d'y chercher, comme le font divers commentateurs 1 , des indi- 
cations précises sur l'histoire contemporaine, sur les conquêtes 
de Cyrus et la délivrance des 'tribus captives à Babylone. De pa- 
reilles recherches ne peuvent conduire qu'à des déceptions 2 . 



15. Retour des exilés. 

244. La vocation des Gentils, avec la défaite des faux dieux, 
forme, comme nous venons de le voir, un des actes importants du 
drame messianique. Un autre acte de ce même drame est consacré 
au retour dans la patrie de tous les exilés juifs, ramenés par 
Dieu de toutes les parties du monde et des extrémités de la terre. 
Ce retour des exilés, revenant de tous les pays où ils sont dis- 
persés, est placé par les Dix-huit Bénédictions en tête de l'époque 
messianique, il tient aussi une place considérable dans le second 

1 Par exemple, Giesebrecht, Beitràge %ur Jesaiakritik, Goettingue, 1890, p. 107 
et suiv. 

1 Nous comprenons maintenant aussi les niDN du Ps. lxxiv, vers. 4 et 9. Les 
ennemis de Dieu prennent pour de vrais signes précurseurs (et de vraies preuves de 
la puissance de leurs dieux) les signes mensongers qu'ils s© sont laits eux-mêmes 
(vers. 4) ; les Juifs, de leur côté, n'ont pas l'ait attention aux signes que Dieu leur a 
donnés; ou bien : Dieu les a abandonnés à tel point qu'il ne leur a plus donné de 
signe ni aucune indication qui les ait guidés (vers. 9). 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA MIBLE 167 

Isaïe. Presque tous les exégètes modernes, il est vrai, appliquent 
uniquement au retour de l'exil de Babylone la plupart des pas- 
sages de notre prophète où il est parlé de ce grand événement. 
Nous reviendrons plus loin sur ce point d'exégèse, qui est des plus 
importants et demande un examen détaillé. En attendant, nous 
prions le lecteur de nous faire crédit et d'accepter provisoirement 
notre explication. 

Déjà dans le premier chapitre du second Isaïe, c'est, à notre 
avis, le retour des exilés à l'époque messianique, et non le retour 
de Babylone que le prophète annonce et décrit ; mais la plupart 
des passages que nous allons citer ne laissent place à aucun 
doute. De l'orient, dit le prophète, Dieu ramènera les Juifs, et à 
l'occident il ira les chercher ; il dira au nord : Rends-les ; et au 
téman (sud) : Ne les garde pas plus longtemps; ramenez mes fils 
des pays éloignés et mes filles des extrémités de la terre (xltii, 5- 
6); les uns viendront des contrées les plus éloignées, les autres du 
nord et du sud (np), les autres du pays des d^ro (xlix, 9-12; cf. 
xlix, 5-6, et peut-être xli, 9). Tous les fils de Jérusalem se rassem- 
bleront (dans les divers pays où ils sont exilés) et reviendront dans 
la Ville sainte (xlix, 18-23; lx,4-9); les Juifs délivrés reviendront, 
retourneront à Sion (li, 11) ; ils retourneront du milieu de toutes 
les nations où ils sont dispersés (lxvi, 20). La fille captive de Sion 
sera délivrée, Dieu lui-même reviendra à Jérusalem, relèvera ses 
ruines : le retour des exilés ne sera pas, cette fois, comme la sortie 
d'Egypte, une retraite hâtive et une sorte de fuite ; Dieu en per- 
sonne marchera devant eux et les conduira (lu, 2, 8-12); il ras- 
semblera son peuple avec miséricorde (liv, 9), il réunira les exilés 
d'Israël * et ramènera rapatriés sur rapatriés (lvi, 8). Contraire- 
ment aussi à ce qui s'est passé lors de la sortie d'Egypte, les Na- 
tions, au lieu de s'opposer au départ des Juifs, leur accorderont 
spontanément la liberté, comme l'a fait Gyrus, et les ramèneront 
elles-mêmes dans la patrie. Elles rapporteront dans le pli de leur 
robe les fils de Jérusalem, et les filles de Jérusalem sur leurs 
épaules (xlix, 22; lx, 9 ; cf. lx, 4) ; elles ramèneront les Juifs de 
tous les pays, sur des chevaux, des chars, des chameaux, des 
mulets, dans des palanquins, et les conduiront sur la montagne 
sainte de Jérusalem (lx, 20). 

245. Le signal du retour sera donné par un drapeau (os) que 
Dieu lèvera et déploiera aux yeux des Nations (xlix, 22 ; lxii, 10), 
une voix se fera entendre dans le désert pour annoncer l'arrivée 
des exilés (xl, 3), le crieur de Jérusalem ("nea») montera sur la 

1 '" k N"w n "•FH2 Y'2'pi2] o'est la formule finale du n° 9 des Dix-huit Bénédictions. 



168 REVUE DES ETUDES JUIVES 

hauteur pour lés voir venir de loin et signaler leur retour (xl, 9; 
cf. xlii, 27, et peut-être lxii, 6) ; Jérusalem jettera les yeux à la 
ronde sur le pays et verra revenir ses enfants en colonnes ser- 
rées (xlix, 17 ; lx, 4). Un chemin leur sera tracé à travers le dé- 
sert et la aràba, et, pour leur aplanir la route, les vallées se- 
ront comblées et les montagnes s'abaisseront (xl, 3-4; xlix, 11 ; 
lvii, 14; lxii, 10 ; cf. xlii, 15)* Dieu lui-même les conduira, les 
rassemblera comme le pâtre rassemble son troupeau et porte 
l'agneau dans ses bras (xl, 11) ; il leur tracera la route à travers 
le désert (xliii, 19), illuminera devant eux les ténèbres, comme à 
l'époque de la sortie d'Egypte (xlii, 16), et, toujours comme à la 
sortie d'Egypte, leur fera traverser les mers et les rivières (plus 
haut, n° 242, note). Sur le chemin qu'ils suivront, ils trouveront 
la nourriture, l'eau, les pâturages en abondance, des sources et 
des fleuves jailliront dans le sable, le désert se changera en oasis 
verdoyante, ils seront protégés contre le soleil et le froid, et 
autour d'eux pousseront le cèdre {rrûV n«), le myrte, l'olivier, 
le tûna, le nmn et le -nuian (xlix, 9-10; xli, 18; xliii, 19; 
xlviii, 21 ; xli, 19 ; cf. lx, 13) l . 

246. Une certaine œuvre d'épuration et comme un règlement 
de comptes avec les Méchants et les Nations seront accomplis par 
Dieu à l'époque messianique 2 . Il y aura une sorte de procès bstûM 
où les uns seront absous et récompensés, les autres punis et 
anéantis (xli, 1; li, 5), un jour de vengeance (ûpi ùv) (lxi, 2; 
lxiii, 4), comme aussi un jour et une année de délivrance, un 
temps et une année de bienveillance spéciale : nW3 /wndi ù*p 
( ]m naiD /pin n* z^biau (xlix, 8; lxi, 2; lxiii, 4; cf. lv, 7; lvi, 1). 
Les Nations se réuniront et s'approcheront pour être jugées et 
pour vider leur querelle avec Dieu (xli, 1, 21 ; xliii, 9; xliv, 11 ; 
xlv, 19-21 ; xlviii, 14). Les Juifs, de même, auront à s'expliquer et 
à se justifier devant Dieu (xliii, 26), mais, en revanche, les adver- 
saires d'Israël seront confondus (xli, 11), personne n'osera plus 
l'attaquer ni le calomnier (l, 8-9); il sera, au contraire, en état 
de punir les langues qui voudront prononcer sa condamnation 
(liv,17), Dieu combattra son combat (xlix, 25), Israël sera réhabi- 
lité et gagnera son procès (li, 5 ; lviii, 8; lxii, l) 3 . Les Nations re- 
belles seront écrasées, exterminées, anéanties 4 . Dieu se lève comme 

1 Sur la part que les Nations prendront au retour des exilés, voir plus loin, 
n» 247. 

J Ce sujet est lié à la question des punitions et des récompenses, que nous avons 
traitée plus haut, n os 208-9. 

3 On peut voir, sur tout cela, dans la concordance, les mots CâB)VÛ53 et ïlp^. 

* Voir plus haut, n° 209j 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 169 

un (jibbor, comme un homme de guerre, et, plein d'une ardeur 
belliqueuse, il se précipite sur ses ennemis (xlif, 13); il se couvre 
du bouclier de la justice, met sur sa tête le casque du secours, 
revêt les vêtements de la vengeance, s'enveloppe de fureur comme 
d'un manteau, pour punir ses ennemis et les îles (lix, 17-18) '.11 
vient au milieu du feu, ses chars arrivent comme la tempête, sa 
colère brûle comme les flammes; dans une espèce de jugement 
dernier, il jugera toute chair par le feu et le glaive, et nombreux 
seront les cadavres qui tomberont autour de lui. Ils joncheront le 
sol, on viendra voir, comme un spectacle édifiant, les corps des 
Méchants restés sans sépulture, condamnés aux peines étemelles 
(Lxvr, 15*16, 24). 

16. Relèvement de la Nation juive et de la Terre-Sainte. 

247. On ne peut pas dire avec certitude si le second Isaïe 
admet ou non l'avènement d'un Messie personnel, qui sera^comme 
celui des Psaumes, le Roi des Juifs, commandera aux Nations et 
gouvernera la terre ; c'est une question que nous avons discutée 
plus haut, n° 220. Ce qui est certain, c'est que, avec ou sans Roi- 
Messie, les Juifs seront comme le centre de l'humanité, autour du- 
quel se grouperont les Gentils , après leur conversion à Dieu. 
L'unité du genre humain se fera par l'unité religieuse. Les Nations 
se réuniront pour aller porter leurs hommages au peuple de Dieu 
(lx, 3 et suiv.). Toute la fortune des Nations passera au peuple juif, 
le fruit des greniers de l'Egypte, l'épargne de l'Ethiopie (tt-û), de 
lP&«û lui appartiendra; elles marcheront derrière le peuple juif 
dans les chaînes, comme des captifs, et se prosterneront devant lui 
(xlv, 14). Les rois se lèveront et les seigneurs (ù^tû) se prosterne- 
ront devant Israël, à ce qu'il semble (xlix, 7). « Les rois élèveront 
tes fils, et les princesses (rrnta) seront les nourrices de tes enfants ; 
ils se prosterneront à terre devant toi et lécheront la poussière 
de tes pieds » (xlix, 23). Dieu fera avec le peuple juif une alliance 
éternelle, comme il l'a fait avec David, et comme David, les Juifs 
commanderont aux Nations ; ils appelleront à eux des peuples qu'ils 
ne connaissent même pas, et des peuples qui ne les connaissent 
pas accourront vers eux (lv, 3-5). Les richesses de la mer et la 
fortune des Nations viendront d'elles-mêmes aux Juifs 2 ; «la 
troupe des chameaux couvrira la Terre-Sainte, les jeunes cha- 

1 Cf. lxiii, 1-6, dont nous avons déjà parlé plus haut ; voir aussi xli, 1 5-1 G, 25, 
etXLix, 2, également signalés plus haut. 

* Les mots b^n et ]i72H de ce verset peuvent au?si désigner la troupe des 
Nations. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

meaux de Midian et d'Efa (ïw*) viendront de M3&-, apportant l'or 
et l'encens; tous les troupeaux de Kédar, les béliers de Nebaiot 1 
seront tes serviteurs; les fils de l'étranger reconstruiront tes 
murs, leurs rois seront tes serviteurs ; tes portes seront constam- 
ment ouvertes ; jour et nuit on y fera passer les richesses (ou la 
troupe) des Nations et on y amènera leurs rois. Le peuple et le 
royaume qui ne te serviront pas seront détruits. La gloire du Li- 
ban viendra à toi ; le wû, le *iîT7n et le twûkti viendront ensemble 
pour honorer ma résidence sainte ; les fils de tes oppresseurs 
viendront humblement se prosterner à tes pieds, tu boiras le lait 
des Nations et suceras la mamelle des rois » (lx, 5-16). « Des 
hommes du dehors (tp-iï) paîtront vos troupeaux et les fils de l'é- 
tranger cultiveront vos vignes et vos champs ; vous mangerez la 
fortune des Nations et vous couvrirez de leur éclat » (lxi, 5-6). 

248. Il va sans dire que Jérusalem et la Terre-Sainte auront 
leur grande part dans ce relèvement de la nation juive. Gomme 
nous le verrons plus loin, la restauration de Jérusalem et du pays 
juif dont parle si souvent le second Isaïe, n'est pas celle qui a 
suivi l'exil de Babylone, mais celle qui viendra dans les temps mes- 
sianiques. Jérusalem se lèvera de la poussière (li, 1*7 ; lu, 1), elle 
sera reconstruite et repeuplée, les villes de Juda seront rétablies, 
le temple fondé de nouveau (xliv, 26, 28; cf. xl, 9 ; lxiv, 9), la 
ville de Dieu sera reconstruite et les exilés y reviendront (xlv, 13), 
le pays sera relevé et on y reprendra possession des terres dévas- 
tées (xlix, 8); Sion et ses ruines seront consolées, le midbar de la 
Terre-Sainte sera comme un éden et Yaraba comme un jardin de 
Dieu (li, 3; lu, 9) ; les exilés revenus dans le pays reconstruiront 
les ruines qui subsistent de temps immémorial (asu nwn), les 
villes détruites depuis les premières générations et les temps pri- 
mitifs seront rebâties et repeuplées (liv, 3; lviii, 12; lxi, 4 ; cf. 
lx, 10, déjà cité plus haut, et lxii, 4), les tribus de Juda et les 
restes conservés d'Israël (banu^ "mitt) seront ramenés, et il n'y 
aura plus d'infidèles dans la Ville-Sainte, pas un incirconcis, pas 
un homme impur, Njua bn* (lu, 1). Le pays habité par les Juifs 
sera plus large et plus étendu qu'autrefois, les Juifs s'étendront 
à droite et à gauche, leur postérité héritera les payens et prendra 
possession des terres qu'ils occupent (dans la Terre-Sainte? liv, 
2-3; «ta D^s; lx, 21, y-iN nilîT" ; lxi, 7, mn*" ttSttîfc). Israël 
jouira d'une paix éternelle, Dieu a juré de ne plus s'irriter ni 
s'emporter contre lui (liv, 9-10), Dieu a juré que jamais l'ennemi 
ne mangera plus le blé que les Juifs ont semé, et ne boira plus le 

1 Des Nabatéens. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 171 

vin qu'ils ont cultivé (lxii, 8-9; cf. lxv, 21-22). Les Juifs vivront 
dans l'abondance et dans la joie (li, 3; lviii, 11; lxv, 18), leur bon- 
heur ne prendra pas un (lxi, 7), leur cœur se réjouira, ils pous- 
seront comme l'herbe (lxvi, 14; cf. vers. 10-13). La honte de leur 
jeunesse (des temps passés) et la honte de leur veuvage 7 sera ou- 
bliée, Jérusalem portera le manteau de la justice, les vêtements du 
fiancé et de la fiancée (liv, 4; lxi, 10; lxii 5), les Juifs seront une 
race bénie de Dieu, les prêtres et desservants de Dieu (lxi, 6, 9), 
le peuple tout entier sera un peuple de çaddiMm (lx, 21). La 
postérité des Juifs et leur nom seront éternels (lxvi, 22), le plus, 
petit d'entre eux se multipliera par milliers et le plus infime 
deviendra une grande nation (lx, 22), Dieu fera avec eux une 
alliance éternelle (lv, 3; lxi, 8; cf. liv, 10), il régnera de nou- 
veau sur eux (lu, 7), et leur puissance sur les hommes sera telle 
que, suivant une expression consacrée, ils marcheront par 
grandes enjambées sur les hauteurs de la terre (lviii, 14). 

17. Nature transformée. 

249. Ce n'est pas seulement l'état politique et matériel de Jéru- 
salem qui est transformé, mais un règne tout nouveau commence 
pour la nature entière, pour les bêtes et les plantes. Des lieux 
autrefois désolés seront féconds et verdoyants ; où il n'y avait 
autrefois que sable et pierres l'eau coulera en abondance 1 , la 
nature entière sera en joie (li, 3 ; lu, 9 ; lv, 12, et n os 247, 248), 
le désert sera transformé, les plus beaux arbres y pousseront, 
le Liban se transportera à Jérusalem pour orner le sanctuaire, 
les troupeaux de Kédar et de Nebaiot viendront s'offrir d'eux- 
mêmes sur l'autel (xli, 19 ; lv, 13 ; lx, 7, 13 ; cf. lxv, 10). Les 
pierres de la Ville-Sainte seront couvertes de ^id comme d'un 
vernis, Jérusalem sera fondée sur des saphirs, ses murs seront 
en rubis et ses portes en escarboucles, et tout son domaine en 
pierres précieuses (liv, 11-12). Le cuivre sera remplacé par l'or, le 
fer par l'argent, le bois par le cuivre, les pierres par le fer. Il n'y 
aura plus, dans le pays, ni violences, ni désastres, ni pleurs, ni 
cris 2 ; il n'y aura plus d'alternance des jours et des nuits, mais 
une lumière sans fin, venue de Dieu; le soleil ne se couchera 
plus et la lune ne se voilera pas (lx, 17-20). Dieu créera un ciel 
nouveau et une terre nouvelle, on ne sentira plus le poids des an- 
nées, nul ne mourra avant d'avoir atteint et achevé sa vieillesse; 

1 Voir les passages déjà cités sur le retour des exilés ; il faut peut-être ajouter 
lxv, 10. 

» Cf. lxv, 19. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce -sera mourir jeune que de mourir à cent ans, aussi c'est l'âge 
que pourront atteindre les pécheurs condamnés à disparaître avant 
le temps, et les Juifs en général vivront aussi longtemps que les 
arbres des forêts. Dans les limites de la montagne sainte, au 
moins, les bêtes féroces changeront de nature et de caractère, les 
animaux carnassiers deviendront des herbivores, le loup et la 
brebis paîtront côte à côte, le lion mangera du foin comme les 
ruminants, le serpent se nourrira de poussière, ils n'exerceront 
plus de dévastation et deviendront inoffensifs (lxv, 17-25; 
lxvi, 22 ; cf. xi, 6-9). Ce sera l'âge d'or de l'humanité. 

18. La question de date : le passage concernant Cyrus. 

250. Le malheur du second Isaïe a été que Cyrus y est nommé, 
et la grande erreur des exégètes est de partir de là, pour voir par- 
tout et toujours, dans notre livre, l'exil de Babylone. Nous avons 
déjà indiqué plusieurs fois que nous nous séparons, sur ce point, 
de tous les commentateurs, et que, pour nous, le second Isaïe est 
un contemporain un peu plus ancien des psalmistes. Nous espé- 
rons que ce que nous avons dit plus haut sur le grand retour final 
des exilés de tous les pays a déjà, en partie, convaincu le lecteur ; 
mais ce sujet a besoin d'être étudié de près et en détail. 

251. Il va sans dire, tout d'abord, que la présence du nom de 
Cyrus dans notre livre ne prouve pas que le second Isaïe ait 
vécu du temps de Cyrus et ait été témoin oculaire des événements 
qui ont amené le retour de l'exil de Babylone. Nous avons de 
fortes raisons de supposer que notre prophète a vu le jour plus ou 
moins longtemps après le retour de l'exil; les idées qu'il exprime 
et où se montre sa haute originalité ne lui sont pourtant pas tout 
à fait personnelles, il a eu sûrement pour collaborateurs les hom- 
mes de son temps et probablement plusieurs générations anté- 
rieures, ses conceptions sont des conceptions populaires qui n'ont 
pu se former qu'après, une assez longue préparation. Nous ne 
voulons pas insister maintenant sur ce point. En plaçant le second 
Isaïe après le retour de l'exil, nous consentons à le mettre aussi 
près qu'on voudra de cet événement, mais on nous accordera que 
la mention qu'il fait de Cyrus ne prouve rien contre notre thèse. 
Il est par trop évident qu'il n'était pas défendu à un écrivain juif 
postérieur à Cyrus de nommer le grand roi perse, libérateur des 
Juifs. Il est vrai que l'enthousiasme avec lequel le second Isaïe 
parle de lui (xliv, 28; xlv, 1-7) semble s'expliquer surtout par 
l'impression toute fraîche que l'édit de délivrance avait faite sur 
l'esprit du prophète ; mais outre que cet argument n'a rien d'absolu 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 173 

et qu'il est très facile de comprendre qu'un poète juif postérieur 
se soit épris de cette grande figure du passé, il y avait une raison 
particulière pour que celle de Cyrus s'imposât à l'attention et à 
l'admiration de notre prophète. Nous avons vu que le but princi- 
pal et presque unique de son livre est la description de la grande 
épopée messianique et que, dans cette épopée, le retour des exilés 
de tous les pays occupe une des places les plus importantes. On 
se demandait évidemment, et non sans anxiété, dans les cercles 
juifs, si ce retour s'effectuerait sans difficulté et sans résistance ; 
si les Juifs, délivrés pour toujours, ne seraient pas condamnés à 
errer indéfiniment dans le désert, comme les anciens Hébreux, 
sans pain, sans eau, sans abri, à l'aventure et sans trouver leur 
chemin ; si les Nations chez lesquelles ils étaient exilés les laisse- 
raient partir sans résistance. C'est à ces inquiétudes que ré- 
pondent les belles descriptions du désert qui s'anime, se féconde, 
se remplit d'eau, d'ombre et de verdure, de voies aplanies et toutes 
tracées, pour le passage des Juifs revenant à Jérusalem. Ces 
tableaux nous donnent exactement la contre-partie de l'histoire 
des Hébreux dans le désert, sur laquelle ils sont, pour ainsi dire, 
réglés. Les Pharaons n'y peuvent pas manquer, ils y ont leur 
place marquée, mais leur rôle est également retourné. Le Pharaon 
égyptien était un roi méchant, qui opprimait les Hébreux, les 
avait réduits à l'état d'esclaves, les retenait de force, et ne leur 
permit finalement de partir que lorsqu'il y fut contraint par la 
plus dure nécessité. Les futurs Pharaons, rois des Nations, feront 
tout le contraire ; quand le signal du retour des Juifs sera donné, 
ils leur accorderont spontanément la liberté, ils les conduiront 
eux-mêmes, avec des soins tendres et des précautions délicates, à 
Jérusalem, et ils se feront leurs serviteurs (n os 244, 247). Voit-on 
maintenant de quelle importance est Cyrus pour le second Isaïe ? 
11 est le type et le précurseur de ces rois excellents, il a donné 
l'exemple et créé le précédent qu'ils auront à suivre. C'est pour 
cela et pour cela seul que le prophète l'appelle mon pasteur, mon 
Oint, et salue son nom avec transport. Ses compliments et ses 
hommages s'adressent encore moins au Cyrus de l'histoire qu'aux 
Cyrus futurs, qui délivreront les Juifs, et il n'est même pas im- 
possible qu'en réalité son Cyrus soit un Cyrus messianique, un 
Cyrus idéalisé, et point du tout le Cyrus véritable. Cyrus serait 
ainsi, parmi les Nations, ce que David est devenu parmi les Juifs, 
une sorte de messie payen à côté du messie juif. 

Si l'on voulait pousser un peu cette idée, on remarquerait que 
Cyrus reçoit de Dieu des dons et des faveurs tout à fait extraordi- 
naires (xlv, 1-4, surtout vers. 3), et qu'il a beaucoup de traits de 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

commun avec le Messie ou ce libérateur dont Isaïe aime à parler 
avec des airs mystérieux. Il soumet les Nations ("nb, xlv, 1), 
exactement comme le cédeli de xli, 2 (tt) ; il reconstruit Jéru- 
salem et l'onde de nouveau le temple (xliv, 28), comme le fait 
Dieu lui-même (xliv, 26), et comme le fera aussi le personnage 
innommé de xlv, 13. Il est évident pour nous que, dans ce passage, 
il n'est pas question de Cyrus ; tout le morceau allant de vers. 10 
à 17 ou même jusqu'à la fin du chapitre, s'applique sûrement à 
l'époque messianique et ne peut, en aucun cas, s'appliquer au re- 
tour de Babylone (voir versets 12 et 30). Si cette explication est 
exacte, le av appelé de l'Orient (xlvi, 11) pourrait bien être aussi 
une espèce de Messie payen venant au secours des Juifs, pour les 
délivrer (cf. n° 229). 

19. Même question : reconstruction de Jérusalem et du temple. 

252. Il faut nous expliquer, à cette occasion, sur le sens que 
nous attribuons à cette reconstruction de Jérusalem et du temple 
dont le prophète parle si souvent. La Jérusalem des premiers temps 
du second temple était une Jérusalem misérable, où, malgré les 
réparations faites par les Juifs, bien des ruines avaient continué à 
subsister ; le temple nouveau était, sans doute, une construction 
modeste, élevée au milieu des décombres, insuffisante pour l'amour- 
propre et le patriotisme de la nation *. Il est probable que pendant 
toute la période de la domination persane, Jérusalem est restée 
une ville assez pauvre d'aspect et que l'œuvre de destruction de 
Nabuchodonosor ne fut pas complètement effacée, ni dans la Ville- 
Sainte, ni dans le reste du pays. Si, d'autre part, l'édifice du 
temple avait répondu aux vœux du peuple, il est clair qu'Hérode 
n'aurait pas pris la peine de construire un nouveau temple. Lors- 
qu'un écrivain de cette époque parle de la reconstruction de Jéru- 
salem et du temple, il ne faut donc pas en conclure que Jérusalem 
et le temple soient complètement en ruines et que cet auteur ait 
écrit pendant l'exil de Babylone. Cette reconstruction n'a pas pour 
objet de fonder une ville et un temple où il n'y aurait plus ni ville 
ni temple, mais de créer une ville et un temple plus vastes, plus 
beaux, de proportions plus grandioses 2 . La Jérusalem actuelle, 
avec son temple, peut même être aussi belle qu'on voudra, elle 
sera indigne cependant d'être la capitale du royaume messianique. 

1 Voir, dans Haggée, n, 9, l'ambition qu'on avait de faire de ce temple une 
belle construction. 

* Nous avons déjà soutenu cette thèse dans noire étude sur les Dix-huit Bénédic- 
tions, à propos de la bénédiction n° 14. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 175 

il faudra bien qu'elle cède la place à la Jérusalem future, elle sera 
reconstruite, elle deviendra une Jérusalem splendide, merveil- 
leuse et solide pour l'éternité '. 

20. Même question : le retour des exilés. 

253. On soutient que le second Isaïe annonce plusieurs fois, 
comme un événement prochain, le retour de l'exil de Babylone, et 
s'il en était ainsi, il faudrait bien qu'il eût vécu du temps de l'exil 
de Babylone et même à Babylone, mais, à notre avis, les passages 
que l'on invoque ne parlent que du grand retour de l'époque mes- 
sianique. Déjà le début de notre livre (xl, 1-11), qui n'a pas peu 
contribué à créer le préjugé que nous combattons, s'applique à ce 
grand événement et non au retour de Babylone. Le ton solennel 
du morceau, les miracles extraordinaires annoncés et la part qu'y 
prend toute la terre (vers. 5) montrent bien que les faits qui se 
préparent sont d'un intérêt universel et touchent l'humanité en- 
tière. S'il en était autrement, il y aurait entre ces faits et l'impres- 
sion qu'ils font sur le prophète une disproportion énorme et presque 
ridicule. Nous avons d'ailleurs, dans lxii, 10-12, une variante de 
notre morceau qui décide la question 2 . On y trouve les mêmes idées 
et les mêmes expressions, mais leur sens messianique est indiqué de 
la façon la plus évidente par ces mots: « Elevez un drapeau aux 
yeux des Nations,. . . Dieu a fait entendre sa voix jusqu'aux ex- 
trémités de la terre. » Dira-t-on qu'à l'avènement de l'ère mes- 
sianique le peuple juif ne sera pas assez malheureux pour qu'il 
ait besoin des consolations promises au commencement de notre 
livre (xl, 1) ? On trouvera la réponse dans xlix, 13, où il est bien 
évident qu'il ne peut être question que du retour des exilés de 
tous les pays (vers. 12), et où ces mêmes consolations sont offertes 
aux Juifs. Les sujets de deuil ne leur manquaient vraiment pas et 
cette absence des frères exilés en était déjà un très grave. Leur 
humiliation politique sous les Perses ou sous les Grecs en était 
un autre, non moins grave assurément, et expliquerait à elle seule 
l'existence des )vx "hix mentionnés par notre prophète (lxi, 3 ; 
lxvi, 10), qui regrettaient l'ancienne gloire et splendeur et puis- 
sance de la Ville-Sainte. Voilà déjà bien des causes de souffrances, 
sans parler de celles qui sont communes à tous les hommes ou de 

1 Les principaux passages du second Isaïe où il est question ou semble être ques- 
tion de la reconstruction de Jérusalem sont xliv, 28 ; xlv, 13 ; xlix, 19 ; li, 3 ; 
lu, 9; lxii, 4 ; cf. lviii, 12, lxi, 4. 

* Cf. aussi lvii, 14, mais surtout xlix, 11, où il est également question des routes 
aplanies et qui est sûrement messianique. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

celles du Serviteur de Dieu en particulier, et qui cesseront toutes 
à l'époque messianique. Quand un peuple gémit sous un pareil 
poids de maux, les consolations ne sont pas de trop. 

254. Nous appliquons de même au retour des exilés de tous les 
pays le passage de xli, 17-20, et d'un chap. analogue, lv, 11-13 ; 
le final de ces deux morceaux indique leur caractère messianique ; 
de môme xliii, 19-20, qui pourrait cependant avoir un sens plus 
général encore ; de même xliv, 23 (Jacob délivré) ! ; xlix, 5-6 (les 
tribus recueillies, ramenées et rétablies) ; xlix, 8-13, qui ne peut 
pas faire doute ; lvi, 1, et lx, 1-12 (le secours de Dieu va venir et 
est tout prêt); lix, 1, où sont rassurés ceux qui désespèrent; 
lvi, 1, et lix, 21, lix, 1, et lx, 1-2 (le secours de Dieu va venir 
et est tout prêt ; le libérateur viendra ; il ne faut pas douter de 
Dieu), il est clair que les chap. lx, lxi, lxii, lxiii, 1-6, lxv et lxvi 
se rapportent au même sujet. Dans lxvi, 1, on a voulu voir toute 
une histoire qui se rattacherait à l'exil de Babylonie : les exilés 
auraient eu l'intention de construire un temple en Babylone et le 
prophète les aurait engagés à n'en rien faire ; mais l'explication 
si simple que nous avons donnée plus haut de ce passage (n° 236) 
nous dispense d'accueillir ce petit roman. 

255. Nous nous sommes déjà occupé plus haut (n c 203) des pas- 
sages de xlii, 7-18 ; il y est question des captifs enfermés dans 
la prison qu'on pourrait bien prendre pour les captifs de Baby- 
lone. Mais nous sommes familiarisés maintenant avec le sens 
symbolique de cette captivité, et le passage de xlix, 8-13, dont 
nous avons déjà plusieurs fois parlé comme d'un morceau mes- 
sianique, montre dans tous les cas que nos captifs (vers. 9) ne 
sont pas véritablement dans la prison, mais dans l'exil ou simple- 
ment à l'étranger, où ils demeurent peut-être volontairement. Il 
en est de même des captifs de lxi, 1-3. Le caractère messianique 
du chap. xliii ne peut pas non plus être mis en doute, et dans 
les versets 8-11, qui nous intéressent ici particulièrement, on 
voit clairement que les aveugles délivrés et ramenés sont les 
exilés de tous les pays, ceux des temps futurs. Cela est prouvé par 
les versets 3 et 5 d'abord , où il est dit que les exilés reviendront de 
divers pays et des extrémités de la terre ; par le vers. 9, où tous 
les peuples sont appelés à se réunir et à entendre le témoignage 
des Juifs en faveur de Dieu. Si le sens de ce passage est clair, 
celui de xlix, 7-9, l'est également, car ils disent tous deux la 
même chose '. 

i Nous nous sommes déjà expliqué plus haut sur xliv, 26 et 28, et xlv, 13. 

a Oq remarquera que dans tous ces passages il est question de cette prescience 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 177 

256. 11 est vrai que dans fcLii, 22 et 24, il semble bien, pour- 
tant, qu'on ait affaire à ces captifs qui ont assisté à la destruction 
de Jérusalem par Nabuchodonosor ; mais à ce sujet il y a plusieurs 
choses à considérer. Tout d'abord, nous ne contestons nullement 
que le souvenir des désastres qui suivirent la victoire de Nabucho- 
donosor sur les Juifs n'ait été très vivace et très profond chez le 
second Isaïe. De tels événements ne s'oublient pas en un jour 
et surtout si, comme nous l'avons montré plus haut, ils laissent 
après eux, pendant des siècles, des traces visibles, des plaies 
ouvertes et saignantes. Quand même le prophète n'aurait pas 
vécu trop près de ces événements, la description qu'il fait de la 
Judée se justifierait par l'état politique des Juifs, gouvernés ou 
surveillés et probablement malmenés par les satrapes persans, 
harcelés par les peuplades ennemies du voisinage, réduits en 
nombre et établis sur un territoire restreint, éloignés de leurs 
frères exilés de force ou volontairement en Babylonie et dans 
d'autres pays, appauvris sûrement par leur défaite, par les exac- 
tions du gouvernement étranger et probablement par les razzias 
des voisins, affligés enfin du spectacle des ruines laissées par la 
dernière grande guerre. Les ruines ont la vie longue dans ce pays, 
on le voit assez par le spectacle de la Jérusalem et de la Palestine 
actuelles. Il ne faut pas oublier, d'autre part, que pour les écri- 
vains de l'époque du second temple l'ère messianique ne reculait 
pas, comme elle le fait pour nos imaginations modernes, dans les 
profondeurs mystérieuses de l'avenir, le messianisme était tout 
près et comme sous la main * ; ce sont les contemporains mêmes 
du prophète, le peuple foulé et pillé, les exilés (captifs), qui verront 
le Messie et jouiront de son triomphe sur les Nations ; c'est la 
Jérusalem encore à moitié dévastée depuis Nabuchodonosor et tou- 
jours séparée d'une grande partie de son peuple, qui verra revenir 
en troupes ses enfants. De cette façon, on comprendra sans peine 
notre passage xlii, 22-24, et les passages xlix, 14-21 ; li, 17-23 ; 
lu, 1-2. Le morceau de xlix, 14-21, est, du reste, entouré de pas- 
sages incontestablement messianiques (vers. 8-13 et 22-26), ce qui 
ne permet pas de douter qu'il se rapporte également à l'époque 
messianique et confirme tout ce que nous venons de dire sur le 
sens des passages de ce genre. On peut encore ajouter, du reste, 
et c'est une remarque qui a son importance, que notre prophète 



et toute-puissance de Dieu dont nous avons parlé plus haut (n° 243), qui fait que 
seul il prédit les événements futurs, parce qu'il les préparent sait le sens des évé- 
nements passés. Cela forme un lien de plus entre tous ces morceaux. 

1 Voir ce que nous avons dit là-dessus au n» 138; voir Isaïe, LVI, 1 ; lix, 1 ; 
lxi, 1-3. 

T. XXIII, n° 46. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fait, dans ces morceaux, une sorte d'antithèse entre la Jérusalem 
actuelle et la Jérusalem sauvée par le Messie. Ici, tout est lu- 
mière; là, tout est ombre et ténèbres. Aussi ramasse-t-il comme 
à plaisir toutes les souffrances que Jérusalem a endurées dans 
le passé, et au premier rang, bien entendu, celles de la guerre 
de Nabuchodonosor, dont le souvenir était encore présent et 
vivant. On a ainsi, en face de la Jérusalem resplendissante de 
l'avenir, la Jérusalem éplorée du passé. Cette attitude affligée 
convient du reste spécialement au Serviteur de Dieu ou au Pauvre, 
et pour tracer un pareil tableau, composé de traits de toutes les 
époques, il n'était même pas nécessaire de vivre en Palestine peu 
de temps après l'exil de Babylone, un poète des derniers temps 
du second temple l'aurait écrit tout au^si bien. 

257. On fait remarquer que dans xlviii, 20, le prophète dit 
formellement aux Juifs de sortir de Babylone et de s'enfuir de la 
Ghaldée. Voilà donc bien, à ce qu'ii semble, un conseil donné aux 
Juifs avant l'arrivée de Cyrus et quand, surexcités par les évé- 
nements qui se passaient au dehors, ils attendaient dans la fièvre 
l'heure de la délivrance. Mais si le prophète avait effectivement 
donné ce conseil à cette époque, il en parlait bien à son aise. Il ne 
pouvait pas avoir en vue le départ de quelques Juifs isolés, mais 
celui du gros des exilés. Croit-on qu'il leur aurait été si facile de 
s'en aller et que les Babyloniens les auraient laissés partir ? Ils 
étaient captifs et nullement libres de retourner en Palestine. Dira- 
t-on que ces paroles ont été prononcées après l'arrivée de Cyrus, 
et que le mot irna ne signifie pas fuir, mais s'en aller en toute 
hâte? Nous ne contestons pas que le passage puisse avoir ce sens 
et s'adapter à cette circonstance, mais on peut encore l'expliquer 
d'une autre manière. Un écrivain postérieur a très bien pu, rétros- 
pectivement et pour célébrer le grand événement de la chute de 
Babylone, adresser cette apostrophe aux Juifs contemporains de 
Cyrus. Le verset 21, où les verbes sont au passé, prouverait 
même, si l'on attachait quelque importance à ce détail, que ce 
passage a été écrit après le retour des exilés de la Babylonie. Il 
n'est pas impossible non plus qu'une pareille apostrophe ait été 
adressée d'avance par le prophète à ceux qui reviendront plus 
tard, au temps messianique, et s'il invite spécialement à revenir 
dans la patrie les Juifs de la Babylonie, rien n'est plus naturel, 
puisqu'en somme, c'est là que se trouvait la grande majorité des 
exilés juifs. Le « Partez, partez, sortez de là » de lu, 11, qu'on a 
voulu appliquer au retour de l'exil de Babylone, s'applique encore 
bien mieux au retour de l'époque messianique ; le ûiûtt est une 
de ces indications vagues et mystérieuses comme notre prophète 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 179 

les aime quand il parle des événements messianiques, et dé- 
signe tous les pays qu'on voudra, non pas exclusivement la Ba- 
bylonie. 

•21 . Même question : la prétendue chute de^Babylone. 

258. Dans xli, 25, le prophète dit : Je l'ai appelé (tïtpjïi) du 
nord, il est venu; de l'orient, il invoque mon nom, il vient sur 
les gouverneurs (û^ao) et les foule comme le potier foule la terre 
glaise. On a voulu voir, dans ce passage, qui affecte également des 
airs mystérieux, la désignation précise des armées médo-perses, 
qui renversèrent la Babylonie ; les Mèdes, dit-on, viennent du 
nord, et les Perses viennent de l'orient 1 . Ce serait la preuve 
que ce passage aurait été écrit au moment où les Perses et les 
Mèdes réunis se précipitaient sur Babylone, sous la conduite de 
Cyrus. Mais on doutera déjà de cette explication si l'on compare 
ce verset avec celui de xli, 2 : p*i£ mTtttt *pj>?i ^, où l'orient ne 
peut évidemment pas désigner les Mèdes. Il est facile de se con- 
vaincre, d'autre part, que le "psir (nord) désigne, d'une manière 
générale, cette grande contrée du nord comprenant l'Assyrie, la 
Babylonie, la Perse, l'Arménie et la Géorgie, contrée à moitié in- 
connue des Juifs et où s'agitaient une foule de nations féroces et 
belliqueuses. La Babylonie et l'Assyrie sont les pays du nord 
(Jérém., xlvi, 10; cf. xxv, 9; xlvi, 24; Is., xiv, 14; Zach., u, 
13) ; mais les ennemis des Babyloniens sont aussi les peuples du 
nord, peuples puissants, nombreux, gouvernés par beaucoup de 
rois (Jér., i, 14; l, 3, 9, 41; li, 48); c'est de là que reviennent 
aussi les exilés juifs (Jérém., m, 18; xvi, 15; xxxi, 8); le nord 
est le pays éloigné, placé aux extrémités de la terre, où règne 
l'effrayant inconnu, lisit Vû-p ,yn« ^ro-p (Is., xiv, 14; Jér., vi, 
22; xxxi, 8; Ézéch., xxxviii, 7, 15 2 ). Il n'est donc pas nécessaire 
de chercher loin l'explication de Y orient et du nord dans Is., xli, 
2 et 25; les commentateurs qui y voient la Perse et la Médie don- 
nent à ces passages un sens beaucoup trop étroit et trop pro- 
saïque : l'orient et le nord sont les deux principales régions sym- 
boliques de la poésie juive. 

1 Par exemple Dillmann, dans Kurzgcf. cxcf/. Jïandbuch, l. c, sur xli, 2. 

1 Cf. sur ce sujet un article de M. Edouard Glaser, dont cependant nous ne par- 
tageons pas toutes les vues, dans AUgetneine Zeitung des Judenthums, année 1891, 
n° 52. 



180 RàVUE DES ETUDES JUIVES 

22. Même question : les péchés des Juifs de V époque. 

259. Notre livre contient, principalement aux chapitres lvii, 
lviii, lix, lxv, 5-7, 11 (cf. lxvi, 3-4, 17), de grands tableaux où 
est représenté, en traits puissants, l'abaissement moral et reli- 
gieux des Juifs. Ces morceaux sont un des éléments importants 
du problème concernant la date du second Isaïe. Les commenta- 
teurs croient qu'après le retour de l'exil, les Juifs, en Palestine, 
n'ont plus jamais mérité les reproches sanglants qui leur sont 
adressés par notre prophète et surtout le reproche d'idolâtrie ; 
ils en concluent que ces morceaux ont été écrits avant le retour 
en Palestine et à l'adresse des Juifs exilés en Babylonie. 

Nous pouvons d'abord écarter du débat tous les passages où il 
est parlé de l'état moral et social des Juifs : Querelles, violences, 
oppression, inhumanité envers les faibles et le pauvre (chap. lviii), 
mensonges, faux témoignages, injustices et mauvaise justice, 
propos scandaleux, calomnieux, état de guerre dans la nation, 
sang innocent versé (chap. lix ; lviii, 9). Des tableaux de ce genre 
peuvent se placer à toutes les époques de la vie nationale des Hé- 
breux et des Juifs, comme de toute autre nation. Il est clair qu'on 
les appliquerait sans difficulté à l'époque des rois avant la des- 
truction de Jérusalem; on en trouve de pareils chez tous les pro- 
phètes ; mais il est certain aussi qu'ils peuvent être postérieurs à 
l'exil. Zacharie et Malachie, prophètes qui ont vécu en Palestine 
après le retour de l'exil, ne font pas, des Juifs de leur époque, 
un portrait beaucoup plus flatteur. Les méchants qui prêtent de 
faux serments, corrompent la justice, dépouillent l'ouvrier, la 
veuve, l'orphelin et l'étranger, ourdissent de mauvais desseins, 
sont mentionnés dans Zacharie, vu, 9-11 ; dans Malachie, ni, 5, 
et un curieux chapitre deNéhémie (chap. v), qui est probablement 
de Fhistoire prise sur le vif, nous montre à quel point, quatre- 
vingts ans après le retour de l'exil, les Juifs riches de Palestine 
exploitaient et opprimaient les pauvres. 

260. Il faut, du reste, en lisant ces morceaux du second Isaïe, 
tenir compte de l'exagération permise aux prédicateurs, du pessi- 
misme ordinaire des moralistes, de la tendance des écrivains pos- 
térieurs à dénigrer le présent en l'honneur du passé ' et de cette 
manie qu'a le Pauvre de trouver tout mauvais chez ceux qui ne 
sont pas entièrement avec lui et de son bord. Enfin, nous 

1 Nous avons déjà signalé cette tendance dans notre étude sur les Dix-huit Béné- 
dictions. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 181 

croyons que le chap. lix, en particulier, pourrait bien être, moins 
un tableau des mœurs contemporaines, qu'une sorte de confession 
générale de toutes les fautes passées et présentes du peuple juif. 
L'introduction et la conclusion du morceau (vers. 1-2, 16 et suiv.) 
semblent confirmer cette opinion et on la trouverait presque ex- 
primée directement dans les vers. 10-12, où l'on voit le peuple tout 
entier s'affliger des fautes commises et avouer les péchés dont il 
se reconnaît lui-même coupable. 

261. II ne serait pas étonnant non plus que, encore après le 
retour de l'exil, le prophète eût vu chez les Juifs des gens qui 
n'observaient pas le repos du sabbat ou qui conservaient cer- 
taines pratiques idolâtres, comme de consulter les devins ou de 
consacrer un certain culte aux faux dieux (lvii, 4). Encore du 
temps de Néhémie, les lois du sabbat n'étaient guère observées 
(Néh., x, 32; xm, 15-22); Malachie a vu de ses yeux, parmi 
les Juifs, des sorciers et des idolâtres de la pire espèce, d^DftDtt 
irswNStt (Mal., ni, 5), et comme nous croyons, contrairement à 
l'opinion d'un grand nombre de critiques, que le livre de Zacharie 
tout entier, même dans ses derniers chapitres, est de l'époque du 
second temple, il nous est bien permis de citer ici ses t^snn et 
û^2D"ip de x, 2, et ses idoles trnii? de xiii, 2. 11 ne faut pas venir 
nous dire qu'aucun témoignage de l'époque du second temple 
n'autorise à croire que les Juifs de ce temps, en Palestine, aient 
pratiqué l'idolâtrie. Admettons, si l'on veut, que les témoignages 
que nous venons de citer ne soient pas très concluants, mais un 
historien consciencieux doit avouer qu'à part les documents très 
rares que nous avons sur les premiers temps de l'époque du se- 
cond temple, nous ne savons rien sur l'histoire des Juifs de cette 
époque jusqu'à la conquête grecque. Le silence des documents ne 
prouve donc rien, puisqu'il n'y a pas de documents. Nous pensons 
même qu'il est beaucoup plus naturel de supposer que, malgré la 
grande secousse de la chute de Jérusalem, l'idolâtrie a persisté 
parmi les Juifs, au moins dans une certaine mesure, même après 
le retour de l'exil. Des pratiques invétérées de ce genre ont la vie 
dure, et un ou deux siècles ne sont pas de trop pour les extir- 
per complètement. 

262. Du reste, dans le chap. lvii d'Isaïe, on peut voir, comme 
nous l'avons dit aussi pour le chapitre lix, plutôt un tableau du 
passé que du présent ; ce sont peut-être surtout les fautes du passé 
que le prophète reproche au peuple, en vertu du principe que 
toutes les générations du peuple juif sont solidaires. Cette hypo- 
thèse pourrait peut-être convenir également aux passages des 
chapitres lxv et lxvi que nous avons signalés. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

263. Il faut cependant avouer que l'absence de tout reproche 
d'idolâtrie dans les livres d'Ezra et de Néhémie constitue, pour 
l'opinion que nous soutenons, une difficulté grave. Ezra et Né- 
hémie sont profondément scandalisés de certains méfaits reli- 
gieux, beaucoup moins importants, commis par les Juifs de leur 
temps, comme celui d'épouser des femmes étrangères (Ezra, ix; 
Néhémie, x, 31 ; xtii, 23 et suiw). S'ils avaient aperçu dans le 
peuple la moindre trace d'idolâtrie, ils n'auraient pas manqué de 
jeter les hauts cris. Et d'autre part, parmi les traits d'idolâtrie que 
rapporte notre prophète, il y en a qui n'appartiennent pas à l'ido- 
lâtrie banale décrite par tous les anciens écrivains, notre auteur- 
doit les avoir vus et observés. On y retrouve encore, comme aux 
beaux temps de Ta royauté, et avec des détails inconnus aux autres 
prophètes, les pratiques payennes dans toute leur horreur: le 
culte sous les arbres, sur les hauteurs, les enfants immolés 
(lvii, 9), peut-être le Moloch (ma.); et, en outre, le culte dans les 
jardins ou près des tombes; le sacrifice du porc et du chien, l'usage 
de la viande (après sacrifice) de porc, du ypra et du nns* (chap. 
lxv et lxvi). La plupart des commentateurs ont supposé, il faut le 
dire, que ces pratiques ont été le propre des Juifs exilés en Ba- 
bylonie et pendant l'exil de Babylone, et qu'elles sont, en partie, 
la continuation des pratiques anciennes des Hébreux en Palestine, 
en partie des emprunts faits aux Babyloniens ; mais cette hypo- 
thèse, toute gratuite, ne cadre pas avec les idées que nous avons 
sur le second Isaïe. On ne peut pas avoir, sur ce sujet obscur, une 
opinion absolue, mais si on ne veut pas voir, dans les passages 
d'Isaïe relatifs à ces pratiques idolâtres, une espèce de confession 
des fautes du passé l ; si, d'autre part, à cause du silence gardé sur 
ce sujet par les livres d'Ezra et de Néhémie, on répugne à l'idée 
d'attribuer ces pratiques aux Juifs de Palestine après ïe retour de 
l'exil, il reste encore une explication plus simple et plus naturelle 
que celle qui prévaut actuellement dans l'école. Elle consiste à 
attribuer ces pratiques aux Juifs du dehors, qui les auraient 
gardées même longtemps après le retour de l'exil. C'est à ces Juifs 
que s'appliquerait tout d'abord le passage de lxv, 1-7 : ils sont 
restés idolâtres, et cependant, à l'époque messianique, Dieu les 
sauvera (vers. 1). Les pratiques payennes qu'ils continuent de 
suivre ne sont pas autre chose que les pratiques des peuples 
parmi lesquels ils vivent et avec lesquels il semble même qu'à cet 
égard le prophète les confonde plus ou moins. On pourrait même 
supposer que lxvi, 17, où ces mêmes pratiques sont rappelées, 

1 Voir lxv, 7 : Ce sont là vos fautes et celles de vos ancêtres. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLli 183 

s'applique uniquement aux païens ; le contexte serait plutôt 
favorable à cette opinion. 



23. Même question : conclusion. 

264. Il va de soi, pour nous, que le second Isaïe a été écrit en 
Palestine. Nous n'attachons pas grande importance aux arguments 
de détail qu'on a fait valoir autrefois en laveur de cette thèse, 
quoiqu'ils aient, en réalité, plus de valeur qu'on n'affecte de le 
croire '. Mais après l'explication que nous venons de donner 
du second Isaïe dans les pages qui précèdent, il est bien évident 
qu'il n'y a plus la moindre raison de supposer que ce livre ait 
été écrit en Babylonie. Une pareille hypothèse serait simplement 
absurde. Si l'auteur a quelque connaissance des choses de la 
Babylonie, il n'y a rien d'étonnant à cela, et ce n'est vraiment 
pas une raison pour en faire un Juif babylonien. On voit, au con- 
traire, que la Palestine lui est un pays familier, où sa pensée et 
son imagination se sentent chez elles, dans l'air natal. Les pays 
qu'il nomme sont les pays voisins de la Palestine ; les arbres qu'il 
nomme sont les arbres de la Palestine, qu'il connaît par le détail, 
et non ceux de la Babylonie, qu'il ne semble pas connaître ; il sait 
ce que c'est que la vigne et le vin, le cèdre, la neige, le silex, 
tandis qu'un Babylonien ne le savait pas 2 ; il a évidemment sous 
les yeux les ruines laissées dans le pays par Nabuchodonosor, il 
connaît la plaine du Saron et la vallée de l'Akhor comme un vrai 
Palestinien, la mer qui transporte les vaisseaux de Tarsis, et dans 
le lointain, il voit les cimes imposantes du Liban. 

265. Il résulte de tout ce que nous avons dit sur le second 
Isaïe, que ce livre a été écrit à l'époque du second temple, après le 
retour de l'exil de Babylone. Aux raisons que nous en avons 
données et qui ont été données en partie par les commentateurs, 
nous en ajoutons quelques autres, qui ne sont peut-être pas sans 
importance. 

On a vu quelle place occupe, dans le second Isaïe, la polémique 
religieuse et la propagande religieuse. D'après tout ce que nous 
savons de l'histoire des Juifs, ces questions ne les ont préoccupés 
qu'à l'époque du second temple et non auparavant. 

1 L. Seinecke, Der Evangelist des Altcn Testaments, Erklârung der Weissagung 
Jesaias C. 40-06 ; Leipzig, 1870, p. 4. Cet ouvrage est très intéressant et contient 
des vues fort justes. Nous croyons que la critique ne lui a pas lait l'accueil qu'il 
méritait. 

2 Sur ces questions d'ordre spécialement technique, voir le résumé substantiel de 
M. DillmanD, l. c, p. 3oo-0. 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

De même, les ù^a, îles et côtes de l'Asie-Mineure et de la Médi- 
terranée orientale ne semblent guère avoir attiré l'attention des 
Juifs avant l'époque du second temple. Elles occupent une grande 
place dans la pensée du second Isaïe. 

Enfin, le second Isaïe parle souvent de la dispersion des Juifs 
dans les diverses parties du monde, dans les îles (lx, 19 ; lxvi, 
19), dans les terres éloignées (xlix, 17), dans différents pays de 
l'Asie-Mineure et des contrées méditerranéennes (chap. lxvi) ; 
une pareille dispersion des Juifs n'a eu lieu qua l'époque du second 
temple. 

266. Le caractère général du livre, les souvenirs encore plus 
ou moins frais de l'exil des Juifs en Babylonie, de la chute de 
Babylone, de la délivrance des Juifs par Cyrus, et enfin, des ruines 
laissées dans le pays par le passage des armées de Nabuchodo- 
nosor, portent à supposer que le livre a été écrit dans les premiers 
temps du retour de l'exil. Ce que nous avons dit des rapports de 
filiation qui existent, à ce que nous croyons, entre le Serviteur 
de Dieu du second Isaïe et le Pauvre des Psaumes, conduit à la 
même conclusion. Et enfin, les passages où est décrite l'idolâtrie 
des Juifs, s'ils s'appliquent effectivement aux Juifs de l'époque du 
second temple, ne peuvent avoir été composés que dans les pre- 
miers temps du retour de l'exil. Plus tard, l'idolâtrie aura sûre- 
ment disparu parmi les Juifs. 

En revanche, il ne semble pas que dès les premiers temps du 
retour il ait pu être question, chez les Juifs, de polémique contre 
le paganisme, ni de propagande religieuse, et, de plus, la disper- 
sion des Juifs parmi toutes les nations, sur les côtes et dans les 
îles, ne semble pas non plus avoir été un fait très ancien. Nous 
n'irons pas jusqu'à soutenir que cette dispersion si étendue n'a 
commencé qu'avec l'arrivée des Grecs, sous Alexandre, et ne 
s'est faite qu'à leur exemple ; nous ne prétendons pas non plus 
que la polémique et la propagande des Juifs se sont exercées 
uniquement parmi les Grecs, seuls aptes à goûter les raisonne- 
ments sur la valeur respective des dieux, mais que les Sémites 
purs auraient repoussé avec dédain et ces arguments et ces ten- 
tatives de prosélytisme. En somme, nous ne savons rien sur ces 
questions et tout ce que l'on peut dire, c'est qu'il paraît probable 
qu'il a fallu un certain temps, après le retour de l'exil, pour déve- 
lopper, chez les Juifs, le goût de la propagande religieuse et celui 
des entreprises coloniales. Ce n'est pas en un jour que les Juifs ont 
pu se répandre au loin, dans un grand nombre de pays et de ports 
du monde asiatique et hellénique, et ce ne peut être qu'à la suite 
de leur établissement au dehors qu'ils ont pu faire de la propa- 



LA LITTÉRATURE DKS PAUVRES DANS LA BIBLE 185 

garnie en laveur de leur religion. Les Juifs qui étaient chargés de 
proclamer Dieu parmi les païens étaient des Juifs établis dans 
les « îles » et pays lointains ; on ne fait pas la propagande en 
restant chez soi. 

267. Il faudrait conclure, de ce qui précède, que notre livre 
contient des morceaux de date assez différente, les uns anciens et 
fort voisins du retour de l'exil de Babylone, les autres plus jeunes. 
Cette conclusion s'accorde très facilement avec l'opinion que le 
second Isaïe pourrait bien être, en partie ou presque en totalité, 
une œuvre collective et, par conséquent, d'époques différentes. 
Pour ceux qui rejetteraient cette opinion, les vues que nous 
venons d'émettre sur la date de certaines idées et préoccupations 
fondamentales de notre ouvrage demanderaient à être examinées 
de plus près. 

24. Histoire ancienne et contemporaine. 

268. Notre prophète ne contient pas grand'chose sur l'histoire 
ancienne des Juifs. 

Les temps anciens lui paraissent avoir été meilleurs, plus heu- 
reux. Dieu, à cette époque, protégeait les Israélites avec plus de 
vigilance ù^p ifc-o • ■ • -vw (li, 9), ce qui fait probablement allu- 
sion à la protection accordée aux patriarches, aux Hébreux dans 
le désert, aux Juges et peut-être même aux Rois. Si jamais Dieu 
revient à la nation juive, c'est qu'il se souviendra de ses jeunes 
amours (liv, 6). 

De l'époque antérieure aux patriarches, le seul souvenir, à ce 
qu'il semble, qui reste dans le second Isaïe est celui de Noé et du 
déluge (liv, 9) ' . 

Nous admettons volontiers, avec M. Dillmann 2 , que les mots de 
X'ûn "puîfcnn ^paN (Ton premier père a péché, xliii, 27) ne s'ap- 
pliquent pas à Adam, mais à Jacob. 

Le peuple juif est la postérité d'Abraham, lequel est, comme le 
Pauvre, aimé de Dieu, îiaiia (xli, 8) ; Abraham est le père du 
peuple juif, Sara en est la mère ; ils sont comme la carrière de 
pierre dont le peuple juif a été extrait pour être façonné ; Dieu a 
appelé Abraham, l'a béni et lui a donné une nombreuse postérité 
(li, 1-2 . 

Les Juifs sont aussi la postérité de Jacob, dont ils portent à la 
fois les deux noms, Jacob et Israël (xli, 8, 14; xliii, 1; xliv, 1, 

1 Dans lui, il y a peut-être un souvenir du jardin de l'Eden. 
* Kurztjef. exeg. Hdb., I. c, ad locum. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

etc.), la Terre-Sainte est l'héritage de Jacob, père du peuple juif 
(lviii, 14). Les tribus formées par les fils de Jacob sont mention- 
nées lxiii, 17, et xlix, 6; le seul fils de Jacob dont le nom se 
trouve dans notre livre est Juda ; il est considéré, à l'égal de Ja- 
cob, comme le père du peuple ou, au moins. comme le père du nou- 
veau peuple formé après l'exil et composé en majorité de Judéens 
(xlviii, 1 ; lxv, 9). La Palestine occupée par les Juifs est le pays 
de Juda (xl, 9 ; xliv, 26). Nous avons déjà signalé les passages où 
des lévites, non pas Lévi, sont mentionnés. 

Abraham et Jacob (Israël) sont loin, ils ne connaissent pas leur 
postérité et ne peuvent rien pour elle, Dieu seul est en état de la 
protéger (lxiii, 16). 

La captivité d'Egypte, premier exil des Juifs et exil temporaire, 
comme tous les autres qui suivront, est mentionnée lu, 4. Le n"D 
*:'j de xlviii, 10, peut faire allusion à cette captivité ou à toute 
autre, ce n'est qu'une image. Nous avons déjà dit plus haut (n° 244) 
que dans lu, 12, il y a une allusion évidente à la sortie d'Egypte 
(cf. Exode, xii, 33-34, 39 ; xiv, 5; xvi, 17). 

Moïse, le passage de la mer Rouge, les pérégrinations des Hé- 
breux à travers le désert sont rappelés dans lxiii, 11-14 *. Une 
allusion à la destruction des Egyptiens dans la mer Rouge se 
trouve probablement xliii, 17. Du reste, comme nous l'avons 
déjà dit plus haut (n° 245), le souvenir de la sortie d'Egypte et de 
l'histoire des Hébreux dans le désert est au fond de toutes les des- 
criptions que fait notre prophète du grand retour des temps mes- 
sianiques ; la délivrance d'Egypte est le type de toutes les déli- 
vrances futures, et les félicités dont jouiront les exilés, au temps 
messianique, dans leur voyage de retour, seront juste la contre- 
épreuve des tribulations des Hébreux dans le désert (voir xli, 
17-19; xlii, 16; xliii, 2, 16-20 ; xliv, 3; xlviii, 21 ; xlix, 9-11 ; 
li, 10). En faveur des exilés, Dieu a fructifié ou fructifiera le dé- 
sert, y a fait couler. ou y fera couler l'eau en abondance; par 
antithèse, il peut aussi dessécher les grands réservoirs d'eau, les 
mers, les fleuves, détruire la verdure des montagnes (xlii, 15; 
xliv, 27 ; l, 2). Lorsque, dans xlviii, 4, le prophète reproche aux 
Juifs d'avoir la nuque dure et le front d'airain, il se souvient évi- 
demment du reproche d'obstination adressé souvent par Moïse aux 
Llébreux dans le désert; il n'avait, du reste, aucun effort de mé- 
moire à faire pour cela, cette manière de caractériser les Juifs 
était, chez les prophètes, de rhétorique courante. 

Le verset de lxiii, 19, contient un embryon de cette littérature 

» Ce morceau de lxiii, 7-19, n'est sûrement pas du second Isaïe, comme nous le 
dirons plus loin. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA MIBLE 187 

épique où sont célébrés les exploits de Dieu dans le désert, après 
le passage de la mer Rouge, et sur laquelle nous avons appelé 
l'attention dans notre étude sur les Psaumes ; il rappelle le début 
du cantique de Débora et du Ps. lxviii. 

De l'époque des Juges et des Rois, le seul nom mentionné est 
celui de David (lv, 3). Dans ce passage, David semble être le per- 
sonnage unique et incomparable, pour lequel Dieu a une affection 
spéciale, et avec lequel il a fait une alliance dont profitera pour 
toujours le peuple juif (cf. n° 247). 

La défaite du royaume d'Ephraïm par les Assyriens, et, en gé- 
néral, le mal fait aux Hébreux par les Assyriens, sont rappelés 
dans lu, 4. 

270. Ce qui a. frappé le plus le prophète, dans l'histoire des 
Hébreux, depuis la sortie d'Egypte jusqu'à l'exil de Babylone, 
c'est leur désobéissance à Dieu, leur idolâtrie persistante, et les 
malheurs qui en ont été la conséquence. Le peuple juif a péché, 
lui et ses ancêtres, il porte la faute des péchés actuels et passés 
(lxv, 7), son premier père et ses avocats devant Dieu, les prêtres 
probablement, ont péché (xliii, 27). Jamais et dès les temps an- 
ciens, il n'a prêté l'oreille aux commandements de Dieu, il est né 
pécheur dès le ventre de sa mère (xlviii, 4-8, 18 ; li, 13 ; lvii, 17 ; 
lviii, 1 et s. ; L'x, 1 et s.) ; il n'a pas marché dans les voies du 
Seigneur ni écouté sa tora (xlii, 24), ni prêté l'oreille à ses 
commandements mit» (xlviii, 18), mais il a oublié son créateur 
(li, 13), s'est montré rebelle à Dieu (xliii, 24; lxiii, 10), a omis d'in- 
voquer le nom de Dieu, n'a pas adoré ni honoré Dieu (xliii, 23). 
Au contraire, il a adoré les idoles, offert des sacrifices sur toutes 
les hauteurs, à tous les dieux abominés et sous tout arbre ver- 
doyant (xlviii, 5; lvii, 3-19) *. 

271. Les Hébreux ont été exilés en Egypte, opprimés par l'As- 
syrien (lu, 4), mais c'est surtout la dernière défaite de Jérusalem, 
la destruction du temple par Nabuchodonosor, la désolation du 
pays, l'exil de Babylone, qui affligent et attristent le cœur du pro- 
phète. Les méfaits de la nation envers Dieu devaient être punis : 
c'est pour leurs péchés que les Juifs ont été vendus ou plutôt livrés 
à l'ennemi (l, 1 ; lu, 3), livrés aux mains d'une Babel sans pitié 
(xlvii, 6). A la prise de la ville sainte, Babylone a même mal- 
traité les vieillards (xlvii, 6), les Juifs vaincus jonchaient les rues, 
restaient sans abri, pris comme un gibier dans le filet (li, 20) 2 , 

1 Ce passage doit sûrement s'appliquer, au moins en partie, à l'histoire ancienne 
du peuple juif. Il présente, du reste, d'assez grandes difficultés. 

* Tout ce passage peut être comparé à divers passages des Lamentations, chap. n 
et iv. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les villes saintes changées en désert, Jérusalem est en ruines, le 
sanctuaire a été dévasté, dévoré par les ilammes (lxiv, 9-10; 
lxiii, 18), le peuple juif est pillé, foulé aux pieds, livré à la des- 
truction (xlii, 22, 24, 25) », le pays est devenu la proie de la dé- 
vastation, de la faim, de l'épée (li, 19), Jérusalem, le temple, les 
villes de Juda sont en ruines (xliv, 26-28; xlv, 13; xlix, 17-19 ; 
li, 3, 1*7; lu, 1-2, 9; lxii, 4), la ville sainte est occupée par l'in- 
circoncis et l'impur (li, 1), l'ennemi mange le blé semé parle 
paysan juif, les fils de l'étranger boivent son vin (lxii, 8; cf. 
lxv, 21). 

Gyrus, la chute de Babylone et le retour des Juifs en Palestine 
sont mentionnés et célébrés dans xliv, 28 et xlv, 1-6. La chute 
de Babylone et de ses dieux fait l'objet de passages remarquables 
du livre : chap. xlvi, 1-2; xlvii, en entier; probablement aussi 
xliii, 14, et xlviii, 14. Le chapitre xlvii contient des renseigne- 
ments intéressants sur les Babyloniens, leur caractère, leurs pra- 
tiques religieuses et superstitieuses. 

Nous n'avons presque rien à ajouter à ce que nous avons déjà 
rapporté plus haut sur l'état moral, social et religieux des Juifs 
après le retour de l'exil et en Palestine. Le peuple continuait à 
vivre d'agriculture et l'idéal du bonheur était de manger soi-même 
le blé de son champ et de boire le vin de sa vigne (lxii, 8; lxv, 21, 
passages déjà cités). Les Juifs avaient des administrateurs tirés 
des rangs du peuple, mais qui étaient insuffisants et mauvais 
(lvi, 10-12). 11 reste pourtant à savoir si ce passage appartient au 
second Isaïe, et si, même dans ce cas, le prophète ne répète pas, 
contre les guides du peuple juif, une de ces accusations banales et 
conventionnelles qui font partie du bagage littéraire des poètes 
juifs. 

25. Géographie. 

272. Nous donnons ici une liste alphabétique des peuples et des 
pays mentionnés dans le second Isaïe. % 

Dans la Terre-Sainte, outre Jérusalem, Sion, « la montagne de 
ma sainteté », nous trouvons la plaine de Scharon, p-na, la vallée 
d'Akhor, td? -?i2i, près de Jéricho (tous deux lxv, 10); on peut y 
ajouter le Liban, si on veut le considérer au moins comme une 
annexe de la Terre-Sainte, servant de toile de fond à tous les 
paysages palestiniens (xl, 16 ; lx, 13). 

Dans les autres pays, nous trouvons les noms suivants : 

1 Ce passage doit peut-être, cependant, se prendre dans un sens plus général. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 189 

■<tt»« ,Tt3 ,tpni»a ,otd ,yn ,ïn36a ,baa ,-noN ,û^n ,û-hn 

, "ûv^-in # bain , NattJ y nip ,Vid , ïtdv , a^ro 

Les points cardinaux de la terre sont : a-> ^ids ,ai3>E ,mïtt 
Itt^n. Les extrémités de la terre sont : ^odn ,y""ifitti mstp /pn&tti !"ii:p 
y in (cf. ïT*b*atN, xli, 9). Sur les régions éloignées et inconnues, voir 
xi. vi, 11; xlix, 1, 12; lx, 9; lxvi, 19. Bien entendu, le désert 
W», où ont voyagé les Hébreux après la sortie d'Egypte, et où 
voyageront plus tard les Juifs revenant de tous les pays, est plu- 
sieurs fois mentionné. 

Les noms symboliques de Rahab et de Tannin, *pn ,am (li, 9), 
paraissent désigner l'Egypte (voir n° 151). 

Nous ajoutons, pour avoir la liste complète des noms propres, 
les noms des divinités assyro-babyloniennes qui se rencontrent 
dans notre livre : laa pa» ,*W ,ba (xlvi, 1 ; lxv, 12). 

Pour l'identification de tous ces noms, nous renvoyons aux 
commentateurs d'Isaïe, nous nous bornons à quelques observa- 
tions. 

Les îles, a^N, jouent un très grand rôle chez le second Isaïe. Le 
mot désigne toutes les îles (et peut-être côtes) de l'Asie-Mineure et 
de la Syrie, et peut-être celles qui sont échelonnées, vers l'ouest, 
dans la direction de la Grèce. 

L'Egypte, Kusch et Seba (xliii, 3-4) sont livrés à leurs ennemis 
et détruits, à la place des Juifs et comme la rançon des Juifs. C'est 
probablement une annonce prophétique, sous laquelle il ne faut 
chercher aucun fait historique. La destruction de l'Egypte dans 
li, 9, est peut-être l'épisode de la mer Rouge. 

Parmi les pays et les nations qui, dans les temps messianiques, 
apporteront leurs hommages à Dieu, le chap. lx (vers. 6-13) men- 
tionne Midian, Epha, Scheba (Saba), Kédar, Nebaiot, les îles, les 
vaisseaux de Tarsis, le Liban. On peut probablement y ajouter les 
populations mentionnées dans le verset assez difficile de xlii, 11 : 
Kédar, les habitants du rocher (ou de la ville de Séba), les habi- 
tants du désert, et (vers. 10) les populations maritimes et les ha- 
bitants des îles * ; r*e même l'Egypte, Kusch et a^Nao de xlv, 14. 
Parmi les peuples qui ramèneront finalement les Juifs de tous les 
coins de la terre, le prophète mentionne spécialement Tarsis, Pul, 
Lud, nop *aia;a -, Tubal, Javan et les îles (lxvi, 19). 

Sur Edom et Bosra du chap. lxiii, M. Paul de Lagarde a proposé 

1 a**ttfcfi du vers. 11 est peut-être aussi la ville de ce nom. 

* Divers commentateurs prennent ces deux mots comme apposition au nom 
de Lud. 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Prophetac chaldaice,p. l) des corrections intéressantes, mais qui 
ne sont pas nécessaires. Dans d'autres parties de la Bible aussi, et 
en souvenir de la marche triomphante de Dieu et du peuple 
juif après la sortie d'Egypte, le Dieu des batailles est repré- 
senté comme venant de ces régions, par exemple dans Deutér., 
xxxiii, 2. 

26. Observations sur le texte du second Isaïe. 

273. La lecture de notre livre nous a suggéré, en passant et 
sans que nous nous soyons appliqué à ce sujet, un certain nombre 
de corrections, dont on trouvera ici la liste. Nous nous sommes 
efforcé de ne pas reproduire ici des corrections déjà proposées 
par d'autres, mais sans nous livrer, cependant, à de grandes re- 
cherches pour cet objet. Si notre liste, qui n'est pas longue, conte- 
nait quelque hypothèse déjà produite avant nous, le mal ne serait 
vraiment pas grand. 

xl, 17. Au lieu de dd&«:, lire 0£n:> 

— 24. Au lieu de twij lire rrm ; cf. vers. 8, et xu, 16. 

— 26. Effacer ro y^Ni û^ia snft, qui paraît provenir du 

vers. 29. 
xli, 1. Au lieu de winn, lire iibtiî-j. 

— 20. Au lieu de toiieii, lire irrrn. 

— 21. Au lieu de Dd\-niï£j>, lire ù^nittt ; cf. vers. 12. 

— 24. Au lieu de 3>DNtt, peut-être odn?j. 

— 25. Au lieu de awn, lire Dim. 

— 28. Au lieu de ïibttio'i, il semble qu'il faille ain&n ou quelque 

chose de ce genre. 
xlii, 2. Au lieu de n©i ab, peut-être mw «b. 

— 14. Au lieu de tn^Nb, peut-être d*"£b. 

— 28. Au lieu de mtib, lire msnnb ou :nnb ; cf. li, 7. 
xliv, 7. Au lieu de dbi3> û*, nous voudrions lire ùbvj *19. 

xlviii, 1. Au lieu de iȣ, ne faut-il pas ^kkI 

— 11. Au lieu de ^mm, lire ^nam. 

— 16. Après irrm, il y a une lacune qu'on peut plus ou 

moins compléter à l'aide de xli, 3 ; lix, 21. 
xlix, 16. Au lieu de "pmfcin, ne faut-il pas lire "panjan? 

— 26. Au lieu de "pin, peut-être fia a. 
li, 2. Au lieu de in^, lire iriN. 

lu, 15. Au lieu de nv p, lire irritai ou istijimi. 
lviii, 12. Au lieu de fa», lire *paa ? 
lxiii, 6. Au lieu de tnaiïwi, lire ann^Ni. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 101 

i.xui, 11. Les mots yn* fiï»E sont une glose ; nous croyons que 
le mot fnDE veut expliquer le mot ftan du texte, et 
que V2? explique iMttt. 
— 19. Mettre en tête du verset le mot ^-in*, qui manque. 
lxv,' 5. Au lieu de ttba, lire ttb*. 

274. L'orthographe du second Isaïe mérite d'être signalée ; les 
maires lectionis y tiennent une place exagérée, et il faut en con- 
clure au moins que le manuscrit qui a servi à établir notre texte 
n'était pas de la bonne époque. Ce ne serait rien d'y trouver sans 
cesse des participes présents de la l ro forme [liai) avec un vav, ce 
qui est pourtant contraire au bon usage, mais il est déjà plus grave 
d'y trouver des futurs de la même forme également avec vav : 
■m*i (xr,, 29), airr et anan (xli, 2; xlviii, 5), yom (lvii, 15), ou 
des infinitifs écrits b*Diû ,&n*E 3>nîQïïî (xlvii, 8 ; lviii, 13; lix, 1,2), 
ou le pronom -ma (liv, 15; lvii, 11, etc.). Ce qui est tout à fait 
pénible, c'est la transcription Nib pour «b (lv, 1, 2; lxv, 1), sans 
parler des nombreux &nbî-ï, celle de wab et û^n^b (li, 4; lv, 4), 
où le mem est pourvu d'un dagaesch; voir aussi ïiow», peut-être 
pour rtO"'i25» (à la place de inonda, avec s redoublé) dans xlii, 24. 

27. Composition de noire litre; doutes sur Vunitê 
de composition. 

275. Tous les commentateurs ont vu qu'à un certain moment 
le ton et l'allure de notre livre se modifient et vont même jusqu'à 
se transformer entièrement, mais ils ne sont pas d'accord sur les 
causes de ce changement ni sur l'instant précis où il s'opère. À 
notre avis, il faut diviser notre livre en deux parties, dont la pre- 
mière va du chap. xl jusqu'à lu, 12. Cette partie du livre est 
consacrée à certains thèmes, peu nombreux, qui y reviennent 
constamment et sont répétés à satiété : la grandeur incompara- 
ble de Dieu, sa supériorité sur les faux dieux, l'absurdité du culte 
des idoles, la polémique contre le paganisme, les considérations 
sur les msiiDan et msT-intf, dont nous avons parlé plus haut 
(n° 243), rattachement spécial de Dieu pour le peuple juif, qu'il a 
formé, créé, appelé dès le ventre de sa mère. L'auteur de cette 
partie du livre est très exalté, sa pensée s'exprime par jets ra- 
pides et courts, elle est tout en interrogations, interjections, ex- 
clamations et apostrophes. Pas un chapitre qui forme un morceau 
d'ensemble, où l'idée se développe tranquillement et avec l'am- 
pleur qui lui convient '. Ce ne sont que petits alinéas qui se suc- 

1 Sauf le chap. xlvii, consacré à la chute de Babylone, et qui pourrait bien ne pas 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cèdent et se heurtent les uns aux autres, des notes incohérentes 
qui s'élèvent comme des appels de trompette. 

276. Il est certain que, tant par la forme que par le fond, cette 
partie du livre se présente comme une œuvre homogène, et il n'y 
a aucune raison de ne pas l'attribuer à un seul et même auteur. 
Le seul doute qu'on pourrait avoir à cet égard vient de ce qu'un 
morceau qui ressemble singulièrement à ceux de la première 
partie du second Isaïe se trouve dans le Deutéronome, xxxn, 39 
et suiv., sans compter divers passages précédents de ce même 
chapitre. Cela conduit à penser qu'il y avait peut-être un genre 
littéraire spécial, analogue à celui des Psaumes, et auquel appar- 
tiennent tous ces morceaux, ceux de la première partie de notre 
second Isaïe comme celui du Deutéronome. Cette première partie 
du second Isaïe serait alors une œuvre collective, comme le sont 
aussi les Psaumes. On comprendrait mieux ainsi que les mêmes 
idées y soient constamment répétées. Une pareille répétition, fa- 
tigante et incompréhensible chez un même auteur, s'explique, au 
contraire, de la manière la plus naturelle, si l'on se trouve en 
présence d'une œuvre impersonnelle, où chaque poète reproduit, 
suivant un type plus ou moins consacré, les idées dominantes et 
les sentiments courants de l'époque. Nous ne produirions pas cette 
hypothèse, qui paraîtra d'abord invraisemblable, si nous ne de- 
vions pas montrer plus tard, par d'autres exemples empruntés 
à la Bible, que les poètes juifs avaient effectivement l'habitude de 
s'exercer sur certains thèmes plus ou moins populaires et qu'il 
leur arrivait, dans ces sortes de sujets, de se régler sur une espèce 
de modèle uniforme. 

277. Dans tous les cas, nous n'aurions aucun scrupule à pré- 
tendre que les chapitres suivants du second Isaïe, à partir de lu, 
13, ou de lui jusqu'à la fin, ne sont pas, sauf exception, du même 
auteur que les chapitres précédents et même qu'ils ne sont pas 
d'un seul et même auteur, mais qu'ils forment plutôt une collec- 
tion factice, où les chapitres se sont plus ou moins rangés d'eux- 
mêmes et un peu au hasard. On comprendrait déjà ainsi que la 
collection s'ouvre, ou, si l'on veut, que la collection précédente 
se ferme par ce beau morceau du chapitre lui, unique en son 
genre, et consacré au Serviteur de Dieu. Dans le reste, on peut 
remarquer plusieurs thèmes distincts, traités peut-être par des au-. 
teurs différents : les péchés du peuple (chap. lvii à lix, lxv, l-T, et, 
en partie, lxvi), les pratiques religieuses (chap. lvi et lviii), l'a- 

faire partie de cette collection. Sa suppression ne gênerait en rien et ne se ferait 
pas sentir. 



LA LITTERATURE DES PAUVRE* DANS LA RI BLE 193 

raour de Dieu pour sou peuple et sa miséricorde (liv, lv, lxii), les 
beautés de l'époque messianique (lx, lxi, lxv, 8-25, et, en grande 
partie, lxvi). Ce serait aller trop loin que de pousser plus avant 
ce sujet et de vouloir y mettre plus de précision. Aucune des 
idées que nous venons d'émettre sur la composition de cette 
partie du second Isaïe ne peut être prouvée avec rigueur, plu- 
sieurs des morceaux qu'elle contient pourraient facilement être 
rattachés à la première partie de notre livre 1 ; et si les idées 
développées dans les deux parties du livre ne sont pas tout à 
fait les mômes, on ne peut pourtant pas dire qu'elles s'excluent. 
Il est, au contraire, très facile de les grouper autour d'un centre 
commun. 

Le morceau de lxiii, 7-19, est évidemment un psaume qu'on a 
glissé, par inadvertance, dans notre collection ; le passage de lvi, 
9-12, sur les mauvais gardiens, pourrait bien également être une 
interpolation. Il faut la comparer avec Jérémie, xn, 9-12; Ézéch., 
xxxiv, 8-10. 

278. Le doute que nous avons exprimé sur l'unité de composi- 
tion du second Isaïe peut déranger les idées reçues et les ha- 
bitudes prises, mais nous espérons qu'il n'affligera personne. 
Quand même le livre du second Isaïe serait une œuvre collective, 
elle n'en serait pas moins admirable, au contraire. On perd à 
cette conception l'image d'un prophète dont la noble figure do- 
minait toute la littérature poétique de la Bible, mais la perte est 
largement compensée. Les Psaumes ne sont pas moins admi- 
rables, il s'en faut, pour être l'œuvre d'humbles poètes dont le 
nom est resté ignoré ; les compositions recueillies dans le second 
Isaïe ne paraîtront que plus belles si elles sont l'œuvre de tout un 
un peuple et la pensée commune de tous les cœurs juifs. 

Isidore Loeb. 



1 Par exemple, le cbap. liv, qui ressemble par endroits aux cliap. li et lu ; le 
chap. lv, que l'on peut comparer, eu partie, au chap. xli ; le chap. lvi, qui se rat- 
tache directement aux idées sur la propagande religieuse développées dans les cha- 
pitres xl et suiv. 



T. XXIII, n° 46. 13 



NOTES SUR MALACHIE 



1. Malachie = Ezra. 

On sait qu'un docteur du Talmud, R. Josué b. Korha, voit dans le 
mot Malachie un surnom d'Ezra l . Sur quelles raisons s'appuie-t-il, 
puisqu'Ezra (Hait un prêtre et non un prophète ? Il a certainement, 
d'abord, obéi à ce besoin de simplification qui inspire d'ordinaire 
les Agadistes. Quand un nom propre paraît une seule fois dans 
l'Ecriture et n'a pas, pour ainsi dire, d'état civil bien circonstancié, 
ils s'efforcent de l'identifier per /as et nefas avec celui d'un per- 
sonnage bien connu. Ainsi, Amraphel ne figure que dans le cha- 
pitre xiv de la Genèse, il est roi de Schinar, c'est-à-dire de la 
Babylonie : il doit être le même que Nemrod. Ensuite, comme le 
dit expressément le Talmud, parce qu'il y a une ressemblance frap- 
pante entre les reproches que Malachie et Ezra adressent à ceux 
qui ont épousé des femmes étrangères. Mais R. Josué, ce me 
semble, a obéi sans doute à d'autres considérations, qui suffiraient 
de nos jours, s'il s'agissait d'édifier une théorie nouvelle, à donner 
à cette identification un caractère scientifique. 

Dans le premier chapitre (vers. 6-14), le prophète accuse les 
prêtres de traiter avec mépris le culte divin, puis, au chapitre n, 
1-9, d'avoir dégénéré des prêtres d'autrefois, personnifiés dans 
Lévi, leur ancêtre, par leur partialité et leur manque de droiture. 
Ces réprimandes, c'est Dieu qui les exprime. Après cela commence 
un nouveau développement, qui n'est plus mis dans la bouche de 
Dieu: 

N'avons-nous pas tous le même père, 
un même Dieu ne nous a-t-il pas créés ? 
Pourquoi donc faire preuve d'infidélité 2 

1 Mcgilla, 15 a; voir aussi le Targoum de Malachie. 

* Ccst-a-dire abandonner sa femme, trahir sa foi. Ce sens du verbe *7i3 est 
attesté par les versets 11, 14, 15, 16 et par Ex., xxi, X; Jér., il, 20. TTÏN2 CTO est 
assurément une difficulté, il faudrait plutôt in*iZTO2 "C^N. niais l a première expres- 
sion peut s'être démonétisée avec le temps et avoir liui par ne plus signifier que ; 
« l'un l'autre ». 



NOTESISUR MALACH1E 19 

et profaner ainsi le pacte conclu avec nos pères l ? 

Car Juda est infidèle, 

une abomination se commet en Israël et à Jérusalem : 

Juda profane le Sanctuaire de l'Éternel, qu'il aimait, 

en épousant la fille d'un dieu étranger ". 

Que Dieu extermine qui agit ainsi envers une fille des tentes 

imitant l'exemple d'Er et d'Onan \ [de Jacob, 

et qui n'en ouïe pas moins l'encens à l'Éternel Sebaot !.. . 

Ce paragraphe nouveau ne se rattacherait-il pas au précédent? 
A première vue on pourrait le croire, puisqu'au lieu de s'en prendre 
seulement aux prêtres, le prophète apostrophe tout Juda. Mais, 
dans ce cas, la fin du verset 12 ne s'expliquerait pas : « et qui 
offre l'encens à l'Eternel. » En outre, il faudrait supposer que 
tout d'un coup, au verset 10, l'auteur détourne sa pensée des 
prêtres pour y revenir au verset 13, qui se rapporte incontesta- 
blement à ceux-ci. 

Pour lever toutes les difficultés et expliquer le nous imprévu, il 
suffit de supposer que celui qui parle est un prêtre s'adressantà 
des prêtres. Que l'auteur se substitue à Dieu, c'est une des incon- 
séquences qui s'observent à chaque page dans les prophètes. Ce 
prêtre, la nature même des reproches le désignait assez clairement, 
c'était Ezra, qui avait comme Malachie une haute idée de ses 
fonctions, qui était, comme lui, un religieux observateur des lois 
prescrites au clergé, qui était encore persuadé du privilège réservé 
aux prêtres d'instruire le peuple. 

Cette hypothèse avait encore l'avantage de donner la clé du cha- 
pitre m, v. 1-4, qui ferait allusion, comme le croit M. Graetz, à 
Néhémie. 

Il ne m'appartient pas de discuter le bien-fondé de cette inter- 
prétation, j'ai voulu seulement montrer l'ingéniosité de l'exégèse 
de R Josué b. Korha. 

2. Le verset 12 du ch. i. 
Le mot 13*2 de ce verset a jusqu'ici embarrassé tous les com- 

1 Pour nous rendre indignes des faveurs promises par Dieu à nos ancêtres. Voir 
plus haut, vers. 5. 

* C'est-à-dire : une idolâtre. Peut-être ttHp, qui se traduit difficilement par « sanc- 
tuaire », est-il l'équivalent du 'pTD'Hp de la Mischna, et signifie-t-il « mariage ». 
Comparez, vers. 14 : t Dieu est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse ». 

3 J'ai été heureux de retrouver cette conjecture, à laquelle j'étais arrivé spon- 
tanément, dans la 4 e édition du Kurzgefasstes exegeùsches Handbuch } p. 423. La 
version commune n'a aucun sens. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mentateurs. M. Reuss suppose que le mot ibs&t, qui suit ftrna, est 
une glose explicative. Mais wa « son fruit » n'en reste pas moins 
obscur. Les autres versions traduisent bravement : « la table de 
l'Eternel est souillée, et son produit est un aliment méprisable », 
interprétation qui offense outrageusement la grammaire hébraï- 
que, car il faudrait ïina b^Nia^ai, sans compter qu'on supprime 
ainsi le 1 de ib^N. — Rien n'est plus admirable que l'intrépidité 
de la demi-science, qui ne soupçonne même pas les difficultés. — 
M. Wogue me semble s'être approché plus près de la vérité, en 
supposant que wa est pour iyv\ Taai = rrîaai ». M. Wogue a donc 
senti que ce mot est une fausse leçon et est de trop ici. En effet, 
reportons-nous au verset 7, voici ce que nous y lisons : 

non nmrKi bxw unb toîb by o^^o 
*nn ntaa "n \nbv oyiofcw ybun 

Vous offrez sur mon autel un pain souillé, et vous dites : En quoi 
t'avons-nous souillé ? En disant la table de V Éternel est méprisée. 

On remarquera le parallélisme des deux versets; seulement au 
verset 12, c'est la table qui est souillée, et la nourriture qui est 
méprisée, A mon avis, wa est une simple dittographie; le copiste, 
ayant voulu écrire fwarn, se sera trompé, et sa faute, au lieu 
d'être effacée, aura été religieusement conservée. 



3. Le verset ii du chap. 1. 

Aux versets 7-11, le prophète reproche aux prêtres leurs 
offrandes inconvenantes et leur dit : Dieu se moque bien de vos 
sacrifices, il ne veut pas d'offrandes qui passent par vos mains, 
car du levant au couchant grand est son nom parmi les peuples, 
partout on lui apporte de l'encens et des offrandes pures. 

Après ce paragraphe, en vient un autre qui en est presque la 
répétition. Gomme au verset 11, Dieu termine ses reproches (ver- 
set 13) par ces mots : « L'agréerai-je venant de vos mains ? » Tout 
d'un coup, au verset 14, apparaît une sentence, sans rapport 
avec ce qui précède : « Et maudit celui qui fraude, qui, ayant un 
mâle dans son troupeau, après l'avoir voué, offre une bête cor- 
rompue au Seigneur! » Cette malédiction ne peut viser que les 
laïques, et, jusque-là, le prophète a toujours borné ses attaques 
aux prêtres. 

1 Le Pcntateuque, t. I, p. 481, note 6. 



NOTES SUK MALACHIE 107 

Plus étrange est encore la fin de ce verset : « Car je suis un 
grand roi, dit l'Éternel Sebaot, et mon nom est redouté parmi 
les peuples. » 

Or, si Ton remarque que Malachie aime les parallélismes et qu'il 
les pousse môme jusqu'au bout, il suffira de supprimer le premier 
hémistiche du verset 14 : « Et maudit. . . » et de joindre le dernier 
membre de phrase au verset 13, et le paragraphe formé par les 
versets 12-14 sera le doublet exact du développement précédent 
(v. 7-11). La phrase : « Et maudit. . . » se sera glissée en cet en- 
droit à cause de la ressemblance d'idées qu'elle présente avec le 
sujet de ce chapitre. 

4. Traduction des versets 6-14 du ch. i. 

Je propose donc de traduire ainsi ce chapitre, à partir du ver- 
set 6 : 

6. Le fils vénère son père, le serviteur respecte son maître : Suis- 
je un père? Où est la vénération qu'on me montre? — Suis-je uu 
maître ? Où est le respect qu'on me doit. Ainsi parle l'Eternel 
Sebaot à vous, prêtres, qui n'avez que mépris pour mon nom, et 
puis demandez : en quoi méprisons-nous ton nom? 

7. Qui offrez sur mon autel du pain souillé 1 , et puis dites : en 
quoi te souillons-nous ? [En disant : la table de l'Eternel est mépri- 
sable] ». 

1 Peut-être ûnb signifie- t-il ici « nourriture, chair otlerte à l'Éternel », comme 
dans rîwN Dnb. 

1 Ce dernier hémistiche est difficile à expliquer. Au v. 6, la phrase : « Vous mé- 
prisez mon nom », est complétée convenablement par la suite : « et vous dites : en quoi 
avons-nous méprisé ton nom • ? Ici, après les mots : « Vous offrez sur mon autel un 
pain souillé, et vous dites : en quoi te souillons-nous? », on s'attendrait à ce que la 
phrase fût finie. Si, ch. n, 17, le prophète, après une pareille proposition, se croit encore 
obligé d'ajouter une explication, c'est qu'elle est nécessaire. Il dit, en effet : « Vous 
fatiguez l'Éternel de vos paroles, et vous dites : en quoi le fatiguons-nous ? En di- 
sant: quiconque fait le mal est bon aux yeux de Dieu, ce sont là ceux qu'il préfère... » 
On comprend ici que les mots : « Vous fatiguez l'Éternel de vos paroles » aient 
besoin de commentaire. Pareillement au chap. m, v. 8. Ici, au verset 7, le sens est 
complet, comme au verset 6. D'ailleuis, seraient-ce ces mots des prêtres qui souille- 
raient le pain ou le sacrifice ? Même il y a disparate entre le dernier hémistiche et 
le premier, car dans celui-ci il est question d'autel et non de table. Hitzig, Kurzge- 
fasstes exeijet. Handbuch, 4 e éd., p. 417, croit que les premiers mots de notre verset 
soût la réponse au verset précédent : « Vous méprisez mon nom et demandez : en 
quoi le méprisons-nous ? » Réponse : « en offrant sur mon autel un pain souillé ». 
Mais, par entraînement, l'auteur, après ces mots, introduit sa formule favorite : « En 
quoi t'avons-nous souillé. » Réponse : * En disant : la table de l'Éternel est mépri- 
fable ». A tant faire que de supposer une telle inconséquence dans la suite des idées, 
j'aime mieux croire que les mots : * En disant : la table.. . » sont remontés du 
verset 12, à cause de la ressemblance des deux passages. (Cette hypothèse n'infirme 
en rien celle que nous avons émise plus haut pour l'explication du mot "D"^.) 



198 REVUE DES ETUDES JU1VKS 

8. Quand vous amenez pour le sacrifice un animal aveugle, n'est- 
ce point mal? ou une bète boiteuse, malade, n'est-ce point mal? 
Offre-la doue à ton satrape, tu verras s'il sera content de toi et te 
regardera avec bienveillance, dit l'Eternel Sebaot. 

0. Allez donc prier Dieu maintenant qu'il nous soit propice ! Avec 
de telles pratiques, croyez-vous provoquer ses faveurs? dit l'Eternel 
Sebaot. 

10. Qui se lèvera, parmi vous l , pour fermer les portes, que vous 
n'allumiez plus en vain mon autel ' ! Je ne prends plus de plaisir 
en vous, dit l'Eternel, et je ne veux pas d'offrande qui passe par vos 
mains. 

14. Car du levant au couchant, grand est mon nom parmi les 
peuples, partout des encens et des sacrifices, — et des offrandes 
pures ; oui mon nom est grand parmi les nations, dit l'Eternel 
Sebaot. 

12. Vous, vous le profanez en disant : la table de l'Eternel est 
souillée, nous pouvons donc traiter irrévérencieusement sa nour- 
riture 3 . 

13. Et vous dites : quelle fatigue ! manifestant ainsi votre mépris'*, 
dit l'Eternel Sebaot. Puis, vous apportez comme offrande des bêtes 
volées, boiteuses, malades. Pourrai-je agréer cette offrande de vos 
mains, dit l'Eternel? 

14. [Et maudit soit l'homme habile qui, ayant un mâle dans son 
troupeau, dédaignant son vœu, immole une bête corrompue 5 au 
Seigneur] Car je suis un grand roi, dit l'Eternel Sebaot, et mon nom 
est redouté parmi les nations. 

Israël Lévi. 



M. Reuss traduit ainsi : « ...à vous prêtres qui méprisez mon nom. — Et si vous 
dites : Comment est-ce que nous avons méprisé ton nom? — C'est en mettant sur 
mon autel de la viande profane. — Et si vous dites : c Comment est-ce que nous 
t'avons profané? — C'est en disant : Lx table de l'Éternel est méprisable ». Quel 
singulier hébreu ce serait? 

1 Malgré l'analogie de ESn &} ">£ avec Ezra, i, 3, nous croyons qu'il faut lire ici : 

ÛTp^ TÛ. 

* Le sens de ce verset est très clair, le prophète dit aux prêtres : • Autant vau- 
drait fermer le temple et ne plus allumer l'autel ! » Aussi je me demande comment 
M. Vernes a pu voir dans ces mots un reproche au clergé « qui laisse éteindre le 
feu de l'autel par les courants d'air ». Dto prétendu polythéisme des Hébreux, t. II, 
p. 211. 

a C'est-à-dire la nourriture qui lui est offerte. 

4 C'est la traduction classique, qu'il n'est pas facile de justifier. 

* Peut-être ce mot veut-il simplement dire de qualité inférieure, c'est-à-dire une 
femelle. De la sorte, il serait inutile d'expliquer le féminin de cet adjectif par un 
sujet féminin sous-entendu : ce serait un neutre. 



L'AVEUGLE ET LE CUL-DE-JATTE 



« Antonin dit à Rabbi : Au jour du jugement, le corps et l'âme 
a pourront se disculper l'un et l'autre. Le corps dira : C'est l'àme 
» qui a péché, car du jour où elle s'est séparée de moi, je suis 
» resté étendu, comme une pierre immobile, dans le tombeau. 
» L'àme répliquera : C'est le corps qui a péché, car du jour où je 
» me suis séparé de lui, je vole dans l'air comme un oiseau. 

» Rabbi lui répondit : Je vais t'offrir une comparaison : 

» Un roi avait un beau verger où se trouvaient des fruits déli- 
» cieux. 11 y plaça deux gardiens, dont l'un était boiteux 1 et l'autre 
» aveugle. Le boiteux dit à i'aveugle : Je vois de beaux fruits 
» dans le jardin, monte-moi sur tes épaules, nous les prendrons 
» et les mangerons. Ce qui fut dit fut fait, et ils mangèrent les 
» fruits. Un jour arriva le propriétaire du jardin : Où sont les 
» fruits, demanda-t-il ? — Ai-je des jambes pour marcher? répon- 
» dit le boiteux. — Et moi, des yeux pour voir? dit l'aveugle. — 
* Que fit le roi? Il fit hisser le boiteux sur l'aveugle et les jugea 
» ainsi réunis. 

» Ainsi Dieu amènera l'âme, la jettera dans le corps etlesju- 
» géra l'un et l'autre ainsi unis, car il est écrit : « Il interpellera le 
» ciel en haut et la terre pour les juger » (Ps., iv, 4). Il interpel- 
» lera le ciel, c'est-à-dire l'âme, et la terre, c'est-à-dire le corps. » 

Ce passage du Talmud de Babylone [Sanhédrin, 91 a-b) se re- 
trouve à peu près textuellement dans un morceau de la Mechilla 
(sur Exode, xv, 2) qui débute ainsi : « Antonin demanda à Rabbé- 
nou le Saint : A la mort de l'homme, lorsque le corps est détruit, 
Dieu cite-t-il le corps en jugement? — Au lieu de me consulter au 
sujet du corps, qui est impur, interroge-moi sur l'âme, qui est 
pure. Je te répondrai par cette comparaison. . . » Puis vient l'apo- 
logue du Talmud, que les copistes ne se sont pas souciés de 
reproduire en entier. 

1 Le texte porte boiteux, parce que l'hébreu n'a pas de mot pour dire cul-de-jatte. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dans quel rapport sont ces deux versions, est-ce le Talmud qui 
s'est inspiré de la Mechilta, ou ce récit n'est-il, dans ce dernier 
recueil, qu'une interpolation, entre beaucoup d'autres, faite d'un 
extrait du Talmud? La question importe peu; il nous suffit de 
constater que cette page du Talmud est écrite dans l'hébreu mis- 
chnique le plus pur et, par conséquent, qu'elle appartient à ces 
bareitot agadiques qui datent au plus tard du m siècle de l'ère 
chrétienne. 

Dans les textes postérieurs à cette date, Antonin disparait ; 
Vaijikra Rabba, ch. iv, place cet apologue dans la bouche de 
K. Ismaël, peut-être parce qu'il attribuait \3iMechilla à cet auteur. 
Tanhouma, Vaythra (Tanhouma, éd. Buber, III, p. 8), supprime 
tout nom, bien qu'il suive incontestablement Sanhédrin. Comme 
il arrive à ceux qui rajeunissent les contes, il s'efforce de pallier 
les étrangetés de son texte et de prévenir les objections que sou- 
lèvent les invraisemblances. Ainsi, il semble illogique qu'un pro- 
priétaire choisisse pour gardiens de son verger justement des gens 
qui ne sauraient donner la chasse aux voleurs. Tanhouma ajoute 
donc que le roi s'était dit : « Si je prends un gardien qui voit clair 
et qui marche, il mangera mes fruits ». Seulement à quoi seront 
bons ces invalides ? 

On sait le succès de la fable du Talmud ; grâce à Florian, elle 
est dans toutes les mémoires. Mais est-ce aux Juifs qu'il faut 
rapporter l'invention de cette jolie fiction? M. René Basset, 
dont on connaît la remarquable érudition, va répondre pour moi. 
Dans une étude intitulée : Le mythe d'Orion et une fable de Flo- 
rian \ il a montré les racines de cette fable plongeant dans la 
plus profonde antiquité classique. 

Une épigramme de Platon le jeune (iv e siècle avant l'ère chré- 
tienne) est ainsi conçue : 

« Un boiteux était porté sur le dos d'un aveugle, profitant de ses 
pieds et lui prêtant ses yeux; tous deux estropiés et vagabonds. 
A l'un manquait des yeux, à l'autre des pieds, mais ils s'aidaient 
l'un l'autre, car l'aveugle, portant sur ses épaules le boiteux, mar- 
cha droit grâce au secours d'yeux étrangers. A eux deux, ils fai- 
saient un tout, car ils s'empruntaient mutuellement ce qui leur 
manquait à chacun. » 

Cette épigramme, ajoute M. Basset, fut imitée par Léonidas de 
Tarente (111 e siècle avant l'ère chrétienne) : 

« Un mendiant aveugle chargea sur son dos un boiteux, se ser- 



1 Revue des Traditions populaires , t. IV (1889), p. 616. Ceux qui voudront con- 
naître la source des textes que je vais citer n'auront qu'à se référer à cet article. 



L'AVEUGLE ET L\ù CUL-DE-JATTE 201 

vaut, en échange, des yeux d'autrui ; tous deux incomplets, for- 
mèrent un tout exact en se prêtant mutuellement ce qui leur man- 
quait. » 

Une autre épigramme roulant sur le même sujet est attribuée à 
Philippe de Thessalonique (i or siècle de l'ère chrétienne), ou, selon 
d'autres, à Isidore d'Argès, d'époque inconnue. 

La littérature latine enfin, dit M. Basset, nous offre deux imita- 
tions de ces épigrammes, toutes deux dues à Ausone (iv° siècle 
après J.-C). 

M. Basset croit même pouvoir remonter à la source de cette 
fable. D'après lui, ce serait la traduction, ou, si l'on aime mieux, 
la légende, due à l'imagination ignorante, d'une représentation 
figurée d'un ancien mythe grec. Voici ce mythe : 

« Le géant Orion, ayant fait violence à Méropé, fille d'Anopion, 
celui-ci, l'ayant enivré, l'aveugla pendant son sommeil et l'aban- 
donna sur le rivage de la mer. Orion, arrivé à une forge, prit un 
enfant, le plaça sur ses épaules et se fit guider par lui vers 
TOrient, où il devait recouvrer la vue. » 

Cette scène, fixée plusieurs fois par la peinture, perdit sa signi- 
fication primitive et fut interprétée comme un fait divers d'assis- 
tance mutuelle. Avec cette conviction, l'imagination n'eut pas de 
peine à transformer l'enfant en un cul-de-jatte. De là ces épi- 
grammes descriptives qui sont entrées dans les anthologies 
grecques. 

La conjecture est extrêmement séduisante, et c'est le cas de 
dire : Si non è vero. . . 

Quoi qu'il en soit, il est intéressant pour l'histoire des rabbins 
du Taimud de constater cet emprunt indéniable fait par les doc- 
teurs juifs à la littérature grecque. Il est assurément difficile 
aujourd'hui de déterminer ce qui, dans ces siècles reculés, était 
déjà entré dans la tradition populaire et ce qui ne dépassait pas le 
cercle des lettrés, c'est une tâche si difficile même de nos jours ; 
néanmoins de leur nature les épigrammes, étant l'œuvre des litté- 
rateurs, le passe-temps d'esprits délicats, étaient plutôt destinées 
et accessibles à un public savant. Or, n'est-il pas remarquable 
que ces exercices littéraires soient venus à la connaissance des 
rabbins? Nous ne nous étonnons pas de voir une fable païenne, 
peut-être même, si M. Basset a raison, un mythe grec, devenir 
entre des mains pieuses un argument théologique. La littérature 
bouddhique et les sermonnaires du moyen âge nous ont familiarisés 
avec ces avatars naïfs. Ce qui nous frappe et ce que nous voulons 
surtout souligner, c'est cette preuve nouvelle que les rabbins, 
avant le m e siècle, n'étaient pas si étrangers qu'on le croit corarau- 



202 REVUE DES ETUDES JU1VKS 

nément aux études grecques, et que, malgré la mise à l'index de 
ces études, certains docteurs trouvaient « à l'heure où il ne fait ni 
jour ni nuit » le temps de pousser des pointes sur le domaine 
interdit. Si on veut prendre à la lettre les expressions mêmes du 
Talmud et tenir cette page de Sanhédrin pour la reproduction 
authentique d'un colloque ayant eu lieu réellement entre Rabbi 
Juda le Saint et tel Antonin qu'on voudra, la conclusion, il est 
vrai, n'aura plus la môme portée : on expliquera cette connaissance 
singulière d'une épigramme grecque par le privilège qu'avaient 
les patriarches palestiniens, comme R. Juda, de pouvoir se livrer 
à l'étude des lettres grecques. Mais si, comme c'est plus probable, 
ce dialogue n'est qu'une fiction, il faudra dire ou bien que l'auteur 
de cette page était un polémiste — et l'on sait que les polémistes 
ont toujours joui d'immunités spéciales et ont été autorisés, sinon 
encouragés, pour mieux défendre leur religion, à se servir de 
toutes les armes, ou bien que la mémoire avait gardé le souvenir 
de cette fable qui avait franchi les frontières de la Palestine en un 
temps où les docteurs n'avaient pas encore résolument coupé les 
ponts entre l'hellénisme et le judaïsme. Le Talmud n'est pas un 
bloc homogène, juif dans tous ses éléments, et les rabbins des 
premiers siècles de l'ère vulgaire ont été plus éclectiques qu'on ne 
pense, voilà ce que nous tenions à montrer une fois de plus. 

Mais si les Juifs ne sont pas les inventeurs de cette fable, ce qui 
leur appartient en propre, c'est l'emploi qu'ils en ont fait pour 
rendre sensibles les responsabilités respectives du corps et de 
l'âme (Si M. Basset a cru devoir reporter aux Musulmans le mérite 
ou la priorité de cette transformation, c'est qu'il ignorait la version 
juive). Aussi peut-on diviser les différentes rédactions de la fable de 
l'aveugle et du paralytique en deux branches : celles qui se rat- 
tachent directement à l'épigramme grecque— celles-là ne révèlent 
aucune tendance théologique ; celles qui dérivent du Talmud — et 
celles-là se distinguent par la comparaison qu'elles établissent 
entre le sort des deux écloppés et celui du corps et de l'âme. Dans 
ces dernières, il faut ranger ce récit des Mille et une Nuits que 
j'emprunte également à l'article de mon savant confrère et qui 
figure dans le roman de Gala'd '. 

« Le corps et l'âme sont associés dans les actes comme dans les 
récompenses et les châtiments. Ils ressemblent à l'aveugle et au 
cul-de-jatte qu'avait recueillis le propriétaire d'un verger, où il 
les avait fait entrer en leur recommandant de n'y causer ni dégât, 
ni dommage. Comme les fruits du verger étaient exquis, l'infirme 

1 La présence de la fable grecque dans ce roman ne prouve donc rien pour l'ori- 
gine grecque de cette partie des Mille et une Nuits. 



L'AVEUGLE ET LE CUL-DE-JATTE 203 

dit à son compagnon : << Quel dommage ! je vois d'excellents fruits 
dont j'ai envie, et je ne puis me dresser pour en manger. Lève-toi, 
puisque tu as de bonnes jambes et apporte-m'en. » — « Quel mal- 
heur! répondit l'aveugle, que tu m'aies parlé de ces fruits aux- 
quels je ne songeais pas, car je n'y puis atteindre, puisque je ne 
les vois pas : il n'y a pas moyen d'y arriver. » Tandis qu'ils par- 
laient ainsi, survint le gardien du verger : c'était un homme sage. 
Le cul-de-jatte lui dit : « Nous voudrions bien quelques-uns de 
ces fruits, mais, comme tu le vois, je suis infirme et mon compa- 
gnon, que voici, est privé de la vue : comment faire ?» — « Quoi ! 
répondit le gardien, ne vous souvient-il pas de ce que vous a fait 
promettre le maître de ce jardin de vous abstenir d'y causer du 
dommage? Renoncez donc à votre dessein. » — « Ii faut absolu- 
ment, répliquèrent-ils, que nous goûtions de ces fruits ; dis-nous 
quel moyen tu connais. » Comme ils persistaient dans leur volonté, 
il dit au cul-de-jatte : « Il faut que l'aveugle se lève, te porte sur 
son dos et t'approche de l'arbre dont les fruits te plaisent : alors 
tu cueilleras ceux auxquels tu pourras atteindre. » L'aveugle se 
leva, prit son compagnon, qui le guida jusqu'à ce qu'il arriva 
près de l'arbre ; l'autre se mit à cueillir tous les fruits qu'il voulut, 
et ils continuèrent jusqu'à ce qu'ils eurent dévasté le verger. Sur 
ces entrefaites, le maître du jardin arriva et leur dit : « Misé- 
rables, qu'avez-vous fait ! ne m'aviez-vous pas promis de ne com- 
mettre aucun dégât? » — « Tu sais bien, reprirent-ils, que nous 
ne pouvons faire quoi que ce soit ; l'un de nous est cul-de-jatte et 
incapable de se tenir debout ; l'autre est aveugle et ne peut voir 
devant lui. Quelle faute avons-nous commise ? » — Le maître 
répondit : « Peut-être pensez-vous que je ne sais pas comment 
vous vous y êtes pris pour dévaster mon verger? Toi, l'aveugle, tu 
as porté sur ton dos ton compagnon, qui t'a guidé jusqu'à ce que 
tu sois arrivé près des arbres. » Ensuite il les saisit tous les deux, 
les châtia durement et les chassa du verger. » 

11 ne faut pas s'étonner que des récits du Talmud soient entrés 
dans les Mille et une Nuits : M. Perles a noté nombre d'exemples 
du même genre ». D'ailleurs, le Talmud ne nous fournirait-il pas 
la preuve irrécusable d'un semblable emprunt, que le texte seul de 
l'ouvrage arabe nous ramènerait à une source juive : l'épigramme 
grecque, en devenant un argument théologique, s'est ornée d'ac- 
cessoires empruntés incontestablement à des réminiscences de 
l'histoire du premier péché, d 1 Adam et Eve. 

1 Entre autres, justement celui-ci, en se contentant de rapprocher le texte des 
Mille et une Nuits (qu'il cite d'après Péd. de Weil) du celui du Talmud et du Gesta 
Jîomanorum; Monatsschrift de Graetz, 1&73, p. l l ô. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les Juifs, en s'em parant d'une fiction étrangère, lui ont donc 
imprimé un caractère juif, l'ont transformée, comme à l'ordinaire, 
en leçon morale. 

Pour cela, ils l'ont soudée à une autre fiction bien connue 
dans la littérature du moyen âge, le débat du corps et de l'âme. 
M. Linow 1 a déjà reconnu que la plus antique forme de ce débat 
fameux est fournie par le Talmud, bien que les versions occi- 
dentales n'en dérivent aucunement *. Le Talmud peut servir 
seulement à établir que ce jeu était déjà connu chez les Juifs 
avant le 111 e siècle. Mais est-ce dans le Judaïsme qu'il a pris nais- 
sance? C'est ce que je ne crois pas. Non pas que les Israélites, 
au moins au temps du Talmud, aient ignoré la dualité des éléments 
qui constituent l'homme et n'aient fait la différence classique 
entre le corps et l'âme. L'Ecclésiaste, à lui seul, démentirait une 
pareille allégation. Mais, comme l'a parfaitement montré le sa- 
vant directeur de Mélusine, M. Gaidoz, le débat du corps et de 
l'âme semble avoir été « un sujet favori d'exercice littéraire, 
de declamalio, dans les écoles des sophistes et des rhéteurs 3 . » 
Qu'on en juge par ce texte de Plutarque, que cite M. Gaidoz : « Il 
semble que cette divergence entre l'âme et le corps au sujet des 

1 Wilhelm Linow, The disputisoun bctioen the bodi and the sonlc, dans Erlanger 
Bcitraege zur englischen Philologie, I Band, 1 Heli't, p. 1. Erlangen, 1889. 

% C'est à cette catégorie d'écrits que se rattache le débat de l'âme et du corps 
t|"lTt Û^ laDjTÎ mD^I qui se trouve dans un ms. de la Bibliothèque nationale 
(n° 232). Ce dialogue n'a pas le cadre dramatique du débat chrétien. En voici le 
début : 

tpn a? ed3?i mryn 
ttWîa -npnb ,tmDOïi "inna^aa t x+in iwn tova "o yir\ anm 
ibppii r-ntraan *sntt bsn mpiirn hy i-ipn-»i ,ta"nmTi tr^œnn 
barra inx ba lan-Tn tarNann by ïrnn bnsn , rnvaTm rrna^r; 
tprr 12TP tn , mb^b? bbisrm , (r-nbianm) r-nbianmm Imssa 
•\nzyu Tjp , tzmsœ nan f<"i:r D^-b^r» lan , amnbN as-ûttb œssm 

. nrp^a biduj"» asiuîm 
, abi:> a-nntt finis 13 , tpaa vçù *p ->in rpb "i73Nm ŒDjr: i^m 
"jbiaa \d t ï-ith jwn ■'b r-ibbi^ ï-tpn Nbt* , tabas b«n i»^ fywi 
,ma*i N^n m-iïï Ti^n tav> baa -o .r-nn bilan lyzn Cfb'atBa] 
*pb n^r> t<bi ^mann am ■pmaiDma Jna ,8-nvMan b*H3tti 
,^303 Jm^babn ,*]3v*jb p^nttnbi , ^ps* 1 * "nns mnb dn "o ^pTJ-n 
rnttb lanattb"! , las-n a^a ^^aia-b -pmacrM ban , ^msTna pmnrsbi 

. lasnn ^ba 
■rçzwiïi ^pmattrooa n&* Nbrr r-iNannn lacsn ■nn naan tpn im 
i3>©di nm iT»a na "O ^snanan snarj via nnN proton ^nsrai 
éwd ^barrn ,«amw mz3« ^bib ,3>©ti r<an ^n r-nia*b baiN ^«i 
^■nœp maya ^sia ro« , ra , i ^mana rab rrvorp n^nriN ^a ,"rçroc» 
,^nai nx viKbtti ^nnN r<aa ^ni , mnE» pnTDa min nnm^73"i 

3 Mélusine, t. V. col. 108. 



L'AVEUGLE ET LE CHL-DE-JATTE 205 

affections constitue an débat ancien. Démocrite, reportant le tort 
sur l'âme, la condamne, comme s'il avait à prononcer en qualité 
d'arbitre. « Si le corps, dit-il, citait l'âme devant un juge, en rai- 
son des douleurs et des mauvais traitements dont celle-ci le fait 
souffrir durant toute sa vie, et que j'eusse à décider dans ce cas, 
ce serait avec plaisir que je me prononcerais contre l'âme, me 
déterminant d'après les pertes qu'elle fait subir au corps par 
ses négligences, d'après les abattements où elle le plonge par 
l'ivresse, d'après la corruption et les écarts où elle l'entraîne par 
les appétits voluptueux. Je verrais en elle le propriétaire qui use 
sans ménagement d'un outil ou d'un meuble en mauvais état, et je 
la condamnerais. » Théophraste, au contraire, estimait que le corps 
fait payer cher à l'âme le séjour qu'il lui prête. « Pour un loyer de 
durée bien courte, disait-il, elle subit de lourdes redevances, à 
savoir les chagrins, les craintes, les désirs, les jalousies. Elle en 
est tellement bouleversée dans son union avec le corps, qu'elle 
aurait, à plus juste titre, droit de l'accuser, en raison soit des mu- 
tilations que lui causent ses oublis, soit des violences auxquelles il 
l'asservit, soit des injures et des outrages qu'il lui prodigue inso- 
lemment; et elle prouverait sans peine qu'elle est injustement 
chargée de griefs imputables au corps seul. » (Plutarque, Frag- 
ments, De VAme, i,2, trad. Bétolaud.) 

Plutarque traite ce sujet encore une fois dans ses Préceptes 
d'hyg'iène, et il ne serait probablement pas malaisé de retrouver 
dans la littérature classique d'autres traces de ce débat. 

Il n'est donc pas invraisemblable que le débat du corps et de 
l'âme après la mort soit dans le Talmud un écho ou une imitation 
d'un exercice de rhétorique grecque. En ce cas, nous aurions, 
dans le même morceau, un nouvel exemple de l'emploi de produits 
de la littérature grecque dans la polémique juive, au temps du 
Talmud. Mais, ici encore, le génie juif aurait coulé dans le moule 
de ses idées les éléments qu'il empruntait aux Grecs, car la ver- 
sion du Talmud suppose la croyance au jugement final et à la ré- 
surrection corporelle : dogmes essentiellement juifs et, plus tard, 
chrétiens 1 . 

Israël Lévi. 



.).-.) 



1 M. Th. 13atiouchkof vient de publier, dans la Itomania, t. XX (1891), p. 1 
et ot 15-578, une très savante étude sur le Débat de l'âme et du corps. 11 se range en- 
tièrement, comme moi, à l'hypothèse de M. Gaidoz sur l'origine classique de ce jeu 
littéraire. 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM 

SUU ISAÏE 



(SUITE ET FIN ') 



2J 

n:y narrt «a iw »« ipw no dd«3 ntuya ♦ipw db&i wki 4 
rua b^p .pua *atp Divisa Tarn 5 M/inaariDai ria^a ;a pan fînçht* 
^«^>a bip . bip îair: -puis bip 8 : f jaa misa 'wa^ai ^ynea ^«iano 
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^îyca ♦ nn«io t^aa mira p ' 4 fp'ia bi«tr [3 ^/ia py^a 11030 
♦ dix >J3a na/11 : -]^a i^ia i^ai mn bria oi6a npm n^WB od> d^ 

Chap. LU. 

4. ODN3. Le sens est TO osaa, c'est-à-dire: quand il a perdu sa 
force, Assur a pu l'opprimer et le mettre à la merci de tous. 

5. ya5tt. On a dit que c'est pour yaisritt, participe du hitpael; le 
sens est : « abhorré et détesté ». 

8. . . .bip. Le premier bip est superilu, puisqu'il n'a aucun rôle dans 
la construction grammaticale. 

11. "nn-, nifal d'un verbe géminé qui signifie « être purifié ». 

r i2. tuacoattl, participe, avec hireq sous la seconde radicale, comme 
^ja-na (II Sam., iv, 8). 

14. nriiïîE, participe passif; il devrait y avoir un ou (sous le mêm) 
comme dans ^lOUp (II Sam., xx, 21) — Tiam. Ce mot a la môme vo- 
calisation que nbrci (Jér., xxn, 13); tous les deux devraient avoir le 

« Voyez Revue, t. XVlf, p. 172 ; t. XVIII, p. 71 ; t. XIX, p. 84 ; t. XX, p. 225, 
t. XXII, p. 45 et 190, et plus haut, p. 43. 



GLOSRS D'ABOll ZAKAR1YA BEN H1LAM St'lt ISAIK 207 

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rfpvxn »c t»«pi miwa »bp kti yin ' }a aip^Ki Arc kwji »a na? 
rmp 1 p itfn ^r io4*i rii&K ♦« ^md^h ddk ï^ibï [h ' frpKbn^n 
fhjtôtt dok wa .ïn-j jrm piBB^K ru»3ii kikï :t nat? £ [jv $b vbpvsiw 
: rnis nw »i cii na aiano'» utt »a ojn iar mjna r6ip 6» pjti 
n» fe ans» w un» tfAa n8fi*6«a wr^p narr ♦o , ai p^ np [a 15 

j cn\sû*7 ni: in *ib» 



|û ^j?do . îrytPBa ^îna «im 5 : msjo . ï:ûb rae iriBaai 3 
iDia : tua •îtaita n:*o «n^naa ania *oania yrna 'âya^tfi . b'pitàa 
tan «a^ £»£hbî>k »^5m «in j« nMapa . 1A «ai: vnianai 1^3? wbv. 
a*™ ^a ;«dd rA a:" 7 *6 j«a fa Ffona^H ^ao »h? rr^r finaA* aan^K 
imianai . ftg&tp nrnia [«ai rrèy foi na ^n ip nia k:b^di jru *ubt^ («3 

son sous la seconde radicale au moyen du qamés hâlef, comme WB 
(Job, xxxvi, 24). Il y a lieu de s'étonner de celui qui a laissé à ce mot 
le sens de sa forme et a dit, dans ses rasâil errifâqiet, que imhb est 
un participe avec le sens de « salarié » ; il est obligé, d'après cela, de 
dire que la phrase équivaut à : « Son ouvrier, il ne lui donne pas son 
salaire. » Si l'on examine le verset, on voit que le vrai sens de wdi 
est g le salaire »; cela se rapporte aux mots : « Il fait travailler son 
prochain, puis il ne lui paie pas de salaire ». — ïtp : « Il décrète contre 
les nations les malheurs, parmi lesquels est celui que désignent les 
mots ÛTOta n (Is., lxiii, 3), à savoir le « jaillissement du sang ». 



Ghap. LUI. 

3. nno73 est un infinitif. 

5. bbin?:, participe passif de la forme lourde ; le sens est : « écrasé 
par nos péchés, frappé par nos fautes », comme s'il était responsable 
de nous. — . ..nû133. Le sens est que, lorsque cet excellent serviteur 
de Dieu a été chargé des corrections qui l'atteignaient comme une 
épreuve, puisqu'il n'avait pas commis de péché, tout châtiment qui 
devait nous atteindre, nous, et dont nous avons été délivrés, est 
tombé sur lui et l'a frappé, et nous avons obtenu notre guérison par 
sa blessure, irmatim est un nom d'action. — Nous avons déjà dit 

1 II faut probablement ^12- 

* Voyez l'introduction aux Opuscules d'Ibn Djanah, pp. xxxv, lix. et suiv. 
3 Cette opinion est celle que cite Kamchi au nom de son père ; l'opinion de Ben 
Bilam est celle de Hayyudj et d'Ibn Djanah. 



208 REVUE DES ETUDES JUiVES 

: nyy [aia^K f^ytbb rbb& ;a bythx trin mti «rai npi ♦ Sys no« 
iratrn rupa pbjï rwa^i *ar >jp n« '#b [a ^ysja . wa mm twj 7 
np^ bdbtoi wa « : ffBpKD ckSSki jfaïutt irn *d k.iSk ;« *6k 
ipi?i nnai-in ♦ ^b yn >ay ytrsa D**n pas i?^ *a nrro» *a vm nai 
HiwAk n*n ;y mai jto:k n« w /hr? ja *6i ffim^m np»i^K ja f rp 
mi ;y ri3«D kbjk n/rèa jk »« A in» laS rrVip .^na« 'Bip miai 
nana *6i top aan *6 by rbïp hdbj »b in prmaK *w lA na«^s 
^kto' jik »ann ^r»a ^«a «?n ja ♦ ^nn i«ai pan ,B, i *° :vaa 
oAtta nn ru«a nos: jk »^y niia t«i« Tp n^ro irtan ôo^n fiaiim 
wno'B «an a:i^« »t *6 |a nia bjîk^k ;a Kinnna ;«a n:« s « ' «an* 
ana^â bvo b^yn^vh^ ffîn nat?» «a aij^a a«6a *bi 'sspo^ *b 
myn tok * - : nyanKB ktoi toi^ki naj/ûKB m *&& * »n« bh^k 
a^ans nw *jj;bï : ^wn»W «ni-iy *:yaa ma^ noea mi ♦ ia>Di nwfr 
*6 ;a {«ai n^y K**6a^« Mrt> p«as^« rfrai »b kitob j«a n:«a n:a: 

qu'il est permis d'attribuer cet acte à Dieu, à cause de la compen- 
sation qui est promise en son nom. 

7. ÏT5M, participe, dans le sens de ^y « misère » (Exode, ni, 7) ; le 
féminin est !rtj*3 (Is., Lvnr, 16), seulement le hé là est pour le fémi- 
nin, et la troisième radicale est tombée. 

8. . . .nar^E. Traduction : « Il a été saisi par la détresse et l'é- 
preuve ; et personne n'en raconte rien, car sa renommée a été re- 
tranchée du monde vivant, et il a été éprouvé par le péché de mon 
peuple. » Le mot ifcb est pour "ib, c'est-à-dire : l'épreuve qu'il a subie 
n'a eu pour cause que le péché du peuple, et non ce qu'il a mérité par 
lui-même, comme il est dit (vers. 9) : « Bien qu'il n'ait pas commis 
de violence, et que dans sa bouche il n ; y ait point de fourberie. » 

10. "brin, de Nbn, avec un alef, comme ^jnrt (II Rois, xm, 26) ; la 
traduction des mots est la suivante : « Il a voulu le rendre malade, 
pendant que lui-même considérait le péché comme un péché », c'est- 
à-dire qu'il s'abstenait du péché, à rencontre de celui qui ne consi- 
dère pas le péché comme un péché et qui s'adonne aux transgres- 
sions. Chez les Arabes on trouve une locution semblable : Leur pré- 
dicateur a dit : t Dieu, montre-moi la mauvaise voie comme une 
mauvaise voie pour que je l'évite, et la bonne voie comme une bonne 
voie pour que je la suive. » 

12. ...ïTWl iidk • « H s'est exposé à la mort », c'est-à-dire il a 
affronté des épreuves terribles. — Le sens de M37J3 b^ïîid nan est : 
a Comme s'il était compté au nombre des pécheurs *, parce que les 
épreuves fondaient sur lui, et celui qui ne connaissait pas son for 
intérieur lui imputait du mal et le croyait puni à cause de cela, 

1 Ben Bilam traduirait-il comme si uPiZJD était pour û^ÔNn ? ou bien sous- 
entend-il un second Q^N ? 
« Ms. ^N. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN B1LAM SUR 1SA1E 209 

rm 3:1 terr {«3 kb:k m 1^3 3p«i?o ruai itrba n3 |ô» nro* P)^ 
^ki bris o.td 3m unb ystp» , m^ dwi^ï : k^j mi «ion Kim nbipb 
1^1 Od) p^i iitût in ftaAa rfina .t^k ik^dSk jk ^p : »3 v Jon 
rrb k*d -|bsbK toîtp'^k Rira rfrepi p«i ♦ »i»fi «a nrn«in nmatrab 
«in (« ro nno' «b nw: «îm îpjji onba 130 yu: vpptrp ;«3 >na >w 
v:cb p:n hv*\ »Wk «în *c nînp [y hdxioSk «in «no nbi toir rua 
no^w is?3 maiâ» »e P]iy« «ai m *Ai A nain «b ms p«a tnup 

: ' rua fin? ûày« «bi fîina cây« 

ikid*6k rprai ip n:« nn *6k b«bj«bK roi irtn ♦ ywv ybyM >3 s 
: ' 3ij ja Wps n»B tdb' ♦ sptp *]îhp3 s : b&w vmo p«ji n^ip »B 
'jiattn '- :iwj^k jî? sr«ha ^pi pibtf r6x« »T33K 7.B3 psia ,1 
*ao îKJab« «inai *do^k 3 *ras bain 'nb« i»ik£o ♦ •piwatp 1313 

alors qu'il portait uniquemeut le péché d'autrui, comme il est dit : 
<x II a supporté la faute générale ». — jnaci ûijiBicbi : « Il inter- 
cède pour eux et intervient en leur faveur », comme yivn (Jér., vu, 
48). — On a dit que la personne visée dans cette prophétie est Jéré- 
mie ; c'est possible, car son histoire ressemble à ce qui est dit ici. Ibn 
Giqatila l'a appliquée au roi Ézéchias, mais je voudrais bien savoir 
quand Ézéchias a été « malade, frappé par Dieu, opprimé et mal- 
traité, n'ouvrant pas la bouche » ; cela est vraiment étonnant de la 
part de cet auteur, et pourquoi cet homme présomptueux a-t-il oublié 
ce qui est dit de l'homme juste : a II s'est élevé comme une branche 
devant lui, comme une racine dans un terrain aride; il est sans forme 
et sans éclat? » Or, je ne connais pas, parmi les ancêtres (d'Ézéchias), 
après Salomon, un roi plus puissant que lui pour l'éclat et la gloire. 

Ghap. LIV. 

5. "ps? ^b*a. C'est le pluriel de majesté ; on le voit bien puis- 
qu'on emploie le singulier dans ^jbwï. 

8. E|2Ep E|£tt)a, On le traduit par « un peu de colère ». 

4 4. pmw. Le sens primitif est « étendre » ; on l'emploie impro- 
prement pour « enchâsser ». 

12. miûttia : « Les fenêtres par lesquelles entre le soleil », et par la 

1 Le texte depuis le v. 13 du ch. lu jusqu'ici a été publié et traduit en anglais 
par M. Neubauer, The fifty third chapter of Isaiah (1877, I, p. 384, et II, p. 550). 

* C'est l'opinion de Dunasch ben Labrat, daus ses Teschubot sur Menahem, p. 20^ 
qui est citée et approuvée par Ibn Djanab, Ous. y c. 742. 

3 Ms. WPbtt. 

4 Ce sont les mots mêmes d'Ibn Djanah, Ous., c. 734, 1. 2, où le mot ODTUbN 

T. XXIII, n° 46. u 



210 REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

fîDX ♦ mpa U3i6 twi ;nWi3 twd nwn i^ap tikû m^« y* j^ik^k 
ffrnpjo^H tkj^k 1^3 nwriB rtt^iAjii «,t»«05c^ £>k »mp uya p fb^w 

»^W "J^JJ "[flK TJ *a VllrfB DBK TU' TU p 1r > sfïTRï PPB P]^6«l 

tu ;a Tn« 1^3; paru» St itb ^sp 't*W>8 >3*6 mai «a »^p ïitdwi 
laTO vnu' p tu» tu pwa ♦ Epo* -pjj; -p^y yarùK p hktûï ^j? 
irtrh ♦ onsra myin /ik nsu p n«în rmvi p ^Jia dk,tbjid*6S p byln 

PKû/U*6k KTT jir J« pD* Tp rUKB PRJ 3K3 p ffTIl JUûl JU ^K fÎTKttW 

■wuA *6ipa jks |«i omui wk ^Jia n'a«^R »mpK p >*6ï«n tuS 

p rfcpKa dd> a 1 ? ^b jbv w »te ^3 17 nuoi ju ;ir ;« nse^e 

: n*an mis: uya p îm nacp aw n:? ^y «n^« Ttrtw b'pJteK 

ru 

^3 «na p »*d i«na> ^ nnc î«3a »p«a o^aty ira >3 9 

;^K 3iâ n*uj?Bi 'ujnp' ^iia 

même figure les Anciens ont appelé la fenêtre -natta [Ohalot, xni, 1). 
— mpN, qualificatif dominant, qui emprunte son sens au mot brûler 
(Is., l, 1 1 ), à cause de la pureté et de l'éclat de ces pierres, qui les font 
ressembler à des feux étincelants. V aie f dans ce mot est explétif. 

15. "n^n TU )n. La traduction de ce verset, d'après ce que j'ai trouvé 
chez Abulwalid, est : « Est-ce qu'on pourrait se réunir contre toi 
sans que je le sache et le veuille? ceux qui se réuniront contre toi 
tomberont chez toi. » Il a donné à la racine TU le sens qu'a ifny 1 
(Hab., 1, 15), et à "p le sens interrogatif, comme dans Jér., 11, 10, 
et Ex., vin, 22. Il voit ici une allusion à Gog et Magog, ce qui est 
permis ; mais il est possible qu'il s'agisse ici d'autres ennemis de 
la nation que ceux-ci, tels que Assur, etc. Cependant si le verset 
s'applique à l'avenir (messianique), alors il est probable qu'il s'agit 
de Gog et de Magog. 

17. "1KV, verbe passif de la forme lourde avec addition du H 
d'après la forme de «HT (Is., xxvm, 27) ; c'est dans le sens de ÏTOS 
« forme » (Ez., xliii, 11). 

Chap. LV. 

9. *5 a le sens de « comme » . 

12. nNrW, de Ktra avec un alef, comme "isfrnp" 1 (Gen., xlu, 24). Le 
sens est « frapper des mains ». 

marqué comme glosse (n. 61) doit entrer dans le texte. Ibn Djanah compare aussi 
la Mischna. 

1 Ous., c. 129, 5 à 10; Ben Bilam n'en donne que le sens. 

1 Mb. IN-ip* 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA RKN WLAM SUN 1SA1K 211 



ruté »jnn p« maa ^no aim »iï^« ;«3o rmea . »Aw Han s 
H\sc .o'aatp onn l() iffrbb pap sj kb3«i to *jïry paa *6.i ^no 
STP^n fcfc 'ci aipo^K »fi rb nta k s^n csatr '3j?» »b vti o^a dw ^no 
»c a*ij irtm maata pi tntnta ^t^c roAn Aa* d^ kik aWa ma ;« 
DfinA »bi nwb byp xb yb* b)pb kîtd xb {ro^tt priai 'o riaiapa?» 
: ' mai *:yo *d o^aaw yo pa' ;« «"in na#'i dw '« w td^h ;k k**k 

4 

sr6« j« Kta r&Kfi Miun ^>no dit p n:x ^p ♦ a^«a dwjîi s 
î*u »p?na (i : ^an *yy/b om p p^riûbK njoi p .un ^pi itpn «S 
tîrrcn Dttdita 7/10 oéux*6k .13» linn */£« dW>k i«inb« ♦"[p^n 
juat» pa 113? ^«p «03 iï33^k rtron ."pria? jiûp rmram r6i.i nn«i 8 

Chap. LVI. 

3. rçbiw, avec nxxpatah (sous le lamed), à la place du j/rf, comme 
iMrn (Is., xlvii, 10), qui a la même forme que "WÛ9 (Job, xxxi, 15), 
mais qui a un qames (à la place du patak), à cause de la pause. 

4 0. lPTït, participe, comme &V)y ,tn3:i. Le mot a le même seus que 
d^DiO ; il n'y a pas d'autre exemple dans la Bible. On dit en arabe, 
lorsque le son qu'émet le chien n'arrive pas à l'aboiement : a II y a 
de l'agitation (haz haz), sans aboiement ». Il y a là une rencontre 
singulière entre les deux langues, d'autant plus que le verset ajoute: 
« Ils ne peuvent pas aboyer ». Les Arabes disent également : elbardu 
yuhzi, c'est-à-dire : e Le froid fait dormir » (engourdit) ; ce qui rend 
probable que ù^îîi a le même sens que D^rJDttJ. 

Chap. LVII. 

0. D"W»ï"ï. On a dit que c'est de la racine DIT, comme trnttDïi 
(I Rois, v, 7), seulement le het ne peut avoir de daguesch; d'autres 
disent que c'est de la racine û»n, comme Dm (I Rois, 1, 2). 

6. "*pbfi3 : « Les pierres polies » dont on fait les idoles, comme le 
marbre, etc. 

8. TpTDT : « L'odeur de l'encens », comme "TOT (Hosée, xiv, 8), de 
même qu'on dit à propos du sacrifice ïinl^TN (Lév., il, 2).— ""natta 

1 II paraît y avoir une certaine confusion dans cette glosse. D'après la comparaison 
avec Tnîn le sens serait t grogner », et d'après la seconde citation de l'arabe, Û^lf; 
signifierait « être somnolent ». 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t wkb nmn >k W nn ♦ ^ym wb: ^n«û >3 : nrraK ^p pip^« >d 
n^ nt^m ° : dkjhk^k ft'TOap î«3û tt *mj«û ^ mai ♦ rrm t 
itvinb pu mi»ffl njoi ^pno» bv* 3^*0 -p^K nensm .ptra 
c^ -j^y 8»8B3i nrnp mil mb .rvbn tub p ^ n«ao -p' ^ n ' l0 
^k anJ-OK na« -f^ii annii "M *by nvpbx nin ' iddû^k idd j ^ren 
dj rrènp ^k nn *6k «n^y kc5 xb bkjsh^k .ïi«3î? *b mi iidî 3DB>o 
p^« JmôKi nnr roî^ jv^y de> dj k^«t nmo n^yn "jdj /obp nn^ 
fi^j?»^ jK kb*d «Si n^ ubù tj?3 ^ik/u ^onrr «S «a n^onm minô p? 
rfs^ fiixwxz *6k «n:a. nw ia5^« nw ob fot&b* v ffWp idî v\bx 
binon cm« n^a bpn *iwn n^« 2 ^pai p«3 rm snp d:i n^p in 
h^k jb!?k i^i »i?p crrèo ïp3B* ;« ^«na^ p |*6 d«jsc«^« ^d «n:« ^y 
ruics bk»*6k fnKay «o«i aii^« ain on^ n^« ai* vin idcî^k nri 
rfaiD^K ^« *]^o^« p onroi p 3 p«B2i«2 «nao pinrur *6 onw ffowtt 

rv»ba : « Tu t'es séparée de moi » ; c'est-à-dire : tu as cessé de m'obéir. 
— mm T* : « Tu t'es choisi un endroit » ; c'est-à-dire un endroit où 
l'on adore les idoles. 

9. . . . "n^m : « Tu as donné comme cadeaux aux rois tes parfums » ; 
ce verbe est au futur; de la même racine vient rtniam (I Samuel, 
ix, 7). 

10. • • -^"P mn : « Une fois que tu avais trouvé ta nourriture et une 
subsistance suffisante, tu n'as plus été effrayée ». — Le traducteur 
a expliqué ce verset en le détournant de son vrai sens et en l'appli- 
quant à la sodomie; or ce verset se rapporte évidemment à l'adora- 
tion des idoles, comme on le voit par les versets : a Tu leur as versé 
des libations ; tu as offert des oblations » ; puis: « là aussi tu es 
montée pour faire des sacrifices ». Détourner un texte de son sens 
naturel et lui imposer une interprétation forcée qu'il ne comporte 
pas, c'est lui faire violence; d'autant plus que le vice qu il mentionne 
était rare dans la nation, et on n'en raconte rien, si ce n'est dans une 
légère allusion du verset qui dit : « Il y avait aussi des prostitués 
dans le pays » (I Rois, xiv, 24). Ensuite la parole de Dieu : « Puis-je 
me consoler de ces choses-là ? » démontre que le verset se rapporte 
aux idoles, car il serait impossible que tous les (Israélites) se fussent 
livrés à cette sorte (de vice) que le traducteur a mentionnée, au 
point que Dieu fût saisi contre eux d'une telle colère ; tandis que 
l'idolâtrie était répandue parmi eux d'un accord général, depuis le 
roi jusqu'au sujet ; à cet égard Dieu pouvait dire : e Pourrai-je me 
consoler de telles choses ? » 



1 C'est Saadia, qui s'étend là-dessus longuement dans son commentaire. 

» Ms. bip. 

3 Peut-être faut-il pNDDN ? 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISA1E 213 

pfrAs n p tdh ♦ i^d i^d now ' i : dh:s rbvt bvn rbbx bxp i W>d 
ifRBDSHibm *oSa mwB # ppair 'Jû^û mi ^ ' ( > : fppjnîwi 5pjit6k n«3j?oi 
UPDta «A osn nv spsr triton ♦ . ♦ '*pj?jn Hay [» nantit* j« »k 
mqpn iTm î>*p ipi ttobb «irnn«l kicûî? [ffonoi frw [kiAkb ikb Jvn 
vi «in p5»î>K fc/uta ;y n^nsil nca-irut^ «finS'A* i«n^« m tt] 

[ »pr6K vn tw*p^ [prri nb)p >d Di:nn ^« nia 

*d «0*65 rroni trti r1p»pn trtn 

^Mp r&ipa naa i^« n^« 

d^dto -ntrp/i nw w n^« ?îbïs »a 

rtta w t6 ta [♦♦♦♦♦♦♦ ♦ ]« 3P2B&M ^pdAk . ♦ . 
I^i jsS [ruip risy n:« *6i dcok in ^ty "Htup Bian bipi *6d «'m 
n# rir ik ^[«m^K 'bv rf?t>K lirErT^ ^n b«p» ;k n^p^x [pi ^«ina 
[s* rtt* vrp» i>n rh ùv® \tà]th .ïddk^k jfya 2kjk a«ii^« :irtmai 
BfitbS*] ptir *6i vnih& wr\r\ $b Jvn p d/ik5 * ^ tm$>K b5r 
vttrmshiM d^dto DHWpto &pj '^ n«p natta] n^ p|ii ^d Art» t6i liwa 
. • )b nai^i ^ancn t6i rb ^pb tel »™ dk^k p n'.hn ;*6 anwp 
it*/i:^t* . , ♦ noK^o i«n« «o ] 

14. ibo, impératif d'une racine géminée, qui signifie : enlever les 
pierres (d'une route) et (la) nettoyer. 

16. rp2"> signifie « s'incliner » et « se courber », c'est-à-dire : que 
devant moi les esprits se plient... Il en est de même de Ps., lxxiii, 6, 
où le verset signifie : a Partout où ils se détournent et de quelque 
côté qu'ils inclinent, ils produisent l'injustice ». On dit que û^bim*^ 
(Gen., xxx, 42) désigne la portée de l'automne, parce qu'elle est dé- 
tournée et éloignée de la portée naturelle. Ceci est l'opinion du 
Targum, qui traduit ce mot par ÈW*pb... Telle est la vérité en 
cela... J'ai vu un poème commençant par les mots hî33 -kbn, où 
l'auteur, entre autres éloges adressés à Dieu, dit : Tu peux changer 
la portée d'automne en portée printanière. . . C'est une qualité qu'il 
ne faut pas attribuer à Dieu, de même qu'il ne faut pas dire qu'il 
peut faire revenir la veille, ou qu'il est incapable de le faire, car c'est 
une chose absurde et il est mauvais de demander si Dieu peut ou ne 



1 A cet endroit, le vas. présente une lacune de plusieurs feuillets, qui a été en 
partie complétée par un autre manuscrit de Ben Bilam composé de feuilles dans un 
tel état de vétusté, que souvent les lignes ne présentent que quelques mots du texte. 

1 Ce qui est entre parenthèses a été ajouté en partie d'après Ousoul, s. v. ftîiy. 
Ce qui suit jusqu'au commencement du verset 17 nous paraît être la critique d'un 
poète qui attribuait à Dieu la faculté de transformer les portées d'automne en portées 
printanières. Le mètre de la pièce poétique est rH^IjI"! ^DIUI *m^. Ben Bilam 
soutient avec les philosophes que la toute-puissance de Dieu ne peut pas consister 
dans la création de choses absurdes, qui, par leur nature, sont impossibles. Ce qui 
est relatif aux questions absurdes a été complété d'après Amanat, fin du deuxième 
chapitre. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

np *k >c ihv w »b y>yb* 

>nKaî>« «na «tistiû^k n ain rw 

one ^ hj« «ii nnKjnttfô p^tp-n nu 

;« mpn ;*6 nwb* jaas 6apm^« byeb& ♦ ppjptfi -inon ^ #na 
;« woi^k *]rapi -mon [YTpr&Ki ^*6k -îmto^K >fep toû^k ppytr 
ycanr^K «ttnuj D*ai dwtti 20 jonp^i b5d»i cw rrrorni aVr 
«on^a n*ro nysi ♦ jtbi t^ci wa w w : ^m» t&n:ui ti^k ntom 



naa jraa jastn ^jîd pi/ipn oaa«oa« ♦ îtpujn oa^y ^ai s 
man^i 4 ♦ qi^k or >d -j^i j/inpn ruiaDan ^«o jo ,tb pptwi kû \s 
aav^K jo 'fmD^a »m rira? rre r^ai rhwnDKi tkjo ♦ jnn rpjKa 
rpa^n 5 : * n:«ao »à nTDBJi nno «sa crmic™ nnn ^p natai «mm ik 

peut pas faire l'absurde. C'est là la réponse qu'a donnée un philo- 
sophe à quelqu'un qui lui demandait si Dieu peut faire entrer le 
monde dans un anneau sans diminuer celui-là ou élargir celui-ci. Il 
n'y a aucune utilité à dire de Dieu qu'il peut changer la portée prin- 
tanière en portée d'automne et inversement, car ce sont des paroles 
qui n'ont ni sens ni intelligence. . . 

47. t|£pNi. C'est un futur à la place de l'infinitif, car il devrait y 
avoir un infinitif qui se lie avec le premier infinitif; les mots équi- 
valent à SpXpl nnoïi. Le sens est que Dieu leur retirera sa miséri- 
corde et sera irrité contre eux. 

20. ttïi^a veut dire « agiter » ; le sens primitif est « chassé », et 
c'est un participe du nifal* — . . . ItDWl : « Et ses eaux roulent la 
fange et la boue». 

Chap. LVIII. 

3. was:? b^i: « Vous réclamez vos profits », comme "pasyi (Prov., 
v, 10), c'est-à-dire : l'argent que vous vous fatiguez à gagner, vous le 
réclamez le jour de jeûne. 

4. SpMt est employé d'une manière figurée et métaphorique; Yalef 
est explétif. Le mot signifie « motte de terre », ou autre chose sem- 
blable. De là ïTrnD fc W5fl (Joël., i, 17), comme tu en verras l'interpré- 
tation à son endroit. 

5. Bpbïl, infinitif de £]ca>, comme DYib (Ez., xlvi, 44) [de son]. 

1 Peut-être est-ce par ce mot qu'il faut remplacer ïlblN de VAmanat, p. 33 et 54, 
qui, jusqu'à ce moment, paraissait inintelligible. 

* Voici ce que dit Ben Bilam dans ses gloses sur ce passage : b'P33 ÛÏT , mD*l5?jT 



GLOSES D'ABOU ZAKAMYA BEN MLAM SUR ISAIE 215 

nrawin nric <> : r^oon /ik dï^ *»/ib mua jo rrco . ttPHi pûJKS 
. rœie nnu« wi : ïvby br rr^ «01 wm im d^k npy *n ♦ y»i 
pwpD .îp/um rittia foi tftpen [tfafljfi] rAri *' t^aksi aniw npy ^n 
dtc »aw je [*idd6« gto idib »TmnA ap-i^» did «fo 7 tpcrwei 
^«p ïhdi DfA ;\s &nfi '.TTa (Vit noie nuo fcqpi T-n^fo nono 
^wdk ptas m» c^iyc . ira K^n onna d"wi î ^ nono p$>ttA« 
iT2iD . p« im pasas n*np 9 : nnoi »jp hidî ru» dd*6ki ipd^k orrfo 
p&ni i o : fhMPifttai »:6n t-m narrai ^p ^Bitra ^fon mp >yik ^/ia 
jratwn 'i tpwfat DKfobtt n»fon uyan -|ddj n$> pein ♦■^b: ajrA 

*b ^p «aD fo ^»3 feipe^n *ïKi^K3 toit air^« ^Tpa 3 tWk m« 
»K reniai nwa nan vwAn ptata o«fo »bi [np^ s ] rnmy mai ûi»w 

: 4 *]t^ «fo n:a vie pny rua 

6. ?£"> maatltl : v Les nœuds de l'injustice *, c'est un quadrili- 
tère dont le sens est indiqué par ce qui suit. — T'ûM2 niTAM "inïi 
« dénouer les liens de la perversité et de la déviation (du chemin 
droit) ». — b^Wi : c. terrassés et liés ». 

7. uns a été expliqué par « rompre », comme dans Daniel, v, 28 ; 
on explique de même fcns (Lamentations, i, 47, et iv, 4); les docteurs 
emploient le mot WHB [Pesahim, 415 b). — d^rntt est le pluriel d'un 
participe passif; le sens est: « Ceux dont la pauvreté s'est em- 
parée. » Le nom, tiré de la même racine, se trouve dans Lam., 
in, 19. 

9. nbtt) est un infinitif de la même forme que adb, (II Rois, xiv, 
22), et bsiç (Eccl., xn, 4). Le sens est « faire signe » et « indiquer ». 

10. . . .psm : e si tu lui montres de la sympathie », c'est-à-dire « si 
tu le consoles par de douces paroles ». 

41. mratrtt. Le mot nâtKnS, chez les Arabes, désigne les moments 
où l'on a soif. — *pbrp. Abulwalid a comparé ce mot à l'arabe ahdala, 
qui signifie « humecter », comme le mot ï-rpui" 1 (Job, xxi, 24) ; chez 
les docteurs [Sabbat, 4 37 a) on trouve ïron "in^bn a la fièvre a mouillé 
Ile malade) », c'est-à-dire qu'il a transpiré, ce qui est évidemment 
dans le même sens. 



SÉTinb» iB anbfc* rûÔ*. « dïTmBiaïa ■ a le même sens que tpnJW (Ex., 
xxi, 18). Seulement Y aie f est ajouté; c'est-à-dire « lorsque les grains, après avoir été 
semés, n'ont pas été arrosés par la pluie, ils pourrissent dans la terre. » 
1 Complété d"après Abulwalid, s. v. '"Jâtf. 

* Voyez Tanhum, sur Lamentations, i, 17. 
3 Abulwalid, s. v. ybî"î. 

* Les autres commentateurs expliquent ce passage par : « La fièvre l'a aban- 
donné. » 



21 G HEVUE DES ETUDES JUIVES 



tûJ 



f|!»n aariM 6*u;n *6 -itra p jt^j&k [n/iDi-iMii 'raviA rAij 

;o tppn^K [p*ai nos ntr^ oruiKTiK nua w .îppu wiest 'M » 
*by j7ii ori pin oip . maD3î?^K ioa ♦ uik» tP'w mpi i ftnit&a jikti^k 
p^K mi npc« ypin rrmm mjr awn» ^Di«n ^«pe ik35*6«3 ^i*6k 

R"UK *6« "6i3 M JIKTl^K p»31 fhttAltt fW^K H»^fl5lAK ^K fîfîa^« 

«h m^ *6 n:« ^«pe nirto^K j*d:^« rj^ri ^ i«y oh }kij?ok ;y ptrjn 

puai »jy« P)p^«[3 ^]«fi^K ^n riDiai n.&n ru«a [v£k Fhrwb» jo 
^riio ff-bnûi^n ^d nriin *ok tt . *]tp:a onnaa tfnw : n^w: cry 
■mm ♦ rawai o^ûttwa : ira "ïam^ai na ,> m^ si« pa^at rçe irijp «a 
#i[rnf?« unKB jïwï ^ j/nap^» ;d mn^a »m [D^aiewa mn:i« 

Chap. LIX. 

3. ib^2 est un nifal du passif; c'est une forme rare, comme "rtbiî 
(I Chron., xx, 8); le sens est « souiller », comme battrn (Dan., i, 8). 

5. ... ^aca. Le sens est : « Ils produisent le mal comme les œufs 
de l'espèce tachetée parmi les serpents nuisibles ». — tB^aD* vyyp ; 
« les toiles d'araignée ». (Le prophète) donne d'abord ces deux compa- 
raisons, puis il revient à la première, eu disant : bsiNi-ï etc. ïTYlîîm 
désigne l'œuf gâté, dans lequel le blanc est mélangé de jaune; les 
œufs de serpent ont cette couleur, seulement ils se brisent pour 
faire sortir la vipère. Ensuite, il revient à la description de la toile 
mentionnée, et il dit qu'avec ce tissu on ne peut se vêtir ni se cou- 
vrir. De même, leurs œuvres ne les sauveront pas, parce qu'elles sont 
iniquité, injustice et impiété. 

10. titfJU3S3 : « Nous tâtonnions ». Le même mot se trouve en arabe. 
C'est un piel, qui a perdu le dagesch qu'il devrait avoir, et qui se 
retrouve dans le second îittttDM, qui est à la pause. — ...labttKa: 
a Nous trébuchions eu plein midi, comme on trébuche au crépuscule, 
quand le jour n'est pas encore clair ». — û*37ail5Na. C'est-à-dire : 
« Nous étions dans les D^EttîH », qui sont les parois des tombeaux. 

43. 51051. C'est un infinitif, et le nun est radical. — Itti. La véritable 

1 D'après l'étendue de la lacune, nous avons mieux aimé suppléer rtSHfrb que 
ib (I Chron., m, 5), car, d'après Kamchi, l'anomalie est la même dans les deux pas- 
sages. Dans Hayyudj, d'après la traduclion d'ibn Ezra, on ne cite que I Chr., m, 
5, «.t lbn Djanah (0«s., col. 120, 1. 6), au nom de Hayyudj, distingue expressément 
entre 1 Chron., ni, 5, avec U351, et 1 Chron., xx, 8, qui serait régulier. Cette diffé- 
rence est confirmée par la Massora parva, qui met rpb au premier verset. 



GLOSES D'AHOi: ZAKARIYA BEN BILAM SUU ISAIE 217 

nx\hùû m ;«d npn npt* t*w 3^10 mu mn tfrtoœ .tû pAw miro 

npi "jksio n*o i«2iio n« top «0 ^rio rnnS Jntfitoi toao ^y «jo nau 
ain !?jfa OTp< [B to>to . k'ke^ki kw^k pby irti ^iio sni^K ^r&n 
proto* *d si no ^y on^ornDKi rtf^K too ' ntpnDK ;o nnistpn 
rnpo an toîa f&fra .ïtkd^s* onp/i np -[toi ra ;a c^ir^o »to> nwo 
top w n*aa nnwrw nrwn ip^ noyto tot piu ,% «n wam ' y» p«J 
«in in n A wn^K [3«ra >o "iïbdb Hhm sn3 i^« fièth *by y^ù* >d 

n« *6l [«wto» toitt^S tojtm 

«a$»p «to toi» nt^3^3 nSon^j 
»toAn t|o 312: îm atoipn ptotttot top *a nii «0 t^y *nn*w ns^j 
tTiDDji % d î?«p mytotl ;sip »b iji soo nn*w ] ^ï t itotè^&o 
irtn ^iio |«3 ffîae t D&]b& u)pb d:*j tootot }« [ J c:a n:« ^3 

iinm iT3fi nnwi irti jy inn/v d^ fl»tomoitf»K d^î? »a [*nwoi niûto* 
n« nK3^»« P)#p/itot w/idki nriTsea rbp jo ato* .ror «to n# |iru 
rougit thd {o rtta 3sn3 TDen p'îûw ^finp^K cm «onp^« D^osnt^i 
atoir iwA pmp rn .T3-ii?^ YûtoiBO na»pp '1 'o« ntop >d itoo in so3 
* •pi bxbix n^/101 ^"î «un rai ?kjddk »*n$>K «in *ton t/d itoi "m 

forme serait "îain. comme dans le verset 11, mais ce mot a été assi- 
milé à "nii, de même qu'on dit «3173 après Nfcitt (II Sam., m, 25). 
Les Arabes suivent le même procédé en disant N\xt52:>îo N'Wttbtt 
(les matins et les soirs). Peut-être que celui qui lit de tels passages, 
où je cite les expressions et les tournures arabes puur expliquer 
les textes de la Bible, me le reprochera-t-il. Qu'il sache que j'ai 
déjà été devancé en cela par des maîtres illustres, tels que R. Saadia 
Gaon et R. Haï Gaon. Par ma vie, j'ai vu ce dernier citer un vers 
tiré d'une poésie erotique, pour un mot où il y avait nécessité ; cela 
se trouve écrit dans le Hâvvi. Le vers est le suivant : 

Les chaînettes des femmes tournent ; mais chez Ramlah, je ne vois ni chaînette qui 
tourne ni bracelet. 

B. Haï a cité ce vers à propos du mot nbip (Sabbat, 60 a), qui est une 
sorte de bijou. .. On rencontre même des citations empruntées au 
Coran des Arabes, b^n est expliqué par idole, comme on voit dans 
le Coran que Baal est uue idole pour les gens d'Ilias. Et puisque de 
telles sommités de la science israélite ne se sont pas abstenues de 
telles comparaisons, à plus forte raison n'avons-nous pas à nous 
eu abstenir; et celui-là seul nous blâmera dont l'intelligence est 
faible et qui fait montre d'une austérité de mauvais aloi, puisque les 
anciens docteurs, qui doivent nous servir de modèles, expliquaient 
le livre de Dieu à l'aide des autres langues, comme il est connu que 
R. Aqiba dit : « Quand j'étais en Arabie, on appelait le bélier Yubla » 

1 Le texte porte seulement le mot *7£3i£tf, qui serait inintelligible. 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

p mite hy& jo awm rfaw »npwi tt&tt>» ito jom ^ : ' ciD^Kin 

21p«] ^1*6ki % CD3 3ttnîl T^û [^tt^jj «il pp^a ^nya ntp «Mil 

j îrn^K nn«o ji dji imi jdj »^p ^mto mae^w kjtk ! »w 

KntotKi |o« mira* pi rua in* d^i ri^stK rto kj^k mai nia« fiôe^j 
iAttn [a -wnsK . ^mwb sna idi 1 ; > i Jtoiwi^ k.tb «n^«i ajck 
: .12 srrr n^K ibk . m riDDu »*' mi isc ira «a* »a 1 ,J : dhj? *k n^tr 



tattta p: naru^ pi^« thpb pDt» p« r\i)bx ♦ ™«n ise H* * 
riK p« »m [a $>kj?djk im KiTrawA rua t6«prinDK *]d5d .td 

(Rosch-Haschana, 26 a). Des exemples semblables sont fréquents. 
D'après cette méthode, R. Haï et d'autres se sont cru permis d in- 
troduire ce procédé dans leurs ouvrages. 

44. 5DÏ1 est pour :Oj~, d'un verbe à première radicale nun, qui a 
été insérée dans la seconde, comme le yod de MF dans 32fc!m (Na- 
hum, il, 8). Il se peut aussi qu'il vienne d'une racine à seconde ra- 
dicale faible (JHO) comme si^ii (Gen., xlii, 28), mais la première 
explication est préférable, puisqu'il y a une indication en faveur de 
SD3 dans l'infinitif AIDS (vers. 43). — n?3tt. Je m'étonne qu'Abulwalid 
n'ait pas trouvé la vérité pour le mot ntoN en tenant le tav pour une 
lettre radicale, et qu'il n'ait pas su que nfaN est de la même racine 
que TOittN, "p3K, la forme primitive étant nSMK et le n le signe du 
féminin. 

15. bbinttitt est le hitpael de bbttî (Ez., xxix, 4 0) et signifie « dé- 
pouillé ». 

19. ... mi : « L'ordre de Dieu l'enlève. » 



Cliap. LX. 

4. iij):Nn. Le nun devrait avoir un dagesch, puisque le nun radical 
y est inséré ; on a supprimé ce dagesch parce qu'on trouvait la pro- 
nonciation difficile ; c'est le nifal de \n# (Esther, n, 7). 

1 Ce plaidoyer en faveur de l'emploi des langues élrangères pour l'explication de 
la langue sacrée parait en partie emprunté à Ibn Djanah, Luma, p. 7. Nous avons 
complété le vers d'après Neubaner, Notice sur la lexicographie hébrau/uc, p. 169. 
Il semble que l'explication du mot b^D est de Saadia, qui rend partout biO par 
Ûj|£ idole. Le mot ne se trouve que Sura xxxvn, v. 125, et on voit par le con- 
texte qu'il s'agit d'une idole qu'on adorait du temps d'Elie et de l'histoire racontée 
1 Rois, xvm. 

2 II faudrait dans ce cas expliquer le dagv.csch dans 53Ï1 comme le fait Hayyudj, 
racine ;nD. 



GLOSES D'ABOU ZAKAMYA BEN BILAM SUR [SAIE 219 

*c njfoda w 13D$>k pkd/ik nK#o »*j33^ ami insi ; i tnonfi 
«nb«a ami ntfn trot ia« nnrnp *b omi ttnnttafr&i iib*6k o\sây 
m rai »î^« p>a^ [Vna papai «i i^fti pw àyfi nj]« ^xp 
pûi naa (i ? ' kb5$>k d*ôj> p «in *jni^ baai 2m Tarn pi 
niaiiwa rr^p mua »A6ki poto v\tbx fetoSa |o "oa^K . niw 
KrihWi »na"ia »^i> npiwin pnpap •« . >narû pan ^ lAy 7 : cran 
: pnA trami ^ £iP w Tipr&Ki ru i Muto [ûi *jjp 

irmaa [«a [Ki n^KB dd s d^ hvt na« [pn^a .to^i inw înnsi m 
i:j »aa$ byth* pt irtn j>p: »b i^ [a opn naap naît pn«a >a ^p «oa 
kî>ik «np^K job r& iwa «b^b 132 >3a i>ai >w« [omia'î nïpn^s 
rua tapo DtftitAa tfna ia dâ aai^a »b Tnn annria^ iaj »aa vik »nn 
*« noyi 3Kia«^« prw onaoB iWHf&Ka ibi^k »âû fh/ia tfrna tt 
♦b non h^ki < «nwiii «W ♦jot»«a DnB^Kijn^ rre pb:n npi i:v t*b 
sin j» t d^i n^p«B dd* d^ «û s d ni' ip noa^K j« ^Liâ^w in «in 
|« qp é6i] DKp&ta ira aiv^a b)pn aaa «à'K *un:& ra *b niia 
h *na nxap nair p'flKû 1 'B «fin ^na n'/iai dî6k in fnii] ^ 

5. . . .atTVi désigne l'extension delà pensée, lorsqu'elle roule sur 
les événements importants et extraordinaires. Abu Zakaria s'est 
trompé en supposant la lecture aïfn avec un hé; il dit : 3im 
est un parfait, et c'est pourquoi le resch a un qamès gadol pour le 
distinguer de aïn (Ps., lxxxvii, 4). C'est une grosse erreur. 

6. "HM. Le mot (arabe) ISS désigne le jeune chameau, et la fe- 
melle est nommée ïmaa (Jér., n, 23). 

7. ... lb*i : « ils offriront des holocaustes sur mon autel pour 
être agréés » c'est-à-dire avec les brebis ; . . .c'est comme s'il y avait : 

\ I. "iftnDï. La vérité est que c'est un passif, bien qu'il ait un kirèq, 
comme riitnp (Michée, i, 7). Mais quelqu'un qui s'est obstiné à le 
nier a prétendu que le verbe se rapporte à 133 ^j3, qui précède 
(v. 10). Et lorsqu'on lui a dit : Mais qui donc avait fermé ces portes 
pour que les étrangers soient venus les ouvrir? il a été embar- 
rassé pour répondre. Ensuite il est revenu à la charge, comme quel- 
qu'un qui avait été mis en fuite, et a dit : Le verset veut dire que 
des messagers apportent un si grand nombre de cadeaux qu'ils sem- 
blent ouvrir constamment les portes ; c'est-à-dire qu'on ne trouve pas 
un instant où les portes soient fermées, parce que les messagers 
arrivent sans cesse jour et nuit. Ce qui l'a égaré en cela, c'est qu'il 
a ignoré que le hireq peut parfois remplacer le suruq. Il n'a pas vu 
que ceci est même possible dans une autre langue que la nôtre, 
comme les Arabes disent bîa, qui est certainement pour buia. Il 

1 Ce passage est tiré du Kitab ettanqît (Nutt, p. vu). Nous avons complété la 
lacune d'après ce texte. 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

o[ ]pi pn«a dp»i »b [ ] mriK [ ] n ■.! 1 p rup 

D^ KO >Q [13' ip 1D3^K |H3 [ "]H ^3 . HDûn D*T p2M ^JÎO DtP' 

iK\nyK p *w t d^ n:«si m*:n in«io tp-Ko nn^a p »t înin^wD dd> 
3^ »^« Swirr î « p frîKnaj^K *o "irin« îm «iya wiâpa ïumàa 
injna œ-K anrr p xpn^o [«3 k»3i . îaw arn dwi 1 - $ ' run TiKtp 
^y nmc^ nîn «y j« ^«3 «ai ♦ ^d^«3 «ity3 DW3 ^rp< d."uk '« 
nny ^y nâp» np inw manj rai ;« vyv) vnyb pan [« toi k.ytid 
o^n^ «Sw *pk* t*6 Y nT1 "P ûty ^ **3* *^i ** ,TD ^ Û ' D w"W 
[mil *]i^]« p n*6ai pi TiTprljT Tiy] ruina «isi -j^ tji p« itp*r 
[>nn iïe> « ^a p hiTpml» yrc «oki *6e[«31 «on:i [«*^o«r *n«3iK 
3iTio wiw \rh 2. ] tik p> t]«5 tjd k>ktji a n [ nniin 

(3 j«3i ^dkb^k 3rn^K irtnîi o^p "mpriyK ?o noij?» «0 n nîi 

existe d'autres exemples dans ïïX.i'p pour ÎTJSfcap, et diD^I (Gen., l, 
26), pour ûtfîm, comme p5fc?1 (I Rois, xxu, 35) pour pSfcTn. Dans tous 
ces exemples le hireq se trouve au passif. Il aurait pu voir aussi 
nniDtt (Isaïe, lu, 14), mais cet homme n'a rien remarqué de ce qui 
concerne la permutation des voyelles, qui est trop fréquente en 
hébreu pour qu'on soit obligé de citer des exemples. 

12. imn\ Peut-être ce mot vient-il de ann (Juges, vu, 22), le sens 
serait qu'ils s'entretueront avec le glaive. — Gomment est-il possible 
de lire ce chapitre tout au long, et de nier qu'il s'applique à l'avenir, 
en prétendant que toutes les consolations d'Isaïe aient été réalisées 
au temps d'Ézéchias, surtout qu'on y voit des versets comme : « Ton 
soleil ne se couchera plus, et ta lune ne se retirera pas » (v. 20), et 
encore : « Les Justes posséderont la terre » (v. 21)? Or, si l'on examine 
l'époque d'Ézéchias et des rois qui lui ont succédé, on y trouve un 
recul général et une infortune complète. La terreur qu'Ézéchias a 
eue du roi d'Assyrie, au point qu'il l'a flatté par des présents, n'est 
ignorée de personne... Celui donc qui est attaché aux croyances 
israélites se détachera sans hésiter de cette opinion. Ce qui m'a 
poussé à le dire, c'est que je sais que bien des gens partagent cette 
opinion fausse, et Ben Giqatila, — Dieu lui soit indulgent et lui par- 
donne — , était du nombre. 



1 Voyez sur tout cela Opuscules, p. 32, 369 et suiv. Le raisonnement est le même 
que celui d'ibn Djanah, bien que nous n'ayons pu remplir toutes les lacunes qui 
se trouvent dans ce morceau. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUU 1SAIU 221 

MD 

pno [3 njôi ^yh?B nn» • mp nps oniDKÏn nm D^3t^ »yb * 

^xpc pDin 

l 'mp ripai ttna'i iK3* 
nViDD .yb k^k j« S*p ♦ nûTin dtomi 6 : ftnr&K nKjyaï Jina t^o irtm 
nnn 7 tffpoi^iw *6î?/id*6k in *ftn [p« ^ye 1 ^ noan* ^*6« p 
ui in DSflofei D3wa Ain mnpn . op^n un» hoteil ."wo D3 r Jitr3] 
«os ficpaio ùylhy] pp?>r ^« oseops pion Idsjk 1 *k [asp^n 
«o mp »i?y "îna^K jokl^ iu) £i [nn^an »]*£« [«ptr«V« p Dflfo51 
^« nrniuv n:« *p'a ] Kû'èy ;«3 «pt^^« |o r nfron 



$ ppin^K 



no 

mtprn *a «h^jîo ktj^ ira «n^« ♦ cdS fc an ^« »"' m wsîon 6 

Chap. LXI. 

4. mp rtps est de la forme bi^b^D. (Menachem) ben Sarouc en a fait 
deux mots en disant : 

Puisque pour tout chercheur il était une lumière et une lampe. Il a expliqué, 
interprété et a ouvert ma prison (c'est-à-dire mon intelligence fermée). 

C'est une pure erreur. Le mot signifie « affranchissement ». 

6. TWnn. On dit que le yod de ce mot remplace Yalef qui se trouve 
dans ■)-)7JNP"< (Ps., xciv, 4), qui signifie a dominer » et « s'élever ». 

1. ... nnn. Cette phrase équivaut à : « Au lieu de votre honte et 
de votre confusion, vous jubilerez à cause de votre lot », c'est-à- 
dire : vous vous réjouirez de votre part, à laquelle (Dieu) ajoutera le 
double, comme vous avez eu honte à cause de la misère que vous 
avez soufferte. Si (les Israélites) n'avaient obtenu la joie que dans la 
mesure de la misère qu'ils avaient supportée, ce serait déjà extraor- 
dinaire, à plus forte raison lorsque (la joie) dépassera la misère jus- 
qu'à en être le double. 

Chap. LXII. 

6. û^toî»!!. Le hé est un vocatif, comme dans roOTSi (Cant., 
▼m, 43). 

1 Ce vers est également cité dans le Luma, p. 120, mais sans le nom du poète. 
Menachem paraît avoir en vue la traduction et le commentaire de Saadia. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



r"* i' 



JD 



*k 3« s ri^ lïoo rre idd . rmao dh;q pan dh«o «3 nr *a ' 
on« inai' pno npn^ » "|W3% dh« sm» 2 î 3^/1^ ^3SCO 
im p^u&K tdbji >d Frwa^a ♦ "12b wn mie 3 : fr'TKt ira d*6^ki 
jsdî3 «tb vf?xb»] ^rfôuK W3^b ^31 tMmKB sjy'D» ^ria na kd*b 
kit n^sn di^k .tb nco ♦ orn: p*6 imw (i : fwbrb* mi un 
p ps^ >b fhpfra ps^ «"ton WnDK mi naa ^j? omu n »b 
[»apol ansu [p«M tiiki &orwï.»i ninôa pp?fr rut* »Yn k^k [dt^k 
1^ duVs ^33 9 tD'n^K in h^k n^ Tiriro rouiA] rfop p InDim^K 
^ pan oruiy priai onaip Dnp*«ào *b nxww \yb& bnyn p«a bvz> . ha 
mws sbiy w nsn m t 4 *wpj6« ^ omsn np^n p npKpntPKi onS »jjjm 
5 Dn^n2« *fta «noi crus »« ï.tjwû d'ûh p >3 p ^v«b an wb » w 

9. V&ON52. hQsamekh devrait avoir un dagesch, puisque c'est un piel. 

Chap. LXIIL 

1. ù'HJa pftn. (Saadia) a traduit ce mot par 3KYib« nxn», c'est- 
à-dire : qui a les vêtements « teints ». 

2 ... J>™. Gela équivaut a ÛVJN ^ïDiab WE (Pourquoi ton vê- 
tement est-il rouge?). Le lamed est explétif. 

3. ÏTTIB est le « pressoir » d'après l'explication des Anciens ; mais 
d'après nous ce mot est comme FHNB (« branches »), ci-dessus (x, 33). 
— ihbfitàN. Valef est pour le hé et le sens est « salir ». 

6 ûtt^j a été traduit (par Saadia) a sang »; cette explication est 
admissible pour EH^j du verset 3 ; ce mot a été employé ainsi parce 
que la force du corps provient du sang; on voit le corps s'affaiblir 
lorsque le sang coule; mais pour ùn^D de ce verset, le sens peut être 
« domination », comme nitiw, qui signifie et chef ». 

9. . . .bm. n£ est le parfait d'un verbe à deuxième radicale faible. 
Le sens est : « dans leurs malheurs il les a fortifiés et leur a donné 
un bon secours ». ib est pour Dïib, et ist a la même dérivation que 
Û'HIÏ (II Sam., ii, 17), qui signifie les « forts ». 

41. TOja est ici le participe du verbe îtlDn (Ex., n, 10); le sens est : 
« Ils se sont rappelé celui qui les a assistés dans leur jeunesse et 

1 Saadia a la même exégèse. 

a Le silence de Ben Bilam sur la ponctuation de Valcf paraît indiquer qu'il avait 
un patah (v. Béer, sur ce passage). 

3 Ben Bilam veut dire probablement les branches garnies de raisin qu'on jette 
dans le pressoir. 

4 Cette exégèse est empruntée à Ibn Djanah, Ous., s. v. 
s Peut-être faut-il lire Ûïl^123ri2M « qui les a retirés •. 



GLOSES IVAHOC ZAKARIYA BEN Hlf.AM SUR ISAIE 223 

»jn ny tv »uittE *jn n« a*o nhyvn n\s !pTSûi>K ffmap p nrb&wi 
■pami faon j* >#ûa mawrR ♦îpBKJin ^\s -pami "pya pan > :i :' umse 
•imTB uafc rwpn -pYia *"' i;yrm rteh 17 » \5w /na^Ki >jî? riDpi *ïp 
ft?iw ^s 6k »]eatfn afcpto j^in »nn ifMûba frasai *|»WAk fia^a irtn 
\sfns nœ poio 4 » r&te] piDB^a *nm owp« ^flaa ipi n^s k5^k] 
»3Âk .yd pon» »rm irtn bpc *^]n ma nâ» *p p^ip»o n^a 6p -ni^»« 
rup awi nia*» a^ -]Ti^ rfry ;y ^kïd d^ ruiArcjô kdd yj*6k d^i 
rip fbVuBD&Jte fottttta \V r&rtii rowi mo^a nvrr ttta ffwni «a:)K 
p ia^« d^d itytD Tinn «^ >r&« *rr6« fws p »rn y: ïk j>*oa« i« 
tu aa ba Dpc ^1 w nrnûfc fbmtttai H»Ak p&5« 6« roviup ns?i"i «in 
>a papa aw^ ^no "noanW pBKio rw«a riâr^K vm 'hy «in ^ria p -j^y 
tHmDp^w frotop^K *m .y? «^ roa rwpn p Atab rwpn tJajnro^K 
*6i Dp srty "|^an c^ ju«a «ra ip ^«p »ta r6t>a *6 nAiya wn 19 
Ji^ion k^i «n:a rrèi/i *6i «ao^a npii «0 •paai ïaK^a i:a -p «raon 

les a délivrés de l'esclavage d'Egypte ». — nN a le sens de û2 (avec). 

15. YpDNnrt : « Elles se sont arrêtées », c'est-à-dire que ta grâce 
et ta miséricorde se sont tenues éloignées de moi et sont restées 
insensibles pour moi. 

17. Yj^nn rrfab. Le prophète demande à Dieu d'accorder sa bien- 
veillance et de donner une subsistance suffisante, pour que les cœurs 
soient libres et purs afin de se livrer entièrement à l'accomplis- 
sement des devoirs (envers Dieu). Bien des gens [ont été troublés] 
par ce verset et d'autres semblables, se croyant forcés par là d'at- 
tribuer à Dieu l'injustice ; ils disent : « Gomment est-il possible que 
Dieu fasse cela, au point que le prophète puisse s'étendre là-dessus? » 
Mais la chose n'est pas telle qu'ils la supposent, car ce n'est pas une 
question relative à une cause, et c'est pour cela que (Dieu) n'y a pas 
donné de réponse ; le prophète prie seulement que (Dieu) ne le 
trouble pas par des choses mondaines, qui le détournent de l'obéis- 
sance à Dieu, comme d'être persécuté par un ennemi ou éprouvé 
par des maladies ou d'autres accidents sans nombre qui font l'objet 
de la prière; car une fois que l'homme en est débarrassé, il ne se 
préoccupe plus que d'avoir un cœur pur et d'obéir au Créateur. Il 
faut juger d'après cette déduction tous les passages semblables que 
l'on rencontre, car cela est d'accord avec la sagesse, écarte le trouble 
et suffit pour l'argumentation. — PPtDpn vient de rPttJpîl (Job, xxx, 
16), « être dur et insensible ». 

19. . ..ûViarça yj^ïi. Le prophète dit: « Nous sommes devenus 
comme si tu n'avais jamais régné sur nous, comme si nous n'avions 
jamais été appelés de ton nom, comme si tu n'avais pas fendu les 

1 Voyez Kamchi. 

2 Ma. ûifc^nbb. 



224 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

om n^riai m«B pbx p«a bys i^iui ♦ *o^y infi pn "pu p S«3^« 
$>kj;bjk ana? >a« *uy îni noi* fciy *6ï wi»p a«a p irtn ;« *6k ï^?:j 

: ' p^ria^K rwvi p 

no 

»ian >d a:6p aaa ^ria^K n:a Pïin ooa p .d^dûh ew mpa 1 
Tii«^«'p ysn:a^K tie^k im ^«p Dûn?« rre Vr myo an^i ♦D , at^ 
n^tai *v p pnE>a «S paa/i^i dt6k ^y ^îpto irtm fpr fu«a pi 
rwwi na ir?n «a na*n« mnô v^k ikAk -fin [« »« -|^ mrt «a 
pn naiiri^ » œ« nyari D>a : k.t^> «nrnp^ Knr&aap *nS« n*ra^K 
DDjn^x nran ^xi Knma.n p n*ra^K /^3 pm ffatfii^a im nrnp:K 
»n n,td ^pkd^ki mpa ^îysa D^ai najtw navra nj?aj »e n^ron ipi 
raan }« tap a^aa «a k:jk n*uya ♦ mpj *6 /yikiu -j/roya 2 : "ikAk 
«n^j? in«ô^« -pu p ^Kai^K n^ani jv^irt ^nn flb»tyto *]ik5d^k rrîn 2 ari> 

cieux, comme si tu ne t'étais pas révélé, et comme si les montagnes 
ne s'étaient pas fondues devant ta lumière lorsqu'elle nous apparut. » 
— "ibiT3 est un passé d'un verbe à première radicale nun, mais sur le 
modèle de Vûûp (Gen., xxxn, 11), et bio^ [ià., xlv, 1). D'après Abu 
zakarya c'est le nifal d'un verbe géminé. 

Chap. LXIV. 

1. D^Otoïi vient de 0073, où une des lettres semblables a été retran- 
chée, comme nous l'avons dit pour û^ûiïî iiaïl (Is., xlvii, 13). Saadia 
l'explique par hams, et ajoute : « C'est l'étincelle qui jaillit de 
l'atmosphère élhérée, et dont on croit qu'elle détruit. » Mais cette 
opinion n'est que de l'invention et de la conjecture, elle ne repose 
sur aucune dérivation, la racine est celle que j'ai dite et le sens est : 
« Ce feu qui a apparu a fait fondre ce qu'il a atteint, et a fait bouil- 
lonner les eaux qu'il a rencontrées, par la force qu'il exerçait sur 
elles. » — ...îWin. La traduction est : « Lorsque le feu de la fusion a 
été enflammé et que l'eau a bouillonné par sa chaleur». — Le sens 
primitif de ïimn est « bouillonner », comme nous l'avons dit à 
propos de ïimî (Is., xxx, 13) ; û^ est le complément direct mis en 
tète, et le sujet de la proposition est le feu. 

2. . . . "jrVNDja. Le sens est : « Nous n'avions jamais espéré que tu 
ferais pour nous ces merveilles terribles, jusqu'au moment où tu 
t'es révélé et que les montagnes ont fondu devant la lumière qui y 
apparaissait ». Cet événement célèbre est la scène du Sinaï. 

1 Voir Hayyudj, D., p. 156, N., p. 108. 

2 Ms. frOD. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BKN B1LAM SUH 1SAIE 225 

•Trop TWa ;D^twr m nv bf\n ricit tm bivbt& yiwi -p -ikd^k 
rfctpa KfW {« d*6d^k rr^y tob a^>B •/&* D^m nna >jif 
ma Sip^ »jrcmï 0^5? nna kbuji nexp nn« p tyyn m a: »ajnvi 
\s wbte p iwAurifi tatâta nina ' naij ttrmda w^y j-iex irtM 
bir nny\ n#B hip k»d: FjMatittta ykdi pam mm tjk ^ip: K:a k:k 
n/uoS «sa kA ?]ikd ion an dtk -p« »"> io&6 mai wna *"' na «: 
tpanrtta rrtna î«a pi jkdtw^ki &tita y/oi ^htbiAk hw -p« "jobj p 
♦ ute r&ya ^a:i •"> : ptAnôbn \ii w*i poiioW ns^r |« p>pno HWAk 
n^r ^îaaa p rut6 ^awi rfomi napo bwbin p: j« *tWk ia« ^«p 
«ai taitta irtn p ïtd [«3 «a ?pi nvpD b&ipr\Dv6& pa }« ^pi ipaa 
^/io rwa ^«pi k^« *ayo^« >o tob no ^« »^« n^om iw niiâ« p ?à« 
p n^aa nw irtn p iriaK nya^Ki pno^« » d^i vra im« atpji 
îrpi iwairi »$>« *un»*?DKi ,td idd . ir jij? Ta iwïûjii 6 ♦ 3^niD^« ïd 

4. ...r^aa : « Tu as accordé ta faveur à celui qui se réjouit en toi et 
qui pratique la justice ». 1D1D est un qualificatif, comme dU5 (Zacha- 
rie, xir, 2). — -p^" 1 * 72 - II veut dire les attributs de miséricorde que 
Moïse a demandé à Dieu de lui faire counaitre, comme il a dit « Fais- 
moi connaître tes voies » (Exode, xxxiii, 13). — ...ïiriN lin. Il dit : 
« Lorsque tu t'es irrité contre nous à cause de nos péchés, nous rap- 
pelons ces qualités, et nous sommes secourus par là; » c'est-à-dire 
que nous disons : «Tu es miséricordieux et clément », et les autres 
attributs, comme Moïse a dit (Nombres, xiv, M): « Et maintenant que 
la puissance de l'Éternel soit grande comme tu as dit: L'Éternel 
etc. »; c'est-à-dire : « Accomplis pour nous ce que tu as assuré de 
toi-même que tu es longanime, plein de grâce et de bonté. » Celui 
qui possède ces nobles qualités doit pardonner aux pécheurs et être 
indulgent envers les méchants. 

5. bail. Abulwalid a dit que le nun radical est tombé, et que la 
forme primitive est battl, parce qu'il a le sens de Visas (Is., xxxiv, 
4). D'autres disent que c'est le nun du futur qui est tombé; quoi qu'il 
en soit, il <st bien de la racine bsa. Et combien s'est trompé celui 
qui l'en a fait sortir et l'a porté sous une racine qui ne se trouve pas 
du tout dans ce sens, en le comparant à n\D3i (Gen., xliii, 21) ! Rien 
n'est plus étrange et plus forcé que cela. Dieu me garde de m'en- 
foncer dans une aussi mauvaise affaire ! 

6. wwaro. On a traduit: « Tu nous as livrés à nos péchés » ; 
d'autres disent que ce mot a le sens de « fondre », comme Ps., lxv, 1 1 , 
où •"DMfiTan doit avoir le même sens que •pDJH' 1 dans le verset sui- 
vant; cette dernière opinion est très bonne. 

1 Ms. T-IT3. 

1 Opus., p. 27 et p. 365 et suiv. On voit, par p. 369. 1. 2, que l'opinion blâmée 
par notre auteur était celle des adversaires d'Ibn Djanah, à la tête desquels se 
trouvait Samuel Ilannagid. 

T. XXIII, N° 46. 15 



226 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

}eh [ibj?t ybww *3j?»3 <i:kb ru:mr\ n^aia jo HairtiAn ^j?o *fi rtJK 
îm rrèa Tsyi>N nsû rpa ,OTiia« ittn nrn 10 ♦ '«ni ,tb pn irtm 

tiTB "pnaD n^« TT 12 

HD 

iipk dj^ mpr^Ki >jia^ nb nipb mo^n »»3Wpa «^ vikîébj ' 
p«i ^ria jir j« nii^K 'û^a aip *6 : »aiœpa î6 i&w dj? ^« i^ke> *6 
o^aïKn 4 : *pbnb& bit* ja "r^i |«a «oan pan ppi ^iio Kic "p^a «np 
«^ {Aiiw iay [a j« ^ip« «j«i tmW* crà ^ii>j idbo^« b«p mm iE>a 
>b rwiDB npi . ir^ animai : n:o wk in «ai Tttâ or6 îok ;y npn» 
yiKia^K jHatp' noj« p:&Ki yaw^K Vr myo ai îtb idsï misa Tpa 
"l^ic >:yaa ioo '/n&np n*oyo •■jwrp »a »a œ:m ^« s :H^h5^« 
»joi 1:1 ^j70 ♦ iDoo ^o^ o**6aan ;r6tr 1:6 D'anjn : " -pn ^b« kjk *k 
au au \ib)v6& bip* aaa ivd^k n:« la »d idbï d&usîé6k rai tt in« 
♦ -pa» »3ob : onana an-won ru*o »nb« Dii^b piayrr ki:jo dhj« »k 
yai t6 TDBn }«a «aam j«/n«b« pna^Ki ddk im î?oj^« m ^ np*pn 

10. ...*N&M. Il manque le complément du relatif, c'est-à-dire "D; le 
sens est : « Dans lequel nos ancêtres t'ont loué. » 

Chap. LXV. 

\. TiNtttta : « J'ai été accessible à un peuple qui ne me cherchait 
pas » ; comme s'il y avait nm a?b. — N"ip «b. Il devrait y avoir HWXp 
comme ci-dessus, lxiv, 6 ; mais il y a la vocalisation de 3>pn (Is., 
xlii, 5), peut-être à cause de la lettre gutturale. 

4. .. . ûbsiisn. Le traducteur (Saadia) dit : « Ce qui ressemble à la 
chair de porc. » Mais moi, je dis que l'homme qui adore les idoles 
n'a pas de répugnance pour manger la chair du porc et pour faire 
des choses encore plus graves. — d'Hiatus. Je l'ai déjà expliqué à 
propos de ?TTWM W (ci-dessus, i, 8) ; R. Saadia l'a traduit par 
« tourelles » ; l'intention est seulement qu'ils ne recherchent que les 
lieux déserts. 

o. "pmZHp équivaut à ^tttt TiWTp (je suis plus saint que toi), de 
même qu'on dit (en arabe) fadaltuM pour ana afdalu minka (j'ai 
plus de valeur que toi). 

14. ... tPDTOïi. Le sens de il et de "»35a est le même, c'est-à-dire 
la totalité des idoles. On a expliqué 15 par certaines étoiles (nom- 
mées sa'd, parce qu'elles donnent le bonheur), comme disaient les 
docteurs : « Que ton sort (Nia) soit heureux ! » Le sens du verset 
serait : « I's vouent un culte aux étoiles qui devraient, d'après leur 

1 La première opinion est de Saadia, et est critiquée par Dunasch (§ 46) ; la 
seconde d'Ibn Djanah, voir Oms., c. 367, 1. 7. 
? C'est la version de Saadia. 



GLOSES D'ABOLI ZAKAR1YA BEN B1LAM SUR ISAIE 227 

1 jkto^ nmm*6 icao ^nb >o b>sp p kbki ittjk p ik irra p n^ria 
^n ■A mon nnKi p npapriPK i« rma d^d ww p narra npw«o 
*r n :nb d3Pû5«i rr.\s d3^d« ^ *td^ d?w ymb D3n« toûi 
rata p kothi : Hbn^K min p ni«rno« irtn . cwn d w *ma >jon 
rue i^î «p/iw it'jjto fi» ffora p« j«3 }8i >bk5^k }K >k .^p* n:ti> 
na in* >s»3K ma' nw hsd p n^p -j^tai tj?3 k3sAk nnn »b ruiafc 
npAii l^i »b noybK ;«b jokp v «»J« Jd^k irtn 'B jw ^« [« 
ruai n$>ip *d n«^« «in »i»«i fipb5b» but »fi rrty [*o «a ^« W 
dshi fôp^a p wy& ibzbx }« ^y»n rrm: «iiKi ft'Tli «od pfcâ* 

: iipb5b& b)& »B n«ioy« «a ^a ikoj>*6k 

1D 

[a pampî»* »b nninpjv |«3 «o *pn *^-« nso mt^n &m# 3 
mb DTpn npi niBbai fow6n »#& >o ♦ ruia^ rao : ■pKbai tnjiBi6« 

croyance, les rendre heureux. » La vraie signification de 1553b esi la 
totalité ; c'est un nom, et il signifie la totalité des idoles. Peut-être 
peut-on de même expliquer 13 par « totalité », comme 1373, en le déri- 
vant de l*m ou de CTtttt. Mais celui qui a expliqué ^07373 ""STab par : 
« à ses genres un mélange », en prétendant le dériver de OTab (Gen , 
1, 11], s'est trompé, car iMQ dérive de fttttn (I Rois, xx, 25), et de 
Tnawi du verset suivant, qui signifie : « Je vous compterai pour le 
glaive », c'est-à-dire : je vous livrerai à lui, et je vous réunirai 
pour lui. 

17. ..."^n "O, expression métaphorique pour la rénovation de la 
domination (d'Israël). 

20. . . .NBinïn. Cela signifie que si quelqu'un pèche, même à l'âge 
de cent ans, on considérera sa faute comme légère, parce qu'il sera 
encore dans les limites de la jeunesse ; et de même il est dit : « Le 
jeune homme mourra à l'âge de cent ans », ce qui veut dire que 
celui qui mourra à cet âge sera encore compté comme un adolescent, 
parce que la durée de la vie reviendra à ce qu'elle était au début de 
la création ; et c'est à cela que (le prophète) a fait allusion en disant 
que (Dieu) créera des cieux nouveaux et une terre nouvelle, en ce 
sens que la sphère donnera la même vigueur et la même durée de la 
vie qu'elle donnait au début de la création. 

Chap. LXVI. 

3. . . .OTTRD. Le prophète décrit les mensonges et les faussetés qu'ils 
disent entre eux au sujet des sacrifices.— ^iTDîtt, dans le sens de « ré- 
pandre l'odeur et le parfum » ; nous en avons déjà parlé (chap. lvii, 8), 

1 C'est Saadia. 



228 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fana») njupoi b'pnbx p ^kd . oa^:a Dawïtp ddtik na« '<> : d«^d .tb 
■paan ptop arua ntupo ♦ wa» om Dannaïra n*o:i »"» *iaa* t wa*6« 
pipnv *6 *7K «in p pri» nm cannis k:k*iki ca^ va^ »^k ^«yn n^« 
ïm p^fâ^« *jjjb p pnt^a ♦ p« ^mvi < s i n'«i«io on:o m kbjk -|^h 
îtwK >jyo p [«a «oam ;«rn^ «^« p^io^M ps* *6 n« p*6s ^b tkjo 
ïb^« *bi p^nn «a ntp*6i >:y« ^p/6« p ."6j?kb dd> d^ ^b vn 
^î?b mTi^ oa rrè»n *a tb>*pf\b* p iâ« aii ïm ^am p« ^inm «à'« 
rua }«a £ï ' anna^K p rAyj p ts^i np^o . rrt>ro ^n ^j?o p p«a 
^onrv «b ^o^« j« >id P]*i2in^ >b tfîîi ïiwîïi rmtpom ^Jia r6nn ^«p^ 
'fopi 9 min «în prm na wk^i ^p/&« p ^p npi pbvbtt *6k 
in bz *|^na o^i >"> naœ p mw n:« îœ *6i /vok $>n TatPK »mn »b 
$»n t^ik *6i Ta^K »j«n ♦mai «oa laria^K in ^k latro p pwo 

.♦♦♦.»« 'piio mi naria^K >h> pp« «:« 

Kftmtf*r&K fibvbb o^nna «nasti «oa«i w^m na tt .nvp -- 
jkibjî^k p ft'p^K ^k >b n^p xi3«a-«a ^« myn ktitAwii «nWa« ;*6 

5. ûam^, participe de la forme lourde ; le mot signifie « éloi- 
gner ». — . . .T3S\ Le sens est qu'ils disent : Que Dieu soit béui lui 
qui nous a favorisés, et qu'il nous fasse voir votre joie; tandis 
qu'eux en seront honteux, puisqu'ils ne le croient pas ; ce n'est 
qu'une dissimulation de leur part. 

8. bïTPï-ï. Ce verbe signifie, à l'origine, « éprouver les douleurs de 
l'enfantement » ; il s'est improprement appliqué à la terre, puisque 
les êtres vivants seuls peuvent avoir les douleurs de l'enfantement; 
peut-être a-t-il le sens de produire. C'est un passif d'une forme 
lourde ■pbTin (Is., xlv, 10) ; pour le sens de production, il y a bbinm 
(Ps., ex, 2), qui est une autre forme lourde. — ïibn, passé dans le 
sens de bTt (Jérémie, vi, 24) ; celui qui lui a donné le sens de « com- 
mencer » s'est trompé, puisque, s'il en était ainsi, il faudrait ttbnîl, 
comme Juges, xx, 40 ; voilà pour la grammaire, outre que le sens ne 
peut être que celui des douleurs d'eufantement ; on emploie aussi 
dans ce sens-là la forme lourde "pb^nn, et cela est juste. 

9. Il a dit aussi pour ^pataN *îtXn : « Est-ce que je fais mourir »; 
évidemment, d'après lui, T>maN aurait le sens de "DO « briser » (Is., 
xiv, 5). Il n'en est pas ainsi, "paiaN dérive de -dibe, en arabe math- 
bar, comme je l'ai déjà dit. Le verset signifie : « Est-ce que je me 
tiens près du lieu d'accouchement », c'est l'endroit.. . 

22. rnay ^a niaN est pour ïm»* nos (que j'ai faits) : il appelle (le 
ciel et la terre) nouveaux pour la cause que j'ai déjà dite (ch. lxv, 
v. 20), parce que leurs œuvres et leurs effets reviendront à la 
beauté et à la nouveauté qu'ils avaient au moment de la création. 

1 C'est Saadia qui a ce sens pour brîT 1 et nbll- 

1 Ms. b^pî c'est également Saadia. 

3 La lacune pourrait se compléter à Paide de Ous. } s. v. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUH 1SAIK 229 

rflfh» «rup vùrb vnnn ktikûd mm« m* l Ttoto« ia« topi jhftai 
kbto >sS >jpû£«a p^K nSp ^ai Tpa îm [Hnmiw r£ rrçrp h^k 
Dnpton *ai 2 * t rwm p«i o^in dpop «na uani »a ntop p mp mvb 
m turA p2ro&K tono ^y dhdid^ ppti .naari *6 dem marri &6 
rtwo pa* j« nihtot ptai ira purr» p^^Ki îKito* »wa W p«tt 
Sri2 ptop jtRTT^ ifetffcKtoi to top* nn «?M ^kw mh (nat tois 
pr «a:s aitppta *n.i j« Dip to*pi tfiôpioi rhap îitddjii nj?nn pis? 
dwi bbpb tntap îk towa^K topa «irani epo «n^ wj »j/i« rira 
aro/ito* ia nnna >$>p ppa *6 «ss nnatpi irtm ttnn iw dw ouma 
ptos» d^ 1 »t ko aon "TKap^K >to? «onaop» mi ai*A« obxy »tot aapp^i 
toppi»H rrèp ntoï h^« torp^« fhra s d ;« nopto ftoî frira *to? nn« 
p? fpiptt K»5tot nia roua «oa «râpjû a«pp^« pa* j« firrm&K 
[irtra *Àp wnjwiwtott Mâputtom Ttoto^a [g iôAk tairai xnb 
:n*to? dkWk fP UYn/u itofto ira I toisai *6 p»pi a«n in 

înw nco ^oa 
iwbm n^to 

Abuhvalid dit qu'il les a qualifiés de nouveaux pour nier qu'ils 
soient éternels, comme le prétendent les Daharites. Cette explica- 
tion est forcée, et ce que j'ai dit est plus conforme au contexte, 
d'autant plus qu'il a dit plus haut : « Je créerai des cieux nouveaux 
et une terre nouvelle. » 

34. ûrtfbin. C'est une épithète insultante pour leurs personnes. — 
■p&m. Le tav et le nvn sont ajoutés ; la seconde radicale aurait dû 
avoir un dagesch, comme 1VÛT (Ex., xxviu, 12). On le voit bien à 
l'état construit, où l'on dit "pN")*! (Dan., xn, 2), comme ÏVDÎ (Lévit., 
xxm, 24) ; le sens est « exemple t et « avertissement ». — Quelques- 
uns ont dit que cette punition ne dure que douze mois, en s'ap- 
puyant sur la parole des anciens : « Le jugement des méchants dans 
l'enfer dure douze mois (Rosch Hàschana) », mais nous ne pouvons pas 
vérifier des assertions semblables, car la récompense et le châtiment 
appartiennent à Celui qui connaît les mystères; il les distribue aux 
hommes selon ce qu'il juge bon; personne n'a jamais vu comment 
cela se passe. Par ma vie, la justice telle que la montre l'intelli- 
gence saine voudrait que la punition fût limitée comme le péché 
est limité, mais comme la spéculation [a montré] que la perpétuité 
et la limitation sont conditionnelles, nous avons dit cela. C'est un 
sujet délicat sur lequel nous ne voulons pas nous étendre; c'est 
pourquoi nous nous abstiendrons d'en parler. 

FIN DU LIVRE D'iSAÏE. 

GRANDE LOUANGE A DIEU ! 

1 Voyez Luma, p. 307, 1. 18. 



ABOU AÏÏRON, LE BABYLONIEN 



Le premier savant qui, à notre connaissance, ait appelé l'atten- 
tion sur Abou Ahron, le Babylonien, est le célèbre S. Rappoport », 
qui a publié sur ce personnage l'extrait d'un document tiré de 
l'ouvrage de Joseph Del Medigo intitulé tpab tp^tt 2 . Nous croyons 
utile de reproduire ici ce document, mais in extenso, l'ouvrage de 
Del Medigo n'étant pas à la portée de tous les lecteurs. Nous en 
avons collationné le texte avec le ms. de Paris, n° 112 (l'° 60) 3 , 
et celui de la bibliothèque de M. le baron Horace de Gùnzburg, 
n° 511. Le ms. auquel Del Medigo 4 l'a emprunté renfermait, 
comme celui de Paris, le commentaire d'Éléazar de Worms sur 
le Rituel des prières. Voici cette pièce, qui est surtout intéres- 
sante pour la généalogie des Calonymos 5 , dits de Lucques, et 
aussi pour l'origine des Piyyoutim*. 

7 w*ba "2K : ^"aa fcnm b"n fiante b^N ibtti inbDnïi '^a ana 
9 ^a-i 13 awsibp n3 n*nï*p 8 w^ N3N72 mbsn iipn Tibap ppn 

9 ^31 p i-TO?: 8 ia*l 13 ÛlWlbp 9 *yi p ÎTnïT 9 ^3-l p i— TOT3 

nuîN3 *rsnn ï-roi-p ' n 3-itt "nbap ûm . i-mrr 9 ^nn p ona^bp 
10 jm wba '^ana bap nwKS vonn umpïi b&raœ '"«an "pas» bap 

» Bikkourè ha-'ltthim, t. X (1829), art. 2, p. 112. 
* Edition de Bâle, 1629-1631, fol. 14 3. 

3 Nous remercions, pour la copie de cette pièce, M. Isidore Loeb. Ce document 
ne se trouve pas dans les mss. d'Oxford. 

4 Notre très regretté ami M. Giaetz a écrit par inadvertance que Del Medigo 
avait tiré ce document d'un ms. du np"H [Geschichte der Juden, t. V, 2 e édit. , 
p. 421). Voir Histoire littéraire de la France, t. XXVII, p. 469. 

5 Nous ne nous occupons pas des variantes qu'offre Salomon Loria dans sa Con- 
sultation, p. 29, où notre Ahron n'est pas mentionné. 

6 Les mots entre [ ] se trouvent seulement dans l'ouvrage de Del Medigo, taudis 
que ceux qui sont entre ( ) sont tirés du ms. de Paris; G. signifie : ms. Gùnzburg. 

7 G. P. «wbN. 

8 G. *nE, p. ■nNE. 

» P. G. '-13 et N33-J p. 

10 G. imn. 



AUOU AHRON, LI-: BABYLONIEN 231 

baraio r, »ai itpm im^a ruioa [ipîîi] awaibp '^an ^a c**tbot 
bfcn&ffl '^nn biaiûai ktbtd» im ^wbx '^anb pa?:n n3>2 * naa Ton 
ïptn owanbp *»nm . pTr; owr.bp '^an ims nrcaa na!Q?a bap -non 
-i3 brrai nT^ba '^an Taôtta bap pn^ -1 '"»am prw '^an "pa^io bnp 
bnars furatt '*»an bio napî lia» '^an niît "paN -in wirr -in pnaF 
■wa bvttïi ïnarttœ iaan ■rçsb n*nn n^b brun nTa>b&t '^am . N*aa.a£ 
wb« '-i btt) i^pT yioin'' '^am bïiain ■pa>»ttJ '^nn b\a va** prw 
ptw '^an ntasarca ^a [bina?!] "paroiû '"«an iVn 5"z û^ïik v-n binsr: 
'■«ail 6on rmn nb nfcbi irvnn ibiii pp na>a iaa b"Han t*"n mn 
nta^b» '->anb «ib noto pan r-nim '^an am . fibiaîr mewa aiiana 
DîrnaN '■'an Tbi- )^nn nso rnar:) inn- i-mîr '"'an rtïii bnn-arr 
pan n\s?a 'ïam par; n^ara '^nn toi- pan ûîinaN '"om part 
Ïi-Dfi "nTanba '"anb Tbnn dnnaa* '^am ^r-ï^ï-r annaa* iman Tbiln 
(pan) fnnïT 1 ' n n-n lpan) i-mim '^anb vb-rn (part) 'nta^ba na->am 
Ton (pan) apy '*an Tbin nTa>ba* 'm Ton pan nîa^bN 'nb Tbin 
pnat 3 ha»] nai an» an rvmo n«œi mbsnn "ppn mD nbnpi mnan 
njnanm !-p™ tose tniDïa 4 baat: nb? ntaat aruîaïi bara© 'n bia 12a 
6 Kpnb naco nn« n^a s-r&ninaa'ib ynata s «ai . yna*a "ian a»a n^b 
. ib TOYno ba na>an "pmÊvra n«\x û""Dtt ï-tîje '^an b*SMa aiai 
la onxratbp '"«an p [ûbiaa '^an p] ai73" , :ibp na ïittïtt /n an 7 ^im 
'■<an v:m ton H^nnaTanb» ^at 1 »© "ît^n-ih r;^- an- . s-nnîT s an 
ta^aiiun ircrtf n«iDi bfirn^« ^nn lainpi b^mp*» '^am oi^aibp 
ta-jT M^aaaa Da*wn ïi^^naaib y-iwi ^y 8 ^bnp ^b^' n &^^^ 
i2N i"»nn ûw- ^ipD nia» ^^ in^ fN^a 9 V2Z^*\ nam^n i^nia^n ins 
■«nbiT lana» laba ia*7a« 1:^1^ tza^-i ia'nh naïaa piprt srnb^ïip b^ 
natt kiïii pTn [oiwaibp ^an ta?] n^avipïï nn«i2aaia nna^a ina 
•jin nt^b« '^am "(b^b) naana niBao ^n*»stt5%] itn nT^bi< '^anb 
T>on miT '^anb na» ^^an Sxi?j\a '^am ^i^an bN-iTaua ^anb now 
. . . .nmo nsian mbsnïi ma pptt ^^ ^nbap na^^n 

Traduction. 

Eléazar de Worms écrit, dans un commentaire sur les prières, ce 
qui suit : Moi, Eléazar le Petit, j'ai reçu la tradition de l'ordre des 

» G. 

» G. D. nïrbN. 

5 P. pN; Medigo -paN- 

4 G. by baatt. 
1 P.iNai. 

6 G. «p^b. 

" Medigo. K-tf-j. 

8 g. Kbnp T . 

9 G. seul! ' 

,u G. b"»a»b ^nana n^awa Nn-»D^73. 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

prières de mon père Juda, iils de Calonymos, fils de Moïse, iils de 
Juda, iils de Calonymos, fils de Moïse, fils de Calonymos, fils de Juda. 
J'ai également reçu la tradition du maître R. Juda le Pieux, conforme 
à celle qu'il avait reçue de son père le Saint et Pieux, laquelle lui 
parvint par R. Eléazar he-IIazan de Spire. En effet, R. Calonymos le 
vieux transmit cette tradition, avant de mourir, à R. Eléazar de Spire, 
parce que son fils Samuel était alors trop jeune, et celui-ci la reçut 
quand il était d'un âge miir, d'après le testament de R. Calonymos. 
Celui ci la tenait de son père Isaac, qui la tenait de son père R. 
Eléazar le Grand, fils d'Isaac, fils de Josué, fils d'Aboun ; cet Aboun 
est le grand-père de R. Siméon le Grand de Mayence. R. Eléazar 
étudia la loi auprès de R. Siméon le Grand, fils d'Isaac. Le père de 
R. Siméon le Grand et R. Josué, grand-père d'Eléazar le Grand, 
étaient frères. C'est pourquoi R. Siméon le Grand éleva Eléazar le 
Grand, car, à la mort de son père Isaac, Eléazar était encore jeune. 
Il féleva chez lui, lui enseigna la loi en même temps qu'à Gersom, 
surnommé « la lumière de la captivité ». Eléazar le Grand reçut en- 
core la tradition de Juda Hacohen, auteur du livre des Dinin. Il 
eut un fils, du nom d'Abraham ; celui-ci eut un fils nommé R. Méïr; 
le fils de celui-ci s'appelait Abraham ; il eut un fils du nom d'Eléa- 
zar ; celui-ci eut pour fils Juda ; celui-ci engendra un fils nommé 
Eliézer Hasid, et celui-ci eut un fils du nom de Jacob Hasid ha- 
Bahour. Tous reçurent la tradition du sens mystérieux de l'ordre 
des prières l'un de l'autre jusqu'à Abou-Ahron, fils de R. Samuel 
le Prince, qui quitta la Babylonie à cause de certains faits ; il fut 
obligé d'aller de pays en pays; finalement il arriva en Lombar- 
die ; là il se rendit à Luques, où il trouva R. Moïse, l'auteur de la 
liturgie qui commence par les mots ^pm&mi nn 1 »». Celui-ci lui 
transmit tous les mystères. Ce R. Moïse fils de Calonymos, fils de 
R. Meschoullam, fils de R. Calonymos, fils de R. Juda, fut le pre- 
mier qui quitta la Lombardie avec ses fils Calonymos et Yeqou- 
tiel, son parent Ithiel et d'autres personnes honorables, que le roi 
Charles fit venir de Lombardie, à Mayence. Ici, ils se sont multi- 
pliés et accrus (Exode, i, 7) jusqu'à l'époque où Dieu déchaîna sa 
colère contre les saintes communautés, en l'année 4856 (1096, époque 
de la première croisade), où presque tous (les habitants de la ville) 
périrent, à l'exception de quelques-uns de notre famille avec Calo- 
nymos le Vieux. C'est lui qui transmit la tradition à R. Eléazar le 
Hazan de Spire, comme nous l'avons dit plus haut. R Eléazar la 
transmit à Samuel le Pieux qui, de son côté, la transmit à Juda le 
Pieux, et c'est de lui que j'ai reçu le mystère des prières, avec 
d'autres mystères. 

Ce n'est pas ici le lieu de discuter la question qui touche à l'é- 
migration de la famille de Calonymos, laquelle se serait produite 
soit sous Charlemagne, soit sous Charles le Chauve. En tout cas, 
ce récit n'est pas une pure légende (Voir ci-dessous, p. 237). Il est 



ABOU AUKON, LU UABYLOiNlEN 233 

certain que les Calonymos ne furent pas transplantés de Lucques 
à Mayence pour enseigner aux Juifs rhénans la science talrnu- 
dique ; mais il est probable que Charlemagne ou Charles le 
Chauve eut besoin de quelque secours pécuniaire, qui ne pouvait 
être obtenu que des Juifs. Ce fait se répète souvent dans l'histoire 
des Juifs l . 

11 résulte clairement de ce document qu'Ahron transmit le sens 
mystérieux des prières à Moïse, fils de Calonymos de Lucques, 
mais il ny est nullement question de ia Kabbale qu'Ahron aurait 
transmise à Moïse, comme M. Delitzsch le veut 2 . 

Joseph Del Medigo fait suivre cette pièce d'un autre passage, 
tiré du même ms., concernant notre Ahron : 

■tifp -ne jur 3^jip2 b":- npnn arù a"tt nia ^£"pa Yi?i 
p->bo h m v\ ana Epoabi nsnai rois ba \^m na^ai rrana ba tio 
■wa -»nbap ppn w>ba ^n . tana Trnri ■nrafcti r-nban *>»*a 
■raaia bap t:\nd -ronn r-mm '^an "mïaxn 'p'a'->'n a"Ntt r-nberi 
nbap □-! . pror 'w p pT- oittmbp '">an p œnprî -nonn «"n 
^b'û- if^oara Dna^ibp '"un ia nra '^a-i ^ "pauE "pau a"i?a an 
la prîN C? naN») tsk» bap i-i^73 "nm î^pib nimfcE "i?33> s**bnp 
û*ai«4nri ïwirwn ^bipcr; "p^M n* nnïï an nbapi wwain biraia 'n 
'■^-i t^aœ ny "ittti ■'vom wsasb dn ^d trncntt m t^bn diTsa 
wri "n^onb imbabï np^n^nb *bj rns ani-n :^b potti b"T T»onri 
rpnT t**bi taab wo"n rtVwai rnbnaa iid in): ut ptob 
Dr-: ^\N ^yn w& bai nna* r-invi œ"a 'n m« '^dn "nom **ôi 
tpoiïtb r^b'j ia -prnrn ■pnrr mn ïmb Tnsn "pionai ^B^oima 
y?:N"i pTn pn an"rr; abi* p rrrm r-iba-iptt inbsn -ponnb sabrai 

: b"a^ 

Moi, Eliézer le Petit, j'ai reçu le sens des prières de mon père Juda 
et de mon maître Juda le Pieux, selon la tradition que celui-ci 
avait reçue de son père Siméon le Pieux, fils de Calonymos l'Ancien, 
fils d'Isaac. Ces derniers reçurent la tradition d'un maître à l'autre 
et d'un Gaon à l'autre jusqu'à Moïse fils de R. Calonymos, que le roi 
Charles amena de Lucques. R. Moïse reçut la tradition d'Abou Ahron, 
fils de R. Samuel le Prince, qui l'avait reçue de Siméon hap-Pacouli. 
Les Anciens la tinrent secrète et la transmirent seulement aux Pieux 
des générations, jusqu'à notre maître [Juda] le Pieux, qui me la 
transmit. Celui-ci me commanda, avant sa mort, de la publier pour 
l'avantage des Pieux de la génération, afin qu'ils connaissent les 
mystères des bénédictions et des autres prières, et afin qu'ils fassent 

1 Voir Graetz, Geschichte der Juden, t. V, 2 e éd., p. 193. 

1 T2 b*T3)2, Leipzig, 1837, vu. Voir Zunz, Litcratur geschichte der syn. Poésie, 
p. 106, et Steinschneider, Hebr, Bibliographie, XVIII, p. 34. 



•23 i KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

attention de ne rien ajouter ou retrancher, et ne marchent pas sur 
les traces des Juifs d'Angleterre, qui se permettent de faire des 
additions ou des suppressions aux prières traditionnelles; ils auront 
à se justifier dans le monde à venir \ 

Un troisième passage sur notre Ahron se trouve dans le ms. de 
Paris, n° 646, fol. 9, publié par M. Graetz 2 , d'après l'indication de 
l'eu M. Carmoly 3 . Nous le reproduisons à notre tour, avec les va- 
riantes tirées du ms. n° 119 de la riche bibliothèque de M. le 
baron Horace de Gùnzburg, à Saint-Pétersbourg ; une quatrième 
pièce se trouve dans le ms. de M. Gùnzburg n° 614, publiée dans 
la Isr. Letlerbode, X, p. 111. Nous ne croyons pas nécessaire de 
donner la traduction de la pièce qui va suivre et de celle que nous 
reproduisons à la suite. Ce sont à peu près les renseignements 
qu'Éléazar de Worms nous donne, avec quelques variantes. 

•jaotti* , ûwn *nai73 4 i&o 12* , ^niNsn aiab n» trbbiwi 1* 
ï— i^rr 5, jN3 12 ttwn wca fcpttfciptt ■wai r<iT3> idd» ^bwi 
ïito 7/ i ii&wrr t^aœai .romp 6 inbab bwiEi i?3i? lias mbwrt 
!T»n t^itt^tt* nn»b s-^bip Y-^" r^pa owaibp irai p É**pibtt 
min biia ^a ma ieidi 1-j ^bw iND!a imb 8 im "a ms'a^MSM 
•nanpwiB ïpTfi ïiide coai s**in ,13)353 ûb*a iai ba "pan mri 
■oa 12 nTO- ba ^n iiî-ïk ll bia mftbn 10 rrn airn* -pm&niî ma**» 
: naïab 'wiipi p^ist iaî baa» raisin baiM s^sai bra 

Voici la quatrième pièce : 

p !-nDE 'na î-niïr 'un imaa piisrawn S"i3^l»a pnantt t-»T 
Niû^i»m» lîa^bN '1 bffl iibiim maa r<£tt i«k û'idn irai bu: 13a 
tpfipas'ïitos 12^731 a^pT anu^i tttftt ^imo . . . bâta no t^op^n 
t^ii»Ni f<snb t<3n ï-ïb b^a î-nb nr ïr»»3»cai srno iidïïi mspn 
non ï-hiït 'lïi "aiipb anwnB 1? aib an fijob "pacn ï^ii»Nb 
bap Nirn ranpm t^asn baraia isai m&w bop ^im naana aa 
bap t<im prisse 12m V3N73 bap t<im pîn ûi^aibp isai ro»» 

1 Voir le très intéressant article de M. D. Kaufmann sur le rituel des Juifs d'An- 
gleterre dans la Jewish Quarterly Bevieio, IV, p. 20 et suiv. et surtout p. 28. 

2 Op. cit. (p. 216, note 1). 

3 Israelitische Annalen, 1839, p. 222 a. 

4 G. N1!-!1I3. 

4 G. Ûttb D^^tt VTO3 Û3»Ï1 1^3. 
c Omis. 

7 wai. 

s stoïti (i. ywa) yaa». 

* Omis. 

io J"pï«i1. 

11 Add. pN i. e. 13N. 

12 mnoii. 



AHOU AHRON, LE BABYLONIEN 23:i 

ïwtb )mr\ nmîT isan -na^a bap êoïti bilan nwbN naai vitvn 
'n wpîti bap t*nm bmn 'panaiû lïa-i» bap t^im ywrt nso 
Kim dbœtt 1:2-17: bap Nim î-mm "raaiîa bnp K-im brraïi *jnnN 
DWin 'n73 bnp Mim ^«a !r£» 'te bnp t^îir-n -iT3>bN '173 bsp 
brian tobitt)» 1:2-17: bnp t^im Ta» pwanbp isa-im bnp t^vn 
Èn?n l"inM (? na»?3) fa&Ma bnp »nm ■'baan ïifcbiB "isanE bap anm 
'-*: bap tnfn rmrp ai» bnp sim vas *oc:- baraia laanfc bap 
(•• > ) 'iOïttip a-173 bap Nim "paia "«ïi n-i73 bap Kifn V* 1 n ^ 3 3N n P ;n 
. p^sn 1^730 iW . . . pn£ jrtt 2173 bap kiïti n^toh: '^73 bap kiïti 

M. Graetz * avait raison de dire qu'on ne trouve nulle trace de 
kabbale transmise parAhron; mais il nous semble certain, d'a- 
près la leçon préférable du ms. Gùnzburg -, c'est-à-dire nmo, au 
lieu de rma, qu'Ahron avait transmis à Moïse des mystères sur 
les prières. D'un autre côté, la conjecture de M. Garmoly 3 , sur l'o- 
rigine babylonienne de notre Ahron est, selon nous, un peu fan- 
tastique. II dit que Samuel, père d'Ahron, fut « chef de captivité », 
déposa le Gaon Hanina Cohen, et se plaignit de lui auprès du 
khalife. Ahron fut poursuivi à cause de son père, et c'est pour cela 
qu'il émigra de Babylone (Pumbedita) et se rendit à Lucques. 
Scherira Gaon fut tellement indigné de la conduite de Samuel, 
continue M. Carmoly, que, dans sa fameuse lettre, il ne mentionne 
pas Samuel comme chef de la captivité. Nous ne trouvons nulle 
trace de ce fait chez Scherira ; voici tout ce qu'il dit 4 : 

VM* fcaïroK ai 112 -n ■paa tons w^n an 17: *}hx s-mnai 

.«•rçtt î-maji a"ï nama 

« Après Schinui régna le Gaon Haninai Cohen, fils de Abraham 
Gaon, que le prince avait déposé. » Mais il ne donne pas le nom 
du prince, ni ne mentionne Ahron. D'ailleurs, nous verrons plus 
loin qu'Ahron se trouvait dans l'Italie méridionale en 868, et la 
déposition de Hanina eut lieu un siècle plus tôt; en outre, la cause 
de l'émigration de notre Ahron de Babylonie en Italie est rap- 
portée d'une tout autre façon que celle qu'imagine M. Carmoly. 
Pour les mêmes deux raisons que nous venons de mentionner, notre 
Ahron ne peut pas être identifié avec celui qui fut contemporain 
de Mar R. Joseph bar Abba en 1125 de l'ère des Séleucides = 814 
l'ère chrétienne 5 . 

1 Geschichte der Juden, t. V (2 9 éd.), p. 421. 
1 Voir ci-dessus, p. 234, note 12. 
3 Isr. Annalen, 1839, p. 222. 
* Edition d'Oxford, 1888, p. 36. 

5 Ibidem, p. 37 ; M. Graetz, Geschichte der Juden, V (2 8 éd.), p. 422 ; M. Hal- 
berstam, mj?3 ma», 1878 (extrait du journal Ham-Maggid), p. 3. 



230 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous arrivons maintenant à un autre document qui nous donne 
des dates plus certaines sur notre Ahron ; c'est une chronique 
intitulée pnrnDO, qui a pour sujet l'histoire de quelques commu- 
nautés de l'Italie méridionale. Elle se trouve dans un manuscrit 
unique, à la bibliothèque de la cathédrale de Tolède 1 ; nous espé- 
rons la publier entièrement dans une seconde partie des chro- 
niques juives du moyen âge, que nous sommes en train de pré- 
parer. Voici ce qu'on y dit de notre Ahron. En parlant des 
captifs que Titus avait amenés de la Palestine, on dit ce qui suit 
(fol. 10?;) : 

naan b^b mina taan «•*« tama ^ana tarera: tsma to* 
. û'Wm ù\N2 a^a ï-nn ibi vnxo ti53« vbtt?a pas nas b« ma 
û^Jnïittrt twnbnb d^ibbi D^Ebw û^o^bi ù^n^*i . a^iasi a^an 
a^ana: ïuaana a^n '3>ni a^n-in Tin tnio d^sfc d^TM fcM"»02 
ïiaannïi Tioa d^ara Win nsaa diBitsatia !-i?jn^ai a^BStta waa 
ttaittîn bwN32n 'n "wm i-maina pbi*ïi ï-tobhd 'n "pia^nn dibano» 
i^ai ito^biBa j-nxrrça riBiatr» issibttïn nt^bao saompi "rmira b« ri^ia 
ski taan a^-p-rsa y-iN» a^i^n e5">jx d'H^n ^ it a^ronrr nbN 
irnn ^w 151373 innn n^i^ irnoa naa "pïiK imi a&pi i^na» 
•paab imbitt y-iN): nn^a: t=nu . iyt^t^ik ^bttb "pnE isaa b**iïti 
rrn 'priai nbajo ■HKn f^a ibbna mma yibïti srrrab a^rra s-rn 
i-inïi s^an ma nnm £<sa:ïï s^b insn Snarnttb lîmaai natnn 
ib p*n «'an vb« Win» Taan Yw>a ■pjrab airma wbsi i^upai 
nna i^aanbi n^an i-inïi *-ihd* na îbifcb wn nbipa pra:i 
"jnai-iw înM Final ï-ranpT ï-itthpa] ^b' 2 i**®* n"apm s-rnana 
[dev] mbaa a-atm i5sb ivyn un 15*18 ^n ïinjn rçmhnB mtayb 
i"ii ^anao ava . . . û^Tnaiû hy tarenn a^o ©bp w fnbibi 
aa^nb^b -îtta na^i Msa t^a:?: . . . . ibi i* sa . ^am ^nb« 
m m«na rhra ï-îimai aa7:r tnaai aa^ra .... taïaiî-îen aw 
mnTa s^bi ûiainawa niaïain fi5itf aiaOT r-ia "isaia r.^sana S-mns 
ûm nrbn ru^aai an?:r arain an^^a a:a^ .^^13 ba n^yn n-i^a 
^naa rr^n Nim ^iirp ^nN w» ^n^n^a aie t^ïa:>2 J-r^^^r; ïia"»Naa 

Cette chronique, d'ailleurs incomplète, étant écrite en prose 
rimée, est impossible à traduire en français ; nous en donnons 
le résumé seulement : « Parmi eux se trouva un liturgiste du 
nom d'Amithaï, qui avait trois fils, Schefatya, Hananel et Éléa- 
zar, tous trois savants et liturgistes. Au même temps que ces 
hommes pieux, Ahron, de la famille de Joab, arriva de Bagdad, 
exilé, pour trois ans, par son père, pour avoir tué un lion. » Ici 

1 Voir Archives des Missions scientifiques et littéraires, 2 e série, t. V, p. 430. 



ABOI' AIIRON, LE BABYLONIKN 237 

le nom du père d'Ahron n'est pas donné; s'il avait été chef de 
la captivité, on n'aurait pas manqué de le faire. Plus tard nous 
verrons qu'Ahron est désigné sous le nom d'Abou Ahron, et telle 
est la bonne leçon dans les pièces d'Eléazar de Worms. 

Fol. 16fr, Ahron est mentionné comme étant toujours dans 
l'Italie méridionale (à "n^lN, Oria '?) en même temps que Sche- 
fatia, au temps du roi Basile, vers 870 ; voici les mots de la chro- 
nique qui ont trait à Ahron : ton ï"inN niï-j ; diz) irm piiN ia«i 
S'en: nb^tob. C'est après cette date qu'Ahron se serait donc rendu 
dans l'Italie occidentale, à Lucques, chez la famille de Calonymos, 
dont l'émigration dans la province rhénane, si toutefois, ainsi que 
la tradition, elle n'est pas légendaire, doit avoir eu lieu sous 
Charles le Chauve, qui, en se rendant à Rome, en 876, passant par 
la Lombardie, aurait encouragé le déplacement des Calonymos. 
C'est précisément le siècle où le mysticisme florissait, et notre 
Ahron en peut avoir été le propagateur. Disons encore que le ms. 
de Tolède ne parle ni la famille de Calonymos ni de Lucques. 
On y mentionne seulement l'Italie méridionale; même Rome y est 
passée sous silence. 

A. Neubauer. 



UNE GRAMMAIRE HEBRAÏQUE DU YEMEN 

SES RAPPORTS AVEC LE MANUEL DU LECTEUR 



A l'occasion du quatre-vingtième anniversaire du vénéré Nestor 
de la philologie hébraïque, M. Adolphe Neubauer. à qui nous 
devons déjà l'édition de tant de précieux monuments de cette 
science, a publié un opuscule rédigé en arabe, qui enrichit très 
heureusement la littérature de la grammaire hébraïque an- 
cienne 1 . Cet opuscule, que M. Neubauer reproduit d'après plu- 
sieurs manuscrits, qui le contiennent entièrement ou par frag- 
ments, à en juger par la provenance des manuscrits, a été écrit 
au Yémen et a des rapports avec cet autre ouvrage grammatical, 
écrit en hébreu, et provenant du Yémen également, qui a été 
édité, il y a vingt ans, sous le titre de Manuel du lecteur, par 
M. J. Derenbourg *. Parlant des rapports des deux ouvrages, 
M. Neubauer dit, dans la courte préface dont il fait précéder son 
édition : « La petite grammaire que je publie me semble être 
l'original arabe du texte hébreu dont M. J. Derenbourg a donné 
une excellente édition 3 . » Toutefois les choses ne sont pas aussi 
simples que ces mots sembleraient le faire croire. On peut 
s'en convaincre déjà par la comparaison superficielle des deux 
opuscules, l'ouvrage hébreu ( que nous désignerons désormais 
par l'abréviation Man.) ayant, dans sa partie purement grammati- 
cale, (p. 6-109) une étendue trois fois plus grande que celle de 
l'ouvrage arabe (que nous désignerons brièvement par Ar.). L'as- 
sertion de M. Neubauer doit donc être comprise en ce sens que 

1 Petite grammaire hébraïque provenant de Yémen. Texte arabe publié d'après les 
manuscrits connus par Ad. Neubauer. Leipzig, Otto Harrassowitz, 1891, in-8°, 38 p. 

1 Manuel du lecteur d'un auteur inconnu, publié d'après un manuscrit venu du 
Yémen et accompagné de notes. Paris, imprimerie nationale, 1871 (Extrait n° 6 de 
Tannée 1870 du Journal asiatique). Je citerai les cbillres de pagination du tirage à 
part, tandis que M. Neubauer cite les chiffres de pagination du Journal asiatique. 

3 Cf. Neubauer, Catalogue ofthehebr. manuscr. in the Bodl. Library, n° 2512. 



UNE GRAMMAIRE IIKHRAIQUE DU YÉMEN 230 

le Manuel hébreu contient, entre autres matières, la traduction 
des chapitres de l'opuscule arabe. On le voit aisément par la table 
de concordance entre les textes arabe et hébreu que M. Neu- 
bauer a placée à la lin de son édition, et où il indique pour les 
chapitres isolés de l'Ar. les passades parallèles du Man. sans la- 
cune visible. Cependant, si on y regarde de plus près, on voit que 
les passages parallèles cités ici ne sont que fort rarement la re- 
production du texte arabe, comme le serait une traduction ou 
même une paraphrase. Au contraire, le sujet est traité souvent 
dans le Manuel d'une façon plus étendue, et quelquefois dans un 
ordre tout différent. D'un autre côté, Ar. s'occupe de bien des 
questions qui ne sont pas traitées du toutou qui ne le sont que par- 
tiellement dans le Manuel. Pour préciser plus rigoureusement les 
rapporls des deux ouvrages, il faudrait dire que Ar. est une des 
principales sources auxquelles l'auteur du Man. a puisé ses élé- 
ments. Car M. Neubauer a vu juste en ceci, que la priorité appar- 
tient à Ar. et que la compilation formée par le Man. dérive de 
l'ouvrage arabe. Avant de démontrer ce point en détail, qu'il nous 
soit permis de donner un bret aperçu de l'opuscule édité par 
M. Neubauer, en indiquant le chiffre des chapitres, afin de faciliter 
la comparaison avec le Man. 

Ar. débute par une courte suscription où sont énumérées les 
questions qui seront traitées. Ce préambule est suivi, sans autre 
introduction, du chap. i, relatif aux classes et à la prononciation 
des lettres (p. 7). Le chap. n (p. 8 et suiv.) traite des quatre « exi- 
gences » (arabe, na-iNpnsN) 1 des lettres, savoir : la lettre addition- 
nelle nécessaire pour désigner la lettre (par ex. b et i-| avec n) ; la 
combinaison des lettres pour former le mot, sans laquelle aucun 
sens ne peut être exprimé ; du point-voyelle, sans lequel la pro- 
nonciation du mot serait incertaine; du signe tonique, qui sert à la 
séparation et à la liaison des mots, ainsi qu'à la détermination de 
certaines formes grammaticales. Le chap. in (p. 10-15) donne les 
règles de la prononciation des lettres n"ss Y'aa quand elles sont 
précédées d'une des lettres serviles ma. Le chap. iv (p. 15-17) 
traite des points-voyelles (ainsi que du scheva) et de leur pro- 
nonciation ; le chap. v (p. 17-20) donne les règles particulières du 
scheva. Le chap. vi (p. 20 et s.) énumère différents cas de chan- 
gement de voyelles. Avec le chap. vu (p. 21-28), le plus long de 
tout l'opuscule, commence l'étude des signes d'accentuation. Après 
une dissertation générale sur leur signification et leur origine, ces 

1 En hébreu Û^^iil, comme il faut lire dans Man., p. 17, à la dernière ligne et à 
la ligne 15, au lieu de d^STVX. Le singulier ^TiS: se trouve déjà dans Man., ib., 
lignes 12 et 16. 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

signes sont le sujet d'un paragraphe spécial, les accents principaux 
d'abord, puis les accents servîtes, avec différentes règles et des 
exemples. Le chap. vin [p. 28 et s.), fort court, partage les ac- 
cents principaux, d'après la gradation des tons, en trois groupes. 
Le chapitre ix (p. 29 et s.) énumère les cas où des accents sont 
employés deux ou plusieurs fois dans des mots qui se suivent im- 
médiatement. Le chap. x (p. 30-32) traite des fonctions des ac- 
cents serviles ; le chap. xi (p. 32-35) des six classes des accents 
principaux, au point de vue des accents serviles qui peuvent les 
précéder (jusqu'à six). Au chap. xn (p. 35-37), l'auteur parle des 
accents qui peuvent se trouver rapprochés. Le chapitre final (p. 37 
et s.) forme un appendice qui n'appartient pas proprement à 
l'ouvrage *, et donne, en prose rimée hébraïque, un aperçu des 
accents usités dans les trois livres poétiques. 

On le voit, notre opuscule n'a d'une grammaire hébraïque qu'une 
partie des règles de l'écriture et de la phonétique, et ne traite 
d'une façon étendue que des accents des livres en prose. Il ne 
donne pas de règles grammaticales proprement dites, mais il réu- 
nit les règles relatives aux accents dont les Massorètes ont formulé 
les lois et qui doivent être observées pendant la récitation de la 
Bible et pour la copie des manuscrits bibliques. L'opuscule se rat- 
tache, par son contenu, très exactement à d'autres productions 
de cette littérature qui nous sont parvenues et qui forment la 
limite entre la Massora et la grammaire systématique 2 . Tels sont 
le Dihduliè Hateamim d'Aharon b. Ascher, et notamment le 
Taamè Hamihra, ou plus exactement le Hôrayat HaUàrê, at- 
tribué à Jehuda ibn Balaam. Une comparaison plus minutieuse 
entre l'opuscule arabe, édité par M. Neubauer, et l'ouvrage, cer- 
tainement plus ancien et dérivé également d'un original arabe, 
qui porte le nom d'Ibn Balaam, montrerait en détail en quoi et de 
quelle façon dépendent l'un de l'autre ces deux ouvrages. Mais 
nous n'avons pas ici l'intention d'instituer cette comparaison, et 
nous nous bornerons à remarquer que la matière et l'ordre de 
succession des chapitres sont à peu près les mêmes dans les deux 
ouvrages et que dans Ar. il ne manque que le grand chapitre du 
Taamè HamiUra sur les règles des voyelles kameç, patah, çèrè 
et segol (p. 3 a-\\ a, dans l'éd. Mercier). 

Quant aux rapports d'Ar. avec Man., ils apparaîtront le mieux 
si, en prenant pour base l'analyse des chapitres faite plus haut, 
on examine en détail ce qui a passé de l'ouvrage arabe dans la 

1 Dans un des manuscrits dont M. Neubauer s'est servi ce chapitre manque, il est 
vrai, et la souscription se trouve à la fin du chap. xn. 

2 Cf. Graetz, Monatsschrift, XXXIV (1885), p. 479. 



UNK GRAMMA1KE HEBRAÏQUE DU YÉMEN 241 

compilation hébraïque et en quoi diffèrent les chapitres parallèles 
des deux ouvrages. 

La première moitié du chap. i, sur la classification des vingt- 
deux lettres de l'alphabet, se trouve, avec quelques additions 1 , 
dans Man. (p. 18); comme exemple de la concordance des deux 
textes, nous citerons la phrase sur les lettres labiales: Ar. : Ntir-ibtt 
IfcOoabN cnb ya t^obb» fcpa yn ; Man. : -nu 2 ûj> ïniobii riipn nm 

La seconde moitié du premier chapitre remarque que, par 
exemple, pour prononcer Yalef, il faut distinguer entre la lettre 
« spéciale » {t-^h'd) n et les deux autres lettres « paragogiques » 
(-p&ot) du nom de la lettre tpN, et que pour la lecture de ce mot, 
la première lettre seule doit être prise en considération. Suit 
l'application de cette règle au mot y-ia pour les trois lettres du 
mot. Dans Man., au lieu de cette démonstration, il y a une règle 
(p. 19) exprimant, de fait, la même remarque, mais sans la termi- 
nologie des lettres spéciales et paragogiques, et se rattachant au 
passage correspondant du Luma (p. 28, 1. 11-17, Rikma, 6, 29-34). 

Le chap. n, avec sa terminologie originale et avec son système, 
des 4 « exigences » des lettres - qui ne se trouve pas ailleurs, 
se rattache, par son contenu, à la fin du chap. i, ce qui prouve 
l'unité de composition de notre opuscule, unité reconnaissable 
encore à d'autres indices. Dans Man., le chap. n d'Ar. est évi- 
demment utilisé, car dans le premier chapitre de la partie de cet 
ouvrage qui traite des lettres (p. 17), on parle de ■wbia yr& 3 et 
■»y»a"i ^pis, par quoi on entend, tout à fait comme dans Ar. , la 
nécessité des points-voyelles et des accents toniques. Mais à la 
place de la première et de la seconde « exigences », il y a des ex- 
plications sur la réunion des lettres pour former des mots (comme 
chez Abuhvalid). Si on ne veut pas admettre qu'il y a ici une 
lacune dans Man., où il était question originairement aussi de y^y^s. 
■piBari et iduj h p is des lettres, cet emploi partiel d'un chapitre de 
Ar. jette une intéressante lueur sur la manière dont l'auteur uti- 
lise ses sources 4 . Dans tous les cas, ce seul exemple suffît pour 

1 Celles-ci sont, comme beaucoup départies de Man., empruntées au Luma d'AbuI- 
walid. 

1 Le cVapitre commence ainsi : J-J^mN "TO rifiONpnSfctbN *p"nn NfaNI 
haNnbN bltt "lNpnD8bN ^3>Xn. Le fait que ntfpnDNbtf est expliqué par un 
synonyme plus connu montre qu'il s'agit d'un terme traditionnel très ancien, mais 
avant déjà besoin d : être expliqué. 

* D'après la conjecture de M. Derenbourg maintenant confirmée de la manière la 
plus éclatante. 

* Il semble résulter de la conclusion de ce chapitre, dans Man. (p. 17, fin), que 
l'auteur comprenait que la première condition consiste dans la nécessité de l'exis- 
tence même des lettres. 11 dit : C (1. Û"0-|£) WTÏ* IIJWKIB "lM3n: "nrî 

T. XXIII, N° 40. 16 



242 



HliVUli DKS 1-TUDKS JUIVES 



prouver que Ar. est plus ancien que Man. et a été utilisé par ce 
dernier. La juxtaposition suivante des deux textes relatifs à la 
troisième « exigence » montre que le compilateur u procédé avec 
une certaine indépendance. 



Ar. 

ûbab» rîJNfi irr nbN'nbjs -iNpnDNb&n 

*ft>H )^2-\ û"obfcbN vn ùipsbN ^bN 

vn ©"n d^ "pia mai anat "p« 

NÎTnfiTlp tpïP N3 KÏT3* "Jp3 niaa n^ia 

-iOT in nttiô in ifeœ vj brr v» att 

- T •• T 

Mp3 kï"p?2 "j&o anas -ittiô in -jfclô in 

ûbaba* rntttfcB *«biart "jtt vi Ntt nen* 

frms apsbN ^bN riaNnroa 



Man. 

■»fk bat* nbftfi dbtan nrmNrt rp-p^m 
nmpsrj im avjb»a aba aon wa sni 

tn« N££i ûnu: [>U3">bu5!i] to pi£n aon ïin 

ymi i:\n mo* ifta ^bw abs nivna ©bia 

ivub nbr in narrab -br ni- en 

•• -: t t 

ïrôsr in njp* in fiaps "jv^b nixte in 
la anipr, ym tn ^hn «shto i* 



Le chap. in débute par une exposition méthodique de la double 
prononciation des lettres nBSftta et de l'influence des lettres 
faibles sur celles-ci. Dans Man. (p. 78), le passage correspon- 
dant est plus court. La preuve que, dans ce chapitre aussi, Ar. est 
la source de Man. ressort de l'énumération qui suit des cas où, 
dans les lettres en question, il y a un dagesch, quoiqu'elles 
soient précédées de lettres faibles. Ces cas, nommés dans Ar. 
nONiaba nronbjs (les neuf démolisseurs, gêneurs de la règle) \ sont 
identiques dans Man. et dans Ar. ; notamment le groupe des sept 
passages bibliques placé en tête et désigné comme première ex- 
ception par le mystérieux vocable rvp-nis, où il y a, contrairement 
à la règle, un dagesch, est désigné de la même façon dans 
Man., tandis que les autres sources ne connaissent pas ce vo- 
cable 2 . Une autre preuve que Man. dérive de Ar. nous est fournie 
par la particularité suivante : pour l'emploi extraordinaire du 
dagesch désigné par pimtt va, on lit dans Man. (p. 80) la com- 

L^Dbïï'm mab ms mam ïast* mvian «Hptt anaai mpn jnûba 

1 Daus le Taamè Hamikni : iS^Vï nN *pb £3353113 '£3. 

2 Le terme se trouvant, par conséquent, aussi dans une source arabe, l'ingénieuse 
conjecture de M. Derenbourg [Ma:>-., p. 171) expliquant ce mot par ÏTVJl IN, 
(= "jnblT IN), tombe d'elle-même. Je l'ai trouvé également dans la Massora de 
Ginsburg, lettre 3, n° 523 : m^lN "{TOb ^1137312)53 Û^TT m^tDa "pb» ïl^aiN. 
Cette manière de s'exprimer prouve que ce mot (en arabe il est précédé de l'article 
arabe ï"T-p3HNbl$) appartenait à la terminologie constante de Certains cercles rnasso- 
rétiques. Peut-être est-il formé de -)3N « rassembler », d'après le modèle de n~)D153 
avec la signification de t groupe ». Voy. l'explication donnée plus tard par M. De- 
renbourg, lui-même, dans cette Revue, t. IV, p. 276. Aharon b. Ascher reproduit le 
groupe des exceptions (il est vrai avec dix exemples), mais sans citer ce terme. Dans 
Ar., p. 11, 1. 1, JT-pSlN est expliqué expressément par l'arabe ÏÏ3>53N3I. 



UNE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE DU YÉMEN 243 

paraison très caractéristique que voici : û*tab ùy m û yn prnrïttî *th 
ma b* wb«ï"n trabîaïi bs prrn piONnu d*an sn ninft û'oba 
KQO^ba ^asa ^©îi D*ûïi, c'est-à-dire, d'après la traduction de 
M. Derenbourg, « le premier accent lance des voyelles sur la 
lettre pourvue du second accent, comme on lance des pierres 
d'une baliste ». Dans Ar., nous trouvons l'original de ce passage 
(p. 12, fine) : riBSIJû rrablD ^bs» ^nim Tnnn ^biabN riwbsbN 'jnd 
pMittbN nân bhfc. Ici encore, Mari, ne fait que paraphraser; ce- 
pendant le passage dans Man. ressemble plus à celui d'Ar. qu'à la 
manière dont la même comparaison est employée dans le Taamc 
Hamikra d'Ibn Balaam (et, par suite, chez Moïse Ha-Nakdan) l . 
Il faut encore rappeler que les neuf démolisseurs de la règle 
d'Ar. se réduisent à six dans Man. (Voir le résumé, Manuel, 
p. H2 2 ), parce que les numéros 5-*7 et 8-9 ne sont comptés que 
pour deux. 

Le chap. îv (15-1*7), sur la forme des points-voyelles, l'étymo- 
logie de leurs noms et leur prononciation, se retrouve avec peu de 
modifications dans Man. (p. 53-56). Au contraire, le passage con- 
cernant le scheva, signe que l'Ar. ajoute comme huitième aux Sept 
rois, manque dans Man.; le contenu seul se retrouve en un autre 
endroit (p. 64 fine) et provient vraisemblablement d'une autre 
source. Il faut remarquer que, selon Ar., le scheva est appelé 
serviteur (cnaô — mtt5»), parce qu'il a l'habitude de servir 3 (dans 
le scheva composé sous les lettres gutturales) avec les trois 
voyelles patali, hameç et segol. 

Le chap. v (p. 17-20), sur les deux sortes de scheva et la pro- 
nonciation du scheva mobile, ne répond pas au chapitre corres- 
pondant de Man. (p. 60-68), ni en ce qui concerne la disposition 
des règles isolées, ni quant à leur contenu. Ici l'auteur de Man. 
n'a utilisé la source arabe que dans une mesure très restreinte et 
d'une façon très indépendante. 

Le chap. vi (p. 20 et s.) a ce titre : apsba y^a g|«bnbN pSNp ■»•: 
ûbsbN Y$ï ^ « règle de la diversité de certains points-voyelles 
dans certains mots ». C'est une série d'observations isolées sur les 
diverses ponctuations d'un seul et même mot ou de plusieurs mots 
très rapprochés. Ces observations, données sous forme de règles, 
sont du genre purement massorétique, quoique, en réalité, il soit 
aussi question de différences grammaticales ou étymologiques. 
Ainsi, entre mn» et mr»tt, on constate cette différence que la 

T t: t -t. t *■ 

1 Voir 3/onatsschr., I. c, p. H00. 

2 Cependant ligne 7, (ine, il faut lire, au lieu de 4°, 5° et, ligne 4, fine, au lieu de 
5°, lire 6°. Dans Man., p. 78, ligne 11, après pTHE, il faut suppléer p^3731. 

3 Cf. mon ouvrage, Abraham Ibn Esra als Gramwiatiker, p. 61, note 1. 



244 REVUE PKS ÉTUDES JUIVES 

dernière forme (avec patah) est employée quand le mot suivant 
commence par un n (Lév., xxiii, 11; Nombres, xxxm, 3), et la 
première quand il n'y a pas de n qui suit(Jos., v, 12); ton se 
trouve devant n, b, y (Ex., xxix, 18, 41 ; Nombres, xxvnr, 19), ail- 
leurs il y a ton • nimn se rattache au sens d'épée, ninnn au 

•• • 7 T - s l tt; 

sens de destruction ». Sur la foi de l'observation purement empi- 
rique de cas isolés, sans tenir compte de la qualité grammaticale 
des formes verbales (status constructus, byp et hyb) nous trou- 
vons ici des règles établies dont l'origine remonte certainement 
au-delà de l'époque de la connaissance grammaticale. Le même 
caractère massorétique appartient à la règle sur ^n, qui, devant 
un m, doit avoir un patah (Nombres, xxiv, 7 ; I Sam., xv, 32), et 
partout ailleurs un hameç (I Sam., tô. 1 ). La plus grande partie de 
ce chapitre est consacrée aux règles massorétiques bien connues 
de î-ppb avec ou sans dagesch 3 . A la fin, à propos des règles 
de fa et fa, n« et nç, bs et bs>, fii et fn, ffia et m, etc., on 
renvoie aux massorètes (nmDfcba aamtN 4 ). — Pour ce chap., 
Man. n'a rien d'équivalent. 

Le grand chap. vu traite des accents et se retrouve, en grande 
partie dans Man., mais il s'y dissémine en plusieurs endroits 
(p. 71-77, 91-97), et diffère souvent par les détails. Pour ce 
chapitre, Ar. ne peut être considéré comme l'original de Man. que 
dans une mesure très restreinte. Le début du chapitre est très 
intéressant. Après avoir démontré brièvement, en appuyant la 
preuve de plusieurs exemples (cf. Man., 71), l'utilité des accents 
toniques — en se référant à la conclusion du chapitre n, — l'au- 
teur répond à cette question : « Qui a institué (s|Çi = tjbcO ces 
points-voyelles et ces accents toniques, leur a donné cette forme et 
ces noms? » La réponse, qui attribue l'origine des signes toniques 
et des signes de ponctuation à Ezra, nous est déjà connue grâce 
à Man., où notre passage est reproduit sous une forme abrégée 5 , 
mais à un autre endroit, au commencement de la partie traitant 
des voyelles (p. 53 et s.). Ce passage de Man., qui est un impor- 
tant témoignage de la candeur avec laquelle on envisageait, dans 

1 Voir Dikdnhè Hateamim, § 45 (p. 40). 

2 Voir Frensdorff. Massora magna, p. 262, note 3. 

3 Voir Dikdukè Hateamim, § 56 (p. 43). 

4 Ibiâ., $ 41, 42, 43, 47 (p. 38 et s.). 

5 Le fait que Ar. est ici, en réalité, la source de Man. ressort de ce que la disser- 
tation de Man. est ameuée par la même question (p. 53) : ""Dn ^2 D*JN fc 173N* 1 DN"I 

r^^n nm* "jto -\m frms "pprini frftyvn "pi D^ban rrba. a ces 

derniers mots répond, dans Ar., le passage placé par M. Neubauer entre paren- 
thèses : I^ON ^yi2 TlbN ; cependant, au lieu de ^yJ2% il faut lire N3273 (avec 
nous = lin^la). 



UNE GRAMMA1KE HÉHHA1QUE DU YÉMEN 248 

les cercles juifs, même avant Elias Lévita, l'origine historique de 
la ponctuation l , peut maintenant être complété d'après sa source 
arabe, que nous possédons, grâce à M. Neubauer. D'abord, le pas- 
sage affirmant les droits d'auteur d'Ezra, omis par une négligence 
du copiste dans Man., doit y être rétabli, et le sens de tout le 
passage en question doit ainsi être rendu clair. Il faut notamment 
intercaler, dans Man., p. 53, à la dernière ligne, avant r,25 
ïp*niB : "iiDDKl DnN d^prifc vu Wi n^ai ktoid. En outre, le pas- 
sage de Man., p. 54, ligne 2, ww tmp n^iNï) ^ «m, est accom- 
pagné, dans Ar., de ce motif remarquable : « Comme il est dit 
dans Ilabacuc (n, 2), mbï-i br -10m "[im mro, au sujet de quoi 
les sages ont fait cette remarque que mro désigne l'écriture (le 
texte des lettres), et nxn la ponctuation. » C'est, dans tous les cas, 
un Midrasch apocryphe ayant pour but de donner à la ponctua- 
tion du texte biblique un témoignage biblique ; l'auteur du Man. 
l'omit sans doute intentionnellement, parce qu'il suspectait, à bon 
droit, l'authenticité de ce midrasch -. 

L'hypothèse de l'origine des points-voyelles et des signes to- 
niques est complétée ainsi : « Il est dit que seuls les signes sont 
de date postérieure, mais la façon de lire le texte sacré fixée par 
les signes 3 doit être, comme la loi orale, attribuée à Moïse même 
et se serait transmise par tradition orale de génération en géné- 
ration. » Dans Ar., il y a ensuite cette déclaration : « Toutes ces 
dispositions — avant l'établissement des signes, quand il ny avait 
que l'enseignement oral, — n'étaient que des mouvements de la 
langue et de la main, comme les sages ont dit (Berachot, 62 a) : «b 
ï-mn ra*ta m ïiantttû "jr^n ^P^ 4 - Man. reproduit, plus bas 
(p. 108), cette explication de l'intéressant passage talmudique, 
mais il la reproduit différemment et certainement d'après une 
autre source. 



• Voir la remarque de M. Derenbourg, Manuel, p. 160, note 1, et mon ouvrage 
Abraham lbn Esra ah Grammatiker, p. 38. Il paraît que la source où Ar. a puisé ses 
vues sur les signes massorétiques était le Kuzari, de Juda Halévi (1. III, § 31). 

* Par "i^TJN'vU V2 ©*% Mao. entend l'auteur d'Ar., car dans ce dernier il est dit 
N~7? bnp "J73 N"!j"D" 1 'JN "p^"! ; l'opinion en question est donc simplement une 
hypothèse de l'auteur. 

3 La liste de ces termes concernant la prononciation et la fixation grammaticale 
du texte biblique (dans Man., simplement les expressions Ù"l"| / ï"PÎTtt5 et 1^2 
répondant aux trois expressions arabes 3>D*l t 2Y£,2 et YdS) est complète dans Ar. 
Outre les trois expressions indiquées, il y a encore Û^ . /TOÎ3 .ÎIPD /^ûûp /bifcl. el à 
la (in, celle-ci. qui embrasse toutes les particularités grammaticales de la prononcia- 
tion : nfinJttba bai. 

4 II faut encore remarquer qu'au 'plDtt'inin (Man., 54, 8) répond, dans Ar. (23, 
in , "pC7:*nbN, et que, pour DlST^OT (Man., i/>.\ Ar. porte [ibid., ligne 7), à côté 
de firmatl Klbïl», également N"i::y»D. 



2i6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'introduction du chap. vu est suivie, dans Ar., de l'énumé- 
ration des douze accents principaux et des huit serviteurs. Man. 
(p. 71-73), pour l'ordre de succession des accents (c'est le même 
que chez Ibn Balaam), suit notre texte arabe ; mais, ailleurs, il 
s'accorde avec Ben Ascher (Dikdukè Hateamim, § 17), auquel il 
emprunte aussi le début du morceau. Pour les accents serviles, 
Man. utilise les deux sources. Je ne puis entrer plus avant dans 
le détail du reste de ce chapitre, et établir leur existence dans 
Man. Je me bornerai à faire observer que Man. n'a ici encore 
emprunté que quelques passages d'Ar., et que partout ailleurs il 
cite les mêmes matières d'une autre façon et dans un ordre diffé- 
rent. Parmi les passages provenant d'Ar., mentionnons encore 
ceux qui parlent de Ga'ya (Méteg) et Darban (Ar., p. 27 et s.), 
dont la forme abrégée dans Man. (p. 77, fine; cf. p. 90) permet de 
reconnaître encore clairement qu'ils proviennent de Àr. *. 

Le chap. vni (cf. Taamè Hamihra, éd. Mercier, I4a-b, Heiden- 
heim, Mischpetê Hateamim, 8 a) a son équivalent dans Man., 
p. 75. S'appuyant sur la division des accents telle qu'elle est 
donnée ici, suivant leur valeur musicale 2 , en trois groupes, Man. 
donne aussi une exposition complète des douze accents princi- 
paux dans laquelle il intercale des particularités du chap. vu 
d'Ar. (p. 90-102). 

Le chap. ix (cf. Taamè Ham., 14 b: Heidenheim, M. Hat., 
p. 8 b) est reproduit dans Man., p. 81-83, mais avec une division 
différente des matières 3 . 

Le contenu du chap. x se retrouve, avec des changements dans 
l'ordre de succession et plus d'ampleur, dans Man., p. 103-107. 
L'observation qui se trouve à la fin du chapitre, sur la significa- 
tion des accents principaux et des accents serviles pour la coor- 
dination de la phrase, est utilisée dans Man. à un autre endroit 
(p. 83) K 

Le chap. xi est reproduit assez exactement dans Man., p. 83-87, 

1 A propos de 4 p t- ) ta 7 en arabe ïlïfàï"!, cf. la remarque de M. Derenbourg, dans Man., 
p. 170, et Wickes, nttN "WÛ, p. 112 ; id., Û"nSO fiO "WC3, p. 82. M. Wickes 
cite le passage d'Ar. d'après le ms. désigné chez M. Neubauer par la lettre O. 

2 Voir Wickes, D'HCD Ni ^12 y 12, p. 13, où Ar. est aussi employé d'après le 
ms. O. 

3 11 est à noter que le terme arabe tpNin (la succession des mêmes accents), est 
traduit dans le Taamè Hamikra par le mot tp")nrî formé à son image, tandis que 
Man. emploie le verbe ""Jf࣠au niphal. Dans un autre cas, Man. (80, 13) donne # 

mmaat pour 'pD-î&nntt (Ar., u, 16). 

4 Ar., 32, 9-12 : « Les accents principaux ressemblent à des points centraux bien 
solides qui servent à coordonner les pensées dans la phrase ; les accents serviles 
tiennent les mots qui se suivent entre un point central et l'autre, de peur qu'ils ne 
se heurtent : V;'3 N'ni£3^ ^V pD^jD tfbb. C'est en cela que consiste leur utilité, 
Man. (83, 15) lîb 1T mb^tt IpDTm tfblD mb»tt Û^pîrw Dm. • 



UNE GHAMMA1IŒ HÉBRAÏQUE OU YKMEN 247 

tandis que le chapitre final de la partie grammaticale de Man. 
(p. 107) ne contient qu'un extrait très bref du xn 6 chapitre, qui 
est, à proprement dire, le chapitre final d'Ar. 

Les rapports entre Man. et Ar., après les preuves détaillées que 
nous venons d'énumérer, nous permettent de dire que Man. 
appartient au même genre de littérature queAr., qu'il est un 
même produit de la littérature massorétique, à cheval entre la 
Massora et la grammaire systématique, et que Mari, a aussi la 
même division des matières qu'Ar., tous deux traitant successi- 
vement des lettres voyelles et (c'est le sujet principal) des accents. 
Ar. est, en outre, la source directe de plusieurs chapitres du 
Man. ; pour d'autres, Ar. a été utilisé très librement, soit que les 
matières qu'il renfermait aient été abrégées, soit qu'elles y appa- 
raissent dans un ordre de succession différent. 

Il résulte de notre analyse que Ar. présente de l'intérêt, non 
seulement comme une des sources utilisées par Man., mais aussi 
parce qu'il est une exposition concise, assez exacte et ne man- 
quant pas d'une certaine indépendance, d'une partie de la théorie 
des sons et des règles des accents. Outre les particularités déjà 
signalées, qu'il nous soit permis de recommander encore à l'at- 
tention les détails suivants sur le contenu ou sur la forme de 
notre opuscule. Dès le début du premier chapitre, les vingt- 
deux lettres de i'alphabet sont désignées par un terme qui ne se 
trouve que dans le Commentaire sur le Séfer Yeçira du Gaon 
Saadia : ribfiopbN trnti 1 . De même l'auteur emploie, pour dési- 
gner les voyelles, un terme rare nattiû (p. 15, 1. 22). Ce dernier 
terme se trouve aussi chez Saadia pne:» 2SDb« (voir Comment., 
sur Séfer Yeçira, éd. Lambert, p. 42, 1. 9; Manuel, p. 207). Notre 
auteur semble aussi employer une fois ce terme pour désigner 
les accents, car il dit, dans la dissertation rapportée plus haut 
sur l'origine des points-voyelles et des signes toniques (p. 23, 
1. 13): ^ûe "irm !-;£>:*] rV^batN nao-inbai nawsttbN "jn n^îi \i2 ïnidd. 
Ici dkem est évidemment employé à côté de n&onri [= nwan, 
voyelles) dans le sens d'accents, ce qui répond au sens origi- 
nel du mot arabe. — En un autre endroit (p. 25, 1. 3), une autre 
forme du pluriel — ûasba* — est aussi employée dans le sens d'ac- 
cents. — La particule (la 3 e partie du discours), outre les noms de 

1 Voy. l'édition de M. Lambert, p. 81 du texte arabe et p. 104 de la traduction 
française. D'après cet endroit, très important pour l'histoire de l'art à enseigner l'hé- 
breu, on appelait DNbîOp (pluriel) les rangées des lettres combinées de l'alphabet, 
écrites dans les cahiers scolaires des enfants en Palestine et en Egypte et servant a 
apprendre à épeler. Il paraît que cette méthode et le terme en question sont connus 
de l'auteur d'Ar. comme étant encore en usage dans son pays (le Yémenj. 



248 HliVUE DES ETUDES JUIVES 

rnn et wnhn rpn porte aussi celui de b^itt tpn (p. 9, 1. 8) ; ce 
terme est synonyme de pal nbtt employé par Ibn Ezra, qu'Ibn 
Parchon appelle pim (Voir Abraham Ibn Esra als Gramma- 
tiker, p. 72). Comme Saadia, notre auteur emploie wr\ comme mot 
arabe, et en fait la racine d'un verbe, par exemple isirra (p. 19, 
1. 3), ©yraii (p. 12, 1. 26); il emploie aussi "«epi sous une forme 
arabisante et dit une ibis (10, I. 15) ^tr\T\ (qu'il faut sans doute 
prononcer selon la quatrième forme, d'après l'hébreu nanti). 11 
renvoie souvent à la Massora, employant constamment l'expres- 
sion nvnon ' et jamais le singulier (pmottbN ">d, p. 25, 1. 26; p. 25, 
1. 4; p. 30, 1. 23 ; PTTiofcbK nan^N, p. 21, 1. 26). Il appelle aussi 
une fois les massorètes prrplbs nsmiN (p. 11, 1. 12). Il ne cite pas 
d'autres autorités. Il parle en deux endroits de la liberté accor- 
dée aux copistes (riNroba) pour la ponctuation du texte biblique : 
en ce qui concerne le scheva composé, où il est placé sous d'autres 
sons que des sons gutturaux (p. 16, 1. 24), et pour le placement 
du Ga'ya (Méteg, p. 27, 13) 2 . Une fois (p. 11, 1. 16) il dit que le 
lecteur est libre (dïtq "P^E nspbND) en certains endroits de lire 
avec ou sans dagesch. En ce qui concerne la valeur musicale des 
accents, il dit (p. 28, 1. 25) : « La connaissance de cette valeur 
musicale sera obtenue mieux par l'enseignement oral du maître 
que par l'étude du livre ». La prononciation de n au commen- 
cement des mots comme in (n) est appelée par notre auteur 
rhbbs riNba^a [= yiffibin n^soin) (p. 20, 1. 19). Dans le môme sens, 
il dit, relativement à l'emploi des points-voyelles et des accents 
(p. 22, 1. 11) : n£:> )i2 "paipruabN ndéon ï-nb* NinbùfcN Ntt?: nsN 
tni9 (cf. ib., 1. 16, et p. 23, 1. 14 3 ). 

Il ne reste plus qu'à remercier le savant éditeur de l'intéressant 
opuscule pour la correction 4 et la forme parfaite de cette publi- 
cation, où il a utilisé avec soin tous les matériaux manuscrits 
existants. Il contrinue ainsi dignement à l'éclat de la fête qu'ont 
célébrée les amis de M. J. Derenbourg. 

W. Bâcher. 

1 Cf. mon article sur l'histoire du nom de la Massora, Jeio. Quart. Revicto, III, 787. 

2 A cette occasion, il cite la sentence massorétique (cf. Man., p. 177, une) : *pN 
fcPJttb DN, qu'il explique ainsi : £*nb biSN fcÔ, « le Ga'ya n'a pas de racine solide, 
de base dans la tradition •. Au lieu de 2N, un ras. a la version Dtf, ce qui rapproche 
encore cette expression des anciens principes exégétiques et massorétiques : Q{< 1U^ 
anpnb UN W ,PTlDttb. 

3 Cf. mon ouvrage, Die grammatnche Terminologie des Jehuda Hajjîtg, p. 10. 

4 Ici, il nous faut placer quelques corrections : p. 11, 1. 13, et p. lo, 1. 21, lire 
BpSbN; P- 14, 1. 24, 1 -iD^ISbN; p. 18, 1. 3, 1. ^B*7«inttbN î p. 19, 1. 15, 
1. ^s au lieu de "|N ; p. 22, 1. 5, 1. w nbN ; sur p. 22, 1. 9, v. plus haut, p. 244, note 5; 
p. 23, 1. 4, 1. VBDb&t ; »*.,L M. 3Dau lieu de "JO ; p. 24, 1. 10, m ûDD au lieu de 
H:PD, et 1. 11, nbî au lieu de -|^i ; p. 37, I. 4, lire ^piO^B (duel). 



CORRESPONDANCE 

ÉCHANGÉE 

ENTRE LES COMMUNAUTÉS JUIVES DE RECANATI ET D'ANCONK EN 1448 

PENDANT LES PERSÉCUTIONS DIRIGÉES PAR JEAN DE CAPISTRANO 



Kn général, les documents sur l'histoire des Juifs du moyen âge 
sont très rares. Mais cette lacune est particulièrement sensible 
pour l'histoire des Juifs d'Italie. On dirait vraiment que les Juifs 
de ce pays, qui avaient l'esprit si cultivé, manquaient de sens his- 
torique, car ils n'ont laissé aucun récit, aucune chronique qui 
puisse nous renseigner sur les péripéties de leur malheureuse 
destinée. 

En présence d'un tel état de choses, on comprend les services 
considérables rendus à l'histoire juive par un chroniqueur tel que 
l'Espagnol Joseph Haccohen. On comprend également pourquoi 
il est impossible, non seulement de faire jaillir quelque lumière 
de source juive sur les malheureux événements qui ont affligé 
les Juifs d'Italie, mais même de prouver, par des documents juifs, 
la réalité de ces malheurs. Ainsi, on ne rencontre nulle part dans 
les annales juives le nom de Jean de Capistrano, inscrit pourtant 
en lettres de sang dans l'histoire des Juifs. Ce qui a fait dire à 
M. Graetz (Geschicfite der Juden, VIII, 3 e éd., 206, note) de la 
page qui se trouve sur le titre du Mikhlol de Kimhi, dans l'édition 
de Gonstantinople de 1532 : « C'est, à ce que je sache, la seule page 
de la littérature juive qui mentionne explicitement Capistrano. » 

C'est donc une bonne fortune quMl soit resté quelques lettres 
écrites sous l'impression des souffrances et des dangers de ce temps, 
plus suggestives que tout autre document littéraire, et qui ap- 
portent un témoignage émouvant sur la situation faite aux Juifs 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans les Etats pontificaux à la suite de l'entrée en scène de Ca- 
pistrano. Nous sommes redevables de ces lettres historiques au 
grammairien Joseph Sarko 1 , qui les a ajoutées à la fin de son re- 
cueil de morceaux choisis de poésie et de prose, dans le ms. Hal- 
berstam n° 231. C'est le style seul de ces lettres qui intéressait 
Joseph Sarko. Autrement, il n'en aurait pas retranché tout ce qui 
avait une valeur pour l'historien, comme les noms et les dates. Il y 
a laissé cependant assez de détails historiques pour qu'on puisse 
en conclure avec certitude qu'il s'agit là de lettres adressées par 
la communauté de Recanati (Etats pontificaux) à la communauté 
d'Ancône, ville alors si florissante, grâce à son port et à l'activité 
commerciale de ses habitants. Ces lettres furent écrites au prin- 
temps de l'année 1448, quand les auteurs de ces épîtres ressentaient 
encore l'impression douloureuse produite par les mesures pro- 
voquées par Capistrano et prises par le pape contre les commu- 
nautés juives de l'Italie. 

Par cps lettres nous savons que, dans la pensée des Juifs des 
Etats pontificaux, c'était à la suite des démarches de leur ennemi 
implacable, l'inquisiteur Jean Capistrano, que, trois mois après son 
élection, le pape Nicolas V avait promulgué la bulle du dimanche 
23 juin 1447, qui confiait à Capistrano l'exécution des mesures 
de rigueur édictées contre eux. Déjà quand Nicolas, qui s'appelait 
alors Thomas Lucanus, fut nommé évêque-cardinal de Bologne, 
il était étroitement lié d'amitié avec Capistrano, qui lui prédit 
dès cette époque son avènement au trône pontifical 2 . Aussi s'em- 
pressa-t-il, une fois pape, d'obéir aux suggestions de Capistrano, 
qui était impatient de mettre à profit l'influence dont il jouissait, 
pour assouvir sa haine contre les Juifs et les frapper dans leurs 
biens et leurs personnes. 

Ce moine fanatique demanda à Nicolas V de renouveler pour 
l'Italie l'édit que le pape Eugène IV avait promulgué (Florence, 
dimanche 8 août 1442) pour les royaumes de Castille et de Léon, 
sous le règne de Juan IL L'ancienne bulle devait être appliquée 
dans toute son intégrité 3 , sans que l'on y apportât même les 
modifications rendues nécessaires par la diversité des pays. 
Ainsi on y maintenait la partie relative aux Sarrazins, qui avait 

1 Voir Hebr. Bibliogr., XVIII, 117. 

2 A. Hermann, Capistranus triumphans, p. 244. 

3 Ibid., p. 245-248. Dans la bulle d'Eugène IV (Bullarnm. . . romanornm pontifî- 
cum amplissima collectio, III, 3, 43. Rome, 1751} il y a plusieurs corrections à faire 
d'après le texte de la bulle de Nicolas V. Ainsi on y lit : ad ulteriorum intellectum, 
au lieu de : adulterinum intellectum ; promiscuc innovamus, au lieu de : pro insertis 
innovant us ; ayant, e.rperiantur, au lieu de : agant, et conveniantur; aliud opus 
simile, au lieu de : aliud opus servile. 



CORRESPONDANCE ENTRE LES JUIFS DK KECANATI ET D'ANCONK 251 

sa raison d'être en Espagne, mais était absolument inutile en Italie. 
Seulement Eugène IV avait laissé passer un délai de trente jours 
(Mitre la date de la promulgation de la bulle et celle de son appli- 
cation, tandis que Nicolas, excité par le zèle fanatique de Capis- 
trano, n'accorda qu'un délai de quinze jours. 

On voulait faire cesser brusquement les relations entre Juifs et 
Chrétiens et arriver ainsi à mettre les Juifs dans l'alternative de la 
ruine ou de l'émigration. Défendre aux Juifs de prêter à intérêts 
et leur prescrire de rendre les intérêts déjà perçus, c'était les dé- 
clarer hors la loi et encourager la foule à se ruer sur leurs biens 
comme sur des dépouilles abandonnées au premier prenant. Quoi 
d'étonnant alors que la populace de Rome attaquât les Juifs de cette 
ville dès que cette bulle fut connue! Une grêle de pierres tomba 
sur les maisons du quartier juif, qui ne s'appelait pas encore 
le ghetto, et les malheureux Juifs furent obligés de se défendre 
derrière les murs de leurs habitations comme des assiégés 
contre des ennemis. De Rome les désordres se propagèrent dans 
les autres villes des Etats pontificaux et bientôt même dans 
d'autres Etats ; partout les Juifs eurent à supporter des violences 
et des persécutions. 

Capistrano, si je comprends bien ces lettres, ne se contenta pas 
d'avoir obtenu la promulgation de la bulle du 23 juillet 1447. Au 
printemps de l'année 1448, il paraît avoir provoqué de la part du 
pape des mesures plus sévères encore contre les Juifs. La com- 
munauté de Recanati s'efforça alors de décider les Juifs d'Italie 
et surtout ceux d'Ancône à essayer de se défendre contre l'effet 
de ces mesures. Déjà la première fois,, lors de la promulgation 
de la bulle de 1447, elle s'était imposé les plus lourds sacrifices 
pour atténuer les graves conséquences de l'édit papal, elle était 
encore prête cette fois à faire son possible, mais elle ne voulait 
pas courir le risque de combattre seule le bon combat et dépenser 
inutilement ses efforts et son argent. Elle désirait que la commu- 
nauté d'Ancône se mît à la tête du mouvement, sollicitait le con- 
cours de tous les Juifs d'Italie et fixait un jour où les délégués de 
toutes les communautés italiennes se réuniraient pour délibérer 
sur les moyens, fût-ce par l'envoi d'une ambassade à Rome, 
propres à conjurer le nouveau malheur qui les menaçait tous. 

Nous savons par d'autres sources le résultat ordinaire de ces 
réunions, a Qui ira à Rome? » Telle était la question habituel- 
lement posée, ainsi que le rapporte dans son style lapidaire la 
chronique classique que Salomon ibn Verga a vue dans la maison 
de Schemtob Sanzolo. Quand le synode de Montpellier de 1215 eut 
frappé de terreur tous les Juifs de France, chaque communauté 



232 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

de ce pays, depuis Narbonne jusqu'à Marseille, avait envoyé deux 
délégués à Saint-Gilles, et là on s'était mis d'accord sur la per- 
sonne qu'on enverrait à Rome pour conjurer les conséquences 
funestes des délibérations du synode ». 

En Italie également s'étaient déjà tenues des réunions juives de 
ce genre. Ainsi, en 1415 il y avait eu une conférence à Bologne, et 
le 18 mai 1418 à Forli ". A ces assemblées assistaient des délégués 
des communautés italiennes, deux par communauté, qui fixèrent 
les taxes à payer par les Juifs d'Italie pour obtenir des papes de 
nouveaux privilèges ou le maintien des anciens. A des événements 
extraordinaires, il fallait naturellement des assemblées extraor- 
dinaires. C'est pourquoi la communauté de Recanati demandait 
également la convocation de délégués de toutes les communautés 
d'Italie. Les bonnes relations qu'elle paraissait entretenir avec le 
gouverneur de la ville, le cardinal de Recanati, semblent avoir 
engagé les Juifs d'Ancône à lui demander de tenter une démarche 
auprès de ce prélat pour qu'il plaidât, à Rome, la cause du judaïsme 
italien. Du reste, comme la ville d'Ancône était très commerçante 
et avait une assez grande importance pour les papes, ceux-ci en 
traitaient les habitants, y compris les Juifs, avec une certaine bien- 
veillance. C'est ainsi que, lors de l'expulsion des Juifs des Etats pon- 
tificaux, Pie V fit exception pour ceux d'Ancône et de Rome. Les 
Juifs d'Ancône étaient donc probablement moins atteints que leurs 
coreligionnaires des autres villes par les nouvelles mesures, ils en 
souffraient moins, et, par conséquent, tout en étant disposés à 
prendre leur part des charges communes, ils préféraient qu'une 
autre communauté entreprît d'essayer de parer les coups qui 
menaçaient tout le judaïsme italien. Ils voulaient que ce fût la 
communauté de Recanati qui envoyât des délégués dans les autres 
communautés italiennes pour recueillir les sommes nécessaires à 
l'œuvre de défense et fît en même temps les premières démarches 
pour annuler ou atténuer les effets de la bulle néfaste 2 . 

Mais, après l'expérience qu'elle avait acquise à la suite de la 
première bulle (1447) de Nicolas V rendue sur les conseils de 
Capistrano, la communauté de Recanati était devenue plus pru- 
dente. Empêchés par cette bulle de gagner dorénavant leur vie, 
menacés de ruine, les Juifs d'Italie n'avaient pas voulu risquer les 
faibles débris de leur fortune dans une entreprise dont la réussite 
n'était rien moins que certaine. Ce fut nécessairement la commu- 
nauté de Recanati qui pâtit de cet égoïsme, car elle dut garder à sa 

1 ÎTTlIrP Ï33tt5, éd. Wiener, p. 113; dans la trad. allemande, p. 233. 
* S. Halberstam, dans "vaSÊ mt33> (Graetz-Jubelschrift), p. 53. 



COKRKSPONDANCK ENTRE IJCS JUIFS m RECANATI ET D'ANCONE 253 

charge toutes les dépenses qu'elle avait faites dans l'intérêt géné- 
ral. Aussi demanda-t-elle cette (bis à Ancône de se mettre à la tête 
tic l'œuvre de défense, d'envoyer des délégués dans les diverses 
communautés d'Italie afin de réunir les ressources nécessaires 
pour une action commune et de désigner une localité, entre Reca- 
nati et Ancône, où les représentants des Juifs des Etats pontificaux 
se réuniraient pour délibérer. 

C'est là que s'arrêtent les renseignements fournis par cette cor- 
respondance sur l'histoire de ces journées néfastes dans les annales 
des Juifs d'Italie. Mais s'il est vrai qu'à la suite d'une controverse 
religieuse avec Gapistrano, Gamaliel, rabbin de Rome, accepta le 
baptême avec quarante autres Juifs ! en 1450, année jubilaire 
de l'Eglise, on peut supposer que le régime de terreur que Gapis- 
trano avait commencé à faire peser sur les Juifs en 1447 se pro- 
longea et que la communauté de Recanati échoua dans sa tentative. 
Du reste, le grain empoisonné., une fois jeté en terre par Capis- 
trano, pouvait germer et se développer tout seul. Aussi continua- 
t-il à produire d'amples moissons, même quand Capistrano eut 
quitté Rome pour prêcher et diriger une nouvelle croisade contre 
les Turcs et aussi pour apporter la ruine et le désespoir aux Juifs 
partout où il passait. 

Capistrano avait prédit à Alphonse Borgia , élu pape le 
8 avril 1455 sous le nom de Calixte III, qu'il serait élevé à la plus 
haute dignité de l'Eglise 2 . Il est donc probable que, même en son 
absence, son influence, qu'il continuait, du reste, à exercer par ses 
lettres, fut très grande à la cour pontificale et que c'est à son ins- 
tigation qu'au commencement de la deuxième année de son ponti- 
ficat, Calixte III annonça de Rome, le 28 mai 1456, qu'il confirmait 
la bulle promulguée déjà par Eugène IV et Nicolas V. Il y apporta 
cette seule modification, que les biens confisqués aux Juifs ne 
seraient plus employés pour construire des cathédrales, mais 
pour soutenir la croisade contre les Turcs, c'est-à-dire pour 
appuyer l'entreprise favorite de Capistrano. Mais celui-ci mourut 
cette année même, le 23 octobre 1456. 

David Kaufmann. 



1 Hermann, l. c, p. 248. La controverse elle-même (p. 248-255) qui aurait amené 
la conversion au christianisme du rabbin Gamaliel et de ses coreligionnaires n'a 
existé que dans l'imagination de liermann ; elle n'a aucune réalité historique. 

* Hermann, l. c, p. 48o. 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



anar; aa [fol. 1G1 a] 

iœn roipn bîip lissa rîbïinbi dusb i-iba,o infii 
N"a>i "ibs D~.p73a 

13 3p^i ma73 TOB TVlOîaîl V^N ^l^ l" 1 ™ i3Bb?3 Ê|atpï1 NS£i 13 

i3N"|i nN vnstri n^î-r 11a ïiaïuîNin "je î-ï3iiriN mapi û^733>d ïtt 12-137: 
1»ïi bi237a t-niepri nirmua ! tftin i-iro i3ia&*bi TOïib isanàraispi 
îaitriBi lambba b* n^^b i?sj73 lavn lasta isba ta^aiia riTaria 
itt33N nain» i-in^i -i^t^d ca^Ta 12b ina "pina Naïai la^asa an-n^ïi 
baaa iujn ban^i ni? bnp ba bbaaa hsipsa ^"-p a"a lanbiw 
a^E3 ba i3aab aiusi ba ias f<3 ibn ïiasi iaa> baai rOTfci ïiaii» 
2 b"Tn '73^733 Di»p ïaib* ta^ai nan n« na^nb ■tirmwB b* oinb 
^3 tainrnn p i73£r a>a7û"> b« aaia bw iinis ba> itin ann 'ibn 
iinan tznpnb nsinTaps aip^b tainna ï-tt33i awiroa tp mstp Nb 
taipaN dsnNTa litbnn laiiniû ï??ab nawa tarOT aana "pniaarï 
misb ainn b« ta33^i m an îarai tana?» i»Mn tara tosk 
mbïip m£p ûi^72ir mi73n ^83 m*a 13 aai-ian '117373a &3317372 
maath ta? ûipoiyri laimai^aiû u riaitDfinïi ta^sa mbibai 11131173 
toupa iN£i ri3ii7ja i3edu!72 m&*b aoai-iïib rniTaaai fcai73ia larab 
ia3rb "jîi iiDiirab in r-nTab ■;- Tpitt "pïi rnaxTa imbiai ûîno3333 
ba ï^aïibi 1^373 taaan ûrnb? rpjnDm amTa "pai ^i-noNbi ^033 
ybna ^"aNapii a"a iana» aa "■piaiïi baa raîabi iTsb aaam ian 
ms-naanii risnaïn ?<bi 1331? 133 fcabuiTa i3pbn anisb tav^in 
*arrafc taip73 ï-tt \sa im rii^i3 iwN7D aia !i3rî 13b riN^aîi V-" 1 
nibuî riT by taoab mbitib i373aoii p bri arj ri7a i3^3^a n^i3i 
im^nan ûiTaii in ût nm« nn^n d^ni ma ïia-briin na^i rsbnnab 
a"n i3^nwN r:3r; ia i3733> u>a npTnnai ip»n ^hnb i^ap . irinm la? 
in^nrib naTa b^ aab mbor; riusp mm- ana pnïsa a^ 'iba Dip-j 
iaaab rni< io7ar; 'ibsi 'ibDi 'ibs taiptt a"m îit i3mbo ^"^ lab 
IwSirn ^i^» 1111123 ilini nsp tsinnn br CDi^an rtD r-rba i3n3N 
. iaa>i«:iii 'i'b Ya'i'vp nauî un 'n i23"Napin bnp 
3>5aiiia iD72 bNiuj^bi ap^^b niïi ï-nat ru> iab ian ïitsp mm 
mp7û a"n lanb^a "mas iairiN i3^ii->7ai ia^sib« ^^13 5137373 ni^i Nm 
iaibs aip73a rian yian ^a nidn ia>i . pN taabina dnbttî im 'ibD 
ïi73ii:r rî3aoai bn^ n^ata a^i-,-o ûïî» bnpri\a 13b i^rn 'ibs mnaïi 
miaiDNïi72 a^ttïi matri n^ïi^: r;"73ii nbnpa mnsan nmaa caism 
aiiN nbu:7373 nnn i^i 113» baa iras minin 153 ibY'a^sp ib ûnpi 

1 V. Onkelos, Genèse, xlix, 17. 

2 Berachot, 10 a. 

3 Ezra, vu, 28. 



CORRESPONDANCE ENTRE LES JUIFS DE RECANAT1 ET D'ANCONK 255 

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aaarî bia^na "»a i^a i^ainia an^rj nna ahnaiœ riTo la^b» aanaia 
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a^ns in 'i72ca iDps n»« yn« ^inaD rjœ rtarraa mbffibi niD^ 
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KDT^b ipoa> ba?a maab nab laaT ^1 ^73 13^*71 Nb ta^iimn ins 
t]Da nawtti a-Tin^ nsD73 rpr^nb na^a br isiNTai i"i^73 nasbi N3"ia 
ï-Tffinnnan r-îana73r; nw î-îdoi: ï-tnr ^n aman nia»» ta^a inp^ 
ï-TN-iam ^wNnn 1» -np3>?D n^an biaanai 1172^7373 -nn« a>m3 nabn 
napbn ba ynnob î-rmpn ^ai^n iDasa^ i3N ipnuîN aman n nnN 12b 
mbnp T^aT aa^i^a mwy rmiï-n inbu nab ywan p nnw ab«5?a 
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^wnnn œnnm i"n ia«îan aa^i iisna arj ypn bab aaiToa ia7aa 
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. LDwNDpn a"a *{Nirrt ^i^yat i3n3N nariN 



CONTRIBUTIONS 

A LA BIOGRAPHIE DE MOSE HAYYIM LUZZATTO, 
YEKUTIEL GORDON ET MOSE HAGES 



LA CAISSE DES MANUSCRITS DE LUZZATTO 
ET JACOB COHEN POPERS 



On sait que Yekutiel ben Loeb, de Vilna, disciple de Mosé 
Hayyim Luzzatto, envoya, par erreur, à Mardochée Margulies 
Jafé, alias Schlésinger l , une lettre où il lui proposait de consulter 
son maître Luzatto au sujet de son âme et de ses œuvres de 
purification. Yekutiel croyait s'adresser à Mayer Hirschel, nommé 
Posing, riche négociant viennois, qui, donnant dans les rêveries 
sabbataïques, avait offert l'hospitalité à Loeb de Prossnitz et à 
Eybeschutz 2 . Dans cette lettre, il dévoilait innocemment l'activité 
secrète de Mosé Hayyim Luzzatto. 

Me fondant sur les registres matricules de l'Université de 
Padoue, je puis aujourd'hui établir, pour la première fois, le 
nom de famille de notre Yekutiel et prouver qu'il était docteur. 
Le Dominus Yekutiel Sperodeum Gordon hebreus filius quon- 
dam domini Leonis, de civitate Vilna in Lithuania, qui fut reçu, à 
l'unanimité, le jeudi 16 octobre 1732, suivant la notice du livre 
matriculaire 1732-1737, i° 166, lauréat de philosophie et de méde- 
cine, c'était lui. Yekutiel appartenait donc à la famille Gordon de 
Vilna, et était sans doute aussi parent de ce docteur Aron Gor- 
don 3 qui obtint du roi de Pologne le privilège, pour lui et ses 

1 L.-A. Frankl, Inscriften des alten jûdischen Friedhofs in Wien, n° 430. 
' Kaufmann, Samson Wertheimer, p. 83, note 3. 

3 fùqd, rwa&o rmp, p. 104 et s. 



CONTRIBUTIONS A LA BIOGRAPHIE DU MOSÉ IIAYYIM LUZZATTO 257 

descendants, d'habiter les rues interdites aux autres Juifs. En 
1717, Aron Gordon vivait encore. Yekutiel paraît avoir conservé 
encore des relations à Vienne après son établissement à Brisk, en 
Lithuanie, comme médecin praticien. Du moins, c'est de là qu'il 
dédia son ouvrage, l'histoire d'Esther écrite entièrement en 
ternies dont les initiales forment le mot Megilla, à Salomon Sal- 
man Sinzheim, célèbre et riche descendant de cette famille, 
originaire de Worms, devenue si florissante à Vienne et à Mann- 
heim ». C'est à Vienne que l'attention fut d'abord attirée sur les 
agissements suspects de Mosé Hayyim Luzzatto, par la lettre de 
Gordon. Il ne fallait qu'un signal au zélateur Mosé Hages d'Altona 
pour déchaîner une tempête contre Mosé Hayyim Luzzatto, qui se 
croyait en sûreté à Padoue, dans l'entourage de ses nombreux 
disciples, qui formaient une sorte d'association secrète 2 . Le rab- 
binat vénitien, que combattit le génial padouan avec une hos- 
tilité que rien ne put calmer, fut excité contre lui par ceux 
d'Altona. C'est aussi de là que les rabbins allemands, qui étaient 
encore sous l'impression de la terreur causée par les dangers des 
rêveries cabbalistiques, furent appelés à se mettre en campagne 
contre le nouvel agitateur. A côté de R. Ezéchiel Katzenellenbo- 
gen, le célèbre rabbin de Hambourg, dont l'appui lui avait été 
assuré par les rabbins d'Altona, Hages tenait surtout au concours 
de R. Jacob Popers de Prague, rabbin de Francfort-sur-le-Mein, 
déjà célèbre dans sa jeunesse comme rabbin de Coblence. Nous 
savons, par les consultations de R. Jacob, que le rabbinat de 
Mantoue, à la tête duquel se trouvaient R. David Finzi 3 , beau-père 
de Luzzatto, et R. Abiad Sar Schalom Bazula, s'adressa à lui 
lors d'une circonstance où quatre membres de la Communauté, 
très estimés, avaient voulu déférer leur litige à un tribunal rabbi- 
nique étranger, parce qu'ils contestaient l'indépendance et la 
compétence du tribunal local. Nous pouvons maintenant préciser 
la date, restée inconnue, de cette querelle. Elle a dû avoir lieu en 
1732. Dans un livre de copies, resté manuscrit, où les lettres 
officielles de R. Jacob Cohen Popers étaient habituellement ins- 
crites par des copistes, et qui est en ma possession, se trouve une 
lettre de R. Jacob, datée du lundi 8 septembre 1732, adressée à 
R. Mosé Hages, à Hambourg, qui nous donne la solution de cette 
question. HagÊs s'était adressé, trop tardivement, à R. Jacob, 
dans l'intention d'influencer son jugement dans la querelle de 
Mantoue. Le mémoire de R. Jacob, inflexiblement objectif, était 

1 Neubauer, Catalogue of the hebrew manuscripts, . . of Oxford, n° 2430. 

* Keretn Ckemed, 111, 119. V.A. S. Isaacs, A modem hebrew peet., p. 4Gets. 

5 3p*t 3©, H, 1° 106 c. 

T. XXIII, N° 40. 17 



2138 REVUE IÏES ÉTUDKS JUIVES 

alors déjà terminé depuis un mois, et môme la nouvelle de l'effet 
produit était parvenue à sa connaissance, les deux parties en pré- 
sence lui ayant adressé des lettres de satisfaction '. 

Ses rapports avec R. David Finzi n'empêchèrent pas R. Jacob 
Cohen, au commencement de l'année 1735, d'accueillir Luzzatto, 
fugitif, avec toute la sévérité que lui inspiraient ses sentiments 
d'hostilité contre la cabbale, et de provoquer sa comparution so- 
lennelle devant le tribunal rabbinique de Francfort, pour le mardi 
17 Tébet 496 (1735). En vain, Finzi lui avait envoyé une lettre 
qui devait assurer à son gendre un accueil amical 2 . La nouvelle 
des assertions outrecuidantes de Luzzatto parut si sérieuse à 
R. Jacob, qu'il crut faire sûrement œuvre pie en dégrisant le 
dangereux rêveur par des paroles rudes et persuasives. Depuis 
1727, le sentiment de la supériorité de son esprit avait tellement 
grandi chez Luzzatto, qu'il se vantait de posséder un démon fami- 
lier qui l'honorait de visions particulières 3 . Quelle que fût la pureté 
de son intention en composant un nouveau Psautier, il avait ce- 
pendant contre lui les apparences d'avoir voulu faire concurrence 
aux Psaumes de David ; à cela s'ajoutait encore le fait que ses 
disciples se livraient à des exagérations mensongères et attri- 
buaient à leur maître cette déclaration, qu'il avait voulu rendre 
le Psautier inutile à l'avenir. R. Jacob Cohen eût aimé entrer en 
possession de tous les écrits de Luzzatto, comme le rabbinat de 
Venise avait essayé de le faire déjà en 1730, afin d'écraser, 
en quelque sorte, du pied et d'étouffer l'incendie qu'ils pouvaient 
allumer ; mais l'aveu de Luzzatto, déclarant qu'il n'avait sur lui 
qu'un dialogue cabbalistique tout à fait innocent, approuvé par 
ses maîtres et par des autorités rabbiniques, était exact. Il ajoutait 
que ses autres ouvrages se trouvaient depuis cinq ans sous double 
clef, dans une caisse ; une des clefs était entre les mains de son 
maître, R. Iesaya Bassano, rabbin, alors, de Reggio; l'autre, chez 
un homme de confiance, qui était, à ce que nous supposons, 
Mosé b. Siméon Alpron (Heilbronn), à Padoue 4 . 

Luzzatto avait quitté Francfort, mais la caisse faisait l'objet des 
préoccupations de ses adversaires. On avait la crainte secrète, à 
la vérité ridicule, de voir cette semence dangereuse sortir des 
presses d'Amsterdam. On pensait que Iesaya Bassano devait la 

1 Appendice I. 

* mwpn nnn, p. iu (note 16). 

3 Kerem Chcmcd. III, 118. 

4 ib., ii. 65 : abN "vpa smoaaa Nbi mnnstt viiea miao nanîn "nira 
1»N3 ins "c\n vpa ton mnwn nnfit Cf. m&ttpn min, p- 114. Le nom 

(du second gardien) se trouve dans la formule d'interdiction du rabbinat de Venise 
du 5 Hesvau 496 (1735) ; v. Kercm Chemed, 111, 15S. 



CONTRIBUTIONS A LA BIOGRAPHIE DR MOSÉ IIAYYIM LUZZATTO 2o9 

mal garder, comme si Luzzatto ne pouvait produire de nouveau 
ce que, par étroitesse d'esprit, on croyait pouvoir confisquer. A 
Venise on prétendait même être sûr que R. lesaya avait rendu à 
son disciple beaucoup de pièces qui devaient rester enfouies dans 
la caisse, et on rassembla des témoignages qui devaient confirmer 
cette indélicatesse '. Excités par ces rapports, les rabbins alle- 
mands Katzenellenbogen et Popers songèrent, avant tout, à reti- 
rer la garde de la caisse au rabbin de Reggio, coupable de conni- 
vence avec son disciple, et à le forcer de l'envoyer en Allemagne. 
On oublia si bien toutes les considérations de collègue et de res- 
pect professionnel, qu'on alla jusqu'à prier l'administration de 
Reggio de requérir officiellement le vieux rabbin de rendre la 
caisse qui se trouvait en dépôt chez lui et qui, semblable à la boîte 
de Pandore, pouvait devenir fatale, et de l'expédier hors du pays 5 . 
R. lesaya était très contrarié du procédé, mais ne voulait pas 
prolonger cette querelle, fâcheuse à ses yeux, et laisser croire 
qu'il refusait de se dessaisir des écrits de son disciple 3 . Du reste, 
il ne faisait guère de sacrifice en les restituant, et il ne s'en sépa- 
rait même pas, car ils ne paraissent jamais avoir été en sa pos- 
session et semblent avoir continué à rester à Padoue. Mais après 
l'interdit que le rabbinat de Venise fit publier au sujet de la con- 
servation de ces écrits 4 , ils ne purent y rester plus longtemps. 
C'est ainsi que nous voyons, à la date du lundi 23 août 1736, 
David b. Eliézer de Iaroslaw, en Galicie, qui paraît avoir fait le 
commerce de librairie à Padoue, attester qu'il lui a été remis, de 
la part de R. lesaya Bassano, de Reggio, par les soins de Jacob 
Hazak de Padoue, une caisse qui renfermait, sous double ferme- 
ture, les manuscrits de R. Mosé Hayyim Luzzatto, pour l'expédier 
à Francfort-sur-le-Mein 5 . 

A partir de là, toute trace de cette caisse était perdue jusqu'ici. 
La déclaration de David b. Eliézer était-elle véridique ? R. lesaya 
avait-il laissé réellement partir les livres en question ? Ceux-ci 
étaient-ils parvenus en Allemagne? A qui avaient-ils été envoyés? 
Toutes ces questions étaient restées sans réponse, faute de rensei- 
gnements documentaires. Justement dans le livre de copies des 
lettres officielles de R. Jacob Cohen Popers, il s'en est conservé 
une qui se rapporte au débat sur Mosé Hayyim Luzzatto, et qui 



» Kerem Chemed, II, 65-66. La lettre de R. lesaya est du 7 Tébet 496 (1736) 
cf. III, 164, note 116. 
1 lb. ,11, 64. 
» /£., III, 158. 

* lb., 165 : -|*n ï"3ïïb T"3 '3 Û"P. 
4 lbid. t 132, note 23 ; cf. Isaacs, l. cit., 43 et s. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jette une lumière nouvelle et inattendue sur l'histoire de la caisse. 
A la date du vendredi 15 juin 1736, R. Jacob écrivait d'Ofïenbaoh, 
où il séjournait pour y faire une cure, à son disciple Abraham de 
Venise, qu'il avait reçu, un mois auparavant, des lettres de lui et 
de (Samuel) Israël Benjamin Bassano, fils de R. Iesaya, à qui 
Luzzatto avait dédié son drame Migdal Oz, selon la mode ita- 
lienne, à l'occasion de son mariage 1 . Ces lettres contenaient la 
justification de R. Iesaya contre les soupçons et accusations des 
rabbins de Venise et annonçaient que R. Iesaya s'était rendu au 
désir de R. Jacob et avait ordonné la remise des écrits de Luzzatto. 
Tout ce que la caisse renfermait et ce qu'il possédait encore en 
fait d'ouvrages de Luzzatto devait être remis directement à 
R. Jacob Cohen Popers de Fraiicfort-sur-le-Mein, par les soins de 
deux expéditeurs, David b. Eliézer et Nathan. Il parait que les 
frais d'expédition furent supportés par un Mécène francfortois, 
Michel Speyer, gendre de Moïse Clève-Gomperz, de Berlin. Il en- 
voya, à cet effet, une somme de 50 florins du Rhin au rabbin de 
Francfort, en le priant de les faire parvenir aux deux libraires 
lors de l'arrivée de la caisse. L'envoi n'était pas encore parvenu 
à Francfort, mais un des deux expéditeurs avait déjà avisé de 
Vérone R. Jacob que les livres avaient été expédiés à l'impri- 
meur bien connu Hirsch b. Hayyim de Fùrth 2 , qui avait promis 
de les réexpédier aussitôt après leur arrivée. 

La lettre contenait encore une autre nouvelle agréable à 
R. Iesaya Bassano. Dans sa lettre à Katzenellenbogen et à Po- 
pers, il avait insisté sur le fait que l'audition des témoins par le 
rabbinat de Venise avait été peu scrupuleuse, si bien qu'un des 
principaux témoins, Mosé Menahem Merari 3 , se plaignit haute- 
ment de la manière dont on avait écourté ou falsifié ses déclara- 
tions. Or, ces accusations étaient confirmées par un autre témoin, 
R. Hillel Padova, qui affirmait, avec beaucoup d'énergie, que le 
témoignage publié en son nom par les Vénitiens était complète- 
ment controuvé. C'était une satisfaction pour R. Iesaya vieux et 
malade, à qui, sur la foi de ces témoignages, on avait cru être en 
droit de refuser tout ménagement 4 . 

Mais pour rendre aussi justice au point de vue des adversaires 
de R. Iesaya, surtout de R. Mosé Hages, il fait observer, dans un 
post-scriptum, que l'ardeur mise par R. Iesaya à défendre la cause 

• Cf. npan 3113, 35 rf, 38*. 

1 Cf. Ersch et Gruber, Realencyclopœdie, II, 28, p. 84, note 47, et Steinschneider, 
Cat. Bodl., p. 289 et s. 

• nifittpn rmn, p. 107. Cf. Nepi-Uhiroudi, p. 253. 

• Ibid., lli, 140, note 4G ; 132, note 2. 



CONTRIBUTIONS A LA BIOGRAPHIE DE MOSÉ IIAYY1M LUZZATTO 261 

de Luzzatto, son disciple, devait inspirer des préventions contre 
lui-môme. Le nouveau psautier de Luzzatto ne peut être absous. 1 
Même s'il était faux qu'il eût songé à rendre les Psaumes de Da- 
vid inutiles et à les supprimer, l'idée de composer un second psau- 
tier est condamnable. Dans sa lettre de défense, Bassano avait 
appelé l'attention sur le fait que le manuscrit de cet ouvrage 
fourmillait de corrections et de ratures ; c'était donc un ouvrage 
tout à fait humain, fruit d'un dur labeur et, d'ailleurs, composé 
par Luzzatto avant ses prétentions à l'inspiration par une puis- 
sance surnaturelle ». Mais cela ne répondait pas à l'objection que 
R. Jacob croyait devoir élever, selon ses propres vues et selon 
son examen d'une partie de l'ouvrage. Dans les sept psaumes que 
Luzzatto avait publiés en 1729, en l'honneur de la consécration de 
la synagogue sefardi de Padoue 2 , il y avait des allusions si visi- 
blement et irréfutablement sabbataïques, que l'ouvrage entier 
devait être considéré, d'après cet échantillon, comme une faute 
grave et dangereuse. 

La caisse contenant les écrits de Luzzatto est-elle réellement 
parvenue entre les mains de R. Jacob Cohen Popers ? Iesaya 
Bassano s'étant décidé à envoyer à Francfort tous les écrits de 
son disciple qu'il possédait, par conséquent aussi l'autographe du 
nouveau psautier, il faut, si l'envoi est parvenu à sa destination, 
que le psautier y ait figuré. Or, nous savons que celui-ci était 
gardé avec anxiété à Prague. Du moins, Zunz 3 rapporte comme 
un fait avéré que l'accès des psaumes de Luzzatto est défendu par 
un Chérubin sous forme d'une veuve de Prague. Il sera permis de 
supposer que ce trésor perdu est arrivé à Prague, avec les objets 
composant la succession de R. Jacob Cohen de Prague. L'impor- 
tance de l'œuvre a été exagérée de beaucoup à en juger, du 
moins, par les échantillons que nous en avons, sans doute parce 
qu'on l'a combattue, d'abord, par esprit de persécution et, en- 
suite, par manie de déification 4 . Toutefois, il serait vivement à 
souhaiter qu'on finît par trouver le nouveau psautier de réputa- 
tion presque légendaire. 

Budapest, 8 juin 1891. 

David Kaufmann. 



1 Kcrcm Chemcd, II, 65. 

* Ibid., II. 66. 

» Die Monatstage des Kalenderjahres, p. 26, 6 mai ; cf. L. Dukes, Lttteraturblat 
des Orients, 6, 211. 

* Lmdshuth, ÏTTtnJtt vnfc*, p. 221. 



262 HEVUE DES ETUDES JUIVES 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



.ba"sn bvba ^"n 'a ût a-naaïi 

,tta*rçD ian î-î5pT i* tairai nnaa y»w # imta rsaœb spcn *of 
-iein jia'sbYwn troa saisi *p ib ton ,tab«îi aaanr: nn-> 'vnib, 
,-i"-i5 ii"iaa mm» o"a ^Mbra rm n «■*« , a^banrs nsip ,aiba 
*jnan ta* "paab "ayan ï-ibnaii Ym Tm*aua i-n -we i-r^a 
'■^ann ^œ ia i-miam snbwa po*a snaïaaa p"pa taons b© 
naïn tanw <ta i ta* anft tanb -no» wstn an ta* tamarin 
*^ar: tanp fcaw lann Ti*b 15 'r->b*a pnb *(ijjn -ton ^b nat 
\n*rb î-tntj© r-ia ^sa taïmai ba b* navona Tia^p ^ba l p"n 
Eaœa J-ianran "nbaptt) taw !-rca© S-rri i-na*ab inabtt ,i-wibpft 
Fn](maan) V 3 ^inai b"ï- "oaTn 13© V 2 ^^ aa s Naï-ï 'rara w 
mrm rima ib tan^îrna lavaia "inNa tama»i ta^innïi '"n'ouïs 
ann cnprattb s— ranta i-ibi*ai b"jn mrs rro* inaiiûn i»«a 
nat baa nsaia rçaKi n b* bonatt ï-rria* ansai barr^a fcap-jbnaîti 
♦ abn* TNb nb 'w -na 'ibia pn ^nat -on niipb 



II 

.d"d ba"sn nan 'i p"©* "1 'y» .iifcrat'W'i p"pb 

. nrraan mb*aa ,nYr nu:* nb ,rmaaa ia -iana . mnan "O^Nb 
/^aiaann nauîa aor ,^D^*rr ia*r* .lanwtt tpb«n nn"> ^rabn rY'n 

,s N "i yi .n"D amaN Ynma as'a 
baiN Nb ,yY7oa Nb©i iTisa "p^an ^b* bja"i7an wna* ama ïiarr 
nanti annnb ,im*i n* baa ra^Ni »■»« "pana iai nNiob a^îib 
isnn nr nN *"»ama nb"*ab *mnb .naïai Nb marm ^m ,tnanaai 
na^na rnama -p n*<a 'n mn^x .-inxa ca^a!-: aamna ■«« .tD^a"» 
.nan na-ro a"nrta ann ian bttî 12a ^mnïi V-3 '« nn^NT ,rram 
pn^nb . i^iana 'n naib tan^awi . 'mna rtTai r™ rrs* nb^aa 
nniNa ^in ^paia nm« batannbn ,b":n a-iïi t^np^a pnirï-: nx 
•^n^-i ï-TÉnœ nsï a a t|^i .nfinx^i ^aan 'na^-« imx n*r»rnD ^i* 
nba*ai a^aioa a^atin "i^a anao nb^i ♦ ap*i bip bnpnb *7au3 ton 
naia ^na ni -in 'n amaoa ^aip3 ton a^a» ^uj ■'"* .Nanb ûnna 

1 "imp na*r. 

1 Prov., i, 7. 



CONTRIBUTIONS A LA BIOf.RAPIIIE m MOSE 1IAYYIM LUZZATTO 263 

wala f vwb 'ntorr WDttNS ,arîtt? v^P *M rnTSûr! n*a ,ansa 
fciawnb ynm aawa 'mao ^«ataaïi / b"n» bia '^anain ûnapïn te 
ncna p**ba b"n» baî Cî^Dor; ba snarj p i$wa t:n ^a» muni 
'•**»atp ta^ava '"onaïa "■ana -nbnp ^a , ■wa Nb •jn» 'n ib^sa , ^73 
tottiaa pasn t=a"nr;?: tzsnr: mn pi .swarw njaan va ,D"wbpi 
pn Nina '^-iTaïai ,b"aïs "«nso mbtt mtr« ba» laanbnm winn -naN 
cabna nbi»i r<b ^baa ,^a wn atrob taa^aia (aa ,5*tfcb3*a ^m 
■»b an*r ira "O win fcaaa»i"jb bana t*wia iinan p<"in ^baMn ^na© 
ï-jfipawi vaanb 5"ûbz353 bba ^b a^naa ba'w ,ain maa ya^a» nbvin 
an-:r?:b ttn«îi SinYtti fcawa tnbjttb n"êo ,tattb te^D^ai aw 
, abri ba» "w^nîoïi &"na*7 fcanb wiatûii ^séti , tnanai inana tarnna 
■nnb a^Y 1 taa ( ^aab ta» niaaa inaibnïi rppïibi inpnbnttrt pyjab -na 
.ib^aioa œa^n 'i-t '■•itjn ^o w«d» ba^ n"-in "j^atpn va inbap» 
■vd$ -paNb rvauj ana nb"j<7a p nervi ma inbnp bnttn$ bni 
ntas ,b"an ta-rçjaet ^aiab y^P i©** naaioïï ain ,b"a!i 'iw &^»n ^on 
Tibap Rsb yia» trmr\ *-ia?b bas ,Naïib fans» b"aï3 'npwi "ib^aisn 
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1 Hat/itja, 15 a. 



264 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

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taia nraa r-naann yaw ^ana .ï-Mnawi wb tam baa '« msTa 
naifcN b* tza^a-ia tan© s-îk*i3i tapîTa-ib n-nmN tiatp ba> ta'mpa 
uî^ i-ianm • ta'wn "pu: '^a^b -na mra nwa ik ,18"»^ y"^ 
niasan rra baa r-nnbi nprnrtb '■tt'natt '^a van rra-nnb lainb 
■^ai ima y-inbn "haib 'm^3D Tïïbb xbi .'Tanai '*nBO "jmN 
rrnna •jToaa "îa^&n nma ,Y'n ttinb la^ia r-nbpnbi '\naob '"«pins 
tû^ï) '"itntanJha^nn bai . -ib^o tria*» v a> yNamia mbpnrt ibbn 
a^ïra ann r-iania ptn-iib ï-tt b^aïaa pn ra«n n^ïra ann taannb 
maa ^b» ïnra nsrp ^na-i^m .^nso bsn b"n)2 iT'Tabn b^ r-nsnb 
t-rmart ""aa ï-rn^ir ny n"n '^m i^b^5 n-»"nï-i7a tab^în taaann anrj bï) 
nrnb T^a^pn b«n^ i-pa ^uîn-i naa ,1^ nniNTa ina:^ t— in t-npabi 

.^naa i^pî ^a: 
.B"aB iiapn Y'a 

1 Ezéch., zzzvii, 25. 



DOCUMENTS INEDITS 

SUR 

LES JUIFS DE MONTPELLIER 

AU MOYEN AGE 

(suite et fin M 



1. 

Location d'une maison, par Astrugue et son mari Bonmascip 
de Narbonne, a Jacques Domigol, mercier, pour la durée de 
six années et moyennant le prix de 40 livres melgr. 

Montpellier, 10 mars 1294 (n. st.). 

IL, sexto idus Marcii. 

Ego, Astruga Judea, filia quondam et hères universalis Salrnias 
de Lunello et Blanche, Judeorum, quondam conjugum, uxor quoque 
Bonmascip de Narbona, Judei, de voluntate et expresso assensu 
dicti maiïti mei etc, et ego eciam, idem Bonmascip, ambo simul et 
quisque in solidum per nos et nostros, bona fide et bono animo, 
omni dolo et fraude exclusis penitus et remotis, vendimus, damus, 
cedimus et concedimus et titulo pure, perfecte et irrevocabilis ven- 
dicionis derelinquimus tibi, Jacobo Domigol, mercerio, et tuis, a 
proxime instanti festo Béate Marie de Augusto in sex annos conti- 
nues et completos, videlicet omnes fructus, loccaria et pensiones, 
usum et habitationem totius cujusdam hospicii nostri et operato- 
riorum, quod et que habemus in Montepessulano, de prope carre- 
riain voccatam ruam Francigenam, ante domum Pétri de Gastaneto , 
et confrontatur, ex una parte, cum domo Jacobi Helias et, ex alia, 

1 Voir Revue des Études juives, t. XXII, p. 264. 



266 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cum domo B. de Castillione, precio hujus vendicionis confitemur nos 
a te habuisse et numerando récépissé quadraginta libr. Mlgr., de 
quibus tenemus nos a te pro paccatis etc, in quibus ren. etc, pro- 
miteutes et quisque in solidum tibi recipienti quod predietum hos- 
picium per totum dictum tempus condrictum et refïectum et prepa- 
ratum tenebimus, nostris propriis sumptibus et expensis, et. ipsum 
hospicium et fructus, loccaria et pensiones ejusdem per totum dic- 
tum tempus faciemus te et tuos haberc, tenere, possidere percipere 
pacifiée et quiète et ab omni inpediente et contradicente persona, 
in judicio et extra, te et tuos jure semper deflendemus, quod nisi 
fecerimus, omne dampnum etc. credendo etc. Pro quibus universis 
et singulis tenendis etc. et pro omni evictione etc. obligamus et 
quisque in solidum tibi recipienti et tuis nos et omnia bona nostra 
etc. et specialiter et expresse preconfrontatum hospicium cum ope- 
ratoriis, quod intérim constituimus nos pro te et tuo nomine pre- 
cario et civiliter possidere, ita tamen quod specialis obligatio non 
prejudicet generali nec econtra etc. promiteotes et quisque in soli- 
dum tibi recipienti quod contra predicta nunquam veniemus etc. et 
nichil diximus etc. ren. etc. et promitimus per fides nostras plevi- 
tas etc. sub quo fidei nostre plevimento nos majores asserimus XXV 
annis. 

T. Bernardus Catalani, macellarius, Marchus Berengarii, blanque- 
rius, et ego, etc. 

(Arch. municip. de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, fol. 87 v°.) 



SOUS-LOCATION D'UNE BOUTIQUE DE LA MAISON LOUÉE PAR JACQUES 
DOMIGOL A BONMASCIP DE NaRBONNE ET ASTRUGUE, SA FEMME. 

[Montpellier], 23 mars 1294 (n. st.). 

Item, x kls. Aprilis. 

Ego, Jacobus Domigol, mercerius, per me et meos locco et ex 
causa loccationis concedo tibi, Bertrando de Tholosa, mercerio, et 
luis quoddam operatorium quod nunc teneo illius hospitii quod 
conduco a Bonmascip de Narbona et Astruga, ejus uxore, quod est 
in Montepessulano de prope carreriam nuncupatam ruam Francige- 
nam, ab instanti festo Béate Marie de Augusto in sex annos ; pro 
locario vero dabis mihi ini or libr. annis singulis, temporibus eon- 
suetis, ita quod non possis nec debeas ibi ignem facere nec tempore 
yemali ad calefaciendum manus et quod tune ibi de carbone ignis 
faciat. 

T. Helias de Borrono, R. de Molendinis et ego etc. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 



LES JUIFS 1)K MONTPELUlîll AU MOYEN AGE 267 

XI. 

1. 

Contrat de commande entre Ferrier d'Amilhac et Jusse d'A- 
milhac, son bkau-pèrk, pour la somme de 90 livres mklg., 

FORMANT LA DOT DE FaVA, FILLE DE JUSSE. 

[Montpellier], 14 janvier 1294 (n. st.). 

Armo Domini raillesimo ducentesimo nonagesimo tertio, scilicct 
xix. kls. Febroarii. 

Ego, Ferrerius de Amiliaco (?), films Sal. de Amiliaco (?), Judei, volo 
et. concedo pactumque sollempne tibi, Jusse de Amiliaco (?), socero 
mec-, stipulant et recipienti, facio, quod ille nonaginte libre Mlgr., 
quas tu in dotem mihi cum Fava, fi lia tua, constituisti et in quibus 

tu, tam in numerata peccunia, quam tu , quam in bonis et li- 

quidis nominibus sive creditis, mihi satiflecisti, sint et esse debeant 
hinc ad instaus caru[i]privium, ab instanti carniprivio in quinque 
annos, in quadam archa que per diclum tempus est(?), erit et esse 
débet in domo dicti Sal. patris mei, Judei, cujus arche tu tenebis et 
tenere debes unam clavem et Davinus, frater meus, aliam, cum 
quibus nonaginta libris Mlgr. tu et dictus Davinus, frater meus, 
simul et concorditer debetis negotiari per dictum tempus bene et 
hdeliter et singulis annis dictorum quinque annorum in carniprivio 
reddetis et reddere debetis mihi et domino patri meo vel alleri nos- 
trum de lucro et sorte bonum et légale computum et plenariam ra- 
tionem et, expletis dictis quinque annis, tu et dictus Davinus debetis 
mihi reddere et restituere dictas nonaginta libras cum omni lucro 
quod inde feceritis ex eisdem, promitens tibi recipienti quod ego 
ante dictum tempus dictas lxxxx libras et lucrum quod ex eis fece- 
ritis nunquam petam neque exigam petere neque exigere per me 
vel alium faciam etc., ren. etc. et jur. ad sanctam legem Moysi. Et 
nos predictom {sic) Jusse de Amiliaco et Davinus de Amiliaco scimus 
et asserimus nos a te predictas lxxxx libr. Mlgr., tam in numerata 
peccunia quam in nominibus sive creditis habuisse et récépissé, in 
quibus ren. etc. Promitentes et quisque in solidum tibi stipulanti et 
recipienti quod nos per tantum tempus bene et fideliter negocia- 
bimus cum dictis lxxxx libr., deductis prius sumptibus et vestibus 
nuptialibus, et bonum et légale computum tibi reddemus modo et 
forma quibus supra et, expletis dictis quinque annis, reddemus et 
restituemus tibi recipienti et tuis predictas lxxxx libr. cum omni 
lucro etc. obligantes et quisque in solidum etc. ren. etc. volentes 
quod curia etc. et jur. 

T. Steph. Pellicerii, Joh. Deodati monnerii et ego etc. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Vill 
de 1203, pièces annexes.) 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



2. 



Cession de créances par Jusse d'Amilhac a Ferrier d'Amilhac, 

A VALOIR SUR LA DOT DONNÉE PAR JUSSE A SA FILLE FaVA. 

[Montpellier], 14 janvier 1294 (n. st.). 

Auno Domini M. CC. nonagesimo tertio, scilicet xix kls. Febroarii. 

Josse de Amiliaco(?) cessit et donavit et mandavit Ferr. de Ami- 
liaco(?], filio Sal. de Amiliaco (?), in solucium seu pagam illarum 
nonaginta libr. Mlgr., quas promisi tibi dare in dotem cum Fava(?), 
filia mea, nomina et crédita infrascripta et jura et actiones mihi com- 
pétentes et competentia, actione nominum et creditorum infras- 
criptorum, contra personas infrascriptas , scilicet (xxxvn sol. et 
vi d. *) quoddam nomen sive creditum lxxvi sol., in quibus R. Tex- 
toris et B. Textoris, fratres de Gastriis, sunt mihi et Grescas Den 
Masci obligati cura instrumento facto per P. de Montanhola, nota- 
rium. Item, quoddam creditum xxvi sol., in quibus G uS Loboni, 
clertor, et ejus uxor sunt mihi obligati cum carta facta per P. de 

Montanhola, notarium Item, Pontius Guiraudi et ejus uxor et 

G us Fabri de Cornone Terralli, xm sol. de quodam debito xxvi sol., 
in quibus sunt obligati Bonanasco de Biterris, nomine suo et meo 
cum carta [facta] per Durantium Guirlardi, notarium de Cornone. 
Item, Thomas d'Albuey (?) et ejus uxor, de Cornone Terralli, xxvi 
sol. de quodam debito L. sol., in quibus sunt obligati dicto Bonanasc 

nomine suo et meo cum carta facta per Dur. Guirlardi. notarium 

Item, Thomas d'Albuey et ejus uxor, de Cornone Terralli, vi sol. et 
vi d.. de quodam debito xm sol., in quibus sunt obligati Bonanasc 
de Biterris in dicto (?) nomine meo et suo, cum carta facta per Dur. 

Guirlardi, notarium Item, G u3 Simonis, clertor, et ejus uxor, 

xxiin sol., cum carta facta per Steph. Manerii, notarium. Ilem, 
R. Palhada, clertor, et ejus uxor, xm sol., cum carta per Ferr. de 
Lemena(?). Item, G u * Moyssac, clertor, et ejus uxor, xnt sol., cum 
carta [facta] per ■ notarium Montispessulani, et pro evictione se et 
sua obligarunt, exceptis illis nominibus incartatis Davino de Ami- 
liaco (?). 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 



1 Mots ajoutés en interligne. 
5 Mots billes : B, Juliani. 



LES JUIFS DU MONTPELLIER AU MOYEN ACE 269 



XII. 

Vente par Bondia, fils de Vital d'Aubenas, a Bonanasg de 
lodève, de ses créances sur bertrand de ghazeaux et au- 
TRES Débiteurs. — [Montpellier, 1293?]. 

Ego Bondia l , filius quondam Vitalis de Albenascio, asserens me 
majorem xx annis, de voluntate Aazon de Argenteria, filio [sic) idein 
Salves de Argenteria, curatoris mei, quod ego idem curator verum 
confileor et cognosco, vendo tibi, Bonanasc de Lodeva, habitatori de 
Argenteria, et tuis, omnia jura, omnes omnino actiones mihi com- 
pétentes et competentia contra et adversus Bertrandum de Chasal., 
domicelluin, dominum castri de Chasal., dyocesis Vivariensis, et 
Raymundum de Sancto Martino et R. Boschalc, domicellos, et Guil- 
lelmum Giri et P. Gautherii et Durantum diclum (?) Jocz et contra 
quemlibet eorum et bona eorumdem, occasione triginta libr. Tur., 
quas habeo in illo nomine sive debito octuaginta libr. Turon., in 
quibus predicti sunt mihi, predicto Aazon, tamquam curatori mei, 
Bondia, obligati cum carta sigillo domini régis Francie curie ville 
nove de Berc, diocesis Vivariensis, et residue l libre Tur. spectant 
et spectare debent ad Stellam, consanguineam meam, filiam quon- 
dam Sal. de Albenascio, ex compositione facta inter me et dictam 
Stellam, de quibus juribus et actionibus. . . *. 

Item, dictus Bondia absolvit dictum Aazon de dicta (?) cura et de 
ad et reliqua rationum mihi restituit. 

Item, Bonanasc de Lodova, habitator de Argenteria, et Aazon, 
filius Salves de Argenteria, Judei, confessi fuerunt se debere et 
quisque in solidum Bondia de Albenascio xxvi libr. Mlgr., ex causa 
mutui, debent (?) recipi (?) in Argenteria per nos terminos, scilicet 
sex libr. ad tuam volitionem et xx libr. in festo sanctorum omnium, 
pro quibus fidejussit Salamon, filius quondam Ferrarii de Amiliano, 
Judei, ita quod dictus fidejussor non possit compelli quousque alii 
fuerint requisiti. 

Item, alii promiserunt dictum Salamonen servare indempnem. 

T. G us de Succo, G us de Sancto Gyricio, Joh. de Sancto Symeone. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 

» Nom écrit à la suite d'un premier nom biffé. 
* Phrase inachevée. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XIII. 

Compromis entre Salomon de Beaucaire et Salamias de Lunel 
au sujet du mariage de salamias et de bona iiora, fille de 
Salomon. — [Montpellier, 1293]. 

Notum sit [quod] Salamon de Bellicadro, ex una parte, habitator 
Arrelathis, et Salamias de Lunello, de Montepessulano, ex altéra, 
promiserunt omnino stare ordinationi Daranti de Lunello et As- 
truge, uxoris quondam Boiidici (?) de Bellicadro, super matrimonio 
contrahendo inter dictum Salamias et Bonam Iloram, filiam dicti 
Salamonis, et super dote et aliis tangentibus dictam dotem et dictum 
matrimonium, sub pena c. libr. 

Post hec, predicti Astruga et Durantus proauntiarunt et recita- 
runt et voluerunt quod dictus Salamon det et constituât et assignet 
dicto Salamias in dotem cum dicta Bona Hora, filia sua dicto Sala- 
mias, tringentas et quinquaginta libr. Mlgr., tempore quo matri- 
monium co[m]plabitur {sic) inter eos et quod per totum raensem 
Augustum proxime instantem dictum matrimonium comple[a]tur et 
perficiatur in Montepessulano vel apud Arrelathe ad requisitionem 
dicti Salamias. 

T. Ysac Guershom, Yrahel de Biterris, Jadei, Durantus B[a]rtho- 
lomei, Johannes Symonis, clerici, Po. Manens, et ego etc. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 



XIV. 

Procuration donnée par Bonet de Bouran (?) a Bonafos de 
Melgueil, pour régler les affaires engagées entre Bonet 
et sa fille druda, d'une part, et salamias et son fils 
Astruc, d'autre part. — [Montpellier, 1293]. 

Ego Bonetus de Borriano, Judeus ! , habitator AralathiJ?), facio et 
constituo verum, certum, generalem et specialem procuratorem 
meum te, Bonafos de Melgorio, Judeum, presentem et recipientem, 
hujus publici instrumenti exibitorem, ad petendum et recipiendum, 
pro me et meo nomine et pro Druda, filia mea, quitationem, remis- 
sionem et pleuam ac generalem absolutionem et liberationem validam 
et sollempnem a Salamias, Judeo, filio quondam Salamonis Natan, 
Judei, et Astrugo, filio suo, de omnibus et singulis juribus et actio- 
nibus quibuscumque, predicto Salamias et dicto Astrugo, ejus filio, 
seu alteri eorum, contra me et bona mea et Drudam, filiam meam, 
quoeumque modo competentibus et competituris, occasione illarum 

1 Mot répété deux fois. 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 271 

convontionum et pactionum inhilarum sive faclorum olim inter me 
et dictum Salamias, nec non etiam et occasioue ordinationum et ar- 
bitrationum factarum inter nie et dictum Salamias per Mometum de 
Narboua et Tauros de Bellicadro, Judeos, pi'out predicle convcnlionc-s, 
paetiones, ordinationes et arbitraliones plenius continentur in quo- 
dam instrumenta seripto per P. de Capite Vilario, notarium Montis- 
pessulani. Qua quidem absolutione tibi, nomine meo et dicte Drude, 
filie mee, sollempuiter facta et per te reeepta, dono tibi plenam et libe- 
ram potestatem pro me et meo nomine et dicte Drude, filie mee, facien- 
di predicto Salamias et dicto Astrugo, filio suo, plenam etgeneralem 
quitationem, remissionem et sollempnem et validam absolutionem de 
omnibus et singulis juribus et actionibus quibuscumque mibi aut 
dicte Drude, filie mee, quocamque modo competentibusetcompetituris 
contra prediclos Salamias et Astrugum, ejus filium, et contra quem- 
libot eorum et bona eorumdem, occasioue conventionum, pactionum, 
ordinationum et arbitrationum predictarum, contentarum in predicto 
iustrumento, seripto per dictum P. de Capite Vilario, notarium 
Montispessulani et etiam faciendi predictis patri et filio et cuique 
eorum pactum validum et sollempne de non petendo a modo ab ipsis 
seu altero eorum aliquid, occasione premissorum, et de non ulterius 
agendo, premissorum occasione, contra ipsos seu eorum alterum, 
prout me licet. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 

XV. 

Compromis pour le règlement d'une dette de 61 livres tour- 
nois, DUES PAR CRESCAS DE PlGNAN, JUIF, A P. DE MANHANIA, 
CHANGEUR. — [Montpellier, 1293]. 

Item, P. de Manhania, campsor, pro se, ex unaparte, et Crescas de 
Piniano, Judeus, ex altéra, compromiserunt in Thoman de Brolio, 
presentem, super petitione l libr., quam faciebat dictus P. dicto 
Crescas... ad solvendum de quodam cebito de lx: libris, in quibus 
dictus Judeus dicto P. oblig. cum instrumeuto seripto per P. Pauli, 
notarium Montispessulani. Pronunciavit quod di:tus Judeus solvat 
dicto P. per totam presentem septimanam et sequentem xxx libr. et 
cum premissis sic pax et finis inter ipsas partes de omnibus et sin- 
gulis que ab ipso petere posset usque in hune diem presentem, et, 
solutis dictis xxx libris, dictus P. teneatur reslituere dicto Judeo 
dictum instrumentum obligationis dictarum lxi libr., scriptum per 
dictum P. Pauli, quam pronuntiationem predicte partes laudarunt 
et procurator possit predicla exeequtioni (sic) mandare etc. 

T. P. Baudrici, domicellus, Bertrandusde Suciols, G ua Firmini. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XVI. 



Réquisitions dk Pons Brunenc, procureur de Jean Tauros, 
contre MossÉ de Béziers. — [Montpellier, 1293]. 

P. .. us(?) que vertitur inter Mosse de Bitterris, Judeum, ex una 
parte, et Pontium Brunenc, ex alia, procuratorio nomine Johannis 
Tauros. 

Intendit probare predicta procurator, quod predictus Judeus 
publiée publicatur per ecciesias Montispessulani esse separatus a 
comunione fidelium, mandato prioris de Launas, judicem unicum a 
sede apostolica delegatum ad instantiam Bernardi de Aganrico. 

Item intendit probare quod predictus Judeus fuit contumax et in 
contumascia positus per predictum judicem, die assiguata predicto 
Judeo, mandato predicti judicis, ut in littera citationem continen- 
tem (sic) in actis et apud acta producta de predicta diei assignatione 
continetur. 

Item, intendit probare quod predictus dominus judex predictum 
Judeum racione predicte contumacie et ob ejus contumasciam a 
comunione fidelium separavit in actis predicto Bernardo de Agan- 
rico per procuratorem legittime comparentem coram predicto domino 
judice. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 
de 1293, pièces annexes.) 

XVII. 

Lettres du juge et conservateur des Juifs pour faire imposer 
sur ceux du Languedoc leur part du don fait au Roy a son 
advenement a la courone, pour la confirmation de leurs 
privilèges, en 4364. — (18 octobre 1364 1 .) 

Loys, comte d'Estampes, seigneur de Lunel, gardien, juge et con- 
servateur général de tous les Juifs et Juifves demeurant en royaume 
de France, à M. Raymond de Moncelz, clerc de Monseigneur le Roy, 
pour ce que les Juifs et Juifves demeurans ez parties de France ont 
n'agueres fait mises et dépens d'environ quatre mil frans d'or, tant 
pour présent quils ont fait à Monseigneur le Roy, a son nouvel et 
joyeux avènement, et comme pour faire renouveller et confermer les 
privilèges desdits Juifs, et pour plusieurs autres de besognes, dont 
nous sommes souffisamment informez, en laquelle somme lesd. Juifs 
de la Languedot et autres n'ont encore en aucune manière contribué, 
nous vous avons commis et estably par ces présentes, commettons 
et établissons, pour faire assembler les dits Juifs de la Languedot et 

1 Sén. de Nîmes, reg. n° 16, fol. 25 v° (1364). 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYKN AGK 273 

autres, en certain lieu pour faire assiette sur eux de leur portion de 
la dite somme, selon L'ordonnance qui enlr'eux de par deçà a esté 
toile, laquelle Salomon de Moueurehau, Juif, leur monstera, laquelle 
assiette nous voulons estro faite par le dit Salomon et deux ou trois 
desdits Juifs, tels comme le dit Salomon vous ynduira, par lequel 
Salomon nous voulons les deniers qui en y soront estre reçeus, pour 
apporter par deçà si vous mandons et commettons de par Monsei- 
gneur le Roy et de par nous, que ces lettres veues, vous fassiez 
assembler les dits Juifs de la Languedot, en lieu et en la manière, 
que le dit Salomon qui va pardela pour cette cause vous requerra, 
et contraiguez si Messier est les dits deux ou trois Juifs, que ledit 
Salomon eslira, à faire entreux lad. assiette sur chacun des dits 
Juifs et Juives de par delà, selon sa fource et pouvoir, et les deniers 
en y soront délivrez et faites délivrez audit Salomon, pour apporter 
par deçà, comme dit est, et se aucuns d'eux estoient refusans de 
payer, ce a quoy ils en auront esté assis, contraignez les y par prise, 
vendite et explectation de leurs biens et autrement, en la manière 
qu'il est accoutumé faire pour les propres debtes royaux, jusques a 
pleine satisfaction de la dite assiette, de ce faire vous donnons pou- 
voir, mandons et commandons de par mondit seigneur le Roy et de 
par nous, a tous les off. ers, justiciers et sujets du dit royaume, que 
a vous en faisant et accomplissant les choses des susdittes, obéissent 
et entendent diligemment et vous prestent conseil, confort et ayde 
toutes fois que vous en aurez mestier, et par vous en seront requis ; 
donné à Paris, sous nostre seel, le dix-huitiesme jour d'octobre, l'an 
de grâce mil trois cent soixante et quatre. 

Par Monseigneur le Seigneur, le conte P. Michel. 

(Arcli, départem. de l'Hérault, Lettres-patentes de la fiénéckaussée 
de Nîmes, tome II, fol. 219.) 



XVIII. 

Lettres du lieutenant du Roy en Languedoc deffendant au 
Baylle estably a Montpellier tour les causes civiles et 
criminelles des habitans de la dite ville, de connettre de 
celles des juifs desquels le comte d'estampes estoit juge. 

(31 mai 1365 l .) 

Ludovicus, régis quondam francorum filius, domini nostri régis 
germanus, ejusque locuintenens in partibus Occitanis dux Andega- 
vensis et cornes Genomanensis, dilecto et fideli secretario nostro ma- 
gistro Petrotocelli, commissario deputato per carrissimum consan- 
guineum nostrum comitem Stampatum, judicem et conservatorem 

1 Sén. de Nîmes, reg. n° 16, fol. 46 (1365). 

T. XXIII, n° 40. 18 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

judaeorum et judaearum, in rcgno franciae commoranlium perdicturn 
genitorem nostrum specialiter deputatum, salutemet dilectionem. 

Meminimus per nostras litleras bajulo Monlispessuli cacterisque 
justiciariis scripsisse in haec verba : Ludovicus, régis quondam 
i'rancorum filius, domini nostri régis germanus, ejusque iocurn- 
tenens in partibus Occitanis, dux Andegavensis et cornes Cenoma- 
nensis, Bajulo Monlispessuli vel ejus loeumtenenti caeterisque justi- 
ciariis, quibus praesentes litterae pervenerint salutem Consules 
villae Montispessuli nobis burailiter supplicarunt, quatenus omnes 
causas civiles, criminales et alias quascumque ordinarias dictae 
villae remittere et remitti facere dignaremur, qui deipsis cognosce- 
rent, prout ad ipsos pertinuerit, qui ipsas décidèrent secundum 
frauchesias et villae libertates et bonos usus ac formam juris com- 
munis, quo regitur terra ista, prout est fieri consuetum, magistrisque 
requestarum bospicii nostri inliiberemus, ne abinde in antea aliquam 
dictorum babitantium causam ad se evocarent, nec de eadem co- 
gnoscerent, sed si querela aliqua ad eosdem perveniat, ipsas partes 
seu ipsam querelantem ac ejusdem vel eorumdem causis ipsis or- 
dinariis remitterent indilate nos prœfatorum consulum supplication 
nibus inclinati eisdem, concessimus et concedimus per présentes, 
quod omnes causa?, ipsos supplicantes seu dictos villae habitatores 
tangentes ac adeorum commodum vel incommodum spectantes, ipsis 
ordinariis remittantur, qui deipsis cognoscant, prout ad ipsos per- 
tinuerit, secundum mores, usus, et francbesias dictas villœ et formam 
juris communis, quo regitur terra ista, et prout facere consueverunt, 
Inhibentes Magistris requestarum bospicii nostri, ne abinde in antea 
aliquam causam, civilem vel criminalem, seu aliam quamcumque, 
ipsos supplicantes tangentem, et ipsorum vel diciœ villœ babitarum, 
commodum vel incommodum continentem, ad se audeant evocare, 
nec deipsa cognoscere, seu ei aliqualiter immiscere, quavis ratione 
vel causa eisdem consulibus, de uberiori gratia concedentes, ne 
aliquid commissarius, sive inter pupillos et viduas deputatus, sive 
in quavis alia cognitione, uti sua commissione prœsumat inter 
dictœ villae habitatores, seu de causis inter eosdem vertentibus, ac 
aliis quibus cumque ad ipsos ordinarios spectantibus, quœque juris 
tibi bajulo proecipienles, et tuo locum tenenti. si opus luerit, com- 
mittentes, quatenus dictos consules et dicta? villœ habitatores, nostra 
prsesenti gratia uti facias et gaudere, Inhibeasque nostri hospicii re- 
questarum, magistris et cœteris judicibus commissariis, ac aliis 
quibuscumque, sub certis et magnispœnis, domino nostro régi seu- 
nobis regio nomine applicandis, ne dictas villœ habitatores et 
prœmissos supplicantes uti nostra gratia audeant impedire, quibus 
nos tenore pra^sentum Inhibemus, quia sic fieri volumus et jubemus 
et eisdem supplicantibus ac dictœ villœ habitatoribus concedimus, de 
speciali gralia, si sit opus, et autoritate regia, qua fungimur in hac 
parte, litteris impetratis vel Impetrandis sub quacumque verborum 
forma non obstantibus quibuscumque, quas litteras et earum effec- 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN ACE 275 

tum istis contrarias per quas seu porquom eflectum earum possit 
quoquomodo annullare, pnrsens gratia seu in aliquo pereas seu 
ipsarum effectum hiue prtedicare, nostenore pnesentum revocamus. 
Datum In Monte Pessulo, sub sigillo nostro secrcto, die undecima 
meusis Maii, anno domini Millesimo trecentesimo sexagesimo quinto ; 
Verumtamen scire vos volumus, quod nostne intentionis non est 
neque unquam fuit, pnctextu litterarLim nostrarum prœ insertarum, 
dictum nostrum consanguineum vel suos deputatos (intextu littcra- 
rum nostrarum pncinsertarum) indicta sua commissioue, aliqualiter 
Impedire, perturbare vel Impediri seu perturbari facere quouis modo. 
Quoeirca vobis committimus et Mandamus, quatenus pra3fato bajulo 
Montis Pessuli cœterisque Justiciariis et subditis dicti domini nostri 
et nostris, dequibus vobis visum fuerit expedire, exparte dicti 
domini nostri, at que nostra Iuhibeatis seu inhiberifacialis, sub certis 
et magnis paonis dicto domino nostro et nobis applicandis quibus 
etiam vos tenore prrcsentium Inbibemus, sub omni pâma, quam 
Incurrere possent, erga diclum dominum nostrum et nos ne de 
dictis judans et judreabus, proaliqua causa civili, vel criminali ali- 
quater se Intromittant vel se Intromitlere prœsumant, sed prœfatum 
nostrum consanguineum et suos deputatos, dicta sua commissione 
uti et gaudere permittant, juxta litterarum superhoc, per dictum 
germanum nostrum eidem concessarum formam seriem et tenorem, 
et si quid incontrarium fecerint vel attemptaverint facere vel atten- 
tare prœsumpserint, Illud ad statum pristinum reducant seu reduci 
faciant Indilate, quod nos tenore prœsentium revocamus et nullius 
valons esse volumus et declaramus, quia sic fieri volumus, et de 
gratia speciali, si necesse fuerit, dicto consanguineo nostro concedi- 
mus per prœsentes, oppositionibus, appellationibus, Cavillationibus, 
ditïugiis ac dictis litteris nostris, preeinsertis vel aliis Impetratis vel 
Impetrandis nonobstantibus quibuscumque , Datum apud Villam 
novam, prope avenionem die ultima Maii anno domini Millesimo 
trecentesimo sexagimo quinto, Per dominum Ducem de believou. 

(Arch. départem. de l'Hérault, Lettres-patentes de la Sénéchaussée 
de Nîmes, tome II, fol. 205 v\) 



XIX. 

Certificat du baile de Montpellier, attestant que les juifs 
ont contribué pendant deux ans aux charges de la ville. 

Montpellier, 21 janvier 1374 (n. st.). 

Universis et singulis présentes litteras inspecturis, Stephanus de 
Glaperiis, burgeusis, bajulus Montispessulani pro domino nostro rege 
Navarre, domino tocius dicte ville Montispessulani, salutem et pre- 
sentibus dare fidem. isotum facimus per présentes nos esse suffi- 
cienter informatos, ïam per testes iide dignos quam per inspectio- 



27C REVUE DES ETUDES JUIVES 

nem librorum consulatus Montispessulani, quod Judei et Judée Unie 
habitantes in Montepessulano composuerunt cum tune consulibus 
ejusdem ville, pro supportacionibus onerum ejusdem ville, et sol- 
verunt eisdem, scilieet quolibet annorum m. ccclxii et Lxnr, cen- 
tum ilorenos auri. In quorum testimonium, instante procuratore 
consulum dicte ville, sigillum autenticum nostre curie hic duximus 
appendendum. Actum et datum in Montepessulano, die xxi mensis 
Januarii, anno Dornini MCCCLXXIlf. 
Constat de premissis. J. Lamberti. 

(Archives municip. de Montpellier, inv. Louvet, D.XX, n° 24.) 

XX. 

Mandement de Charles, roi de Navarre, a ses officiers a 
Montpellier, pour faire contribuer les Juifs aux frais de 
la construction d'une nouvelle muraille de la ville. 

Saint-Jean-Pied-de-Port, 18 février 1374 (n. st.). 

' Karolus, Dei gratia rex Navarre, cornes Ebroycensis totiusque 
ville Montispessulani, baronie, rectorie et parvi sigilli ejusdem do- 
minus, dilectis et fidelibus nostris, gubernatori, judici palacii et 
rectori rectorie nostre Montipessulani vel eorum locatenentibus et 
cujuslibet eorumdem, salutetn. Pro parte consulum communitatis et 
universilatis ville nostre Montispessulani nobis est suplicando inti- 
matum quod, cum de mandato nostre» et ordinacione ejusdem uni- 
versitatis, publica suadente utilitate, disposuerint iidem supplicanles 
et incohaverint propriis et communibus sumptibus forlifficare et 
claudere suburbia ejusdem loci muro lapideo sumptuoso et alia certa 
fortifficacione, et, clausuram ville secundum occurentis (sic) casus 
construendo et restaurando, cogantur necessarios labores et expen- 
sas inportabiles substinere et contribuere pro rata et modo facul- 
tatum, ut est juris et moris, seu aliis modis in dicta villa consuetis, 
Judei camere et Judée inibi commorantes, pretensis fucatis colori- 
bus, ut asserunt, récusant et contradicunt labores et expansas hu- 
jusmodi pro rata subire et a solucione et contribucione predictis se 
in totum reddere inmunes, ex quo inter ipsos et officiarios nostros 
grandia débita et contentiones diversis modis fuerunt et sunt orta, 
et multi Christianorum, inde sumpta occasione, se retrahant a con- 
tribucione et solucione premissis, sic quod non valent in operabus 
predictis débite intendere nec procedere, ut tenentur, quod ce- 
dit in grave periculum et prejudicium rei publiée atque nostri, 
petentes super hiis de remedio opportuno provideri. Nos, considé- 
rantes premissa et sollicite attendentes supplicationem hujusmodi 
fore consonam rationi, volentes onnem materiam scandali et con- 
tencionis radicilus de medio extirpare et hinc indempuilati obviare 



LES JUIFS DE M0NTPELL1EK AU MOYEN ACE 277 

ac in hiis providere, ut tenemur, vobis et vestrum cuilibet precipi- 
mus et mandamus commitendo, si sit opus, quatinus, ex parte nos- 
tra, Judeis et Judeabus, in dicto loco commorantibus, et cuilibet 
ipsorum, prout unum quem que presens négocium concernit vel 
eontiugere potest, mandetis, quibus eciam nos per présentes man- 
damus, ut ad clausuram, fortifficacionem et opéra predicta, raciona- 
biliter et secundum facultates, una cum Christianis, contribuant et 
solvant pro rata, viis et remediis debitis et opportunis, prout in tali- 
bus in factis Ghristianorum est fieri consuetum, appellatione post 
posita, ad id, si necesse fuerit, compescendo, nisi amicabiliter cou- 
venerint cum consulibus predictis (?), nullo tamen eis, quo ad pre- 
missa, privilegio sufl'ragante, provideatis quod iidem Judei et Judée 
debitam contribucionem nullathenus évitent in hac parte, nec Chris- 
tiani, hujusmodi occasione, in hoc vel in aliis, sint eis graves vel 
inportabiles quoquomodo, nec eciam consenciatis vel permitatis 
ipsos in hiis ultra modum vel debitum molestari vel gravari, pre- 
missa quoque, ex certa scientia et de gratia speciali, sic fieri jussi- 
mus et ordinamus, salvo tamen in aliis jure nostro et in omnibus 
quolibet alieno. Datura in villa nostra Sancti Johannis de Pede Por- 

a 

tus, sub sigillo nostro secreto, in alterius absentia, xvin die Feb- 
ruarii, anno Domini mccclxxiii. — Per regem, ad relacionem M. de 
Cavarr. Pasquarii. M. de Tavair, vicarius Aquensis. — Collatio facta 
cum originali. ix Aug. lxxiiii. — (En tête de la pièce) : Fiat vidimus. 

(Archives municip. de Montpellier, inv. Louvet, D.XX, n° 25.) 



XXI. 

déposition de témoins, par devant le juge du lieutenant 
royal de Montpellier, au sujet des juridictions dont rele- 
vaient LES JUIFS. 

Montpellier, 20 janvier 1374 (n. st.). 

Universis présentes litteras inspecturis Petrus Amancii, licencia tus 
in legibus, judex ordinarius tocius ville Montispessulani pro domino 
nostro rege Navarre, domino dicti loci, salutem et presentibus fidem 
indubiam adhibere vobis et vestrum cuilibet. Notum facimus per 
présentes quod, per deposiciones testium fide dignorum, super hoc 
in nostra curia examinatorum, nobis sufficienler constat quod ba- 
julus et ceteri curiales et officiarii ordinarii * ville Montispessulani 
hactenus usi sunt cognoscere de Judeis et Judeabus, in Montepessu- 
lano commorantibus, criminaliler et civiliter, prout et quosciens 
casus exhigit, § quodque exequcio facta nuper contra dictos Judeos, 

1 Le mot ordinarii, omis par le scribe, a été placé en renvoi à la fin de la dernière 
ligne de la pièce, qui continue ainsi ; * ordinarii, Datum ut supra perjudicem. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

amovendo eis januas habitacionum suarum pro iogatgio et tallio 
comuni, noviter in dicta villa indictis per honorabiles viros consulcs 
dicti dicti (sic) loci, pro fortiffieatione et clausura murorum ville et 
palissate dicti loci, et pro aliis que dicti consules petunt a dictis 
Judeis, fuit facta, certifficato primitus et non contradicente saltim 
tune domino gubernatore dicti loci, pro dicto domino nostro rege; 
§ et eciam quod postmodum aliqui Judei, régentes dictos Judeos, 
dixeruut et confessi fuerunt quod non audebant se cum dictis consu- 
libus concordare, quia per dictum dominum gubernatorem eis fuerat 
prohibitum ne cum ipsis consulibus concordarent ; § nec non et 
quod dicti Judei consueverunt in custodia dicti loci Montispessulaui 
vigilare de die et de nocte, per villam et supra muros, de mandato 
septenariorum dicti loci Montispessulaui; § et quod eciam dicti con- 
sules singulis annis instituerunt et instituere consueverunt cerios 
proceres ad visitandum hostalerias dicti loci Montispessulaui, quo- 
libet cero [sic), quot, quales et quanti extranei bospitantur in dictis 
hostaleriis, qui proceres postea incontinenti faciunt relationem dictis 
consulibus, vel deputatis per eos super regimine custodie dicte ville, 
qui consules vel deputati, si eis videatur quod taies extranei sint 
suspecti, faciunt relationem officiariis dicti domini nostri régis Na- 
varre, domini dicti loci, prout hec et alia nobis clare patent per pre- 
dicta. In quorum fidem et testimonium, et ne inspectio deposicionum 
ipsorum testium inspicienlibus ea possint tedium vel fastidium 
generare, lias litteras procuratori dictorum consulum concessimus 
sigillo auctentico nostre curie sigillatas. Actum et datum in dicta 
nostra curia, die vicesima Januarii, anno Domini millesimo Ires- 
centesimo septuagesimo tercio. 
Constat de premissis. J. Lamberti (sur le revers de la ebarte). 

(Archives municip. de Montpellier, inv. Louvet, D.XX, u° 23.) 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES 

ENTRES AU BRITISH MUSEUM DE 1867 A 1890 

(suite et fin *). 



1882. 

Or. 2451. Le Pentateuque, les Ilaftarot et les Psaumes. Texte hébraï- 
que vocalisé et accentué ; Masora magna et parva, excepté pour 
les Ilaftarot. A la fin un calendrier pour la fixation des fêtes 
juives, en persan (caractères hébraïques). Sur papier, daté de 
Koumm, près de Kaschan, 1794 des contrats (1483 de nutre 
ère). 

Or. 2452. Les Psaumes, avec une courte introduction sur la gram- 
maire hébraïque, en persan (caractères hébraïques). Sur pa- 
pier, du n e siècle. 

Or. 2453. Fragment d'une épopée biblique en vers persans (carac- 
tères hébraïques), contenant les histoires de Joseph et Zou- 
laika la femme de Putiphar, de Samuel, de Saùl et de David. 
Le mètre est celui du Wis ou-Ramin, poème persan par Fakhri 
Al-Gourgani (Hadji Khalifa, Lexicon bibliographicum, VI, 
p. 468). Sur papier, du 16° siècle. 

Or. 2454. Petit Dictionnaire des mots difficiles de la Bible, expliqués 
en persan (caractères hébraïques). Sur papier, du 18° siècle. 

Or. 2455. Calendrier pour les lectures de la Torah, en persan (carac- 
tères hébraïques), comme les deux ouvrages contenus dans ce 
manuscrit : 1° fitND "i*»5$n « Livre sur l'interprétation des 
songes », traduit du m'anbn "p-ins de R. liai Gaon ; 2^ saro 
■p'ifia&np, traité sur les médicaments composés. Sur papier, de 
5567 de la création (1 807 de notre ère). 

1 Voyez plus haut, pp. 00-116. 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Or. 2456. Premier livre (séfér ham-madda c ) du Mischnéh Torah de 
Maïmonide. Texte hébreu avec des variantes et quelques gloses 
marginales en persan (caractères hébraïques). Sur papier, du 
15" siècle. 

Or. 2457. *Jtthtt3 DIIS ^do, ouvrage cabalistique, par Mordechai Isban. 
Sur papier, daté de Constantinople, 5500 de la création (1740 de 
notre ère). On y a joint la lettre d'Israël ben Samuel aux dix 
tribus. Sur papier, de 5591 de la création (1831 de notre ère). 

Or. 2458. Une Ketoubah ou Acte de mariage, sur vélin, de 5529 de 
la création (1769 de notre ère). — Autre Ketoubah sur papier, 
de 5514 de la création (1754 de notre ère). — Acte de divorce sur 
papier, de même date. 

Or. 2459. Fragments bibliques en persan (caractères hébraïques), 
écrits entre le 13 e et le 14 e siècle : 1° Traduction et explicatiou 
de la troisième Paraschah des Nombres ; 2° Traduction et ex- 
plication du deuxième chapitre d'Osée ; 3° Des notes sur les 
Proverbes ; etc. Sur papier. 

Or. 2460. Explication en persan (caractères hébraïques) de certaines 
Haftarot. Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2461. Commentaire du Karaïte Yéfét en arabe (caractères hé- 
braïques) sur les chapitres i-vi de la Genèse. Le texte hébraïque 
sans ponctuation a été inséré, chaque verset étant suivi d'uue 
traduction arabe. Sur papier, entre le 15 e et le 16 a siècle. 

Or. 2462. Même Commentaire sur la Genèse, chapitres i-xviii, avec 
le texte hébraïque sans ponctuation. Sur papier, du 17° siècle. 

Or. 2463. Même Commentaire sur la Genèse, chapitres i et xviii-l, 
avec le texte hébraïque en partie ponctué. Sur papier, entre le 
16 e et le 17 e siècle. 

Or. 2464. Même Commentaire sur la Genèse, chapitres m, xxv 
xxviii-xxxvii. Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2465. Fragments du même Commentaire sur la Genèse, avec le 
texte hébraïque en partie ponctué. Sur papier, entre le 15° et le 
4 6 e siècle. 

Or. 2466. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres xvin-xx, avec 
le texte hébraïque en partie ponctué. Sur papier, du r \ 6 e siècle* 

Or. 2467. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres x-xin ; xv-xx, 
avec le texte hébraïque en partie ponctué. Sur papier, du 
4 6 e siècle. 

Or. 2468. Même Commentaire sur l'Exode , chapitres xxi-xxvn î 
xxxiii-xl, avec le texte hébraïque sans ponctuation. Sur pa- 
pier, de 5324 de la création (1564 de notre ère). A la fin trois 
feuilles sur vélin, contenant en vieille écriture Sefardi des frag- 
ments du Talmud. 

Or. 2469. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres iii-vi ; x-xu ! 
xxxvn ; xxxviii, avec le texte hébraïque ponctué. Sur papier, 
de 5374 de la création (1614 de notre ère). 



LUS MANUSCIUTS JUDA1QUÇS DU MUT1S11 MUSEUM 281 

Or. 2470. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres xvu-xx. Sur 

papier, du 14° siècle. 
Or. 2471. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres xxxiv-xl, avec 

le texte hébraïque sans ponctuation. Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2472 Même Commentaire sur le Lévitique, chapitres i-xv et 

xxv. Sur papier, de 5327 de la création (1567 de notre ère). 
Or. 2473. Même Commentaire sur les Nombres, chapitres i, vu, vin, 

xv, xx, xxiv, xxxi, xxxn, xxxv, xxxvi, avec le texte hé- 
braïque ponctué et accentué. Sur papier, du 15 e siècle. 
Or. 2474. Même Commentaire sur les Nombres, chapitres vi-xv. 

Sur papier, du 14° siècle. 
Or. 2475. Même Commentaire sur les Nombres, chapitres xxn-xxxvi, 

avec le texte hébraïque ponctué. Sur papier, du 10° siècle. 
Or. 2476. Même Commentaire sur les Nombres, chapitres xxvi- 

xxix ; xxxi-xxxvi, avec le texte hébraïque sans ponctuation. 

Sur papier, du 16° siècle. 
Or. 2477. Même Commentaire sur les Nombres, chapitres vin-xv. 

Sur papier, du 4 4 e siècle. 
Or. 2478. Même Commentaire sur le Deutéronome, chapitres: i-vn, 

avec le texte hébraïque en partie ponctué. Sur papier, du 17° 

siècle. 
Or. 2479. Même Commentaire sur le Deutéronome, chapitres xxvi- 

xxxiv, avec le texte hébraïque ponctué. Sur papier, de 5363 de 

la création (1603 de notre ère). 
Or. 2480. Même Commentaire sur le Deutéronome, chapitres i, n, 

xix-xxn, xxviii, avec le texte hébraïque sans ponctuation. 

Sur papier, du 16 e siècle. 
Or. 2481. Traduction du Peutateuque en arabe (caractères hé- 
braïques). Le traducteur pourrait bien être le Karaïte Yéfét. 

Sur papier, du 19 e siècle. 
Or. 2482-2484. nKE*7pM « Introductions », en arabe (caractères hé- 
braïques) et en hébreu, aux Parschiyyot hebdomadaires, par 

le Karaïte Samuel har-Rofé. 3 vol. uniformes, sur papier, du 

17 e siècle. 
Or. 2485. Premier volume du même ouvrage. Sur papier, entre le 

17° et le 18° siècle. 
Or. 2486. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) du Karaïte 

Samuel har-Rofé sur l'Exode, chapitres vi-xix. Sur papier, du 

16° siècle. 
Or. 2487. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres xiv-xx, xxxn, 

xxxiii, xxxiv, xxxix, xl. Sur papier, du 17° siècle. 
Or. 2488. Même Commentaire sur l'Exode, chapitres xxxn, xxxm, 

xxxv-xl. Sur papier, du 16 e siècle. 
Or. 2489. Même Commentaire sur le Lévitique, chapitres i-xv. Sur 

papier, du 17 u siècle. 



282 REVUE I>i;S KÏTDKS JUIVES 

Or. 2490. Même Commentaire sur les Nombres, chapitres i-xvhï. 
Sur papier, du 17° siècle. 

Or. 2491. Fragments de la Genèse, de l'Kxode, des Nombres et du 
Deutéronome ; texte hébraïque pointé et accentué, chaque ver- 
set suivi de la traduction arabe (caractères hébraïques), com- 
posée par le Karaïte Yeschou'a ben Ari, connu comme le 
Schaikh Abou '1-Faradj Fourkan. Sur papier, de 1714 des 
contrats (1403 de notre ère). — Fragments de la Genèse, texte 
hébraïque ponctué et accentué, avec une traduction arabe (ca- 
ractères hébraïques), par un auteur inconnu. Sur papier, du 
15 e siècle. 

Or. 2492. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur les 
deux premières Parschiyyot de la Genèse, par le Karaïte le 
Schaikh Abou Yousouf Ya'koub al-Kirkisani, abrégé de son 
Commentaire étendu, intitulé en arabe p'wnb&n btN'nbN 3Kn!3» 
Copie moderne sur papier, du 19 e siècle d'après un exemplaire 
de 1747 des contrats (1436 de notre ère). 

Or. 2493. Portions de l'Exode; texte hébraïque ponctué et accentué, 
avec une traduction en arabe (caractères hébraïques) et un 
commentaire, par un Karaïte. Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2494. Fragment d'un commentaire karaïte en arabe (caractères 
hébraïques) sur les premières Parschiyyot hebdomadaires du 
Lévitique. Sur papier, du 14° siècle. — Fragment d'un com- 
mentaire karaïte en arabe (caractères hébraïques) sur le Lévi- 
tique, chapitre xi. Sur papier, entre le 12 e et le 13 e siècle. 

Or. 2495. Commentaire karaïte en arabe (caractères hébraïques) sur 
le Lévitique, chapitre xi-xv. L'auteur écrivait après Sa'dya, 
qu'il cite. Sur papier, du 13 e siècle. 

Or. 2496. Fragments d'un commentaire karaïte en arabe (caractères 
hébraïques) sur le Pentateuque, comprenant les Nombres, 
chapitres i-v; le Lévitique, chapitre xm ; le Deutéronome, 
chapitre xxxi, avec le texte hébraïque ponctué et accentué. 
Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2497. Fragments d'un commentaire karaïte en arabe (caractères 
hébraïques) sur l'Exode, chapitre xxiv, et les Nombres, cha- 
pitre xxxv, avec le texte hébraïque ponctué et accentué. Sur 
papier, entre le 13 6 et le 14 e siècle. — Huit feuilles sur la 
loi du lévirat, avec des citations en araméen de c Anan et en 
arabe (caractères hébraïques) du Schaikh Abou Yousouf al- 
Kirkisani ; cf. Or. 2492. Sur papier, du 12 e siècle. 

Or. 2498. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur le 
Deutéronome, compilé d'Al-Kirkisani, Abou 'Ali, Abou 's-Sari, 
Abou '1-Faradj Haroun, Abou 'J-Faradj Fourkan (sur ce der- 
nier, cf. Or. 2491) et d'autres commentateurs karaïtes. Si la 
date donnée dans le colophon, 1633 des contrats == 1352 de 
notre ère, se rapporte à la composition, l'auteur vivait au 
14 e siècle. Sur papier, du 19 e siècle. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU IUUTJS1I MUSEUM '2*3 

Or. 2499. Commentaire succinct en arabe (caractères hébraïques) 
sur le Pentateuque, Josué et les Juges, par un Karaïte. — 
Fragment d'un commentaire en arabe (caractères hébraïques) 
sur I Samuel, chapitres x-xvin, avec le texte hébraïque sans 
ponctuation. L'auteur est probablement le Karaïte Yéfét. Sur 
papier, du 17° siècle. 

Or. 2500. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur les 
Livres des Rois, avec le texte hébreu ponctué, probablement 
par Yéfét. Sur papier, de 5379 de la création (1679 de notre 
ère). 

Or. 2501-2502. Deuxième et troisième parties du Commentaire en 
arabe (caractères hébraïques) de Yéfét sur Isaïe, avec le texte 
hébraïque ponctué. 2 vol. uniformes, sur papier, du 17 e siècle. 

Or. 2503. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) de Yéfét 
sur Jérémie, chapitres xiv, xv, xxvi-Lir, avec le texte hé- 
braïque ponctué. Sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 2504. Même Commentaire sur Jérémie, chapitres xxvi, xxvn, 
xxxiii-lii. Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2505. Fragments du même Commentaire sur Isaïe, Ezéchiel, 
Osée et Amos, avec le texte hébraïque ponctué. Sur papier, 
entre le 15 e et le 16 e siècle. 

Or. 2506-2507. Même Commentaire sur les Proverbes, avec le texte 
hébraïque ponctué. 2 volumes uniformes sur papier, du 
15 e siècle. 

Or. 2508. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur les 
Proverbes, par un Karaïte. Sur papier, du 16° siècle. 

Or. 2509. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur Job, 
chapitres i-ix, par Yéfét, avec le texte hébraïque ponctué et 
accentué. Sur papier, entre le 15 e et le 16 e siècle. 

Or. 2510-2511. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur 
Job, par Yéfét, avec le texte hébraïque ponctué. 2 vol. uni- 
formes sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 2512. Fragments du même Commentaire sur Job, avec le texte 
hébraïque ponctué. Sur papier, écrit par des copistes des 14 e , 
17° et 18 e siècles. 

Or. 2513. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur Ruth 
et sur le Cantique, par Yéfét, avec le texte hébraïque ponctué 
et accentué. Sur papier, de 732 de l'hégire (1331 de notre ère). 

Or. 2514. Même Commentaire sur le Cantique, avec le texte 
hébraïque ponctué. Sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 2515. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur les 
Lamentations, avec le texte hébraïque ponctué, par le Karaïte 
Salomon ben Yeroucham. Sur papier , entre le 15 e et le 
16 e siècle. 

Or. 2516. Même Commentaire, avec le texte hébraïque sans ponc- 
tuation. Sur papier, de bo07 de la créatiou (1747 de notre ère). 



284 KKVUE DES ETUDES JUIVES 

Or. 2517. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur l'Ecclé- 
siasle, parle même, avec le texte hébraïque ponctué en partie. 
Sur papier, du 17° siècle. — Commentaire en arabe (caractères 
hébraïques) sur Fsther, par Yehoudah Méïr, surnommé Al- 
Hakim As-Sari. Sur papier, de 5460 de la création (1700 de 
notre ère). 

Or. 2518-2520. Commentaire composé de fragments divers en 
arabe (caractères hébraïques) sur la Bible, par Yéfét et d'autres 
exégètes karaïtes. 3 vol. sur papier, formés de morceaux 
écrits du 14 e au 18 e siècle. 

Or. 2521 . Les Psau mes des Parschiyyot hebdomadaires des Nombres 
et du Deutéronome, conformément au rituel karaïte; texte 
hébraïque sans ponctuation, avec une traduction et un com- 
mentaire en arabe (caractères hébraïques). Les premiers feuillets 
manquent. Sur papier, daté de Damas, 1843 des contrats 
(1532 de notre ère). 

Or. 2522. Fragment considérable d'une polémique karaïte en arabe 
(caractères hébraïques), contre l'interprétation rabbanite des 
lois mosaïques, avec des citations de la Mischnah et du 
Mischnéh Torah de Maïmonide. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 2523. Fragments de deux traités polémiques karaïtes en arabe 
(caractères hébraïques), dirigés probablement contre Sa'dya. 
Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2524. Fragments d'un l^btf b"l£N aarû karaïte en arabe (carac- 
tères hébraïques), destiné à réfuter les chrétiens et aussi 
les musulmans Abou c isa d'Ispahan et Youdgan, avec la 
critique des doctrines de Benjamin an-Nahawandi et de Daniel 
al-Koumasi. Sur papier, deux mains différentes du 14 e et du 
15 e siècle. — Fragment du même ouvrage, écrit en caractères 
arabes, sur papier, vers le 12 e siècle. — Court fragment d'un 
ouvrage semblable, en arabe (caractères hébraïques), sur papier, 
du 14 e siècle. 

Or. 2525. Abrégé en arabe (caractères hébraïques) du mata 1ED 
d'Abou Yousouf Ya'koub al-Kirkisani. Sur papier, entre le 
13 e et le 14 e siècle; cf. Or. 2526, 2578, 2579, etc. 

Or. 2526. Collection de morceaux karaïtes, en arabe (caractères 
hébraïques) : 1° une partie de la neuvième Makala du nso 
rvi3M3, par R. Yéfét har-Rofé ben Sa'ir. Transcription ré- 
cente sur papier ; 2° Douzième Makala du mSM "iDO, par Y r a'- 
koub al-Kirkisani; transcription moderne sur papier du 
manuscrit Or. 2578 ; 3° Copie récente de Or. 2525, datée 5635 
de la création (1875 de notre ère); 4° Double de 1° et de 2° avec 
des feuilles supplémentaires qui les complètent ; 5° Fragment 
de la deuxième Makala du m»tt nso, par Ya'koub al-Kirki- 
sani; copie récente de Or. 2579. 

Or. 2527. Fragment d'un ouvrage arabe (caractères hébraïques) sur 
l'eschatologie d'après les Karaïtes. Sur papier, du 16 e siècle. 



LKS MANUSCRITS JUDAÏQUES DU DRITISII MUSEUM 285 

Or. 2528. rtnob» TKpyb» « Les six articles de foi ». Deux exem- 
plaires de la partie relative à la jugulation des animaux 
(ÏTTIK3 8 lb« OTTO), par le Karaïte Israël had-Dayyan. Arabe 
écrit eu caractères hébraïques sur papier. Le premier exem- 
plaire daté 5592 de la création (1832 de notre ère), le second de 
la même époque. -- Fragment d'un autre ouvrage en arabe 
(caractères hébraïques) sur la Schechitah. Sur papier, entre le 
15 J et le 16 e siècle. 

Or. 2529. Fragment d'un ouvrage philosophique étendu, en arabe 
(caractères hébraïques), probablement par Yousouf al-Basir. 
Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2530. Première partie d'un livre de prières karaïte, en hébreu, 
avec des règles liturgiques en arabe (caractères hébraïques). 
Sur papier, du 17° siècle. 

Or. 2531. Livre de prières karaïte, en hébreu, avec des prescriptions 
en arabe (caractères hébraïques). Sur papier, de 5460 de la 
création (1700 de notre ère). 

Or. 2532. Portion d'un livre de prières karaïte, en hébreu, avec 
des prescriptions en arabe (caractères hébraïques). Sur papier, 
composé de fragments écrits par diverses mains au 16 e et au 
17 e siècles. 

Or. 2533. Piyoutim, en hébreu, par des auteurs karaïtes. Sur pa- 
pier, du 17 e siècle. 

Or. 2534. Piyoutim, en hébreu, par plusieurs écrivains karaïtes. 
Sur papier, entre le 17 e et le 18 e siècle. 

Or. 2535. Hymnes par divers auteurs karaïtes, en hébreu et en 
arabe (caractères hébraïques). Les feuillets 1-39 sont datés de 
5504 de la création (1744 de notre ère). Le reste du manuscrit, 
tout entier sur papier, est en partie de la même époque, en 
partie du 17 e siècle. 

Or. 2536. Introduction au rituel karaïte, contenant des directions 
pour ceux qui en font usage, avec des traités sur les accents, 
sur la grammaire hébraïque, etc., en 26 chapitres. Arabe (ca- 
ractères hébraïques). Sur papier, daté Damas, 5444 et 5454 de 
la création (1684 et / 1694 de notre ère). 

Or. 2537. m~ arû pcns, ouvrage en hébreu sur le rituel karaïte, 
par Kaleb Efendipulo. Transcription moderne sur papier, faite 
au Caire en 5627 de la création (1867 de notre ère) d'après l'au- 
tographe de l'auteur terminé en 5257 de la création (1497 de 
notre ère). — Traité de morale, en arabe (caractères hé- 
braïques), attribué à Dja'far as-Siddik, copie moderne suivie 
du manuscrit original, daté de 1015 de Thégire (1606 de notre 
ère). Sur papier. 

Or. 2538. ïimaïi ûba rwrw ïTOSnri "•rrcn otid idd, manuel de 
morale en hébreu, attribué à Jacob ben Eléazar. — p nso 
rvmrnrî, attribué au même. — Histoire en arabe (caractères 



2SG REVUE MRS ETUDES JUIVES 

hébraïques) de la conversion de Juifs rabbanitos à la doctrine 
des Juifs karaïles au Caire, en Tan 1776 des contrats (4465 de 
notre ère). Copie moderne sur papier. 

Or. 2539. Deux fragments d'un rituel karaïte à l'usage du service 
solennel dans le temple. Texte hébraïque écrit en caractères 
arabes, avec une partie des points-voyelles hébraïques. Les 
instructions destinées au chantre sont en langue arabe. Sur 
papier, des 12 e et U° siècles. — Fragments de la Genèse et 
du Deutéronome. Texte hébraïque écrit en caractères arabes, 
avec les points-voyelles hébraïques en rouge et les accents en 
vert. Dessins d'ornement en or et en couleurs. Sur papier, du 
10 e siècle. 

Or. 2541. La Genèse, chapitre xxx, 35 — xxxir, 30. Texte hébraïque 
en caractères arabes, avec les points-voyelles hébraïques et les 
accents en rouge. — Un long fragment de l'Exode, texte hé- 
braïque en caractères arabes, avec les points- voyelles hé- 
braïques et les accents en rouge. Sur papier, du 10° siècle. 

Or. 2542. Fragment de la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, 
la plus grande partie du Deutéronome. Texte hébraïque eu 
caractères arabes, avec les points-voyelles hébraïques et les ac- 
cents en rouge. Sur papier, du 11 e siècle. 

Or. 2543. Fragments de Jérémie. Texte hébraïque en caractères 
arabes, avec les points-voyelles hébraïques et les accents en 
rouge. Sur papier, du 11 e siècle. 

Or. 2544-2546. Morceaux divers du Pentateuque. Texte hébraïque 
en caractères arabes, avec les points-voyelles hébraïques et les 
accents, une traduction et un commentaire arabes, 3 vol. uni- 
formes, sur papier, entre le 41 e et le 12 e siècle. 

Or. 2547. Fragments de Josué, des Juges et des Livres de Samuel. 
Texte hébraïque en caractères arabes, avec les points-voyelles 
hébraïques et les accents, une traduction et un commentaire 
arabes. Sur papier, du 44° siècle. 

Or. 2548. Fragments d'Isaïe. Texte hébraïque en caractères arabes, 
avec une traduction et un commentaire arabes. Sur papier, du 
41 e siècle. 

Or. 2549. Fragments de Jérémie et d'Ézéchiel. Texte hébraïque en 
caractères arabes, avec les points-voyelles hébraïques et les 
accents, une traduction et un commentaire arabes. Sur papier, 
du 41 e siècle. 

Or. 2550. Fragments des petits Prophètes. Texte hébraïque en ca- 
ractères arabes, avec une traduction et un commentaire arabes. 
Sur papier, du 14 e siècle. 

Or. 2551. Fragments des Psaumes. Texte hébraïque en caractères 
arabes, avec les points- voyelles hébraïques et les accents, 
une traduction et un commentaire arabes. Sur papier, du 
11 e siècle. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU lUtlTlSH MUSEUM 287 

Or. 2552. Fragments de Job. Texte hébraïque en caractères arabes, 
avec les points-voyelles hébraïques et les accents, une traduc- 
tion et un commentaire arabes. Sur papier, du 11° siècle. — 
Peux fragments d'une traduction et d'un commentaire arabes 
de i'Keclésiaste et des Lamentations. Sur papier, entre le 
10 e et le 11 e siècle. 

Or, 2553. Fragments des Proverbes. Texte hébraïque en caractères 
arabes, avec les points -voyelles hébraïques et les accents, 
une traduction et un commentaire arabes. Sur papier, du 
11 e siècle. 

Or. 2554. Ruth et le Cantique. Texte hébraïque en caractères arabes, 
avec la traduction et le commentaire arabes de Yéfét. Sur pa- 
pier, daté Ramla, an 395 de l'hégire (1004 de notre ère). 

Or. 2555. I/Ecclésiaste, chapitre il, 21 — xu, 2. Texte hébraïque en 
caractères arabes, avec les points-voyelles hébraïques, une tra- 
duction et un commentaire arabes. Sur papier, entre le 13° et 
le I i e siècle. 

Or. 2556. Fragments de Daniel, Ezra, Néhémie et des Chroniques. 
Texte hébraïque en caractères arabes, avec les points-voyelles 
hébraïques et les accents, une traduction et un commentaire 
arabes. Sur papier, du \ I e siècle. 

Or. 2557. Fragments de Daniel. Texte hébraïque en caractères 
arabes, avec les points-voyelles hébraïques et les accents, 
une traduction et un commentaires arabes. Sur papier, du 
12 e siècle. — Fragments d'un commentaire, en arabe, sur la 
Genèse, par Ya'koub al-Kirkisani. — Fragments d'un com- 
mentaire en arabe sur le Lévitique, par un Karaïte. Ces deux 
derniers, sur papier, du U e siècle. 

Or. 2558. Fragments d'un commentaire karaïte étendu en arabe 
sur l'Exode et le Deutéronome ; à la fin, une partie d'une 
traduction arabe du Deutéronome. Sur papier, du 42 e siècle. 

Or. 2559. Fragment d'un commentaire karaïte en arabe sur le Lévi- 
tique. — Traductions et commentaires arabes des Psaumes K7 
et 68. Sur papier, du 13° siècle. 

Or. 2560. Commentaire karaïte en arabe sur les Nombres, cha- 
pitres xtx. 4 — xxin, 16. Sur papier, du 12 e siècle, complété par 
une main postérieure. 

Or. 2561. Fragment d'un commentaire karaïte en arabe sur le Lévi- 
tique. — Commentaire en arabe sur les Nombres, chapitres xxv, 
10 — xxx, 1, par Abou Sa'id (cf. Or. 2564). — Fragment d'un 
commentaire en arabe sur le Deutéronome. — Fragment d'un 
commentaire en arabe sur Job. — Court morceau d'un ouvrage 
grammatical. Sur papier, entre le 12 e et le 43 e siècle. 

Or. 2562. Fragments d'un commentaire karaïte en arabe sur les 
Nombres et le Deutéronome, avec une traduction arabe de ces 
deux livres. Sur papier, du 12 e siècle. 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Or. 2563. Fragments du commentaire en arabe sur les Nombres 
et le Deutérononie, par le Karaïte 'Ali ibu Soulaimau. Sur pa- 
pier, entre le 4 2 e et le 13° siècle. 

Or. 2564. Fragment d'un commentaire peu développé en arabe sur 
Josué, par Abou Sa'id, c'est à-dire Léwi ibn al-Ilasan ibn 'Ali 
al-Basri. Sur papier, de scha'ban 608 de l'hégire (1211 de notre 
ère). — Deux fragments d'un traité en arabe sur la prière, 
probablement par Ya'koub al-Kirkisani ; le premier fragment 
daté 437 de l'hégire (1045 de notre ère), copié d'après l'auto- 
graphe de l'auteur. 

Or. 2565. Fragments d'une traduction et d'un commentaire arabes 
des Psaumes. Sur papier, du 13° siècle. 

Or. 2566. Fragments d'une traduction et d'un court commentaire 
arabes des Psaumes. Sur papier, entre le 12 e et le 13 e siècle. 

Or. 2567. Fragment d'un commentaire en arabe sur les Proverbes. 
On y a inséré le texte hébraïque en caractères hébraïques. 
Sur papier, entre le 13° et le 4 4 e siècle. 

Or. 2568. Titres arabes : "mattab» a&tro ou nonhabN, ouvrage en 
arabe sur la philosophie religieuse du judaïsme, par le Karaïte 
Yousouf al-Basir. C'est l'original arabe du livre, dont la tra- 
duction hébraïque est dénommée Tic ntt^ntt. Sur papier, 
entre le 4 e et le 41 e siècle. 

Or. 2569. Traité philosophique considérable, en arabe, se rappor- 
tant principalement à la doctrine de la récompense et du châ- 
timent, probablement par le même auteur. Des lacunes. Sur 
papier, du 12° siècle. 

Or. 2570. rTplttâm mbarâ, consultations de droit canonique juif, 
en arabe, par Yousouf al-Basir. Sur papier, entre le 43° et le 
44 e siècle. 

Or. 2571. mmwm mhrâ, consultations légales en arabe, apparem- 
ment du même auteur. Sur papier, du 4 4 e siècle. 

Or. 2572. Collection de traités philosophiques en arabe, parmi les- 
quels nous relevons : 1° Ceux de 'Ali ibn Soulaiman, composés 
en 465 et 486 de l'hégire (1072 et 4 093 de notre ère); 2° des 
extraits du livre intitulé en arabe T^mnbN ^ba mbnb« 
bljbfin, par Abou '1-Fadl Sahl ibn al-Fadl ibn Sahl al-Doustari. 
Sur papier, entre le 4 I e et le 42° siècle. 

Or. 2573. Exposé en arabe des divergences entre les auteurs ka- 
raïtes Abou 'Ali (Yéfét) et Abou 's-Sari sur l'interprétation 
des lois mosaïques. Sur papier, entre le 4 4 e et le 12 e siècle. 

Or. 2574. Commentaires, en arabe, sur les lois d'impureté spécifiées 
dans le Lévitique, chapitres xn-xv, où sont exposées les diver- 
gences de point de vue entre les Karaïtes Abou 'Ali (Yéfét) et 
Abou 's-Sari. — Commentaires en arabe sur la Genèse, cha- 
pitres i et il. Sur papier, entre le 42» et le 43 e siècle. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU DR1T1S1I MUSEUM 289 

Or. 2575. Un traité karaïle de polémique, eu arabe, sur les lois re- 
latives aux héritages, probablement contre Sa'dya. Sur pa- 
pier, entre le 13° et le 14 e siècle. 

Or. 2576. Fragment d'un traité en arabe sur les lois relatives aux 
héritages (Nombres, chapitre xxvn). Sur papier, daté de 409 
de l'hégire (1018 de notre ère). — Fragment d'un traité en 
arabe sur les lois d'impureté. Sur papier, de la même époque. 
— Commentaire sur la Genèse, chapitre i, versets 14-19, 
composé en 409 de l'hégire (1018 de notre ère), copié sur papier 
en 418 de l'hégire (1027 de notre ère). 

Or. 2577. Fragment d'un mat» ISO karaïte en arabe, où il est traité 
des lois des nYHJ (Lévitique, chapitre xvm) et des lois rela- 
tives aux héritages. Sur papier, daté 415 de l'hégire (1024 de 
notre ère). 

Or. 2578. Onzième makala du mS» "iso composé en arabe par 
Ya'koub al-Kirkisani et deux copies de la douzième makala. 
Sur papier, des 1 1 e et 13 e siècles. 

Or. 2579. Fragments de la cinquième et de la sixième makala du 
même ouvrage. Sur papier, du 11 e siècle. 

Or. 2580. Fragments de plusieurs mit» "HDO karaïles en arabe. 
Sur papier, du 12 e au 14 e siècle. 

Or. 2581-2582. Mélanges karaïtes, se composant surtout de com- 
mentaires sur la Bible, parfois avec le texte hébraïque en 
caractères arabes. 2 vol. sur papier, du 11 e au 14 e siècle. 

Or. 2583. Fragment d'un commentaire en arabe sur les Haftarot de 
l'Exode, par un Rabbanile, avec le texte hébraïque sans ponc- 
tuation. Sur papier, du 1o e siècle. 

Or. 2584. Commentaire en arabe sur les Haftarot des Nombres, avec 
le texte hébraïque ponctué, par le même auteur. Sur papier, 
du 13 e siècle. 

Or. 2585. Le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome de la tra- 
duction arabe du Pentateuque, par Sa'dya. Des lacunes. Sur 
papier, du 14 e siècle. 

Or. 2586. Fragments du Deutéronome, dans la traduction arabe de 
Sa'dya. Sur papier, du 14 e siècle. — Poèmes en hébreu, eu 
partie avec une explication en arabe. 

Or. 2587. Fragments d'un Machzor en hébreu, comprenant deux 
hymnes par Ibn Ezra (n os 216 et 221). Écrit sur papier dans une 
écriture cursive Sefardi, entre le 14 e et le 15 e siècle. 

Or. 2588. Titre arabe : riNMNpM « Séances », poèmes de félicitations 
sur divers sujets ; poésies sur le vin en hébreu, avec des en- 
tête en arabe (caractères hébraïques). Sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 2589. Collection de mrp « Chants de deuil » en hébreu, par 
divers auteurs. Sur papier, du 17 e siècle. 

Or. 2590. ©ana "HE», les deux premières des trois parties dont se 
compose cette poétique et rhétorique de l'hébreu, par Salomon 

T. XXIII, N° 40. ' 19 



2 ( J0 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ben Mcschoullam de Piera. Sur papier, du 18* ou du 19 e siècle. 
Exemplaire complet, Or. 76. 

Or. 2591. *nttbnîi m*WïT, dans l'ordre alphabétique. Sur papier, du 
48° siècle. 

Or. 2592. Dictionnaire des racines verbales de la Bible avec leurs 
dérivés, rangées dans un ordre mnémonique et expliquées en 
arabe (caractères hébraïques), avec un chapitre en arabe sur le 
chaldéen biblique. Ouvrage dont la composition a été achevée 
en il 7 de l'hégire (4 026 de notre ère). Sur papier, du 4 4 e siècle. 

Or. 2593. Dictionnaire des mots difficiles de la Bible et de la Misch- 
nah, expliqués en arabe (caractères hébraïques). Sur papier, du 
46 u siècle. 

Or. 2594. Mélanges lexicographiques et un fragment grammatical 
en arabe (caractères hébraïques) : 4° Deux fragments du a«ro 
blS&Kb» par Ibn Djanah ; 2° un fragment du Dictionnaire con- 
tenu dans Or. 2592 ; 3° un fragment du traité sur les verbes 
provenant de racines contenant des lettres faibles, par Hay- 
youdj ; etc. Sur papier, du 4 4 e au 47 e siècie. 

Or. 2595. ïiupnï-; nso, la grammaire arabe d'Abou VWalid Merwan 
Ibn Djanah, dans le texte arabe (caractères hébraïques). Des 
lacunes. Sur papier, entre le 13 e et le 14 e siècle. 

Or. 2596. 'pi'vp' 1 ^ P^ n nDD > traité grammatical et masorétique en 
hébreu sur toute la Bible hébraïque, par Yahya ben Ya'koub 
Salih. Sur papier, entre lé 18 e et le 4 9 e siècle. Autre exem- 
plaire, Or. 44 47. 

Or. 2597 et 2598. Fragments divers, consistant surtout en commen- 
taires sur le Pentateuque et sur d'autres parties de la Bible. 
Arabe en caractères hébraïques, à l'exception d'un fragment, et 
Hébreu. 2 vol. sur papier, du 14 e au 4 8 e siècle. 

Or. 2626-2628. Les livres du Canon biblique de l'Ancien Testament, 
écrits artistiquement sur vélin, avec des titres et des bordures 
enluminés. 3 vol. en reliure orientale, datés de Lisbonne, 4 483 
de notre ère. 

1883. 

Or. 2671. Fragment du Commentaire en Hébreu d'Abraham Ibn 
Ezra sur l'Exode. — Commentaire de David Kamchi sur les 
premiers Prophètes. Sur papier, deux mains différentes qui 
paraissent du 4 5° siècle. 

Or. 2672. nspr» -idd, expositions cabalistiques en hébreu sur la pre- 
mière Paraschah de la Genèse, attribuées à Elkanah ben Yerou- 
cham ben Abigdor. Sur papier, daté Tammouz 5322 de la créa- 
tion (1562 de notre ère). Deux autres exemplaires, HarJ. 5515 
et Add. 26949. 

Or. 2673. Livre de prières en hébreu, d'après le rite yéménite, avec 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BR1TISH MUSEUM 291 

emploi partiel de la ponctuation superlinéaire. Le texte hé- 
braïque est accompagné de chapitres explicatifs des usages 
liturgiques en arabe (caractères hébraïques). Sur papier, daté 
nissan 1974 des contrats (1663 de notre ère). — Le cinquième 
livre du Misehnéh Torah de Maïmonide, incomplet à la fin. Sur 
papier, de la même époque. 

Or. 2674. rîiODnn nns?j, traité de médecine en hébreu, divisé en 
trois parties et attribué à Elischa' har-Rofé. La première partie 
manque. Sur papier, interfolié de feuilles en vélin. On a 
ajouté : 1° un examen médical en hébreu, composé de ques- 
tions et de réponses ; 2° un almanach en hébreu de l'an 231 de 
la création ( 1 474 de notre ère), date approximative du manuscrit. 

Or. 2683. Le Pentateuque. Texte hébraïque en caractères samari- 
tains. Sur papier, daté 758 de l'hégire (1346 de notre ère), mais 
complété plus tard. On y a ajouté une feuille de vélin, teinte 
en rouge, du 14 e siècle, contenant, dans les mêmes caractères, 
la Genèse depuis le chapitre xxvm, 24, jusqu'au verset 27 du 
chapitre xxix. 

Or. 2684. L'Exode. Texte hébraïque en caractères samaritains. Sur 
papier, de schawwal 1288 de l'hégire (1871 de notre ère). Des 
compléments pris dans un exemplaire un peu plus ancien. 

Or. 2685. Rouleau moderne sur vélin, contenant l'Exode, chapitres 
xii, 14 — xxv, 9, texte hébraïque en caractères samaritains. 

Or. 2686. Rouleau sur vélin, aux marges mutilées, contenant les 
Nombres, chapitres xvr, 1 — xxvi, 22, texte hébraïque en carac- 
tères samaritains. Vers le 12 e siècle. 

Or. 2687. Le Deutéronome, texte hébraïque en caraclères samari- 
tains. Le commencement et la fin manquent. Sur papier, du 
18 e siècle. 

Or. 2688. Traduction arabe du Pentateuque, divisée en courtes 
sections d'après la division du Pentateuque samaritain, chaque 
division étant précédée des mots hébreux qui l'ouvrent, en 
caractères samaritains. Sur papier, de djoumada II, an 724 
de l'hégire (1323 de notre ère), avec un complément postérieur 
au commencement. Des lacunes en tête ei à la fin. Autre exem- 
plaire de cette même traduction, Or. 1446. 

Or. 2689. Livre pour le culte samaritain, en samaritain. Sur papier, 
de 1149 de l'hégire (1736 de notre ère). 

Or. 2690. Autre exemplaire, sur papier, de 1299 de l'hégire (1881 de 
notre ère). 

Or. 2691. Ouvrage apologétique en arabe composé pour défendre les 
principes de la secte samaritaine. Sur papier, de 1199 de l'hé- 
gire (1784 de notre ère). — Hymnes et prières des Samaritains, 
en arabe, de 1295 de l'hégire (1875 de notre ère). 

Or. 2696. Le Pentateuque, les cinq Megillot et les Ilaftarot. Texte 
hébraïque, vocalisé et accentué avec les Masora magna et parva, 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cl avec le Commentaire de Raschi en marge. Titres enluminés 
Sur papier, du 14 e siècle. 



1884. 

Or. 2703. Fragments de la Genèse. Texte hébraïque, avec le Tar- 
goum et une traduction arabe. Sur papier, vers la fin du 
4 5 e siècle. A la fin une feuille de vélin, de date plus récente, 
contenant la Genèse, chapitres ix, 25 — x, 15, texte hébraïque, 
Targoum et traduction arabe. 

Or. 2704. Fragments des Nombres. Texte hébraïque, Targoum et 
traduction arabe. Sur papier, entre le 13 e et le 4 4 e siècle. — 
Fragment du Deutéronome, texte hébraïque, Targoum et tra- 
duction arabe, avec les Masora magna et parva. Sur vélin, vers 
la fin du 15 e siècle. 

Or. 2705. CTpOD « Décisions », examen en hébreu des lois talmu- 
diques, par Jacob ben R. Moschéh de Bagnols, qui vivait au 
14 e siècle. Sur papier, du 4 5° siècle. 

Or. 2733. Machzor en hébreu pour Rosch hasch-schanah d'après le 
rite italien. Des dessins à la plume et à l'encre grotesques. Sur 
vélin, entre le 4 3 e et le 4 4 e siècle. 

Or. 2734. Machzor en hébreu pour Rosch hasch-schanah et Kippour, 
d'après le rite italien. Sur vélin, entre le 4 4 e et le 4 5 e siècle. 

Or. 2735. Prières du soir en hébreu et Hoscha'not, avec le texte du 
Pirkê Abot, accompagné d'un commentaire. Sur vélin, du 
4 4 e siècle. 

Or. 2736. Siddour, ou disposition des prières hébraïques pour toute 
l'année. Titre enluminé et ornements coloriés. Sur vélin, écrit 
à Bertinoro en 5450 de la création (4 390 de notre ère). 

Or. 2737. La Haggadah de Pâque, texte hébraïque avec des enlumi- 
nures et une riche série de miniatures représentant la sortie 
d'Egypte, ainsi que la préparation et la célébration de la Pâque. 
Sur vélin. 

Or. 2745. Commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur les cinq 
premiers livres du Mischnéh Torah de Maïmonide, sous forme 
de questions et de réponses. Sur papier, du 4 5° siècle. 

Or. 2746. Commentaires en arabe (caractères hébraïques) sur les 
œuvres suivantes de Maïmonide : le Dalalat al-ha'irina, le 
Mischnéh Torah et le Séfér ham-miswot. — Titre arabe rrnbM 
rnhn^ûbtf, commentaire en arabe (caractères hébraïques) sur 
le yann uj-ntt de Yalrva ibn Soulaiman, par l'auteur lui-même. 
— Commentaire en hébreu sur les Lamentations; etc. Sur 
papier, du 45 e siècle. 

Or. 2772. Machzor en hébreu, d'après le rite allemand. Le calendrier, 
au fol. 304 v°, commence par l'année 86 de la création (1326 de 
notre ère), date probable du manuscrit sur vélin. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BR1TISII MUSEUM 293 

Or 2782. Iia^f) "lifcW, commentaire mystique sur les Haggadot du 
Talmud, par Todros ben Joseph Abou 'l- f Afiya hal-Léwi. Sur 
papier, écrit à Nicopoli en 5160 de la création (1401 de notre 
ère). Autre exemplaire, mais incomplet, Or. 62. 

Or. 2785. Homélies eu arabe (caractères hébraïques) sur l'Exode 
formant la deuxième partie d'un ouvrage homilétique iutitul 
en arabe : ■pp^rba niô: aarû, par Sa'idibn Da'oud al-'Adani. 
Sur papier, de 5242 delà création (1482 de notre ère). Autre 
exemplaire, Add. 27294. 

Or. 2786. Le Pentateuque en hébreu, avec les Haftarot, les cinq 
Megillot, le tout ponctué et vocalisé. Pour les premiers cha- 
pitres de la Genèse on a ajouté le commentaire de Raschi. Sur 
vélin, de adar 187 de la création (1427 de notre ère). 

Or. 2806. î-mûn ^hï nvm\ traité sur l'usage d'un instrument astro- 
nomique inventé par l'auteur Isaac ben Salomon ben Saddik 
Ibn al-Akhdab has-Sefardi, savant du 1 4 e siècle. — m» mmb 
nblbo, par le même. — tFYlMïn tnmptt mb, tables astrono- 
miques, par R. Isaac ben Eliyah hak-Kohen de Syracuse. — 
ynxrî nTUfc nss, traité astronomique, par Abraham ben 
Chiyyah. Sur papier, du 16 e siècle. 

1885. 

Or. 2822-2824. Une partie du Talmud de Jérusalem, comprenant 
tout le Sédér Zera'im, et la cinquième Masséchét (Schekalim) 
du Sédér Mo'éd, avec un commentaire en hébreu, par R. Salo- 
mon ben R. Joseph Syrile, exilé espagnol qui vivait à Jéru- 
salem au 16 e siècle. 3 vol. sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 2853. Commentaire en hébreu sur le Pentateuque, par Joseph 
Bechor Schor. La Genèse et une partie de l'Exode manquent. 
Sur papier, du 15 e siècle. 

Or. 2854. rrabttj pïin, commentaire en hébreu sur le Cantique, par 
R. Yochanan Aleman. Sur papier, de 338 de la création (1578 
de notre ère). 

Or. 2855. ^"ûnîl nDO, traité en hébreu sur les 613 commandements, 
dans l'ordre des Parschiyyol hebdomadaires, attribué à R. Aron 
hal-Léwi de Barcelone. Sur vélin, du 14 e siècle. 

Or. 2856. Commentaire en hébreu sur la Logique d'Aristote, par 
R. Yehoudah Messer Léon. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 2857. yârâ ms, traité de grammaire hébraïque en hébreu, par 
R. Moschéh ben Schémtob Ibn Habib. Sur papier, de 5247 de 
la création (1487 de notre ère). 

Or. 2858. ^ bb^to, commentaire en hébreu sur les éléments hagga- 
diques du Talmud, par Samuel Sarsah. Sur papier, de 5174 de 
la création (1414 de notre ère). 

Or. 2859-2860. b"mn :mT tin, commentaire en hébreu sur le Tal- 



294 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

mud, par R. Isaac ben Moschéli de Vienne. 2 énormes volumes 

sur vélin, du commencement du 14 e siècle. 
Or. 2884. HDD bttî irWtt, la Haggadah en hébreu, avec des initiales 

grotesques, des en-tête dorés et une série de miniatures sur 

des sujets bibliques tirés de la Genèse et de l'Exode. Sur vélin, 

du 14° siècle. 
Or. 2891 . Commentaire de Raschi sur le traité talmudique Kiddou- 

schin faisant partie du Sédér Naschim. Sur papier, de 5145 de 

la création (1385 de notre ère). 
Or. 2990. nsnbn iin, traité en hébreu sur la manière de fixer et de 

bénir les néoménies, composé en 1799 de notre ère par le 

Karaïte Isaac ben Salomon. Sur papier, daté Koslow (Eupa- 

toria), en 1850 de notre ère. 

1886 

Or. 3393. Fragment d'un commentaire en arabe sur le Pentateuque. 

avec des citations du Pentateuque samaritain. Sur papier, du 

15 e siècle. 
Or. 3394. Histoire des Patriarches et de Moïse, en arabe, avec des 

citations du Pentateuque samaritain. Sur papier, du 18° siècle. 

1888 

Or. 3612. Titre arabe : DD^ba ^K3>ïï narù, traité philosophique en 
arabe (caractères hébraïques), par Bachyah ben Joseph. Sur 
papier, copie moderne du manuscrit de la Bibliothèque natio- 
nale de Paris. 

Or. 3613. d">pDD c. Décisions » en hébreu sur les traités talmudiques 
suivants : Yebamot, Keloubot, G-ittin, Kiddouschin, Sota, 
Nedaiïm, Berakot, Gholin, Nidda, Sisit, Tefillin, Mezouzah 
et Séfér Torah, par Isaïe le jeune de Trani. Le commencement 
manque. Sur vélin, du 15 e siècle. 

1889 

Or. 3655. Commentaire cabalistique en hébreu sur le Pentateuque. 
Les premiers et les derniers feuillets manquent. Sur papier, 
du 16 e siècle. 

Or. 3656. Chronique en hébreu des rois de France et des princes 
ottomans, par Joseph ben Josué hak-Kohen, écrivain du 
16° siècle, probablement l'autographe de l'auteur. Le manuscrit 
comprend ensuite du même auteur et de sa main des hymnes, 
des énigmes et une liste alphabétique des noms hébreux, in- 
titulée mtttèii Obô, avec des citations bibliques. Sur papier, 
de Marchesclnvan 337 et 338 de la création (I576 et 1577 de 
notre ère). 



LUS MANUSCRITS JUDAÏQUES W BR1TISH MUSEUM 295 

Or. 3657. Explication en hébreu des traités talmudiques Sotah, 

Nedarim et Nazir. — Exposé des trenle middot, c'est-à-dire des 

trente modes d'interprétation, par R. Léwi ben Gerscbom. — 

"nttbnïl Ni^tt « Introduction au Talmud »,par Yehoudah Khalas. 

Sur papier, du 47° siècle. 

Or. 3658. rraiDn^ nso, traité astronomique en hébreu, par Moïse 
Botarel Farissol, l'autographe de l'auteur, suivi de tables as- 
tronomiques. — nsJrEïl ^bs, traité d'astronomie en hébreu, par 
Abraham Ibn Bzra, avec un commentaire marginal. — *m 
biS*nc\ description du cadran, par Joseph ben Machir, avec 
commentaires. Sur papier, du 4 5° siècle. 

Or. 3659. ^jbjaïl nDD, traité philosophique en hébreu, composé par 
Abou Falah de Saragosse pour son disciple Abou Mas'oud de 
Séville. La fin manque. Sur papier et sur vélin, du 15 e siècle. 

Or. 3660. Deux traités polémiques en hébreu contre la religion 
chrétienne. Sur papier, du 48 e siècle. 

Or. 3661. Commentaire en hébreu sur le Livre d'Esther. — Com- 
mentaire sur les Proverbes, parR. Menachém Meiri, incomplet 
du commencement et de la nu. Sur papier, du 15 e siècle. 

1890 

Or. 4048. Fragments divers de manuscrits en hébreu provenant 
du Yémen et comprenant des morceaux bibliques, pour la 
plupart avec le Targoum (ponctuation superliuéaire) ; des 
extraits du fNJPnbN rr-nntt, des Midraschim, enfin des pages 
du commentaire de Maïmonide sur la Mischnah, celles-ci en 
arabe (caractères hébraïques). Sur papier, du 14 e au 16 e siècle. 

Or. 4103. Les deux premiers livres (Séfér ham-madda c et Séfér 
Ahabah) du Mischnéh Torah de Maïmonide. Des lacunes. Sur 
papier, du 44° siècle. 

Or. 4112. ra* nn nmé -iso, la Haftarah du neuvième jour d'Ab, 
avec un commentaire en arabe (caractères hébraïques). — 
L'histoire de Hanna, en arabe (caractères, hébraïques). Rou- 
leau de parchemin, du 15 e siècle. 

Or. 4113. mrnbs « prières propitiatoires » en hébreu, par R. Sa r dya 
Gaon, Sur papier, du 47 e siècle. 

Or. 4114. Diwan, recueil de poésies en hébreu et en arabe (carac- 
tères hébraïques), par Joseph Schabezi. Sur papier, du 
18 e siècle. 

Or. 4115. ïrobttî Dïtb ")D0, traité cabalistique en hébreu, par R. Sa- 
lomon hak-Kohen. Sur papier, du 16 e siècle. 

Or. 4116. C^n "np93 '"IDD, règles pour la manière de tuer les animaux 
destinés à la nourriture, rédigées en hébreu par Yahya ben 
Ya'koub Salih. Sur papier, de 5605 de la création (1845 de 
notre ère). 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Or. 4117. pHp'irî pbfi nsD, traité grammatical et masorétique sur 
l'ensemble de la Bible, composé en hébreu par Yahya ben 
Ya'koub Salih. Sur papier, du 18 e siècle. Autre exemplaire, 
Or. 2596. 



INDEX DES OUVRAGES SANS TITRE 

[Les chiffres renvoient aux numéros des Or. du catalogue. Le signe — 
remplace la tête des articles.) 

Acte de divorce, 2458; de mariage, datés de Londres, 1433 ; autres, 2458. 

Apocryphes, en arabe, 1326, 

Apologie en faveur des Samaritains, en arabe, 2691 . 

Bible. Texte hébreu. — complète (avec la Masoie) 2201, 2616-18. Pentateuque (avec 

la Masore], 1379. Rouleaux du Pentateuque, 1451-1465 et (fragments) 11 et 

1085. Livre d'Esther (en rouleaux), 1047, 1086 et 2086. 

— avec texte hébreu vocalisé et ponctué. Pentateuque, Haftarot et Psaumes, 2451 . 

Pentateuque, Haftarot et Megillot, 2692 et 2786. Pentateuque et Haftarot, 
2286, 2348-50. Pentateuque et premiers Prophètes (en caractères rabbiniques), 
2415. La Genèse, 2414. 

— avec texte hébreu et Targoum. Pentateuque, 2363-65. Diverses parties de la 

Bible, 2364-77 et 4048. Prophètes et Hagiographes, 2210-12. 

— avec texte hébreu et traduction arabe. Bible, 1326. Pentateuque, 1466, 2228-30 

(avec Targoum) et 2481. Genèse et Exode, 2367-68. Lévitique, Nombres et 
Deutéronome, 2585-86. Fragments du Pentateuque, 2491. lsaïe, 2211. Hagio- 
graphes, 1302. Esther et Lament., 2227. Fragm. de la Bible (texte hébreu en 
caractères arabes), 2539-57. 

— samaritaine. Pentateuque avec trad. arabe et samarit., 1441-46, 1450 et 2688. 

Pentateuque hébreu en caractères samaritains, 2683. Fragments du Pentat. , 
2684-87. 

— avec traduction persane. Fragments de la Bible, 2459. Haftarot, 2460. Psaumes, 

2452. 

Cabale. Diverses œuvres de — , 1055. 

Calendrier pour les fêtes juives, en persan, 2451 et 2455. — de Pan 231 (1471 de 
l'ère chrétienne), 2674. 

Casuistique. Ouvrage karaïte, en arabe, sur la Schechita, 2528. Sur les lois de suc- 
cession et d'impureté, en arabe, 2576. 

Commentaire arabe sur le More Nebouchim, le Mischnéh Tora et le miSTDÏl 'O, 
2746. — sur une partie du Mischnéh Tora, 2741. 

Commentaires bibliques. En hébreu. Sur le Pentateuque, de Raschi, 1466, et d'Ibn 
Ezra, 1487. — Sur le commentaire d'ibn Ezra, 1432. Commentaire cabalis- 
tique sur le Pent., 3655. Divers — sur le Pent., 1422 et 2853. — sur des 
fragments de l'Exode et sur les premiers Prophètes, 2671. — sur les Prophètes 
et les Psaumes, 2263. — sur le Cantique et Ruth, 1004. Sur l'Ecclésiaste, 1023. 
Sur les Lament., 2746. Midrasch hag-gadcl sur les livres du Pentateuque, 
1482-83, 1490, 2213-16, 2352-55, 2378-79. Midrasch sur le Pentateuque et 
sur Esther, 2416. 

— En arabe, sur le Pentateuque et des fragments du Pentateuque, 66-70, 1330, 

1481-83, 2385-86, 2403, 2461-80 ; 2574 ; 3393. Introduction aux sections heb- 
domadaires, 2482-85. Sur les Haftarot, 2583-84. Sur les premiers Prophètes, 
2387. Sur Josué, 2564. Sur Samuel, 2388. Sur les Psaumes et les Proverbes, 
2565-67. Sur des fragments de la Bible, 2398-2402, 2544-57 et 2597-98. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES DU BR1TISH MUSEUM 297 

Commentaires kurailes en arabe. Sur la Bible, 2499-2520. Sur des fragments de la 
Bible, 2558-63 et 2581-82. Sur des fragm. du Peut., 2486-90 et 2492-98. Sur 
Josué, 240 i. 

( '.ominentaires talmudiques. — de Maïmonide sur les traités de la Miscbnab, 
en arabe, 2217-20, 2391-94, 2420. — de Raschi sur Kiddouscbin, 2891. Sur 
'Eroubin. 1054. Sur Bêsa, 44. Sur Baba Kamma, 852, Sur Baba Mesiya, 73. 
Sur Baba Batra, 43. Sur Nedarim et Nazir, 3657. Sur Pirkô Abot, 1003. 

Eschatologie. Fragments d'un ouvrage karaïte en arabe, sur 1' — , 2527. 

Ethique. Traité de morale, en arabe, 2537. 

Grammaire hébraïque, en arabe, 2349. Fragments de — , en arabe. 2594. Fragments 
d'un traité sur les verbes, 2594. 

Histoire des Juifs en arabe, 1326 et 1336. — des patriarches et de Moïse, en arabe, 
3394. — de Hanna, en arabe, 4112. — de la conversion des rabbanites au 
Caire, en arabe, 2538. Chronique des rois de France et des princes otto- 
mans, 3656. 

Homélies, en arabe, sur l'Exode, 2782. 

Hymnes karaïtes en hébreu et en arabe, 2535. 

Lettre des Samaritains de Naplouse à S. M. la reine Victoria, 1381. Lettres, 1263. 

Lexicographie. Fragments de — , en arabe, 2594. 

Machzor du rite allemaud, 42 et 2271. — du rite romain, avec trad. ital., 74. — du 
rite de Fez, 1024. — (sans indication), 2088. Fragments d'un —, 2587. — du 
rite italien pour R. hasch-schanah et Kippour, 2733-34. 

Médecine. Questionnaire sur la — , 2674. 

Méthodologie. Sur les 30 middot, 3657. 

Nouveau-Testament, en arabe, 1326. 

Philosophie. Commentaire en hébreu sur la logique d'Aristote, 2856. Idem sur un 
ouvrage d'"Averroès, 1053. Traités de philosophie en arabe, 2572, 3612 
et fragments 2529. Réflexions philosophiques sur le judaïsme, en arabe, 
2568-69. 

Poésie hébraïque avec des en-tête et des explications arabes, 2586 et 2588. — en 
hébreu et en arabe, 4114. Epopée biblique en persan, 2453. 

Polémique contre la religion chrétienne, 47 et 3660. — de Karaïtes contre les chré- 
tiens et les musulmans, en arabe, 2523. — de Karaïtes contre les Rabba- 
nites, en arabe, 2521-22. — de Karaïtes au sujet de l'interprétation de cer- 
taines lois, en arabe, 2573 et 2575. 

Prières pour toute l'année, 2736. — pour le soir et les Hoschanot, 2735. — en 
italien, 2443. Traité sur les — , 2564. Prières karaïtes, 2530-34 et (pour Kip- 
pour et Soukkot) 1103-04. Psaumes récités par les Karaïtes avant la lecture 
de la Loi, 2521. Prières samaritaines, 1448-49. — yéménites, 1479-80, 2227, 
2389-90, 2417-18, 2673. 

Rituel. Commentaire sur le—, 1034. —karaïte (fragments), 2539. Introduction au — 
karaïte, en arabe, 2536. — samaritain, 2689-90. 

Talniud de Jérusalem (Sédér Zera'im et traité Schekalim), 2812-14. Abrégé talmu- 
dique, 1421. 



INDEX DES OUVRAGES MENTIONNÉS SOUS UN TITRE 



ÏT772tt "^b'D ni^^ description d'un instrument astronomique. 2806. 
'??*2 w^n "^3? niAN/ épitre morale d'Aristote, traduit de l'arabe en hébr.,2396. 
""Q2n *"l3t"lN '0/ observations cabalistiques sur les Haggadot du Talmud, 
62 et 2781. 
ÏTWbîl TIN, sur les Néoménies, 2990. 
bl*T3 yni 11N, commentaire sur le Talmud, 2859 60. 

mifcttn mmN, 1054, 



298 HEVUK DES ÉTUDES JUiVES 

tD*VQUÎ^ï mniRy la météorologie d'Aristote, 832. 
!Wl!l H51?3Nîn '0/ traité de philosophie religieuse, 1069. 

•JN1D ^")72N, poétique et rhétorique hébr., 76 et 2590. 
"iDD^ b"D'GN / œuvre karaïte sur le Décalogue, 1100-01. 

i^-ir* 'o, 832. 

Î^Dj^! - ! by2, dictionnaire hébreu. 1022. 
Ù3>!1D "jm5 "13/ traité d'arithmétique, 1053. 

mwnfi p 'o, 3338. 
^bttn -ro, 1084. 
"p3> ^ ou mitîa '0/ œuvre karaïte sur les Préceptes, 1263. 
T"làN P55, œuvre cabalistique, 62. 
■p'-pNHbN PbfctbT, le guide des égarés de Maïmonide, en arabe, 1423 et 
2423 ; commentaire arabe, 2746. 

FîlDftPjfàbN InTlbMy commentaire en arabe sur le yzYîTt IDTTÛ, 1746. 

nOD bl25 !"n^!"î/ plusieurs exemplaires dont quelques-uns avec enlumi- 
nures, 1404 ; 1424 ; 2737 et 2884. 

•nttbnh p-nsn, 2419 et 2591. 

UÏDiïl 'jT^rï, traité de morale, 832. 

Û^Nrt ÏTÛT, 1084. 

D^lin, remarques sur Gittin, 851. — Sur le Mischné Tora, 45. 

p"!lp1ï"ï pbtl '0/ traité grammatical et masorétique, 2596 et 4117. 

^Ijtlïl '0/ énumération des 613 commandements, 2855. 

rfûbiltoïl "ITSIUri/ sur l a marche des astres, 1056. 

ïffablD plZîfi, commentaire sur le Cantique, 2854. 

mn^n '0/ 1054. 

ï"!N"] h ï"î HO" 1 '0/ traité de morale, 2396. 

JT-plfi 'o y traité de cabale, 1263. — Commentaire sur le — , 1023. 

"ibin m^»\ 1054. 

niï5H3ln '^h'D, traité d'astronomie, 3658. 
bliSNbî^ 3NP3/ dictionnaire hébreu, en arabe (fragments), 2594. 
*plbN bl^N DNPlD/ réfutation karaïte en arabe des doctrines chrétienne et 
musulmane, 2568. 
""iDnn'nbtf 3NP5, autre nom du livre suivant. 2568. 

"HIIStSyabN StfP^/ œuvre karaïte de philosophie religieuse, en arabe, 2568. 
"T'HN'lPbN 3NP5/ chroniques et tables chronologiques, en arabe, 1337. 
DSSbfct ^jtiZ'ïl SNPS/ traité philosophique, en arabe, 3612. 
•ppntC'btf HWj 3NPD/ homélies en arabe, 2782. 

■piÇO&Tïp 3NPD/ œuvre persane sur les médicaments, 2455. 
p^^nb&O Y"iO"lbN 2NP3/ commentaire sur le Pentateuque, 2492. 
ÏTTin HPD/ commentaire sur le Pentateuque, 1098. 
d^TlWrn Û^T^pï"? mb/ tables astronomiques, 2806. 

ribibo ma mmb, 2806. 

D^jDÏI ûnb, commentaire sur le Guide des Egarés de Maïmonide, 1388. 
iTTTObïJ ÛHb 'O y traité cabalistique, 4115. 
Tlttbnïl N1373/ introduction au Talmud, 3657. 

""1 7137251 '0/ commentaire sur le Pentateuque, 1097. 
Û^iSBFî nrDfa '0, traité de morale, 1485 et 2396. 
1Z5p!2WÏ"î 'D/ traité de morale, 1484. 
OI^VlDjN nbAW/ histoire d'Antiochus Epiphane. en araméen et en arabe. 
2212 et 2377. 
VDnn '01173/ homélies sur le Pentateuque, en hébreu avec explications 
arabes, 2351 ; 2380-82 ; commentaire, 2740. 
tri^-nTO/ discours, 1307. 
PYlIlirTO/ séances littéraires, 1002. 
iN^nbN P~n7T70/ traité de grammaire, annexé à des exemplaires de la Bible 
ou du Pentateuque. Voir 1379 ; 2228 ; 2348 ; 2364 ; 
2414 et 4048. 



LES MANUSCRITS JUDAÏQUES 1)1 BRITISH MUSEUM 299 

blb^EÏT, grammaire hébraïque, 1022 et 1045. 

"■D"- bbSTS/ commentaire sur les llaggadot talmudiques, 2858. 
Û"»D"lO*lb'W r'^bi: 'D, 2396. 

""b72ïl '0/ traité de philosophie, 3659. 
p^DOEÏl '0< dictionnaire des mots de la Mischna, 1303. 
nïlttFl mby?3 '0, traité d'éthique, 2390. 

"iïDX riw"'73 / grammaire hébraïque, 1425. 
pTipin TOlÛM, grammaire hébr. , 1016. 
HXIDin nnDft, traité de médecine, 2674. 

m3£53?1 '0/ livre des préceptes, en arabe, de Maïmonide, 2395 ; tra- 
duit en hébreu, 1046. 
m!lM3 '0/ œuvres karaïtes, en arabe, sur les Préceptes, 63; 2405- 
06; 2525; 2526 (fragments); 2577-80 (fragments de 
plusieurs). 
5l*tt miiti 'Oi de Moïse de Goucy, 1081. 

nN72Np72/ poésies eu hébreu, avec des en-tête en arabe, 2588. 
l2" , "Tï "*l"lp73 'Dy sur la schechita, 4116. 
"•D&obN t TU) M inbM l | dictionnaire de la Mischnah, 1303. 

ÏTTin Î"ïj'u73, divers chapitres de l'œuvre de Maïmonide, 1486 ; 2351 ; 

2357 ; 2421-22 ; 2456, 2673 et 4103. 
ÏIUDW rHILÎ'ft, apologie de Maïmonide, 1306. 
DbbbN TH3, homélies en arabe, 2356 et 2383-84. 
■"b73Ï"î "pi "PÎDÏT 'O, roman traduit de l'arabe, 1485. 

û^Owïl 7 0/ explication des miracles de la Bible, 39. 
THDÏ1, le Rituel arrangé par Rab 'Amram, 1067. 
mTlDîl 110 '0, œuvre philosophique, 2396. 

mmbD/ karaïtes, 1426-27. — De Sa e dya, 4113. 
"IDOfî, ouvrage grammatical et masorétique, 1045. 
NTIpfî l py, ouvrage grammatical et masorétique, 853. 
û^n yy, ouvrage théologique, 1099 et 1306. 
ftPObN "P£*p3>bN» œuvre karaïte, en arabe, sur les pratiques, 2528. 
D"Hpy~ 'O, traité de théologie, 1082. 
^"T13>n '0/ dictionnaire talmudique, 1264 et 2397. 
P"ltttt3H obs, index des nom? propres hébreux, 3656. 
tD&nïl ^pDD/ sur les traités Gittin et Ketoubot, 1057. 

D^pOS/ sur divers traités du Talmud, 1068; 2705 et 3613. 
r^ttn ^1»n Oins, éthique, 2538. 

IwTi DT1D '0/ ouvrage cabalistique, 2457. 
*JÏ3T£ TTiD, gramm. hébr., 2857. 
rVWlbn Ï"HPD, traduct. persane du —, 2455. 
H" 21*0 pCDD, ouvrage sur le rituel karaïte, 2537. 
y-lNn n*Tl!St 'D* ouvrage d'astronomie, 2806. 

dbi* rrnat, 1084. 
nrwrt Trot, 1084. 

m^p, diverses élégies, 2589. 
ïljplTî 'O, ouvrage cabalistique, 2672. 
bNT£^ £31, description du cadran, 3658. 
Û^b^S 13*1/ gramm. hébr., 75. 

Û12J mi/ 1306. 
Ï172p"in 'D/ gramm. hébr., en arabe, 2595. 
mrJTttJm mbNID, consultations de Salomon ben Adret, 1083. — Sans nom 
d'auteur, 1389. — D'al-Basir, en arabe, 2570-71. 
"•72 2 ni "DIS 'D/ commentaire sur la Haftara du jeûne d'Ab, 4112. 
2 3 "IN bw "înbfw, lois relatives à la nourriture, 1484. 
* , ; , ^73'^rî/ ouvrage grammatical, 1016. 
b^ttn 19W t par extraits, 1084. — Complet, 1102. 
rC-C" 'D/ dictionnaire hébreu, 1488. 
CHNÎ1 m^lbin '0/ traité sur l'homme, 1058. 



300 



HE VUE DES ETUDES JUIVES 



ïljl-nn 1DO/ traité d'astronomie, 3658. 
VmnbN ">bN mbnbK, traité philosophique en arabe, 2572. 

niDD^Î '0/ ouvrage attribué à Aristote et traduit de l'arabe en 
hébreu, 1306; 1484 et 2396. 
frn^O 1ÏW TOBn, traduction arabe du Pentateuque, 1041 ; 2228-2230; 
2367-2368; 2585-2586. 
©B3J1 m ^53 'Jlpn '0, éthique, 2396. 



INDEX DES NOMS D'AUTEURS 



Abou Falah de Saragosse, 3659. 
Abou '1-Fadl Sahl ibn Al Fadl, 2572. 
Abou '1-Faradj Fourkan, 2491 ; 2498 

(cf. Yeschou'ah). 
Abou 's-Sari, 2573. 

Abou Yousouf Yakoub al Kirkisani, 2492; 
2497; 2498; 2525-26; 2557; 2564; 
2578-79. 
Abraham ben Chiyvah, 832 ; 1056 et 
• 2806. 

Abraham ben Daud hal-Léwi, 1069. 
Abraham ben David, de Posquières, 852. 
Abraham ben Samuel ibn Chasdai, 1306 

et 1484; 1485; 2396. 
Abraham ben Schlomot, 2387. 
Ali ibn Soulaiman, Karaïte, 2563 et 2572. 
Ali rismaélite, 2396. 
c Amram (Rab), 1067. 
Aron ben Eliya, Karaïte, 1098 ; 1099; 

1263 et 1306. 
Aron hal-Léwi, de Barcelone, 43 et 2855. 
Aron Joseph le Karaïte, 1097. 
Ascher ben Yechiel, 1057. 
Bachyah ben Ascher, 1484. 
Bachyah ben Joseph, 3612. 
Chasdai Crescas ben Abraham, 47. 
David ben Abraham Maïmonide, 66-68. 
David ben Boas han-Nasi, 2403. 
David Karachi, 1018 ; 1022; 1045 ; 1488- 

89 et 2671. 
Djafar as-Siddik, 2537. 
Eléazar, de Worms, 1054. 
Eliézer, de Mayence, 1054. 
Elischa har-Rot'é, 2674. 
Eliyah ham-Melamméd, 1263. 
Elkanah ben Yeroucham ben Abigdor, 

2672. 
Ephraïm ben Gerschom, de Negroponte, 

1307. 
llavyoudj, 2594. 
lon-Djanah (Abou : 1 Walid Mervan), 2594 

et 2595. 
Ibn Ezra (Abraham), 1088; 1487; 2671 
et 3658. 



lmmanouel ben Salomon de Fermo, 1002. 
Isaac ben Abraham abn Il-Latif, 1084 et 

1102. 
Isaac ben Eliyah hak-Kohen, de Syra- 
cuse, 2806. 
Isaac ben Jacob, de Fez, 1421. 
Isaac ben Moschéh, de Vienne, 2859. 
Isaac ben Salomon, 1003. 
Isaac ben Salomon, Karaïte, 2990. 
Isaac ben Salomon ben Saddik ibn al- 

Akhdab, 2806. 
Isaac ben Samuel l'Espagnol, 2388. 
Isaac ben Schemtob, 1388. 
Isaïe le jeune, de Trani, 1068 et 3613. 
Israël had-Dayyan, Caraïte, 2528. 
Israël ham-Ma'arabi, 1263. 
Jacob Anatoli, 1306. 
Jacob ben Ascher, 2416. 
Jacob ben Eléazar, 2538. 
Jacob ben Isaac Kalanton, 1053. 
Jacob ben Moschéh de Bagnols, 2705. 
Joseph Albo, 1082. 
Joseph Bechor Schor, 2853. 
Joseph ben Abraham ibn Chaiyoun, 1004. 

Joseph ben Chayyim, 1022. 

Joseph ben David Ibn Yahya, 1004. 

Joseph ben Gorion, 1326 et 1336. 

Joseph ben Josué hak-Kohen, 3656. 

Joseph ben Machir, 3658. 

Joseph ben Schemtob, 47. 

Joseph ben Yehouda ben Isaac Zark, 75. 

Joseph Gikalalia, 62. 

Joseph Israël ben Abraham de Forly, 
1058. 

Joseph Schabezi, 4114. 

Kaleb Efendipulo, 2537. 

Kalonymos, 1053 et 1306. 

Kamchi, voir David. 

Léwi ben Gerschom, 1053 et 3657. 

Léwi ibn al Hasan ibn-Ali al Basri, 2561 
et 2564. 

Maïmonide (Moïse ben Maimoun), 1046; 
1423 ; 1486 ; 2217-26; 2395 ; 2420-23 ; 
2456; 2673 et 4103. 



LES MANUSCIUTS JUDAÏQUES DU BKITISH MUSEUM 



301 



Méir Kohcu, 45. 

Menahem Meiri ben Salomon do Perpi- 
gnan, 44 et 3661. 

Moïse Botarel Farissol, 3658. 

Moïse de Coucy, 1681. 

Mordechai ben Salomon, 1083. 

Mordechai Isban, 2457. 

Moschéh ben Schémtol) Ibn Habib, 2s:iT. 

Nachmanide (Moïse ben Nachraan), 1055. 

Nathan ben Yechiel de Home, 1264 et 
2397. 

Nechunya ben hak-Kanah, 832. 

Netanel ben Yescha<ya, 2356 et 2383. 

Nissimben Moschéh ben Salomon de Mar- 
seille, 39. 

Profiat Duran, 1425. 

Raschi (Salomon Yischaki), 73 ; 1466 et 
2891. 

Sa'dya. 1041; 1302; 2211; 2228-30; 
2367-68; 2585-86 et 4113. 

Sa'id ibn Da'oud al-'Adani, 2782. 

Salomon ben Abraham Addéret, 851 et 
1083. 

Salomon ben Joseph has-Sefardi, 1046. 

Salomon ben Joseph Syrile, 2812. 

Salomon ben Meschoullam de Piera, 76 et 
2590. 

Salomon ben Y"eroucham, Karaïte, 2515. 

Salomon hak-Kohen, 4115. 



Salomon han-Nasi, 1263. 
Salomon ibn Gabirol, 1485 et 2396. 
Samuel ben Yehouda Ibn Tibbon, 832, 

1023. 
Samuel har-Rofé, 63 ; 2405 ; 24S2-90. 
Samuel Sarsah, 2858. 
Schémtob ben Joseph Ibn Palquera, 1484. 
Scbimschon han-Nakdan, 1016. 
Tanchoum ben Joseph de Jérusalem, 1303. 
Todros ben Joseph Abou 'l-'Aliya, 62 et 

2781. 
Yahya ibn Soulaiman, 2746. 
Yechiel ben Yekoutiel, 2396. 
Y'éfét (Abou 'Ali al-Basri) le Karaïte, 

2398; 2461-81 ; 2499-2507 ; 2509-14 ; 
. 2518-20 ; 2526; 2573 ; 2574. 
Yehoudah ben Charizi, 2396. 
Yehoudah ben Eliyah Hadasi, 1100 et 

1101. 
Yehoudah Khalas, 3657. 
Yehoudah Ibn Tibbon, 1485. 
Y'ehoudah Méïr, Karaïte (Al-Hakim as- 

Safi), 2517. 
Yehoudah Messer Léon, 2856. 
Yekoutiel hak-Kohen ben Yehouda, 853. 
Yeschou'a ben Ari, Karaïte, 2491 ; 2498. 
Yochanan Aleman, 2854. 
Yousouf al-Basir, Karaïte, 2568-71. 
Zekaryah le médecin, 2351 et 2380-81. 



NOTES ET MÉLANGES 



LES PRÉPOSITIONS [D, D# BT LE PLURIEL HÉBREU 

C'est un fait reconnu que, dans les langues sémitiques, le mem 
et le nun permutent fréquemment. Nous nous proposons de 
mettre en lumière quelques cas très caractéristiques où le mem, 
selon nous, a été substitué en hébreu au nun *. 

On a expliqué jusqu'ici les formes ""Stop, "JE?? etc., par le re- 
doublement de yn : is^iç équivaudrait à ipç 1», ïfte» à 3(3)73 )», 
Mais il est à remarquer qu'on ne connaît pas d'autre exemple d'une 
préposition redoublée, et que, chose singulière, la préposition 
■jTp se redoublerait seulement en hébreu, les autres langues sé- 
mitiques n'ayant que la forme simple 'jTp. Enfin, comment se 
fait-il que la troisième personne du pluriel soit ùrip, et non 
Û37273 ? 

T V • 

En supposant que le second mem est pour un nun, on fait dis- 
paraître toutes ces difficultés. Les prépositions et les adverbes, 
en hébreu, reçoivent très souvent les mêmes suffixes que le 
futur des verbes. Ainsi, on dit : ,sia*ii*, ttjnnn, comme on dit : 
WJiôp? iiSTJpp-]. La préposition \n a dû donner avec les suffixes : 
■\33tt .337? .sisj» etc., et à cause de la voyelle brève, rçan ,ïj3E ,1337? 
avec ©ai dans le nun. Sous l'influence du mem de la racine, le 
nun s'est changé en mem, et l'on a eu 137372 ,37373, Wîjn, etc. Enfin, 
à la première personne ">2?27p et nsTsTp se sont changés en 1373» et 
=137373, sans doute par analogie avec la troisième personne du sin- 
gulier. De même, on trouve ijan (Gen., xxvn, 18), pour "Çûrt. et 

1 On considère généralement ûi"HE (Nombres, m, 49) comme offrant un exemple 
du changement du nun en mem. M. Dillmann, Exegetisches Handbuch, a. 1., a déjà 
montré que DTHD doit être lu d^VTS, comme au verset 50 (cf. iiîHB, v. 46 et 48). 
En ponctuant DÎ"H3 on a pensé à "ji^TB, mais ce mot ne se trouve qu'à l'état 
construit; à l'absolu ce serait fi^S, comme "pi-TH, "ji^S, fi^HlJ. 



NOTES ET MÉLANGES 303 

rnir (I Sam., xx, 14), pour Wî*. On comprend fort bien que dr™ 
= cïi72 n'ait pas changé, car on dit &■}»£•;, et non dsnçp^. 

Dans une autre préposition également, le changement du nun 
en mem a produit une forme bizarre. La préposition a*, à la 
première personne singulier, a deux formes w et ^to*. Quelle 
est l'origine de ce daletl U n'est pas admissible que le dalet ait 
été intercalé, et, d'un autre côté, avec une racine *vny on ne peut 
guère arriver au sens de « avec ». Si l'on change le mem en nun, 
on obtient une préposition *ny t très connue en arabe, et qui si- 
gnifie « auprès de, chez ». Or, la racine w est hébraïque et a le 
sens de « attacher » (Prov., vi, 21 ; Job, xxxi, 36). Cette racine 
a pu très naturellement former une préposition 133> « auprès de ». 
Mais, comme le sens de cette préposition se rapprochait beaucoup 
de celui de la préposition ûj> « avec », il a dû se produire une 
certaine confusion, et vn* changé en iitt?, a paru venir de d*. 
Aux autres personnes ns a entièrement supplanté la préposi- 
tion i:r, et en a pris très souvent le sens. La locution non iro* 
'd d* se traduit bien mieux par « pratiquer la bonté auprès de 
quelqu'un », que par « pratiquer la bonté avec quelqu'un ». Que 
l'on compare encore l'emploi de d* dans Deut., xxxn, 34; Ps., 
lxxviii,37; Job, xxvn, 13, etc., etc. 

Enfin, la formation du pluriel hébreu im ne se comprend qu'à 
laide de ce changement 1 . On a émis l'opinion que les terminaisons 
arabes du pluriel ûna, ina étaient l'allongement des terminaisons 
du singulier un et m 2 . En hébreu, de même, le pluriel hn répon- 
drait à un ancien singulier im. Mais cette théorie soulève de fortes 
objections. D'abord, comment le nun (en hébreu mem), indiquant 
l'indétermination au singulier, subsiste-t-il au pluriel avec l'ar- 
ticle? Ensuite, on a bien de la peine à expliquer comment, an 
(hébreu am) étant l'accusatif singulier, l'accusatif pluriel est ina 
(hébreu im), tandis que âni est réservé pour le nominatif du 
duel. Enfin, la terminaison ûna des noms a été rapprochée, avec 
raison, de la terminaison ûna dans les verbes, dans laquelle le 
nun est déterminatif et qui se trouve également en hébreu avec 
un nun. 

D'autre part, il ne nous semble pas possible de contester l'iden- 
tité de la mimation hébraïque, par exemple, dans Dsn , dans 

1 M. Stade, Lckrbuch der hebraeischen Grammaiik, p. 192-193, a fort bien établi 
ce point. Si nous en parlons ici, c'est qu'on a déduit de ce l'ait des conséquences 
inexactes pour la mimation du singulier. 

* M. Philippi, qui a exposé cette théorie dans son ouvrage intitulé : Wcsen und 
Ursprung des Status constructus im Hebraeischen p. 137 et suiv., y a renoncé depuis. 
Voir Z.'D. M. G., t. XXXII, p. 55. 



304 REVUU DES ETUDES JUIVES 

avec la nunation arabe. L'une et l'autre indiquent au singulier 
Y indétermination, tandis que la terminaison hébraïque rr comme 
la désinence arabe a, est réservée à la détermination, ainsi qu'on 
peut le constater facilement dans tous les noms où le suffixe rr est 
employé pour le locatif. De même, la terminaison N" de l'ara- 
méen biblique marque la détermination, et c'est pourquoi l'ara- 
méen n'a pas besoin d'article. En hébreu, on trouve aussi des 
mots tels que i-nn (Gen., xiv, 10), pour rnrtri , rwi» (ib., xix, 1) 
dans le sens de n^-iNrt. La mimation, comme le prouve l'accord 
qui existe sur ce point entre l'assyrien, l'hébreu et l'himyarite (où 
la nunation indique la détermination), est bien la forme primitive 
et elle s'explique de la façon la plus simple par le pronom indé- 
fini ïitt. 

S'il en est ainsi, il n'y a plus qu'une supposition possible, c'est 
que la nunation arabe du singulier n'a pas la même origine que le 
nun du pluriel, et que, de même, la mimation hébraïque du sin- 
gulier doit être distinguée de la terminaison du pluriel îm. Au 
singulier, c'est la mimation qui est primitive, au pluriel c'est la 
nunation. La terminaison îm est une altération de in, et est due 
sans doute à l'analogie du singulier. On peut même se demander si 
des formes telles que "p*ri (Job, xxiv, 24), "pl?£ [ibid., xxxiii. 8), 
etc., ne sont pas des archaïsmes, plutôt que des néologismes. 

Les terminaisons du pluriel ne dérivant pas de celles du singu- 
lier, il n'y a plus rien d'étonnant à ce qu'il n'y ait pas accord de 
voyelles, et il faut étudier les unes indépendamment des autres. 

Il faut noter enfin que le mem du pronom personnel tjïi a une 
tout autre origine que le mem de îm *, mais qu'il a pu aussi con- 
tribuer à la substitution du mem au nun. 

Mayer Lambert. 



UN DERNIER MOT SUR L'INSCRIPTION HIMYARITE 

SOI-DISANT D'ORIGINE JUIVE 

Sur ma demande réitérée, M. Ed. Glaser vient de publier, dans 
le dernier fascicule de la Revue, les trois lignes restantes de l'ins- 

1 Voyez Stade, Morgenlcendische Forschungen, p. 205. 



NOTES ET MELANGES 305 

cription sabéenne qu'il attribue à des auteurs juifs ou convertis 
au judaïsme, et moi à des auteurs païens. Ces lignes nouvelles ne 
fournissent aucun élément important pour le fond du débat ; elles 
nous apprennent toutefois les noms purement himyarites que por- 
taient la mère (ou l'oncle), la femme et les trois enfants de l'auteur 
de l'ex-voto ; l'ensemble donne les six noms suivants: Shahiram, 
B m, Shamsum r mum, AMshaHr et Maïram, dont pas un seul 
ne porte un cachet juif, ce qui est plus favorable, sinon décisif, à 
ma thèse, qu'à celle du savant éditeur. 

M. Glaser m'apprend, en outre, quoique un peu tard, que 
le côté gauche des deux parties détachées de cette inscription est 
parfaitement intact. Par suite de cette circonstance, disparaît 
l'hypothèse que son silence à ce sujet m'avait autorisé à émettre 
tout d'abord et relative à la perte d'une partie du texte du côté 
gauche. A part cela, M. G. assigne à une inadvertance probable le 
i après -ittrm:?, ainsi que le 73 de ce dernier vocable, et comme il 
ne marque qu'une lettre absente après wrî, les deux premières 
lignes de notre texte peuvent donc être rétablies de la manière 
suivante : 

i btmb^ ■p»o[3]^ pftm co aplani "pfr 

Dans ma réplique précédente, j'ai fait remarquer que le mot 
do « nom » ne saurait se rapporter à b&ntu\ M. G. paraît y accéder 
maintenant puisqu'il met entre parenthèse la particule de ; il pa- 
raît même envisager la possibilité de traduire « le nom du Miséri- 
cordieux qui est dans le ciel et dans Israël » , traduction que 
personne ne lui accordera. Beaucoup plus simple paraît être la 
troisième possibilité qu'il laisse entrevoir, sans le dire explici- 
tement, et qui doit avoir sa préférence. Je la citerai en entier : 

« Béni et loué soit le nom du Miséricordieux et Israël et leur 
Dieu, le Seigneur de Juda (ou des Juifs), qui a protégé son servi- 
teur Schahirum et ...» 

Ceci admis, M. Glaser n'a pas de peine à « considérer cette ins- 
cription comme provenant d'IIimyarites de naissance devenus 
Juifs ou judaïsants ». 

Oui, certainement, mais à la condition d'assigner à banur le 
sens de « Israël » et à nmrn celui de « Seigneur des Juifs », mais 
ce sont précisément les deux points que j'ai toujours contestés et 
que je conteste encore d'une façon absolue. Ma raison, selon moi, 
péremptoire, puisque je dois la répéter ici pour la troisième fois, 
est celle-ci : dès le moment que le « Miséricordieux qui est dans 
le ciel » est différencié du « Seigneur des Juifs », l'auteur ne sau- 

T. XXIII, N° 46. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rait être un converti au judaïsme, religion qui n'admet pas d'autre 
dieu à côté du sien. M. Glaser semble sentir lui-même cette diffi- 
culté insurmontable, et voilà pourquoi il ajoute ces deux mots 
caractéristiques « ou judaïsants ». 

Il y a un an et demi, M. l'abbé Duchesne, dans une lecture aca- 
démique bien nourrie, et s'appuyant sur la Shizze de M. Glaser, 
résumait ainsi qu'il suit le résultat des dernières découvertes 
himyaritiques : « Des inscriptions découvertes par M. Glaser per- 
mettent maintenant d'affirmer sans crainte que, non seulement ils 
(les Juifs) ont été influents, mais qu'ils sont même arrivés à con- 
quérir le gouvernement du pays. On a pu constituer toute une 
série de textes épigraphiques officiels, dont la teneur suppose que 
le souverain professait une religion monothéiste qui n'est nulle- 
ment caractérisée comme chrétienne. Dieu y est appelé : Le très 
miséricordieux, le Seigneur du ciel et de la terre, une fois 
même le Seigneur du ciel et d'Israël ». Aujourd'hui, pas une 
seule de ces affirmations n'est plus maintenue par personne, pas 
même par l'auteur de la Sliizze. J'ai prouvé que les formules 
« Seigneur du ciel et de la terre » et « le Miséricordieux qui est 
dans le ciel », ne sont pas des marques du monothéisme, que celle 
de « Seigneur du ciel et d'Israël » n'existe pas, et que cette der- 
nière inscription n'a pas d'origine royale ou princière et n'a pas 
même été faite par un prosélyte tant soit peu sérieux. M. Glaser 
se contente déjà d'un simple roturier judaïsant, mélangeur in- 
sensé ou inconscient des deux religions qu'il connaît. Mais, quand 
même on admettrait une telle alternative, la thèse principale 
de M. Glaser, relative à l'intronisation du judaïsme en Himyar, 
ne reste pas moins dénuée de fondement. Que le judaïsme ait pu 
attirer quelques individus parmi les Himyarites, personne ne l'a 
nié, il en a fait autant dans les autres pays où il s'est établi : mais 
de là à devenir une religion officielle, il y a loin, très loin. 

J'ai, de plus, le regret de dire que, malgré tous mes efforts, je 
n'y trouve pas la moindre trace d'un judaïsant, si léger qu'il soit. 
L'essence même du paganisme consiste à croire en tous les dieux 
et à leur rendre hommage. Est-ce que les rois perses, grecs ou 
romains judaïsaient parce qu'il leur convenait d'offrir parfois des 
sacrifices dans le temple de Jérusalem ? Cyrus a-t-il été judaïsant 
parce qu'il s'appelle serviteur de Iahwé, Seigneur du ciel 1 A ce 
compte, la reine de Saba, « qui bénit Iahwé, Dieu d'Israël (Rois, II, 
x, 9), serait une judaïsante très zélée. Non, la mention honorable 
d'Israël et du « Seigneur des Juifs », si même elle était réelle, at- 
testerait tout au plus de la part de l'auteur himyarite des idées 
larges et tolérantes sur la religion des autres, mais non cette incli- 



NOTES ET MÉLANGES 307 

nation particulière vers le judaïsme qui fait le trait caractéris- 
tique du judaïsant. 

Malheureusement une considération purement grammaticale et 
par conséquent inexorable m'empêche d'accepter la traduction 
de M. G. Je le déclare sans hésitation aucune : la phrase « et 
Israël et leur Dieu, le Seigneur des Juifs » est trop mal construite 
pour être admise en épigraphie. Ce que M. G. prend pour un pa- 
rallélisme, savoir : « Israël », et « Juda (ou Juifs) », est pour moi 
un galimatias inimaginable. Le plus ignare judaïsant aurait dit : 
u Béni soit le Miséricordieux qui est dans le ciel, Dieu d'Israël », 
ou, tout au plus « et le Dieu d'Israël ». Donc, l'inscription n'est 
pas due à un « judaïsant », bfcnb" 1 n'est pas Israël » et wm, 
où il peut avoir une lettre de trop ou de moins, ou quelque 
autre faute involontaire, n'est pas le « Seigneur des Juifs ». Je 
maintiens mon idée qu'il s'agit pour le premier mot d'un nom 
liimyarite Yasurêl, dans lequel je vois un nom de tribu ou de 
clan possédant son dieu particulier. Voici comment je traduis le 
passage : 

« Béni et loué soit le nom du Miséricordieux qui est dans le 
ciel, et Yasurêl et leur dieu Royhd (?) qui a sauvé son serviteur 
Shahirum, etc. » 

Le « Miséricordieux qui est dans le ciel » est le Dieu suprême 
des Himyarites de l'époque, et Kbyhd (?) le dieu particulier des 
Yasurêl, auxquels appartenait Schahirum, l'auteur de l'inscription. 
Le judaïsme n'a rien à voir dans cet acte de dévotion qui est, 
d'ailleurs, exclusivement païen ou pagano-chrétien. 

A ceux qui seraient trop frappés par la similitude de banur avec 
l'hébreu bi>nizr, il ne sera peut-être pas inutile de montrer que la 
ressemblance est purement fortuite. Le to du nom himyantique 
est représenté par une sifflante d'une nature encore mal définie, 
que quelques savants, sans preuves suffisantes, transcrivent par 
un sin hébreu. Cette lettre ne figurant jamais dans des noms 
étrangers, on s'attendrait à l'orthographe bino" 1 avec un o (sameh) 
ou plutôt à b&nON avec un aleph initial, forme usitée réellement 
en syriaque et en arabe pour exprimer le nom d'Israël. 

Pour ce qui concerne liTai, interprété par « Seigneur de Juda 
(ou des Juifs) », il est utile de faire remarquer que le mot m n'a 
pas encore été constaté dans l'épigraphie liimyarite, que le nom 
national Yahotid, ainsi qu'en arabe, doit s'écrire TifP avec i pour 
indiquer le où long ; nous en avons la preuve dans -nbN « en- 
fants », qui est la forme plurielle ouf oui de nbl « enfant » et, par 
suite, contracte de TibiN, et non une transposition de *nbi (n pour 
") !) ou aldvid, alâ-id, comme le suppose M. G. 



308 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

Je vais résumer enfin les résultats qui ressortent des considé- 
rations précédentes : 

]° L'inscription en discussion contient six noms d'homme ap- 
partenant à l'auteur et à sa famille, et pas un seul d'entre eux 
n'a une forme juive. 

2° Elle ne peut avoir été faite ni par un Juif ni par un converti 
au judaïsme, parce que la religion juive défend sévèrement la pra- 
tique des ex-voto et la regarde comme une coutume païenne. 

3° La distinction établie dans le texte entre « le Miséricordieux 
qui est dans le ciel » et le dieu d'Israël ou « Seigneur des Juifs », 
si ces deux noms propres y figurent réellement, ne peut être que 
l'œuvre d'un païen, tolérant ou superstitieux, si l'on veut, mais 
non « judaïsant ». 

4° Les mots « Israël » et « Seigneur des Juifs » n'y sont pas, 
mais les noms d'une tribu himyarite Yasw^êl et de sa divinité 
particulière dont la forme, visiblement fautive, offre les consonnes 
rbyhd. 

Ce n'est pas cette inscription qui prouvera la domination offi- 
cielle de la religion juive chez les Himyarites; qu'on nous en 
apporte d'autres, plus claires et moins tourmentées, nous nous 
inclinerons. 

J. Halévy. 



NOTE SUR L'OUVRAGE HOHAYAT HA-KORE 

APPORTÉ DE JÉRUSALEM A MAYENCE 

Dans son excellent livre n'"ns "WB (Oxford, 1881), M. Wickes, 
à mon avis, a prouvé surabondamment (p. 102) qu'on a eu tort 
d'attribuer à Juda ben Bilam les deux ouvrages traduits de l'arabe 
en hébreu sous le titre de fihpwïTWû, éd. Mercier, Paris, 1565, 
et n"?:N ùnso 'a "Wù n^D, Paris, 1556, et Amsterdam, 1858. 
11 est vrai que M. Bâcher [Monatsschrift de Graetz, 1885, 477), 
tout en croyant justifiés les doutes émis par M. Wickes, ne refuse 
pourtant pas d'une façon absolue à Ben Bilam la paternité de 
ces deux ouvrages, et M. Derenbourg {Revue, XVÏI, 173) paraît 
également considérer Ben Bilam comme l'auteur de ces deux 
traités sur les accents. Mais au fur et à mesure que j'ai pris con- 
naissance du commentaire de Ben Bilam sur Isaïe, que M. Deren- 



NOTES ET MELANGES 309 

bourg a publié dans cette Revue, j'ai pu me convaincre de plus en 
plus que les travaux authentiques de Ben Bilam n'ont aucun 
trait de ressemblance avec les traités sur les accents. 

Mais que ces traités soient ou ne soient pas de Ben Bilam, ils 
sont certainement identiques, comme l'a déjà remarqué M. Dukes, 
Literaturbl. des Orient, VII, 65, avec le ampîi rwtii, ouvrage 
divisé en deux parties, qui se trouve en ms. dans les mss. 
de Rossi, n° 764, Vat. n° 402 (d'après Assemani) et Oxford, 
n° 1465 (Cat. Neubauer). M. Wickes a découvert le titre de l'ori- 
ginal arabe, qui est napba frWfc; il a également reconstitué, 
d'après quatre mss. défectueux, un chapitre entier du texte origi- 
nal, le chapitre relatif aux accents des trois livres bibliques n"n«, 
et l'a publié comme appendice à son ouvrage n"ttN "Wù. Il est 
certain que l'ouvrage imprimé ^np^n V2y& est seulement la tra- 
duction d'une partie de l'œuvre originale, et non pas de l'œuvre 
complète, comme le prouvent les mots ampfi n^mh 'on \n-ût -ndi 
(finpafi "WÛ, p. 14). M. Wickes (/. c.) a prouvé que le -wa iw 
n'ttM n'est également que la traduction d'une partie du texte 
arabe. Le ms. du x-\-\pr> nwntt se trouve probablement dans le 
même cas, il ne paraît être que la traduction d'un extrait de 
l'original arabe. Non pas que les mots înafcp ^Tia, inscrits en 
tête du ms., prouvent avec certitude qu'il s'agit d'un simple frag- 
ment, car ils pourraient également signifier « résumé », comme, 
par exemple, dans l'introduction du Mikhlol : 'ym ^dd airob 
ms?. Mais l'épigraphe du ms. Vat. : dbian amptt n^nn nsD un 
m£p "p"^, qui est sans doute la traduction des mots arabes dn 
ms:D?3bN cités dans l'ouvrage de M. Wickes, p. 117, semble bien 
indiquer que nous n'avons devant nous qu'un extrait de l'œuvre 
originale. Et s'il est vrai, comme le suppose M. Wickes, dans 
sa préface des dnso $'"d WE, Oxford, 1887, p. xi, que le nwrffi 
Bmpfi ms. est identique avec le fragment qui, dans un ms. de 
YAmbrosiana, porte le titre de &nï3> pin, on aurait même la tra- 
duction du titre arabe de cet extrait. Mais on ne peut arriver à 
la certitude qu'en comparant tous les mss. duvfcmpn nmn entre 
eux et avec les deux traités édités par Mercier. 

Les premiers mots de tous les mss. du fcmpn rwiSi indiquent 
que l'original arabe de cet ouvrage a été apporté de Jérusalem à 
Mayence et traduit en hébreu dans cette dernière ville. Comme 
nous le voyons dans le Catalogue de la Bodléienne, p. 1279, ces 
mots ont été expliqués par MM. Dukes, Frensdorff, Hupfeld et 
Steinschneider. MM. Derenbourg (Journal asiatique, 1870, II, 
p. 503), Wickes (n"»8 Wû, p. 102, note 3), et Bâcher [L c, 
p. 475) s'en sont occupés également. Mais, à notre avis, on n'en a 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas encore donné une explication satisfaisante. Nous allons donc, 
à notre tour, les examiner de près, tels qu'ils sont rapportés par 
M. Wickes d'après les mss. d'Oxford et du Vatican. Les voici : 

n&ob b^brcwtt aaiïi ton fcmpïi [rwin Vat.] miiii ido ttt 
toamna toiaic nsnott éwi p tpT watti matp 'pnn hàna Vat.] 
&btt»'i Vat.] ûbsj» 'nn bfcttna 'm tottib np-wn -hdé» ^:ro i^ba 
.«ata^tt T*a unpfi "piabb ^:m ^vhn ■Dan [battra p 

M. Derenbourg, l. c, a déjà établi, ce qui a échappé à M. Wic- 
kes, que le mot wrirra ne signifie pas ici « traduit », mais 
« composé », comme dans Ezra, iv, 7. Mais le mot 'iNnb ne donne 
aucun sens, et la leçon naos du m s. Vat. est tout simplement 
intraduisible. Au lieu du mot nNsb, MM. Dukes et Bâcher lisent : 
ï&tob. Cette correction ne paraît pas heureuse, car ce mot f&ob 
« ici », c'est-à-dire Mayence, ne peut avoir pour pendant, comme 
le prétend M. Bâcher, Le note 2, le mot arab « là-bas », c'est-à- 
dire encore Mayence. M. Wickes propose de lire ûbttia au lieu de 
n«M. Cette correction ne donnerait pas non plus un sens tout à 
fait satisfaisant. Du reste, la place du mot ûb^3 est plutôt à la fin 
qu'au commencement d'un ms. Au surplus, que signifieraient 
alors les mots ù^b ip^n^M -na&o ? 

Pour résoudre ces diverses difficultés, je propose de lire û^iirro 
•n&ob, « de Jérusalem à Bari ». Comme le copiste allemand ne con- 
naissait pas le nom de "nsn, il a écrit -i&ob, mot qui est devenu 
n&«3 dans le ms. Vat. Cette supposition est corroborée par ce 
fait que, déjà avant la composition du fcmptt rwiîi, il existait de 
fréquentes relations, non seulement entre Mayence et l'Italie, 
comme le prouve l'arrivée de la famille Calonymos d'Italie à 
Mayence, mais plus spécialement entre les savants de l'école 
franco-allemande et ceux de Bari. On connaît le proverbe qui 
avait cours au xn e siècle au sujet des savants de Bari, et qui est 
rapporté par R. Tam (Se fer ha- Yaschar, 74 a) : Nifcn ■naao "O 
"di min. 

Certes, on ne peut pas prouver avec certitude qu'il faille lire 
■naob au lieu de ^ifcwb, mais la leçon que je propose présente cet 
avantage de rendre tout le passage très clair. Ainsi, les mots ^pm 
mxp, qui auraient dû suivre immédiatement le titre, s'ils avaient 
vraiment le sens de « résumé » ou « extrait », peuvent signifier, 
là où ils sont placés après ■nanb d^bum^û Naittrt : « par le chemin 
le plus court », c'est-à-dire par la mer, par opposition à la voie de 
terre utilisée par les croisés du xi e et du xn c siècles, et qui était 
la plus longue. Le copiste Joseph ben iïiyya a apporté ce ms. de 
là-bas (ûiatt, sans doute de Bari), en langue arabe, îpwîi liûNlD 



NOTES ET MÉLANGES 311 

d©b « tel qu'il l'avait copié pour cet endroit » (pour Bari). Mais si, 
au lieu d'expliquer dtttt par Bari, on y voulait voir Jérusalem et 
dire que le copiste a apporté ce ras. de Jérusalem pTtfrt *itt5N5 
;:': » quand il est allé là-bas », c'est-à-dire à Bari, ce passage ne 
contiendrait plus le moindre renseignement sur la façon dont le 
ras. est arrivé de Bari à Mayence. A Mayence, cet ouvrage fut 
traduit de l'arabe en hébreu. 

Nous ne savons ni quand cet ouvrage a été écrit, ni à quelle 
date il a été apporté à Mayence. En tout cas, il ne peut pas avoir 
été composé plus tard qu'au commencement du xn e siècle, car il 
a déjà été utilisé par le caraïte Juda Hadassi, qui a écrit son Esch- 
liol ha-Kofer en 1145. D'après M. "Wickes (p. 105, note 14), on ne 
trouve aucune trace du fcmpfi rwitt chez les nakdanim allemands 
avant le commencement du xm e siècle. Mais, dans le sna^p 
rmotttt, Tubingue, 1846, p. 48, M. Dukes a fait observer que déjà 
Moïse ha-Nakdan connaissait cet ouvrage, et M. Bâcher, l. c\, 
1). 498, a démontré par des exemples la justesse de cette obser- 
vation. Je crois que le *mpi-î rwiïi fut encore connu plus tôt. 
Car, en expliquant Exode, xv, 17, Samuel ben Méir, vers le 
milieu du xn e siècle , appelle le scheva mobile : 3>^ïï aniû. Or, 
ce terme, qui trahit son origine arabe, est usité dans le m^Tifi 
fimpfi , auquel Samuel ben Méir l'a certainement emprunté , 
puisqu'on ne le trouve chez aucun autre grammairien de l'école 
hispano-arabe. Il est bien difficile d'admettre que c'est par pur 
hasard que Samuel ben Méir a employé le même terme que l'ou- 
vrage ampïi rwiït, car cette coïncidence dans l'emploi d'un terme 
technique aussi caractéristique que les mots y^i2 Nnw serait bien 
extraordinaire. 

Porgès. 



DERASCH ET HAGGADA 

Dans mon article sur YExêgèse biblique dans le Zohar 
[Revue, t. XXII, p. 37), j'ai appelé l'attention sur un passage de cet 
ouvrage (II, 99 a) où le Derasch est distingué de la Agada (Ilag- 
gada) d'une façon fort étrange. Ces deux termes, d'après ce passage, 
désignent des méthodes d'interprétation qui atteignent l'Ecriture 
jusqu'au cœur de son sens véritable. En quoi, par exemple, ces deux 
méthodes différent l'une de l'autre, c'est ce que le Zohar ne dit pas 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

clairement. Par Agada, comme je disais, le Zohar entend pro- 
bablement les parties du Talmud et du Midrasch qui ont l'appa- 
rence d'énigmes, par conséquent la Agada, dans son sens le plus 
étroit, dont il est extrêmement difficile de saisir le sens rationnel 
et qui prête à des interprétations apologétiques ou philosophiques. 
Derasch* est la méthode qui se distingue du peschat, lequel vise 
le sens naturel, mais qui n'est pas difficile à comprendre suivant 
la manière du Midrasch, telle que la littérature traditionnelle l'a 
consacrée. Cette distinction entre le Derasch et la Agada n'est pas 
particulière au Zohar, elle apparaît, avec le caractère de termi- 
nologie constante, chez trois autorités espagnoles du xn e siècle. 
Aussi nous avons le droit de considérer cette distinction comme 
usuelle à cette époque et d'en conclure que le Zohar a pris ces 
termes dans leur acception usuelle et avec le sens qu'on leur don- 
nait dans son pays d'origine, l'Espagne, et à l'époque de sa forma- 
tion. Le premier de ces auteurs est Juda Hallévi, dont l'ouvrage 
théologique, le Kuzari, doit être, comme on sait, tenu pour une des 
sources du Zohar. Dans cet ouvrage (III, 68), le roi des Khazares 
interroge le savant juif sur l'exégèse des docteurs du Talmud qui 
est contraire à l'interprétation rationnelle, et il fait une distinction 
entre l'exégèse halachique et celle qui ne l'est pas. Il désigne la 
première du nom arabe de û&oriN (= û-O'n), la seconde du mot hé- 
breu, donné tel quel dans le texte arabe, rrnzm ; en outre, pour 
désigner des traditions souvent irrationnelles, il se sert en cet en- 
droit des termes rmaïi et rrptiiyw, également conservés sous leur 
forme hébraïque en arabe, comme étant des termes techniques -. 
Ici la Agada se distingue donc clairement du Derasch ; le Derasch 
est l'exégèse non-halachique des Tannaïm et des Amoraïm, tandis 
que F Agada, qui a des rapports intimes avec le rroiflo, la légende, 
le conte, représente des sentences du Talmud également non-hala- 
chiques. Ce sont ces deux expressions — seulement wm remplace 
CH — qu'emploie également Maïmonide, sans les traduire en 
arabe, à la fin de l'introduction du More Nebouchim : ^w ■ib'rDn 
fii'a* ypfrwn m/Wïib&n ^ mtïrnEbN 3 , ce que Munk traduit : « De 
même, dans les Midraschoth et dans les Haggadoth il existe des 
contradictions graves 4 ». Enfin, dans des fragments de l'ouvrage 
de théologie de Moïse ibn Ezra, fragments qui ont été conservés 
seulement dans une traduction hébraïque, se trouvent ces mots : 
baptt b^n Vn nm rmarm mia-ina û^-oii b"n immî-nu rra bnN 

1 Comparez la formule, qui revient si souvent chez Ibn Ezra : UJ11 "pi. 

» Ed. llirschl'eld, p. 218. 

3 Kdit. Munk, p. 11 b. 

* Le (laide des Égarés, I, p. 31» 



NOTES ET MELANGES 313 

nia?n ûrt drntt 1 . On voit que ces trois auteurs emploient ces 
deux expressions constamment l'une à côté de l'autre pour in- 
diquer le caractère irrationnel que paraissent avoir le Midrasch 
et la Agada. Outre ces auteurs, une consultation, due au Gaon 
Scherira et à son fils Haï-, et relative à Pesahim 50 a (sur Za- 
charie, xiv, 6), se termine sur cette remarque générale : nb«i 

Il est digne de remarque que cette règle donnée par les Gaonim 
comme provenant d'une baraita est citée aussi par Maïmonide 
sous cette forme {ibid.), avec ces mots d'introduction CpVip, "n»N), 
qui également peuvent désigner une tradition talmudique 3 . 

W. Bâcher. 



UNE GRAVURE SATIRIQUE 

A deux reprises, il a été parlé dans la Revue de la truie de 
Wittemberg, d'abord dans une analyse de l'ouvrage de Pierre de 
l'Ancre 4 , ensuite dans une notice spéciale 5 . Depuis lors, nous 
avons vu une gravure du même sujet, qui se trouve au dépar- 
tement des estampes de la Bibliothèque nationale . Voici ce qu'elle 
représente : 

Comme légende de la gravure, les deux vers suivants : 

Um dass wir nit essen swinin brotten 

Darumb sind wir gesund ; stinckt uns der oten ! 

Au milieu, une grande truie, aux mamelles pendantes, est en- 
tourée de quatre grandes personnes adultes , et de plusieurs 
enfants qui sucent le lait de la bête, trois de face, un vu de dos. 
En outre, un enfant, à gauche, tient la tête de la truie, lui caresse 
le cou, et, comme l'indique une banderole placée près de lui, 
semble dire : 

Nun sehen lieben liit Wie ich unter Mutter trutt. 

* Zion, de Jost, II, 137. 

* Harkavy, Responsen der Geonim, n° 353, p. 179. 

3 Une autre forme Je cette règle est ainsi conçue : ÏTlàN i"D*7 bi> 'pDfalD 'pN, 
voir la notice d'Harkavy, ibid.) p. 370. Cf. encore le Mebo Ha Talmud de Samuel 
Hanaguid, art. JTWÏf, a la fin : ■jïrb* 1"O?310 "pN "lÈWîm. 

4 Israël Lévi, Revue, t. XIX, p. 239. 

1 I). Kaufmann, ift., t. XX. pp. 269-274. 

* Cote : E a, 17, réserve; 



314 REVUtt DES ÉTUDES JUIVES 

Plus haut, du même côté, un homme vénérable coiffé d'un cha- 
peau plat, dit ces mots : 

Wir Juden sollen allen anseheu Wie uns mit der su geschehen 

Au-dessus du dos de la bote, un homme encapuchonné s'écrie : 

Dis sollen wir nit vergessen Swinen Fleisch sollen wir nit essen. 

Enfin, à droite, on voit deux hommes revêtus du chapeau 
pointu, Juden-Hut ; c'est à peu près le seul signe qui dénonce 
des Juifs. De plus, les plis de la soubreveste (jupe) du premier 
portent, en garniture, des lettres hébraïques, en partie renversées 
cîNOcbnc:, qui n'offrent aucun sens. L'un des hommes mord la 
queue de l'animal ; l'autre est placé vis-à-vis et adresse à son 
voisin ces deux vers rabelaisiens, en paraissant intestinorum 
flatus sentire l : 

Sug lieber bruder harlz So blos ich ir in den artz. 

Celte large gravure oblongue est un des premiers monuments 
de l'impression sur bois exécutés au milieu du xv e siècle. Elle ne 
porte aucune indication de lieu, ni de date; mais la facture, le lan- 
gage, les costumes ne laissent aucun doute sur l'époque. D'après 
les savants compétents en histoire de l'art, ce xylographe est ra- 
rissime, on n'en connaît pas d'autre exemplaire. 

Moïse Schwab. 



UN SCEAU PHÉNICIEN 

Mon ami, M. Morris Jastrow, professeur de langues sémitiques 
et bibliothécaire à l'Université de Pensylvanie, vient de décrire, 
dans les Hebraica de 1891 (p. 257-26*7), un sceau phénicien iné- 
dit, qui, après de nombreuses pérégrinations, appartient mainte- 
nant à M. Mayer Sulzberger, de Philadelphie. 

Sans m'arrêter à la représentation figurée que je ne distingue 
qu'à travers une reproduction imparfaite, je voudrais présenter 



1 Ce détail était exprimé brutalement, à Francfort-s.-M., sur un bas-relief, qui a 
disparu. La gravure qu'en donne Schudt (Judische Merkwûrdigkeiten, II, chap. xv, 
en l'ace de p. 256) est bien différente de celle qui nous occupe ici : elle ne repré- 
sente que quatre Juifs, portant chacun une rouelle, dans des postures différentes 
autour de la bête. 



NOTES ET MELANGES 315 

quelques observations sur l'inscription en caractères incontesta- 
blement phéniciens et dont voici la teneur en lettres hébraïques. 
C'est avec intention que je donne la série telle qu'elle, sans es- 
sayer de séparer les mots : 

M. Jastrow traduit : 

[Sceau de] Adôngallah (fils de) 'Abd'amônrab. 

Personne ne s'inscrira en faux contre la première partie de 
cette interprétation. Le lâméd initial précède évidemment le nom 
du propriétaire, d'Adôngallah. Au premier élément si connu Adôn 
est venu s'en joindre un second, gallah, qui est nouveau dans 
l'épigraphie phénicienne. M. Jastrow a eu raison de comparer 
celui-ci au nom propre arabe Djallâh, qu'il aurait dû seulement 
donner avec l'article, c'est-à-dire Al-Djallâh *, les Arabes n'omet- 
tant pas volontiers l'article dans les noms propres, lorsque l'ap- 
pellatif d'où ils sont tirés apparaît encore d'une manière trans- 
parente. On s'appellera chez eux Leblanc plutôt que Blanc, Lenoir 
plutôt que Noir. 

Mais où mon dissentiment est absolu, comme j'ai eu l'occa- 
sion de le dire d'abord, de l'écrire ensuite à M. Jastrow, c'est 
dans son interprétation de ce qui suit. La suppression de p 
« fils » ne me paraît pas suffisamment justifiée par les exemples 
donnés à l'appui de cette hypothèse. Je lui opposerai la majorité 
des sceaux phéniciens, où la filiation est indiquée et non pas sous- 
entendue. 

J'ajouterai que même, dans le cas contraire, il serait inadmis- 
sible à mes yeux que telle eût été la pensée de celui qui a rédigé 
le libellé du cachet. En effet, j'ai les préventions les plus vives 
contre un nom propre 'Abd'amônrab formé de trois substantifs ou 
même de deux substantifs et un adjectif. Voilà un nouveau venu 
auquel il serait difficile de trouver une parenté légitime. Détachez 
na*, traduisez-le par « serviteur », et toute difficulté s'évanouira. 
Nous avons au Louvre une pierre en forme de scarabée, avec une 
inscription ainsi conçue 2 : 

DT*b 

b^a-i 

1 Dans la même note de la page 263, pour la citation d'Ibn Khallikâu, il faut lire 
II au lieu de I. 

2 Levy, Sietjel und Gemmen (Breslau, 1869), p. 23 et planche II ; Schrôder, Die 
phonizische Sprache (Halle, 1869), p. 273. 



j31H REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ce qui signifie « [sceau de] 'Azam, serviteur de 'Azarba'al ». Le 
mot "in^, si fréquent devant les noms de dieux pour exprimer 
l'asservissement de l'homme aux puissances supérieures qu'il 
adore, s'applique aussi à la dépendance, non seulement d'un es- 
clave et d'un serviteur par rapport à son maître, mais aussi d'un 
personnage important par rapport à un dignitaire plus élevé, à un 
prince ou à un roi, d'un vassal par rapport à son suzerain. Ce mot 
a été rejeté par M. Jastrow comme impliquant une condition trop 
intime pour le possesseur du sceau. Je ne partage point cette ma- 
nière de voir. On est toujours le « serviteur » de quelqu'un, d'un 
dieu, quand on ne l'est pas d'un homme. 

Une fois dégagé de iny, le nom propre 'Amônrab, qui termine 
le cachet, présente une formation sémitique correcte, dans la 
composition de laquelle entrent: le dieu yny, plus souvent écrit 
en phénicien "part ; le substantif ou l'adjectif m « puissant, chef», 
mot dont le texte, récemment trouvé à Sidon, présente deux 
exemples (voir Ernest Renan, dans la Revue d' assyriologie et d'ar- 
chéologie orientale, II e volume, n° 3, 1891, p. 75-77). m répond 
au grec tfpxwv, et le nom propre signifie « celui dont 'Ammôn est 
le chef » ; cf. les noms propres inb*3 à côté de b^nsn « Annibal » ; 
ûnb^a à côté de b^^-i. 

Une coïncidence extérieure, que je veux signaler sans lui 
donner plus d'importance qu'elle ne le mérite, c'est le rappro- 
chement tout biblique de lift* « les 'Ammonites », dont la capi- 
tale avait été appelée han- c'est-à-dire la métropole par excel- 
lence. La forme complète est jlfôj? rja nan ( Deutéronome , ni, 
11), en grec, 'Papaed^ava, nom auquel, vers le milieu du iir 3 siècle 
avant notre ère, Ptolémée II Philadelphe substitua celui de Phila- 
delphie. 

Etrange rapprochement ; c'est dans la nouvelle Philadelphie 
qu'a été acquis par un amateur judicieux et déchiffré par un lin- 
guiste très autorisé le sceau qui m'a suggéré ces souvenirs de 
l'antiquité et dont je traduis ainsi la courte inscription : 

[Sceau] de Adôngallah, serviteur de 'Ammônrab. 

Hartwig Derenbourg. 

P. S. — Depuis que cet article a été écrit et remis à la rédaction 
de la Revue au commencement d'octobre 1891, M. Clermoni- 
Ganneau a lu, devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 
(séance du 30 octobre 1891) et publié [Comptes rendus de 1891, 
p. 357) une notice sur ce sceau. 

Au lieu de ms»? 'Ammônrab, M. Clermont-Ganneau propose 



NOTES ET M KL ANGES 317 

de lire mr::' Amminadab, ce qui est fort plausible, le dâlèt et le 
rèsch se ressemblant jusqu'à l'identité dans l'alphabet phénicien. 
Notez que les exemples du nom propre a^pte? sont relativement 
fréquents dans le texte hébraïque de l'Ancien Testament. De plus, 
Amminadab figure dans la généalogie de Jésus, telle qu'elle est 
donnée dans les Évangiles selon saint Mathieu et saint Luc. Ma 
seule objection contre cette hypothèse fort ingénieuse, c'est qu'à 
ma connaissance, *Am n'est connu jusqu'ici comme premier terme 
d'aucun nom propre dans l'onomastique phénicienne. 

H. D. 



LES MÉDAILLES DE LA COLLECTION STRAUSS 

Je possède un autre exemplaire de la médaille décrite au n° 3 
de l'article de M. Schwab (plus haut, p. 138). « L'assemblage 
bizarre de lettres mapi? , mm , "îanp , TOH»iD?in » est tout sim- 
plement le verset de Jérémie, xxm, 6 : ib ^srrp^ ntta ^M mi 
"i:p£ n"-nm Inutile, donc, d'avoir recours à la comparaison de 
îiD^tttDîin avec le nom de la reine des fourmis ». Puis, viennent 
les mots -itou: y& rçnia rçsb abi^b ittu; ^m, ensuite abo iot Nnp^n 
Dibo nie 1? ^a» -naa bN yy^. D'après la description de M. Schwab, 
qui renvoie seulement à Exode, ni, 15; Ps., lxxii, 17 ; Isaïe, ix, 
5, ces mots se trouvent aussi sur l'exemplaire de la collection 
Strauss. M. Schwab ajoute : « En plus petite circonférence, les 
mots « Yoatsel, Gabriel, richesse, paix «.Cette circonférence inté- 
rieure, avec ces mots, manque sur ma médaille. Mais ces mots ne 
seraient-ils pas une fausse lecture de : (lu Yoatsel) bN y^v [abc] 
ûibtu (lun^iy, richesse) nra *iy (lu Gabriel) iaK mas. Quant aux abré- 
viations cabbalistiques, voici comment je les lis : ' ^b"> na ou (p) Ta, 
biu ra-ra, puis, comme le dit M. Schwab, Taas, etc. *vr, chez les 
Gabbalistes, est l'abréviation de *m ab binuï\ ou de a"^* 1 Tmab '■»; 
T"Dra est un nom de Dieu (voir trai? tin de Eliézer Gevi Safrin 
de Kamarna, éd. Przemysl, 1882, s. v.). Pour le reste, il ne m'est 
pas encore prouvé que ce soient là des abréviations. Enfin, sur 
mon exemplaire, il n'y a pas a*oarî anb, mais a^na anb. 

GUDEMANN. 

1 Ce n'est pas p. 233, mais 335, que M. Schwab a voulu écrire en cilant mon 
ouvrage. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome XXI, p. 101, note 3. Lire Kerern Chemed, au lieu de Ozar Nech- 
mad. — M. Schreiner. 

T. XXI, p. 250. La leçon d'Alrabi 0"OLÛ1iïO"HN, dont M. Bâcher, t. XXII, 
p. 134, a donné la véritable explication, peut être mise à la place de 
OlbanOHN qui se lit dans Yedava Bedarsi (cite' par Brùll, Jabrbuch, IV, 41). 
L'ingénieuse conjecture de M. Brùll, qui croit que le mot 0130123 est une 
fausse lecture de 01301" 1 Oï^lbo, conjecture qui s'appuie sur les combi- 
naisons historiques de M. Graetz (Monatsschrift, 1877, 355), qui cepen- 
dant, dans le Programme du Se'minaire de Breslau, 1884, p. 28, note, rejette 
la correction du texte, a été confirmée depuis par les variantes qui se 
trouvent dans la nouvelle édition du Derech ereç rabba, de M. Goldberg 
(I rG partie, Breslau, 1888). Au lieu de la leçon des anciennes éditions ÏTÏT1 
DO non ^ntf OlSlOlb^B *{r5b, le ms. du Talmud de Munich porte -on 
dttîb ÎEIO 0130lb31, le ms 1098 d'Oxford etl'éd. princ. de Riva di Trenlo, 
1561 : lEttJ 0133lb31 IMtf *ian. La construction différente des deux mem- 
bres de phrase qu'offrent ces versions prouve, indépendamment du mot 
IfalID, que la corruption qui a transformé le nom de Josèphe en celui d'un 
simple philosophe n'est pas si ancienne qu'on le pourrait croire. — B. 
Zimmels. 

T. XXII, p. 237, 1. 11. Lire : « Ils ont agi de la même façon relativement 
aux noms de pierres et de substances. . . » — Martin Schreiner. 

T. XXIII, p. 134. Ce n'est pas J. Michael, mais Azoulaï, Schem Hage- 
dolim, article Moïse b. Maimou qui a proposé de mettre Ibn Migasch à la 
place de Alfasi. — W. Bâcher. 

T. XXIII, p. 135. M. Modona reproche à M. Belleli d'avoir lu Eliézer 
Behhar Gerson Sonsino, au lieu de Eliézer fils de. Je ne suis pas sûr qu'il 
ait raison, car les Juifs espagnols ajoutent le mot -|30 à leur nom. Ainsi, 
l'auteur du recueil de Consultations intitulé Dibre Emet signe du nom de 
*rrt" "D3 pHiS"; sans mettre de signe d'abréviation sur -|33. 11 s'appelle 
d'ailleurs communément Isaac Bekhar David. Je crois que, vu la ressem- 
blance de -)02 avec H133, on appelait ainsi le premier-né. — Giïdemann. 



Le gérant, 

Israël Lévi, 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Une grammaire hébraïque du Yémen 238 

Dejob (Charles). De la condition des Juifs de Mantoue au 

seizième siècle 75 

Dkrexbourg (H.). Catalogue des manuscrits judaïques entrés 

au British Muséum de 1867 à 4890 99 et 279 

Derexbourg (J.). Gloses d'Abou Zakariya ben Bilam sur Isaïe 

[suite et fin) 43 et 206 

IIalévy (J.). Recherches bibliques : XXV. Quelques psaumes 

de l'époque d'Ezéchias 32 

Kahn (Salomon). Documents inédits sur les Juifs de Montpel- 
lier au moyen âge [fin) 265 

Kaufmann (David). I. Correspondance échangée entre les com- 
munautés juives de Recanati et d'Ancône en 4 448 249 

II. Contributions à la biographie de Mosé Hayyim Luz- 

zatto, Yekutiel Gordon et Mosé Hages 256 

Lévi (Israël). I. Notes sur Malachie 194 

II. L'aveugle et le cul-de-jatte 199 

Loeb (Isidore). La littérature des Pauvres dans la Bible. II. Le 

second Isaïe 1 et 161 

Monix (H.). Les Juifs de Paris à la fin de l'ancien régime 85 

Neubauer (A.). Abou Ahron, le Babylonien 230 

Romanos (J.-A.). Histoire de la communauté israélite de Corfou 63 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. Le baisement des mains dans le Zohar 4 33 

II. Derasch et Ilaggada 311 

Derenbourg (Hartwig). Un sceau phénicien 314 

Furst. Quelques mots midraschiques empruntés au grec 429 

Glaser (Edouard). Une inscription judéo-sabéenne 4 21 

Gudemanx. Les médailles de la collection Strauss 31 7 

Halévy (J.). I. L'article hébreu 117 

II. Un dernier mot sur l'inscription himyarite soi-disant 

d'origine juive 304 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ÏSRAELSOHN. Le surnom du Karaïte Ben-Sita 132 

Kaufmann (David). La famille Gastellazzo 139 

Lambert (Mayer). Les prépositions *je, ûj et le pluriel hébreu. 302 

Lévi (Israël). Mélanges talmudiques et midraschiques 125 

Modona (Leonello). Un mot sur deux versions du Pentateuque. 434 
Porgès. Note sur l'ouvrage Ilorayat Ha-Koré apporté de Jéru- 
salem à Mayence 308 

Schwab (Moïse). I. Les médailles de la collection Strauss 136 

II. Une gravure satirique 313 

BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). Revue bibliographique r 141 

Additions et rectifications 318 

Table des matières 319 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



DS 
101 
U5 
t. 23 



Revue des études juives; 
historia judaica 



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